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Esprit d’entreprise et université

Personne ne m’a encouragé durant mon parcours scientifique universitaire à l’innovation et à l’esprit d’entreprise. Motus sur l’importance de l’innovation au sein de notre économie, principale pourvoyeuse des emplois de demain ; motus sur les financements des start-ups et de l’entreprise : prêts d’honneur, business angels, capital risque ; motus également sur la protection et la valorisation de la propriété intellectuelle. Un cours de comptabilité générale relatif à la vie de l’entreprise m’a certes été enseigné mais vous m’accorderez que c’est bien peu pour avoir suscité en moi une quelconque vocation ou m’avoir éclairé un tant soit peu sur la création d’entreprise.

De manière plus générale, je pense que la conception universitaire de notre société emprisonne les futurs diplômés dans une seule alternative : le salariat. Son rôle, au contraire, est de laisser la possibilité aux individus de réaliser un vrai choix, et nécessite de promouvoir la liberté d’entreprendre comme un droit fondamental de notre démocratie.

Pourquoi les créations d’entreprise seraient-elles l’apanage des diplômés des grandes écoles ? Comment réveiller l’esprit d’innovation et a fortiori, la création d’entreprise au sein de l’université ?

  • L’innovation, principale pourvoyeuse des emplois de demain

La « destruction créatrice » de Schumpeter qui permet de régénérer le tissu productif d’un pays est l’un des fondamentaux de notre économie moderne : sans cesse, des activités disparaissent, tandis que d’autres apparaissent sous l’impulsion de « [...] nouveaux objets de consommation, de nouvelles méthodes de production et de transports, de nouveaux marchés [...], … » (1). Aussi, il est légitime de s’interroger sur l’équivalent en France de sociétés américaines telles que Microsoft, Google ou Amazon ; quelles seront dans notre pays, les prochaines sociétés innovantes pourvoyeuses d’emplois ?

L’exemple des États-Unis est saisissant : une étude du bureau américain des statistiques révélait que l’essentiel des emplois créés depuis 1980 était dû aux start-ups. En France, les PME sont responsables de la grande majorité des créations d’emplois sur le long terme. Alors qu’entre 1985 et 2000 les entreprises de plus de 3000 salariés n’ont pas créé d’emploi, les entreprises de moins de 500 salariés ont créé 85 % des emplois (1,8 million sur 2,2 millions au total) (2).

Même s’il faut toujours se montrer extrêmement prudent lorsqu’il s’agit d’établir des comparaisons entre deux pays, on peut néanmoins avancer que favoriser la création d’entreprises innovantes est une nécessité pour combattre le chômage de masse.

  • Les étudiants des grandes écoles sont favorisés

Les étudiants de l’enseignement supérieur sont majoritairement issus de l’université. À la rentrée 2007, 2.228.000 étudiants étaient inscrits en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer ; moins de 300.000 étudiants étaient inscrits dans les écoles de commerce, les écoles normales supérieures ou les grands établissements.

Or, plus qu’ailleurs, l’esprit d’entreprise est davantage encouragé dans ces filières. HEC propose par exemple, différentes formations de ce type : “Stratégie et innovations”, “Business plans et Business models”, “Management de l’innovation”. L’Ecole Centrale de Paris a créé en 2001 son incubateur d’entreprise qui a permis à 9 entreprises innovantes de se développer. Les étudiants des grandes écoles sont ainsi les plus sensibilisés à l’esprit d’entreprendre.

Si on souhaite maximiser nos chances de disposer de sociétés d’envergure, l’esprit d’entreprise et l’innovation doivent être étendues à tous les étudiants de l’enseignement supérieur. Le développement de ce type d’entreprise est par nature incertain et beaucoup ne dépassent pas le stade de la preuve de concept technique : plus il y aura de projets, plus nos chances seront grandes.

  • Placer l’innovation et la création d’entreprise au cœur des prérogatives universitaires

L’enjeu est de créer un cadre particulier au sein de l’université qui favorise la stimulation intellectuelle et l’innovation pour concevoir les Google et FaceBook de demain ; la finalité de l’université est incontestablement de former les étudiants à un métier mais elle doit également les amener à ouvrir les yeux sur les différentes possibilités offertes par notre société et promouvoir notamment la liberté d’entreprendre.

Plusieurs actions peuvent être menées. Inscrire un cours d’ « économie générale » à toutes les filières notamment scientifiques est un préalable. Les différentes problématiques de la vie quotidienne des entreprises y seraient abordées : propriété intellectuelle, innovations et nouvelles technologies, business models, fonctionnement et financement des entreprises. L’objectif est de réveiller la créativité des étudiants et leur donner les moyens intellectuels et techniques de la concrétiser.

Ensuite, la mise en place de structure de contact entre le monde universitaire et l’univers économique et civile doit être développée pour faire remonter les besoins et orienter les projets qui jalonnent les parcours universitaires sur des réalités concrètes. Il faut encourager un partenariat fort entre les différents acteurs de l’économie d’une région ; entreprises, start-ups, pôle de compétitivité, laboratoires de recherche et universités doivent former un même tout.

Enfin, il est urgent d’augmenter les dépenses consacrées à l’enseignement supérieur. Elles restent faibles comparées à celle des autres pays de l’OCDE : 10668 dollars dépensés en 2004 pour un étudiant français contre 15225 dollars pour un étudiant danois. Nos dépenses sont inférieures à la moyenne des pays de l’OCDE qui s’élève à 11100 dollars : c’est trop peu pour accompagner les étudiants dans leurs démarches. Ouvrir davantage les universités à des capitaux privés est également une piste à développer. Donner davantage d’autonomie à l’université vis-à-vis du centre est une piste à concrétiser : il est en effet stratégique de laisser l’université faire ses propres paris.

