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Accueil du site > Actualités > Economie > Espace public, espace privé, état, marché et liberté

Espace public, espace privé, état, marché et liberté

Pourquoi l’idéal libéral, qui semble fonctionner parfaitement en théorie et ne pouvoir apporter qu’enrichissement à tous, montre dans la réalité certaines limites ? Quelles sont les limitations intrinsèques de ce modèle qui l’empêchent de fonder une société viable ?

L’idéal libéral

L’idéal libéral, sous bien des aspects, est séduisant. Il est fondé sur la liberté, et c’est difficile de lui reprocher. En effet quel principe est le plus digne d’être élevé au rang de principe fondamental que celui de la liberté, la capacité des individus à décider de leurs actions ? Il est aussi fondé sur la propriété privé. Quoi de plus naturel que de considérer que ce qui est issu de notre travail nous appartient ? Quel meilleur moyen de fonder la justice ? La propriété privé permet d’assurer un fonctionnement idéal de la société, car ce qui nous appartient sera bien entretenu par nos soins : nous ne voulons pas que nos possessions perdent de la valeur. Le marché constitue une démocratie idéale, attribuant aux biens et services non pas une valeur arbitraire et subjective mais une valeur issue de l’offre et de la demande répondant ainsi de manière idéale aux volontés humaines.

L’ensemble des échanges humains est assuré par des contrats. Par définition un contrat représente un gain pour les deux parties, puisqu’ils sont tous deux signataires. Il est donc impossible qu’un échange commercial ne lèse qui que ce soit. Aucun rapport de force ne peut exister dans ce monde basé sur le libre accord. Le jeu de la concurrence stimule l’innovation. La création de richesse est permanente et le monde ne fait que progresser, indéfiniment. Les ressources sont limités ? Alors leur prix augmentera et d’autres plus abondantes les remplaceront. L’environnement naturel se dégrade ? Celui qui possède les terrains assurera sa pérennité pour qu’il ne se déprécie pas. La spéculation elle même joue un rôle essentiel de stabilisation des prix et des marchandises, achetant quand l’offre est trop grande et revendant quand elle est trop faible.

Bien sûr il y a les inégalités. Quelqu’un possédant un capital important, s’il sait bien le gérer, verra sa richesse augmenter plus rapidement que celui possédant un petit capital. Il sera plus influent sur le marché. Mais qu’importe : l’essentiel est que chacun soit libre et que tous s’enrichissent, puisqu’un échange enrichit les deux parties. Après tout le riche par son activité enrichit un nombre important de pauvres. Dans ce monde idéal, l’état n’a pas sa place. Il s’introduit de manière illégitime dans les rouages du marché. Il vole les citoyens, viole leur liberté d’agir. Il se permet de juger de ce qui doit être souhaitable au lieu de laisser agir les volontés individuelles. Il introduit une mauvaise gestion par le monopole là ou le marché optimise par la concurrence. Seul l’état peut être responsable de tous les maux puisque le marché, lui, possède un fonctionnement idéal. Nous voilà maintenant en plein dans le rêve de l’anarchisme libéral.

Le retour à la réalité

Où est le problème ? Pourquoi est-ce que ça ne marche pas ? Pourtant sur le papier tout a l’air de fonctionner. Mais dans la réalité... Peut être n’est-ce pas à moi d’en juger, mais j’ai l’impression que les chaines de télévisions financées par les fonds public, comme Arte, et non pas par la publicité, comme TF1, sont de meilleure qualité. De même la radio : en tant qu’amateur de musique, je déplore l’uniformité des radios commerciales, et celles qu’on appelle "radio libres" et qui fournissent un contenu pointu dans tous les styles sont bien les radios associatives financées par des fonds publics. Le logiciel "libre" Firefox est mieux que Internet Explorer, Ubuntu est mieux que Windows... Le réseau Internet lui même est né de la collaboration de scientifiques, non pas d’une entreprises privés, et souvent celles-ci, tirant la couverture à elles, peinent à collaborer pour se mettre d’accord sur des standards technologiques qui seraient meilleurs pour tout le monde.

Les chantiers de très grande envergure sur plusieurs années, comme le TGV qui profite aujourd’hui à l’expansion économique de nombreuses villes, ont souvent été initiés par des Etats. On peut aller encore plus loin : les technologies numériques sont basées sur la physique quantique, élaborée par la recherche théorique et fondamentale. Or à l’époque on ne pouvait sans doute imaginer aucune application à cette recherche et aucune entreprise ne l’aurait financée. C’aurait été accepter de perdre de l’argent pendant plus de 50 ans pour en gagner ensuite - ou pas. De même l’électricité, la voiture, l’avion, issus de nos connaissances en électromagnétisme et en thermodynamique. Les entreprises financent plus volontiers des recherches applicatives, ou qui n’en sont pas trop éloignées, au sein d’un paradigme existant. Enfin on peut supposer que les plus grandes œuvres de littérature, de philosophie ou de peinture n’ont majoritairement pas été réalisées dans un but commercial. La liberté et la créativité se trouvent-elles définitivement du côté du domaine public ? Sans la finance publique et collective, serions-nous encore à l’age de pierre ?

Bien entendu les états ont été capable d’oppressions et de violences physiques qu’on ne retrouve généralement pas dans le commerce. Bien entendu la planification de l’économie n’a pas toujours eu le meilleur résultat possible, et s’est avérée bien moins efficace que la liberté des acteurs. Bien entendu le développement des technologies numériques dans sa forme actuelle doit aussi beaucoup aux entreprises et le capitalisme a permis un développement et une démocratisation sans précédent des richesses matérielles ainsi qu’une certaine innovation dont nous profitons tous, et particulièrement dans nos pays occidentaux. Cependant, non seulement le capitalisme est incapable de développer ou de renouveler lui-même ce socle fondamental qui sert de base à son développement, mais surtout on lui associe volontiers une destruction de l’environnement naturel, une dégradation de l’environnement social et des conditions de travail, des problèmes de santé publique et un appauvrissement culturel. Pourquoi un tel delta entre la théorie et la pratique ?

