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Accueil du site > Actualités > Economie > Europe : La montée des nationalismes

Europe : La montée des nationalismes

Nous avons eu l’année dernière la commedia dell’arte de l’italianité du secteur bancaire italien à l’occasion de la tentative de prise de contrôle manquée de la Banca Nationale del Lavoro par la banque espagnole BBVA et de celle de la banque neérlandaise ABN Amro qui, elle, a réussi contre je ne me souviens plus quelle banque italienne. Tout ceci a fini par valoir sa place au directeur de la Banque d’Italie, Antonio Fazio, pourtant nommé à vie. La même italianité était aussi apparue dans le cas de la prise de participation d’EDF dans l’italien Edisone et s’était traduite par une loi annulant en quelque sorte les droits de vote d’EDF à l’Assemblée générale d’Edison.

Côté français, nous avons eu droit en 2004 à la renationalisation partielle d’Alstom pour sauver l’entreprise de la faillite ou de la reprise par Siemens. Déjà, à l’époque, l’Etat, en la personne de Nicolas Sarkozy, avait fait preuve de nationalisme appuyé pour garder Alstom dans le giron français. En 2005, nous avons eu droit au psychodrame de la rumeur d’OPA de Pepsi Cola sur Danone, qui a secoué la classe politique. Puis est arrivée l’OPA de Mittal sur Arcelor qui a provoqué des réactions excessives de "patriotisme économique", comme Dominique de Villepin l’appelle.

Le summum est arrivé la semaine dernière avec la mention d’une possibilité d’OPA de l’Italien Enel sur le groupe français Suez. En deux jours nos hommes politiques ont trouvé la parade extraordinaire de fusionner Suez, société privée, avec la société publique Gaz de France, ce qui nécessite pas moins qu’une nouvelle loi pour autoriser le gouvernement à privatiser GDF !!!

En Espagne, tant que les sociétés espagnoles ont pris le contrôle de sociétés d’autres pays européens, l’Etat espagnol n’a rien trouvé à redire. Puis est venue l’OPA de l’Espagnol Gas Natural sur l’autre Espagnol Endesa. Pas d’objection de l’Etat espagnol à ce regroupement. Et puis c’est l’Allemand E.ON qui lance une contre-offre sur Endesa. Et là, aussitôt, un violent réflexe "d’hispanité" se fait jour dans la réaction du gouvernement espagnol.

Alors je pose la question : comment peut-on en même temps se proclamer européen, se féliciter de l’émergence de champions européens sur le marché mondial, et défendre des notions d’italianité, de francité, de patriotisme économique ou d’hispanité, dès qu’un de ses champions nationaux est menacé par un autre européen ? En se félicitant d’ailleurs rigoureusement, en même temps, des prises de contrôle de sociétés de leurs pays sur des sociétés européennes ou étrangères en général. Je comprends parfaitement la défense des sociétés françaises ou italiennes ou espagnoles, mais il y a quand même une énorme incohérence à promouvoir l’Europe auprès de ses peuples respectifs tout en en refusant les conséquences pratiques à la première occasion.

Il y a quand même en Europe quelques contre-exemples qui montrent que dans certains pays, la prise de contrôle de sociétés nationales majeures par des sociétés d’autres pays européens n’est pas tabou. Je citerai la prise de contrôle de HVB, la caisse d’épargne allemande, par l’Italien Unicredito, ou celle de l’Anglais Abbey National par l’Espagnol Banco Santander.

Cette montée des nationalismes n’est-elle pas contraire à l’ambition des pays européens, depuis 50 ans que le traité de Rome a été signé ? Après le non/nee franco-néerlandais à la constitution européenne,est-ce que nous ne sommes pas en train de tourner progressivement le dos à cette grande ambition de nos parents ? Est-ce que nous ne sommes pas en train de détricoter peu à peu ce fameux traité de Rome ?


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11 réactions à cet article    


  • roland (---.---.246.62) 28 février 2006 12:45

    Un autre aspect de la fusion Suez/Gdf est interessant : c’est une avancée dans la privatisation vue de Gdf( l’Etat tombe en dessous de 50%)mais c’est aussi une renationalisation vue de Suez(l’Etat français et ses satellites qui ne détenaient que 15 à 18% du capital en auront désormais plus de 34% avec la minorité de bloquage et peut être même une « golden share »). La vérité est sans doute que l’on sera beaucoup plus près de la renationalisation que l’inverse.Un capital verouillé, une direction par de grands commis de l’Etat et des tarifs intérieurs français, tant pour le gaz que pour l’électricité, décidés par le gouvernement.On est assez loin des marchés libres et de la concurrence d’autant plus que les réseaux d’énergie en Europe semblent très mal interconnectés et qu’il ne sera sans doute pas possible de si tôt qu’Endesa,Eon ou RWE viennent proposer leurs services aux clients français. Alors nationalismes : oui, étatismes : oui et la grande et belle idée européenne en recul de nouveau : OUI !


    • Antoine (---.---.20.201) 1er mars 2006 00:27

      Bonsoir,

      Il ne s’agit pas de nationalisme mais de stratégie.

      En effet, le secteur énergétique est STRATEGIQUE !

      Le nucléaire belge dont Suez était le gros actionnaire dépend maintenant complètement de la politique énergétique française (Rappel : Electrabel le fournisseur et producteur d’électricité belge a été absorbé par Suez qui lui mme fusionne maintenant. De plus, Electrabel était assis sur une montagne de liquidités destinée en partie à l’assainissement des sites nucléaires belges lorsqu’il seront en fin de parcours et le gouvernement belge imposera sans doute ou surement le nettoyage des sites).