Au-delà des nombreuses réactions suscitées par le projet de loi relatif à l’autonomie des universités, l’essentiel à mes yeux est de changer les mentalités de la majorité des étudiants français en prônant une culture d’initiative et de risque au service de notre économie moderne. C’est là un chantier à mener pour combattre le chômage de masse.

(1) Capitalisme, socialisme et démocratie - Joseph SCHUMPETER, 1942

(2) Le financement des PME - Grégoire Chertok, Pierre-Alain de Malleray et Philippe Pouletty - La Documentation française. Paris, 2009

par Raphaël (son site) jeudi 20 août 2009 - 27 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Deneb (xxx.xxx.xxx.73) 21 août 2009 09:38
    Deneb

    Aucune formation ne peut rendre capable d’innover. Pour innover, on doit plutôt tout oublier.

    Il y a 20 ans, qui parierait un kopek sur Google, la boite où tout est gratuit ? Aucun "business model" n’est pertinent ; c’est pourtant ceux-là que l’on apprend dans les HEC et autres prestigieuses ecoles. Pour s’en sortir aujourd’hui, il faut faire preuve de passion et d’imagination, que l’école n’enseigne pas, elle aurait plutôt tendance à les occulter et les combattre.

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 20 août 2009 14:54
    Voltaire

    Un bon article qui souligne effectivement l’une des lacunes de notre système d’enseignement universitaire.
    Ce manque de culture et d’enseignement complémentaire est d’autant plus domageable qu’en réalité les diplômés de l’université qui osent franchir le pas réussissent en général fort bien dans la création d’entreprise, le milieu universitaire demandant de l’autonomie et de la "débrouillardise" qui sont des compétences utiles à la création. Mais il est vrai que le gout du risque et de l’entreprenariat est peu valorisé.

    Les propositions de l’auteurs sont intéressantes ; il faut rajouter l’opportunité très rarement utilisée par les universités d’accueillir des start-up sur les campus, alors que cela permettrait aux entrepreneurs de rester en contact avec les laboratoires, peut servir d’incubateur d’entreprise à coût peu élevé et permettrait aux étudiants d’acquérir une culture entrepreunariale plus facilement

  • Par Rage (xxx.xxx.xxx.129) 20 août 2009 16:18
    Rage

    Bonjour,

    Voilà un article intéressant !

    Je partage dans les grandes largeurs ce qui est analysé et proposé. Effectivement, la vraie différence entre l’université US et FR, c’est clairement la relation à l’argent, à l’économie.

    En France, il y a un vrai blocage, culturel, idéologique ou tout simplement fonctionnel (les profs sont des chercheurs qui ne connaissent pas le monde privé) qui évincent toutes les questions liées à l’argent.

    Ainsi, un scientifique apprend des tas de choses techniques mais sans aucun éclairage économique : libre à lui, à la sortie, de s’improviser d’un coup d’un seul, comptable, gestionnaire de patrimoine ou investisseur.

    Il y a donc d’une part ce vrai problème de "fond", où l’on sépare droit/économie/technique là où 95% des emplois nécessitent de maitriser les 3 composantes à haut niveau (Bac+5).
    D’autre part, il y a un autre problème beaucoup plus "ségrégateur" : entreprendre c’est aussi avoir des finances pour le faire.

    Ainsi, là où aux USA un jeune invente google dans son garage et vit d’une bourse ou d’un emprunt étudiant, en France, le jeune bosse pour vivre et ne dispose de pas grand chose voire de rien pour "lancer" son activité.
    L’université doit laisser place à des incubateurs, des pépinières, bref des lieux où les idées peuvent s’exprimer : il s’agit simplement de mettre à disposition pour un temps donné, locaux, moyens, connections qui permettront à l’activité de démarrer. Pourquoi pas un prêt conditionné : si ça marche, remboursement, si ça casse, prise en charge par l’université pour le "fonctionnement" ? Pourquoi pas même un % au capital ou un % aux brevets de la boîte pour "retour" pour l’université ?

    Je pense qu’il nous faut inventer des choses qui n’existent pas, notamment pour éviter qu’entrepreuneuriat rime avec reproduction de modèle familial.

    Je ne vois pas comment on peut se "lancer" sans un minimum de connaissances éco et un minimum de financements : ce sont ces 2 composantes qui manquent à l’université, en science, et encore plus en sciences humaines.

    Enfin, c’est vrai, la fac forme au "salariat" : si déjà elle forme à un métier, c’est rare, mais former à prendre des risques, elle ne sait pas faire... la fac fait du général et gère de la masse qui doit trouver des cases.... c’est une grave erreur de perspective qui amène à gérer à courte vue.

    Il y a tant à dire sur l’université... et sans aucun doute un levier fondamental de progrès à actionner pour le pays... faut-il encore que les gouvernements n’est pas peur des universitaires et autres "intellectuels diplômés"...

  • Par meta-babar (xxx.xxx.xxx.122) 21 août 2009 04:27

    J’ai fais des etudes scientifiques a la fac pour NE PAS avoir les cours que vous citez. Rien ne me fais plus ch*** que tout ce bullshit sur l’innovation etc... Je trouve tres bien que certains s’y interessent mais je regrette qu’en lisant votre article, on ait l’impression qu’il est scandaleux de faire de la recherche sans s’interesser a l’argent ou a la rentabilite.
     
    une conference en 4 parties a regarder jusqu’au bout :
    http://www.dailymotion.com/relevanc...

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