Les limites de la propriété privée

Le problème vient peut-être des limites de la notion de propriété privée... Imaginons un village situé à côté d’un jardin public qui, pour une raison ou pour une autre, ne peut pas être privatisé. Ce jardin serait public non pas dans le sens où il appartiendrait à un état, mais vraiment public, dans le sens où il n’appartiendrait à personne, pas même l’état. On peut imaginer que bien vite les gens se serviraient dans ce jardin et en prendraient un maximum de ressources pour s’enrichir. Ils pourraient aussi s’en servir de dépotoir, économisant ainsi le prix du traitement des déchets. Mais qui l’entretiendrait ? Peut-être que certains riverains pourraient fonder l’association "sauvons le jardin public" et iraient entretenir les arbres fruitiers et les allées du jardin, nettoyer les déchets dont les odeurs envahissent le village... Mais on peut raisonnablement penser qu’ils se décourageraient rapidement, voyant leurs coûteux efforts pour la communauté inlassablement anéantis par les autres. Chacun tire profit de ce jardin, il est donc injuste que seuls les volontaires s’en préoccupent et que ce soit justement les autres qui s’enrichissent le plus (puisque l’entretien a un coût).

Ainsi se comporte le marché quand la propriété privée ne peut pas s’appliquer. Et même quand elle s’applique, la notion de propriété ne peut pas toujours être rigoureusement définie, si bien que l’idée du contrat idéal devient elle aussi illusoire : un contrat ne peut impacter uniquement les propriétés mis en jeux et les termes d’un contrat ne peuvent être exhaustifs quant aux conditions et conséquences. Si une entreprise décide d’acheter un terrain et de construire un bâtiment immense, c’est l’ensemble des propriétés avoisinantes qui sont impactées par cette modification du paysage. L’entreprise pourrait fournir un dédommagement au montant de la dévalorisation de ces propriétés, si tant est qu’elle soit mesurable. Cependant les voisins n’auront pas eu leur mot à dire sur le contrat de construction et n’auront pas les moyens financiers de s’y opposer. Dans tous les cas le constat est le suivant : quand le marché fait face à quelque chose qui sort du cadre stricte de la propriété privée, il est raisonnable de penser qu’il s’ensuivra une dégradation de cette chose, car toute valorisation de ce bien public au profit de la collectivité est une perte de richesse privée, tandis que toute utilisation de ces richesses publiques est un gain net de richesses privées.

Ainsi un système basé uniquement sur la propriété privée et l’enrichissement individuel privilégiera économiquement ceux qui ne se préoccupent pas de l’espace public tandis qu’il lésera ceux qui s’en préoccupent, d’où une dégradation presque inévitable de l’espace public (n’appartenant à personne) par le marché. Or cet espace de ce qui est hors du champ économique est justement constitué de toutes ces choses dont la dégradation est attribuée au capitalisme. L’atmosphère, par exemple, n’est pas privatisable, si bien que le polluer est gratuit. Les écosystèmes non plus, à moins de posséder la terre entière. Les relations sociales ne font généralement pas l’objet de contrat, ni les tensions résultant des inégalités. La connaissance humaine, ce capital qui s’entretient en le diffusant au plus grand nombre, n’appartient à personne et l’entretenir ou le développer ne permet pas de s’enrichir (c’est pourquoi TF1 s’en préoccupe marginalement). L’information ou la musique sont un autre exemple, et c’est pourquoi le droit d’auteur pose quelques problèmes économiques. Si la diffusion d’information peut se monnayer, l’information elle même ne peut que difficilement faire l’objet d’un droit de propriété.

L’espace public contre l’espace privé

Nous pouvons donc définir un "espace public" contenant ce qui est irréductible au marché, collectif par essence, issu de la collaboration ou de la gratuité, disponible pour tous, non contractuel, non privatisable. Les limites de cet espace ne sont pas forcément fixes ni clairement définies. Cependant nous pouvons constater qu’un tel espace aura tendance à être dégradé dans un marché non régulé. Il ne peut être valorisé de manière privée que par l’intermédiaire des dons, du bénévolat, du volontariat ou de la gratuité, c’est à dire à travers une économie de type "caritative", ou au mieux parce qu’il recoupe fortement un intérêt privé, ce qui est sans aucun doute insuffisant. En effet il se pourrait que la partie la plus grande et la plus essentielle de nos vies se trouve hors du champs économique. De ce fait, non seulement elle n’est pas concernée par l’enrichissement général promis, mais en plus elle est susceptible d’être naturellement dégradée par le marché si rien d’autre (nous) ne la préserve. On pourrait même faire l’hypothèse que l’enrichissement du monde privé soit intégralement basé sur l’appauvrissement du monde public, si tant est qu’il soit mesurable (et compte tenu que le soleil est une source d’énergie quasi-infinie permettant à la biosphère de se renouveler). Alors peut être que la célèbre loi de la science "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" s’appliquerait enfin au domaine économique...

Il est intéressant de constater l’intuition de tout ceci dans certaines pratiques traditionnelles. Les religions, que ce soit par les lois divines ou par le concept de Karma, enseignent généralement aux hommes la bonté, la solidarité, le don de soi pour la collectivité et le respect de la nature, ce qui revient à préserver et nourrir un "espace public", et condamnent l’égoïsme, ou la seule prise en compte de son espace privé (Tiendrions nous une définition économique du bien et du mal ?). Les notions d’échanges équilibrés avec la nature dans les cultures amérindiennes, inuits et sans doute beaucoup d’autres, pour lesquelles tout ce qui est pris doit être rendu à la nature d’une façon ou d’une autre, se rapprochent de manière encore plus frappante de ceci. Cette façon de penser l’existence de l’homme comme indissociable de celle du groupe, de la nature et de l’univers est à l’opposé de la vision économique qui ne voit que des individus indépendants, mais sans doute plus en adéquation avec notre vécu. En tous les cas il n’existe pas d’autre moyen de préserver le domaine public que de violer d’une manière ou d’une autre le principe de liberté et de propriété, de céder une part de sa liberté au profit de la collectivité et de l’appartenance au groupe. L’impôt obligatoire est un de ces moyens. De manière générale, la question du droit et de la justice est elle aussi liée à la régulation de cet espace commun aux hommes.