      Les enjeux sont importants. A la veille d’une crise énergétique sans précédent, la France ne peut pas se permettre le risque de voir filer l’industrie énergétique ailleurs. Finalement, je me félicite qu’une solution a été trouvée pour « protéger » l’avenir de ce secteur.

      On peut rgretter la concentration capitalistique possible concernant Arcelor/Mittal et parler aussi de protéctionnisme national. Sauf qu’Arcelor héritière de l’Arbed(Luxembourgeoise), de l’industrie lourde de Lorraine et des haut-fourneaux belges est transnationale et donc européenne. Mais là aussi, ne serait-ce pas un secteur traditionnellement stratégique ?

      Des fonds de placement us avec des capitaux émiratis ont racheté des entreprises de matétiel militaire en Allemagne. Sont-elles stratégiques ces entreprises s’il faut les voir avec les yeux d’un européen ? Pour moi, la réponse est oui !

      Le nationalisme n’est pas là. Si le capital européen était plus puissant nous pourrions dévellopper des industries dans le cadre et projet européen.

      S’il y a nationalisme en Europe, voyons plutôt les tentatives d’émancipation des Ecossais, Basques, Aragonais, Flamands et peut être Breton ou encore Corse. Voyez le nord de l’Italie ....

      Et donc, pour moi, seule l’Europe « nationaliste » doit exister si nous voulons tous ensemble faire face à la mondialisation.

      Notre coeur pourrait se fendre un jour de nous trouver démunis de notre excellence.

      Bien à vous.


      • c florian (---.---.162.39) 1er mars 2006 11:28

        et danone est dans un domaine strategique ?

        on accepte la mondialisation et l’europe, mais seulement quand ça nous arrange. que le patron d’arcelor soit français ou indien, pour moi, cela ne change rien. de meme, que suez soit italien ou français, je ne pense pas que les belges y voient une grande différence. les entreprises ont pour objectif essentiellement de gagner de l’argent. les grands patrons se foutent totalement des pays, ils ne reflechissent pas en terme de nationalite, mais de capitaux, de benefices. les politiques ont surtout peur de perdre de leur pouvoir qui est beaucoup illusoire en ce qui concerne le secteur privé.


      • www.jean-brice.fr (---.---.148.199) 1er mars 2006 18:11

        Cette montée des nationalismes n’est que la conséquence d’une mondialisation et de la politique européenne menée à ce jour : en détruisant systématiquement les nations, la commission a une responsabilité énorme dans la situation actuelle...


        • (---.---.62.177) 1er mars 2006 18:53

          La responsabilité est de ceux qui ont cru qu’on peut créer une entité géografico-politique concrète à partir de considérations intellectuelles abstraites.

          Or, l’appartenance à un pays, à une région, à un peuple, c’est fondamentalement une question de tripes. Et pas de ciboulot

          Tous les vrais* patriotes le savent d’instinct.

          C’est pour ça que leur Europe est foutue d’avance...

          * Pas le genre « patriote » communiste « français » qui, après avoir été collabo jusqu’à l’os, entre en résistance quand les Nazis attaquent la Bolchevie.


          • Derry (---.---.5.120) 2 mars 2006 13:26

            « Tous les vrais* patriotes le savent d’instinct. »

            C’est justement aux patriotes que nous devons toutes les jolies guerres de ces 250 dernières années en Europe.

            Sans une Europe unifiée les pays comme la France ne valent plus un clou (idem pour les autres pays européens).


          • Derry (---.---.5.120) 2 mars 2006 13:29

            « Or, l’appartenance à un pays, à une région, à un peuple, c’est fondamentalement une question de tripes. Et pas de ciboulot »

            Si un jour on devait créer une « république européénne » crois-tu que les parisiens se sentiraient moins parisiens ? Ceci est valable pour les autres villes ou régions.

            Notre identité se construit par couches successives, l’identité européenne n’enlève pas les autres. Stop la mauvaise foi.


          • Derry (---.---.5.120) 2 mars 2006 13:36

            Et pour être tout à fait clair sur mes propos :

            Je deteste l’union européenne car elle sanctuarise nos nations. Elle nous empêche de dépaser nos clivages et idées préconçue. Lorsque nous aurons dépassé ce stade nous pourrons lancer de vrais projets de société (efficaces, cohérent et homogènes, tout ce qu’il nous manque).


          • c florian (---.---.200.77) 1er mars 2006 19:45

            on ne sait pas trop encore se positionner entre l’europe des nations et l’europe des individus. le terme de nation est né au XVIII° siecle et s’est développé jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. appartenir à une nation équivaut à appartenir à un même groupe, avec des valeurs communes. l’évolution du monde fait que la nation perd peu à peu sa valeur, d’autant plus que c’est une valeur principalement europeenne. de plus en plus les gens voyagent, vivent à l’étranger, les frontieres s’ouvrent, les cultures se melent. cette évolution fait peur avec une augmentation du repli sur soi. on tatonne, ne sachant pas trop ou aller. on avance petit à petit en attendant que le peuple soit pres pour la baisse du pouvoir de l’etat.


            • wwww.jean-brice.fr (---.---.135.72) 3 mars 2006 19:12

              LA DEMOCRATIE NE PEUT SE DEVELOPPER HARMONIEUSEMENT QUE DANS LA NATION . TOUT LE RESTE N’EST QU’ILLUSION...


              • www.jean-brice.fr (---.---.170.229) 10 mars 2006 18:33

                C’est parce que les élites actuelles dévalorisent la NATION, qu’il y a poussée de nationalisme : ne pas confondre nationalisme et patriotisme.

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