On le voit donc, la "doctrine libérale" dans sa version pure est une négation du monde et de la complexité. L’idéal libéral qui voudrait limiter le rôle de l’état à néant, ou en faire un simple agent économique, est illusoire et irresponsable, puisqu’aujourd’hui seul l’état possède un financement collectif, et donc a le pouvoir d’agir sur ce qui est collectif. Cet idéal constitue une sacralisation des concepts de libre arbitre et de propriété, concepts auxquels tout est sacrifié, et en premier lieu cet "espace public" essentiel à la viabilité de la société. C’est un modèle théorique réducteur inapplicable car il n’est optimale que pour ce qu’il décrit : les biens, les services, les capitaux et les acteurs du marché, mais désastreux pour tout le reste de ce qui compose nos existences, et dont pourtant il se nourrit pour l’essentiel. Il ignore que les hommes ne sont pas parachutés dans un monde de marchandises mais que nous nous construisons au sein de la société en lien avec une communauté. Enfin tout sacrifier au concept abstrait de libre arbitre est d’autant plus illusoire que ce concept, dont on ne peut nier qu’il soit souhaitable, n’est cependant pas forcément le plus pertinent pour rendre compte du réel et que d’autres visions de la liberté existent. Il est en tout cas largement insuffisant pour assurer la pérennité de la société.


Comment nourrir l’espace public ?


Ni l’anarchisme libéral, ni la soumission de la liberté au collectivisme ne sont souhaitables. Ainsi toute la problématique d’une société consiste à conditionner le principe de liberté et de propriété au principe de "domaine public" gratuit, utile à tous mais non privatisable, tout en préservant au maximum aussi bien l’un que l’autre, c’est à dire à organiser au mieux la préservation de l’espace public et la liberté du domaine privé. Si nous assumons les limites du marché libéral et la nécessité de gérer l’espace public, la première solution venant à l’esprit est de confier la gestion de ce domaine à une entité rémunérée par tous, l’état. Une forme ou une autre de démocratie s’impose alors comme garde-fou, car il faut garantir que cet acteur serve l’intérêt de tous et non des intérêts privés. La définition claire de l’espace public, le choix de ce qu’on y met et des priorités, doit ensuite permettre de définir le périmètre du rôle de l’état, c’est à dire sa mission, dont l’impact sur les libertés individuelles doit être minimale. Ainsi le rôle de l’état n’est pas de protéger tel ou tel acteur de l’économie, ni de se substituer à tel ou tel acteur sur le marché. Ce n’est pas non plus d’imposer un pouvoir autoritaire. C’est uniquement d’entretenir, de développer et de protéger ce qui nous est commun à tous sous toutes ses formes.

Mais cette façon d’envisager la gestion de l’espace public pose problème, nous le voyons aujourd’hui. L’état est-il suffisant ? Comment s’assurer qu’il remplisse son rôle hors des influences privées diverses ? Cette nécessaire gestion collective ne peut-elle être accomplie qu’au prix d’un combat incessant entre le monde public et le monde privé, le premier comme boulet au pied du second, le second comme détruisant sans cesse le premier, et la politique et ses lobbies comme théâtre de ces affrontements ? Il semble qu’invariablement, partout dans le monde ou presque, ce soit le monde privé et ses acteurs les plus puissants qui remportent la bataille de l’influence sur l’état, et peut être même sur les issues des élections, et les acteurs sociaux ou environnementaux semblent courir après un train en marche pour réparer les dégâts. Par ailleurs l’espace public revêt des caractéristiques différentes suivant l’échelle : locale, régional, nationale, mondiale... Or les enjeux mondiaux devenant incontournables amènent la nécessité de faire émerger une organisation non pas locale ou nationale mais mondiale de l’espace public. D’ores et déjà, sous plusieurs aspects, cette conception étatique et dichotomique de la gestion des espaces semble limitée.

Alors comment gérer l’espace public ? On peut se demander s’il est possible de définir des mécanismes autonomes semblables à ceux du marché pour le réguler. On peut imaginer l’introduction sur le marché d’un "garant du domaine public" pour faire fonctionner l’idéal libéral. Mais comment quantifier pour un acteur économique donné les richesses qui sont tirées lors de son activité du socle de connaissances de l’humanité, de l’environnement naturel, de la qualité des liens sociaux, et comment mesurer les impacts positifs et négatifs de son activité sur ces domaines ? Comment fixer la valeur des richesses publiques sans pour autant recourir à l’intérêt privé ? Finalement ne faudrait-il pas que chaque décision prise par chaque acteur économique intègre d’une manière ou d’une autre l’existence d’un espace public ? Que les acteurs aient intérêt à collaborer autant qu’à se concurrencer ? En modifiant le statut des entreprise (par exemple en introduisant l’intérêt collectif par une forme de démocratie) peut-être serait-il possible de faire en sorte que chacune d’elle joue ce rôle en son sein. Mais attention, car il s’agit aussi de réguler l’espace commun entre les entreprises, et même au-delà. Alors est-il nécessaire de rompre avec le principe même d’économie de marché et le concept de propriété pour obtenir une société viable ? Ces questions restent ouvertes.

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182 réactions à cet article    


  • JL JL 1er décembre 2008 12:34

    Vous écrivez : ""nous ne voulons pas que nos possessions perdent de la valeur.""

    Je pose la question : cela est-il un droit naturel ? Pour ma part je vois plusieurs sortes de possessions qui toutes, à l’exception de la terre, subissent l’usure du temps. C’est la vie. 

    L’argent permet l’accumulation de capital, et la société permet, non seulement que que l’argent ne se dévalue pas, mais que de plus, il se reproduise. On est loin des droits naturels, et certains à ce sujet ont même parlé de fabrique du diable :

    "Les marchés de la terre, du travail et de la monnaie sont sans aucun doute essentiels pour l’économie de marché. Mais aucune société ne pourrait supporter, ne fût-ce que pendant le temps le plus bref, les effets d’un pareil système fondé sur des fictions grossières, si sa substance humaine et naturelle comme son organisation commerciale n’étaient pas protégées contre les ravages de cette fabrique du diable". (Polanyi, cité par M. Aglietta et A. Orléan in ""La monnaie entre violence et confiance", éd. Odile Jacob).


    • quen_tin 1er décembre 2008 14:05

      Effectivement la capacité du capital à se reproduire est un autre aspect sur lequel on peut critiquer le capitalisme. Cependant on pourra objecter que c’est la prise de risque qui est rémunérée.
      On peut aussi voir les choses autrement : si je possède mettons une machine à pain, la machine va s’user mais elle va aussi fabriquer beaucoup de pain dont la valeur est supérieure à celle du blé. Le bon rentier peut dire que son capital lui rapporte parce qu’il le fait "travailler", comme il ferait travailler une machine à pain.
      Je ne sais pas si on peut dire que c’est un "droit naturel" mais ça me semble quand même assez logique à priori, en tout cas dans la logique d’un marché basé sur la propriété privé.


    • quen_tin 1er décembre 2008 21:01

      Pour poursuivre le même exemple, on constate que le revenu de la machine à pain est issu du travail de celui qui la fait fonctionner.

      Si il me semble naturel qu’un capital (la machine) apporte des richesses quand un travail est accompli, on peut par contre se demander ce qu’il en est quand son propriétaire ne fournit aucun travail lui même, par exemple si il prête la machine à quelqu’un. Est-il légitime que les pains produits lui reviennent ?

      Qu’il fasse payer l’usure de la machine, fixé à l’avance, oui, et le prêt aussi pourquoi pas, mais la question se pose effectivement de savoir si c’est un droit naturel que de récupérer le produit de la machine parce qu’on possède la machine, sans fournir de travail.


    • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 12:38

       Voilà un effort méritoire de compréhension de l’idée libérale, qu’il est impossible de ne pas saluer. Cependant, les prémisses du raisonnement sont biaisées, ce qui a pour effet d’invalider les conclusions.

      Première prémisse erronée : la base du libéralisme n’est pas la liberté (mot vague), mais le droit fondamental de posséder sa propre vie. La vie est un processus d’action auto-engendré et auto-entretenu. Le Droit de posséder sa propre vie est donc le droit d’exécuter les actions qui permettent son engendrement et son entretien. C’est ceci que l’on peut nommer liberté, et c’est ceci qui a pour conséquence le droit de propriété.

      Deuxième prémisse erronée, la société : la société n’est pas une entité. L’idée qu’il puisse donc exister un fonctionnement idéal de la société est une idée des constructivistes, à l’opposé de la réalité. C’est encore plus irréaliste que de vouloir parler de fonctionnement idéal d’un organisme.

      Il n’y a donc pas d’idéal libéral pour la société, idéal qui dessinerait le plan d’une société idéale. Cette approche est la caractéristique des ingénieurs sociaux de tous poils, et c’est cette approche que le libéralisme réfute. Autrement dit, le libéralisme ne sait pas quelle société émergera de l’avènement en cours depuis le fond des âges de l’individu. Ce type de prédiction est à jamais hors de portée. C’est peut-être regrettable, mais c’est comme ça. Le monde n’a pas été fondé, pas plus par le libéralisme que par n’importe qu’elle autre idéologie, partant de là, dire que ça ne "marche pas" est un absurdisme. Le monde est, point. On peut sans doute l’améliorer, mais le transformer, le faire "marcher", non. Et, surtout, on peut et on doit résister aux sorciers organisateurs.



      • quen_tin 1er décembre 2008 13:42

        Il n’est pas question de définir un idéal pour la société, et surtout pas de manière autoritaire, mais de constater que le modèle libéral occulte de larges pans de la réalités en ne s’intéressant que à ce qui est "appropriable".

        Je suppose que vous ne niez pas le droit qu’a un patron de gérer son entreprise, voire d’y apporter une organisation. Pourquoi ces choses, bien réelles mais hors du champ économique, tel que les écosystèmes ou les liens sociaux, ne devraient en aucun cas être géré (et donc dans les fait devrait être jeté en pature sur le marché) ?


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 14:48

         Il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre : il n’y a pas de modèle libéral, sauf dans votre imagination. Mieux, l’appropriation n’est absolument pas une préoccupation pour un libéral. Mais vous pensez sûrement mieux savoir qu’un libéral ce qui est sa préoccupation. Sacré travers intellectuel, proche de l’autisme.


      • quen_tin 1er décembre 2008 15:13

        N’éludez pas ma question. Le libéralisme économique est basé sur l’économie de marché, qui est un modèle économique, et il propose de réduire au minimum les interventions de l’état.

        Pourquoi ce qui est occulté par l’économie de marché ne devrait pas être géré ni organisé ?



      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 15:46

         Je n’élude pas, je recadre. Economie de marché est une tautologie, le marché est l’économie, et vice versa. Le marché n’est pas un modèle, il est ce qui existe dès lors que des échanges s’effectuent. Autrement dit, personne n’a inventé le marché.
        Et il n’est pas question de réduire au minimum les interventions de l’état, mais de savoir quelle est la légitimité de l’état. Et cette légitimité, une fois sorti du droit du plus fort, ne peut qu’être que la défense des droits naturels, c’est à dire la liberté, la propriété, la sécurité et la résistance à l’oppression ( déclaration de droits de l’homme 1789). Le reste, tout le reste, est du ressort des hommes seuls, ou réunis en associations volontaires.
        Ce qui veut dire que rien ne vous empêche de vous organiser comme vous l’entendez, pour vous et ceux avec qui vous avez conclu une association volontaire. Mais ça veut dire aussi que ça vous interdit d’imposer vos règles sous la contrainte. Cette notion de contrainte, ou de violence, est une pierre de touche qui départage une attitude libérale d’une attitude illibérale.

        "Les prétentions des organisateurs soulèvent une autre question, que je leur ai souvent adressée, et à laquelle, que je sache, ils n’ont jamais répondu. Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? Ils disent que la société, abandonnée à elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers. Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction. Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité ; qu’ils montrent leurs titres. Ils veulent être bergers , ils veulent que nous soyons troupeau . Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. Remarquez que ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par l’intermédiaire de la Loi, c’est-à-dire des forces et des contributions publiques."

         

        Citation de Frédéric Bastiat (1801-1850), libéral et économiste français, qui siégeait au côté de Proudhon.


      • quen_tin 1er décembre 2008 16:20

        cf. l’article donc : un tel système, qui souhaite limiter le rôle de l’état à la preservation des droits naturels et rien d’autre, est un système qui privilégie économiquement ceux qui ne se préocuppent pas de problématique collectives, et qui lèse économiquement ce qui souhaitent s’en préoccuper.

        Ca revient grosso modo à sacrifier toute problématique collective à un idéal de non contrainte de la liberté individuelle. Une prime à l’égoisme en quelque sorte.


        L’économie de marché n’est pas une tautologie. Peut être qu’elle l’est pour vous car on baigne tous dedans, mais ce n’est pas le cas.
        Elle est basée uniquement sur le concept artificiel de propriété privé, ce qui ne va pas de soi.


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 16:44

         Je ne suis, bien sûr, pas du tout d’accord. Observez, et vous verrez que l’état donne des milliards aux riches, des milliers aux classes moyennes, et quelques centaines aux petits. Toujours, et partout. Ce n’est pas l’effet du hasard, ni d’une quelconque perversion. Le libéralisme est justement la chance de ceux qui n’ont pas encore, et l’étatisme la protection de ceux qui ont déjà.

        Et si vous pensez que le droit de propriété est un concept artificiel, c’est que vous n’avez rien compris. Il est tout au contraire universel. Pour vous en convaincre, vous pouvez essayer d’imaginer une autre manière : vous échouerez certainement. Sauf à retomber dans des ornières déjà expérimentées. En tout cas, je vous encourage vivement à les expérimenter sur vous même et sur ceux qui souhaiteraient partager ces bégaiements. Tout ce que vous voulez donc, tant que vous le l’imposez pas à ceux qui ne le désirent pas. C’est assez clair, je crois.


      • quen_tin 1er décembre 2008 16:52

        Je ne parle pas de l’état pour l’instant.
        Mais prenez quelque chose comme l’atmosphère. On a tous intérêt à avoir une atmosphère respirable.
        Maintenant dépenser de l’argent pour améliorer la qualité de l’atmosphère est une perte d’argent sèche pour celui qui le réalise (que ce soit un individu ou une association). Par contre polluer l’atmosphère est un gain pour celui qui le réalise (ça lui évite le coup du retraitement).

        Dans un cas perte individuel pour gain collectif, dans l’autre gain individuel pour perte collective.
        Voilà en quoi sont privilégiés ceux qui ne se soucient pas de problématiques collectives et lésés ceux qui s’en soucient.

        A quelle moment n’êtes vous pas d’accord ?



      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 19:52

         Leon, tu cherches la fessée ? Formidable la société cosaque. On se demande pourquoi tu ne vis pas là-bas. Ou dans l’Egypte des Pharaons. Ou où tu voudras. Graine d’esclave.


      • Christophe Christophe 1er décembre 2008 20:15

        @Péripate,

        Pourquoi graine d’esclave ?

        L’esclavagisme n’est pas totalement innocent dans l’introduction de la valeur naturelle de propriété ; lisez ou relisez les classiques du XVIIIème siècle pour vous en convaincre. Cette pensée totalitariste a été défendue par Mirabeau et transformée en approche plus acceptable en plagiant totalement Rousseau pour la rendre politiquement plus acceptable ; relisez Sieyes.

        Que vous pensiez que la liberté ne s’applique que dans le domaine physique dont le seul objectif est d’avoir ; principalement des avoirs fonciers ; me rappelle la pensée originelle du XVIIIème siècle, totalitaire d’un point de vue politique, dont Bastiat était un défenseur. Même Tocqueville était opposé à Bastiat sur ce point. Un petit rappelle rien que pour vous : si à l’époque de Bastiat, la pensée physiocratique était majoritairement considérée comme libérale (ce qui est une circonstance atténuante pour Bastiat), aujourd"hui les historiens et les historiographes la classent dans les pensées totalitaires.

        En fait vous considérez que la liberté est une caractéristique de la propriété, mais pas du tout une caractéristique de l’homme ; rendant de fait l’homme esclave de la notion de propriété.


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 20:16

         Bon, Quentin, reprenons le fil, après les agressions des habituels nuisibles. Il y a de nombreux exemples qui montrent que des ressources sont mieux gérés lorsqu’il existe un propriétaire. C’est en particulier le cas des forêts françaises qui sont en majorité privées. De même, des réflexions sont menées sur les ressources halieutiques, non pas précisément par le moyen de titre de propriété, mais par des concessions.

        Ce qui ne veut pas dire qu’une gestion collective est impensable. Mais gestion collective ne veut pas forcément dire gestion étatique et autoritaire : l’association volontaire a un rôle très important à jouer. Cet aspect est toujours volontairement ignoré par les ultras étatistes, qui ne voient rien entre l’individu et leur sacro saint état. 

        Voila. Et, Quentin, je vous prie d’excuser les intempestives interventions de quelques uns, qui deviennent comme fou chaque fois que j’interviens. Sans doute le résultat d’une névrose mal soignée. smiley


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 20:22

         Graine d’esclave, parce que faire l’apologie de sociétés holistes, c’est d’avance se soumettre à la dépossession de soi.
        Sinon, bien sûr qu’il n’y a pas de pensée libérale toute unie, ce qui d’ailleurs démontre s’il en était besoin que c’est une absurdité de parler de pensée libérale pure. Et c’est vous qui êtes polarisé sur le physique, le monde matériel, l’argent, etc... C’est votre problème, et je vous l’abandonne.


      • quen_tin 1er décembre 2008 20:39

        Malheuresement je ne pense pas que se baser sur la bonne volonté (l’association volontaire) des gens pour gérer les resources naturelles soit suffisant, et en particulier au sein d’un système dans lequel l’individualiste est toujours gagnant financièrement.

        Il existera toujours des choses et des aspects de la vie qui échaperont à la propriété, et même à la concession, sans pour autant perdre de leur importance. Ces choses là ne peuvent pas être traitées correctement par le marché.


      • Christophe Christophe 1er décembre 2008 20:57

        @Péripate,

        Et c’est vous qui êtes polarisé sur le physique, le monde matériel, l’argent, etc... C’est votre problème, et je vous l’abandonne.

        Mais n’est-ce pas vous qui exprimez que la propriété est un élément déterminant de la liberté ? Vous allez même jusqu’à exprimer une absurdité en écrivant qu’il faut être propriétaire de soi-même. Il me semble bien qu’un sujet est propriétaire d’un objet ; si vous vous considérez comme un objet et non un sujet vous concerne.

        En faisant ce glissement sémantique, en transformant le "être soi-même" en "être propriétaire de soi-même", vous utilisez la méthode de Sieyes pour transformer une véritable valeur libérale en une valeur de liberté dépendante de la notion de propriété. Les actions sont dépendantes de ce que nous sommes et non de ce que nous avons ; c’est par la pensée que nous projetons nos actions dans le monde réel.

        Etre propriétaire de soi-même est une tautologie sans intérêt qui vous permet de développer un raisonnement inepte menant au point où vous voulez en venir.


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 1er décembre 2008 21:05

         Que penser, alors, du slogan féministe "Mon corps m’appartient" ? Et que dire de l’expression "être dépossédé de soi-même" pour signifier que l’on ne n’appartient plus ? Ainsi que de son corollaire superstitieux "il (elle) est possédé(e) par le Démon" ? Je crois lire dans votre précédente remarque une sorte de procès d’intention d’où le sens s’est échappé. En outre, l’esclavage se définit bien par un droit de propriété exercé sur la personne d’un autre, non ? Et la libération par le recouvrement de ce même de droit de propriété inaliénable par celui qui en est le dépositaire légitime et unique.


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 21:07

         C’est tout le contraire que l’on observe. En France, c’est plus de la moitié de la richesse nationale qui est autoritairement prélevé par l’état, ce qui s’apparente à une véritable spoliation. On pourrait penser qu’à ce niveau les besoins de tous soient satisfaits. Tout au contraire, sans l’initiative privée, restos du coeur, secours catholiques, téléthon, etc..., la situation serait catastrophique. Que faut-il pour vous ouvrir les yeux ? Il est même certain qu’à 100% de spoliation, rien ne serait réglé, et, en plus, tous seraient pauvres. C’est donc bien l’état qui est incapable de manifester la solidarité qui légitime son omnipotence totalitaire, et l’initiative privée qui montre son efficacité, alors même que les ressources dont elle pourrait disposer à cet effet ont déjà largement été entamé par le vol légal. Je vois mal comment quelqu’un d’intellectuellement honnête (s’il s’en trouve) pourrait réfuter ces faits.


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 1er décembre 2008 21:10

         Bonsoir Péripate. Contente que vous soyez de retour smiley


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 21:19

         Salut Cosmic. Et content d’être rentré, après avoir senti l’odeur de la mort totalitaire sur les quais de la gare centrale de Bombay. Mais si les balles des Kalachikovs m’ont épargné à quelque heures près, les chacals d’ici ont gardé toutes leurs dents, et ils se sont empressés pour tenter de me faire la peau. Tous les mêmes. smiley


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 1er décembre 2008 21:29

         J’y ai bien pensé lors des événements. Ici, on constate effectivement que rien ne change smiley


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 21:46

         C’était étrange, irréel. Bombay était si calme, comme un dimanche, rideaux baissés, rares passants qui s’étonnaient de ces deux touristes égarés, et qui nous conseillaient gentiment de nous réfugier. C’est d’ailleurs seulement à l’aéroport que nous avons compris l’ampleur du drame. Des expériences comme celle là ne rendent pas indulgent avec les apprentis sorciers, les faiseurs d’hommes nouveaux, tous ceux qui au nom d’une idée très personnelle du Bien prétendent nous apprendre la meilleure façon de marcher. 


      • ZEN ZEN 1er décembre 2008 21:52

        "Cet aspect est toujours volontairement ignoré par les ultras étatistes, qui ne voient rien entre l’individu et leur sacro saint état."

        A quoi corrrespondent ces caricatures ? A mieux diaboliser de légitimes critiques ?

        Votre exemple tombe très mal : dans ma région d’origine, les forêts privées sont le plus souvent laissées à l’abandon ou sont mal entretenues...à tel point que pour une gestion rationnelle, suivie et rentable, la commune propose de les racheter aux particuliers pour prendre en charge leur gestion au profit de la collectivité...


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 1er décembre 2008 22:06

         J’ai lu plusieurs articles, dont un témoignage et une analyse subtile des forces obscures à l’œuvre. J’ai imaginé une scène au ralenti couverte de brume, les bruits, les cris, et le silence abasourdi. Et comme à l’accoutumée, les redresseurs de tort se sont drapés dans leurs théories inhumaines, assassines, justifiant le pire au nom du meilleur. Philippe Muray a tellement dénoncé l’Empire du Bien.


      • Christophe Christophe 1er décembre 2008 22:18

        @Cosmic Danser,

        Que penser, alors, du slogan féministe "Mon corps m’appartient" ? Et que dire de l’expression "être dépossédé de soi-même" pour signifier que l’on ne n’appartient plus ? Ainsi que de son corollaire superstitieux "il (elle) est possédé(e) par le Démon" ?

        De grâce pas les poncifs et la superstition. La liberté des Lumières est une liberté métaphysique qui permet par transcendance la liberté physique.

        Je crois lire dans votre précédente remarque une sorte de procès d’intention d’où le sens s’est échappé. En outre, l’esclavage se définit bien par un droit de propriété exercé sur la personne d’un autre, non ? Et la libération par le recouvrement de ce même de droit de propriété inaliénable par celui qui en est le dépositaire légitime et unique.

        Vous parlez de l’esclavage, avez-vous lu les physiocrates Quesnay, Le Mercier de la Rivière, ... Leur doctrine, qui prônait le despotisme légal sur le plan politique, sur laquelle repose les propos du Péripate a été reprise par le parti colonial. Le droit de propriété de l’esclave, et même sa libération, ne s’applique pas uniquement au physique ; c’est la partie visible. Vous pouvez aussi être libre au sens où vous l’entendez sans être libre de penser ; c’est l’une des problématiques majeures des démocraties.

        Ce n’est pas un procès d’intention. Je persiste que Péripate utilise une dialectique de détournement. Si pour vous, Cosmic Dancer, la liberté ne se mesure qu’à l’aune de ce que nous possédons, je vous laisse le croire et rejoindre le dogme du Péripate. Ce n’est pas du tout mon approche de la liberté.


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 22:40

         Texte intéressant Cosmic, sauf qu’il semble qu’ils n’étaient finalement pas plus d’une dizaine, par groupe de quelques uns.

        Leon, une société holiste, c’est une société indivisible, où l’individu n’existe pas, ou peu. J’aurais pensé que vous le saviez, vous si savant et toujours prêt à traiter les autres d’incultes. Ce que je pense de l’audiovisuel public et de son affaiblissement ? Et vous, que pensez vous de la réintroduction du castor en zones humides ? J’ai de nombreux amis dans l’audiovisuel public, et ça fait bien longtemps que les plus honnêtes d’entre eux en ont marre de servir la soupe aux politiciens. Alors, l’audiovisuel public peut bien sombrer, seuls les dogmatiques dans votre genre le regretteront.

        Zen, vous avez reconnu les procédés dont vous usez avec si peu de parcimonie ? Bravo. Et c’est dommage pour votre forêt, mais ça ne correspond absolument pas au cas général français.

        Re Leon. Elles ont disparu ? Quelle dommage ! Pourquoi ne pas tenter l’aventure de refonder à partir de zero votre société de rêve, au lieu de cultiver votre stérile nostalgie. D’ailleurs, je veux bien reconnaître qu’effectivement je ne connais rien en matière de cosaques, et que je suis bien obligé de prendre pour argent comptant ce que vous en dîtes. Toutefois, comme tous les ultras, vous grossissez le trait : je n’ai rien contre le collectif librement consenti, bien au contraire, je le dis et le répète assez. Ce que je combats, c’est le collectif imposé par les anges faiseurs de dieux, ou dit autrement, l’état qui dérive vers le totalitarisme. Vive l’individu libre et la libre association d’hommes libres. C’est clair ?


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 1er décembre 2008 22:42

         @ Christophe, 

        Lorsque j’évoque la possession et la superstition, je suppose que vous aurez compris qu’il s’agit non de poncifs (poncifs qui référeraient à quoi, d’ailleurs ?), mais du fait que les femmes - puisque j’en étais là à propos de propriété de soi, le corps étant soi au même titre que la psyché, l’histoire, la culture qui fondent un être humain - étaient dites possédées au temps de l’Inquisition et que, d’ailleurs, aujourd’hui encore, les pratiques d’exorcisme utilisent ce vocable et ce qu’il recouvre précisément pour signifier que quelque chose de l’intégrité d’une personne est subtilisée par autre chose.
        Quel rapport avec la liberté métaphysique des Lumières ? La liberté des Lumières est œuvre philosophique, il me semble, par ailleurs.

        Vous parlez de l’esclavage, avez-vous lu les physiocrates Quesnay, Le Mercier de la Rivière, ...

        Non, je n’ai pas lu les physiocrates. Voulez-vous signifier, si je vous semble les contredire, qu’ils prônaient un concept bizarre selon lequel l’esclavage était autre chose que l’appartenance d’un être humain à un autre ? Dans ce cas, la contradiction est totale. Et en défendant la propriété de soi par soi-même, Péripate ne me semble pas s’en tenir à la partie visible mais à l’être dont, de fait, c’est la part visible, c’est-à-dire le corps, que l’on achète, que l’on vend, que l’on exploite dans une relation qui est tout sauf un échange, mais qui est une coercition, ce que l’on nomme précisément une appropriation. Car en termes de rentabilité d’autrui considéré comme une chose et sauf à entrer dans les arcanes psychanalytiques du bénéfice premier ou secondaire, c’est quand même le l’œuvre du corps (prostitution forcée, travaux forcés) qui est considérée comme un bien au sens économique du terme.

        Vous pouvez aussi être libre au sens où vous l’entendez sans être libre de penser ; c’est l’une des problématiques majeures des démocraties.

        Cette problématique telle que vous la posez a tout d’un sujet de philo au bac. Et ne mérite pour toute réponse que le tube de Florent Pagny smiley

        Si pour vous, Cosmic Dancer, la liberté ne se mesure qu’à l’aune de ce que nous possédons, je vous laisse le croire et rejoindre le dogme du Péripate. Ce n’est pas du tout mon approche de la liberté.

        Dans le plus grand des dénuements, Christophe, la seule dignité qu’il reste est le corps et l’esprit, la personne autrement dit, cette personne dont la liberté ne doit être entravée par nulle autre.


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 1er décembre 2008 22:53

         Léon, moi aussi j’ai lu Libération.


      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 22:58

         Christophe, je ne sais pas si je me livre à un détournement, mais vous vous excellez dans les propos obscurs et abscons : La liberté des Lumières est une liberté métaphysique qui permet par transcendance la liberté physique. On dirait du Badiou ou du Bourdieu, un langage fait pour impressionner vos interlocuteurs, que par ailleurs vous admonestez de lire tout Machin ou tout Bidule faute de quoi ils sont priés de remiser leurs opinions au vestiaire. Ce sophisme porte d’ailleurs un nom, il faudra que je le recherche. Bon, avec mon intelligence limitée, je suis bien en peine de répondre à ce que je ne comprends pas. Tiens, n’est-ce pas la définition d’inepte ? Dépourvu de sens ....
        Leon. Vous avez raison sur une des raisons du succès de l’Islam en Inde. Ce qui n’empêche que vous vous livrez à un exercice bien connu, l’excuse par les circonstances. Exercice bien connu dans l’historiographie marxiste de 1793 et du goulag. Un recyclage, ou un automatisme ? Hum, je sens que vous allez dire que je vous "gonfle".... smiley


      • Christophe Christophe 1er décembre 2008 23:19

        @Cosmic Dancer,

        Nous sommes d’accord sur votre conclusion. Quoique le corps est au service de l’esprit dans le sens où nos actions sont dictées par ce que nous pensons.

        Mais ce ne sont nullement les propos du Péripate ; je vais devoir écrire un article sur la pensée physiocratique et son évolution dans notre histoire, car peu de personnes connaissent réellement l’origine des valeurs de liberté et propriété prônaient par ce courant qui fût déterminant au XVIIIème et XIXème siècle par leurs positions de pouvoir. Ils ont influencé nombre d’économistes ; j’espère que nous pourrons discuter sereinement sur ce sujet.

        La philosophie est pour ma part essentielle à la profondeur du raisonnement, elle permet aussi de se méfier de la dialectique qui tend à transformer le sens des mots pour les tordre à notre convenance.

        Lisez mieux le Péripate. Je suis d’accord avec lui sur un point ; le poids trop important de l’Etat tend à restreindre les libertés individuelles. Par contre, cela ne signifie pas qu’il faille le détruire, il faut le contrôler ; c’est essentiel en démocratie. Je ne partage pas plus le texte qu’il a mis en évidence émanant de Bastiat. Certes, l’homme n’est ni un ange ni un démon ; mais Bastiat prône la disparition de l’Etat pour laisser place à une oligarchie ; prenant pour référence la tendance humaine à vouloir dominer (par l’Etat) mais omettant d’appliquer cette même tendance aux possédants. Nous retrouvons là l’un des fondements de la pensée physiocratique.


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 1er décembre 2008 23:35

         @ Christophe

        Merci d’avoir rectifié l’orthographe de mon nom. A mon tour de rectifier le sens d’un accord. Non, le corps n’est pas exactement au service de l’esprit. Lorsque je marche, je ne pense pas de la même manière que lorsque je suis assise devant l’écran de l’ordinateur. Lorsque je souffre physiquement, mon corps impose à ma psyché son rythme et ses douleurs (je précise que ce "je" est impersonnel en l’occurrence), donc à ma pensée sa couleur et son souffle. Je ne dissocie pas l’esprit du corps, ils ont selon divers paramètres une influence plus ou moins prégnante sur l’autre.

        Quant à vos affirmations sur ce que vous considérez comme l’énonciation d’un dogme et une torsion intellectuelle de la part de Péripate, je suis en total désaccord avec vous. Je veux bien, en revanche, lire un article sur les physiocrates et bien sûr nous pourrons discuter sereinement, comme à l’accoutumée.


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 1er décembre 2008 23:43

         J’ajoute que si les actes sont guidés par une pensée, hormis bien sûr les réflexes (qu’est-ce que vous en faites ?), la vie d’un corps n’est pas uniquement constituée d’un ensemble d’actes qui se succèdent de manière raisonnable. La vie est déraisonnable et la plupart de nos actes, quotidiens ou essentiels, ne sont pas nécessairement décidés par une pensée construite préalable, mais par l’instinct, par la sensation, par le besoin physiologique...


      • quen_tin 1er décembre 2008 23:43

        @peripate

        Peu m’importe que vous critiquiez l’état dans sa forme actuel. Je ne suis pas là pour le défendre et j’estime qu’il est loin de remplir pleinement son rôle. Je me borne à constater que le système libéral est fondamentalement limité, puisqu’il n’optimise que la gestion des biens et marchandises.

        Vous citez les restos du coeur et le secours catholiques, qui sont deux associations à but non lucratif. A but non lucratif, pour rappel, signifie qu’elles sont encadrées par la loi, ce qui empêche les membres de ces associations de les utiliser pour s’enrichir à titre personnel. Il s’agit là d’une injuste atteinte à leurs libertés, vous en conviendrez... C’est pourtant à ce prix qu’elles peuvent échapper au marché (Gageons que sans ces conditions les propriétaires de ces associations les auraient vite détournées à leur profit. Citez moi une entreprise privé du même acabit.)

        De plus ces deux associations sont en partie financées par les collectivités. C’est donc là un excellent exemple pour appuyer... mon article !
        Je vous en remercie.

        Effectivement, vous avez raison, l’économie bénévole et caritative, à travers le milieu associatif, est la seule qui puisse s’opposer au pillage de notre capital commun par les forces privées. Cependant cette économie est loin d’être suffisante et manque cruellement de moyens. De plus ne nous voilons pas la face : le milieu associatif ne fait que réparer les dégâts du capitalisme.





      • Le péripate Le péripate 1er décembre 2008 23:58

         Mais tout est encadré par la loi, les associations, comme les entreprises, comme, normalement, les administrations ! Difficile de faire de ce critère un discriminant. Et ces associations sont bien des initiatives privés, qui, ne nous voilons pas la face ( smiley ), réparent les dégâts, non pas du capitalisme qui a enrichi l’humanité comme jamais dans auparavant dans l’histoire, mais bel et bien de l’ultra-étatisme qui exclut, rançonne, spolie, gaspille, dilapide. Un peu de lucidité ne nuirait pas.


      • Christophe Christophe 2 décembre 2008 00:55

        @Cosmic,

        Qui vous certifie que la pensée est obligatoirement raisonnable ?

        Pour les réflexes, en effet, certains sont plus des réactions corporelles, mais pas tous, enfin selon Pavlov ! smiley

        Pour Péripate, je ne partage pas son point de vue qui consiste à laisser croire que la liberté n’est motivée que par le désir de possession. C’est, à mon sens, le message de sa posture. Que vous ne partagiez pas cette critique n’y change rien !


      • Le péripate Le péripate 2 décembre 2008 07:21

         Christophe. Vous déformez ce que j’ai écrit. Aussi, bien qu’il soit prétentieux de se citer, revoici : Le Droit de posséder sa propre vie est donc le droit d’exécuter les actions qui permettent son engendrement et son entretien. C’est ceci que l’on peut nommer liberté, et c’est ceci qui a pour conséquence le droit de propriété.

        Très désagréable de voir ses propos déformés.... C’est pourtant en français simple et intelligible. Trop pour vous, certainement.

        Allez, bonne journée.


      • Christophe Christophe 2 décembre 2008 08:39

        @Péripate,

        Je sais ce que vous dites ; il y a longtemps que j’ai lu ce lien.

        Savez-vous penser par vous-même sans plagier mot pour mot ce que d’autres ont écrit ?

        Et vous donner des leçons de liberté ?


      • sisyphe sisyphe 2 décembre 2008 09:12

        Et si vous pensez que le droit de propriété est un concept artificiel, c’est que vous n’avez rien compris. Il est tout au contraire universel.

        Totalement faux. 
        Ce qui est universel, c’est le domaine public, le "gratuit". 
        La nature existe et produit des richesses pour tous ; elle les renouvelle gratuitement. 
        La propriété privée est une appropriation du gratuit, pour en tirer un bénéfice personnel, et donc le soustraire aux autres. 
        Le libéralisme ne supporte pas le gratuit ; il le nie. 
        Pour lui, tout doit avoir une valeur ; celle de l’offre et de la demande. 
        De là, naissent les inégalités, la domination, l’exploitation, l’injustice. 

        L’homme ne vit pas seul.
        Nous vivons en collectivité. 
        Pour faire respecter les droits de chacun, en collectivité, il faut une justice, et des lois. 
        Ces lois ne peuvent être édictées que par un organisme représentant l’intérêt collectif ; de ce point de vue, on n’a pas trouvé mieux que l’état démocratique ; où les représentants de la collectivité sont choisis et élus par elle-même, pour préserver l’intérêt de tous et le bien public. 

        Le libéralisme s’approprie le vivant et le privatise, ce qui est un vol. 



      • gdm gdm 2 décembre 2008 09:12

        @Léon,
        Le mot "holiste" s’applique à une philosophie politique et non pas à une société. Le holisme consiste à considérer qu’une société disposerait, a priori, d’une réalité analogue à la realité d’une personne humaine. C’est à dire que la "société" disposerait d’un pouvoir d’une "pensée", d’un pouvoir de décision, de "choix". C’est ainsi que certains soutiennent la pertinence du concept de "pouvoir du peuple", de "choix du peuple", ou de prétendue incarnation du "peuple" dans cette institution qui est l’Etat. 
        L’individualisme méthodologique refuse cette hypothèse du holisme et considére que toute société résulte d’un certain nombre d’actions humaines individuelles. 

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