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Accueil du site > Actualités > Economie > Europe : qui veut jouer aux dominos ?

Europe : qui veut jouer aux dominos ?

La Hongrie a tout récemment dû procéder à une hausse de 3 % d’un coup de ses taux d’intérêt dans une tentative quasi désespérée de lutter contre les fuites de capitaux. Ce resserrement substantiel de sa politique monétaire pourrait avoir néanmoins un impact nocif sur l’ensemble des pays d’Europe centrale et, même au-delà, sur certains autres pays européens n’appartenant pas à la catégorie des nations européennes encore affublées du qualificatif d"émergeantes"...

La quête frénétique de capitaux pourrait en effet contraindre d’autres pays à remonter leurs taux, laissant une saveur amère qui rappelle étrangement la crise asiatique de 1997 !

Le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne sont au chevet de ces pays menacés en leur prodiguant force liquidités dans le but principal d’enrayer une spéculation qui exerce une pression baissière violente à l’encontre de leur devise nationale respective, le Forint hongrois étant l’exemple le plus douloureux pour le moment.

Dans cette lutte entre taux d’intérêts susceptibles d’attirer les capitaux et devise nationale en dépréciation, le danger de contamination est bien réel. Effectivement, si la Hongrie a été la première victime du fait de sa mauvaise gouvernance économique, les prochains dominos à s’effondrer pourraient bien être et dans le désordre :

- la Roumanie dont la notation de la dette a été rabaissée par l’agence Standard & Poors au 27 octobre dernier au rang de "junk", c’est-à-dire de papiers-valeurs hautement spéculatifs et sans grande valeur intrinsèque ;

- la Bulgarie, dont les banques ont unilatéralement interrompu tous prêts hypothécaires, et qui entretient un déficit commercial sans précédent équivalent à 21,5 % de son PIB ;

- la Serbie où sont également arrivés les responsables du FMI, le 28 octobre dernier, inquiets de son déficit commercial équivalent à 13 % de son PIB ;

- la Croatie aussi active que la Hongrie dans des prêts hypothécaires libellés en francs suisses consentis à sa population faisant ainsi d’elle un candidat - au même titre que la Hongrie - à une dévaluation monétaire ;

- la Pologne qui subit un ralentissement de ses exportations industrielles aggravé par une dette gouvernementale de 45 % du PIB et qui pourrait être le plus important pays d’Europe centrale à vaciller, avec les conséquences que l’on imagine notamment pour l’Allemagne qui en est un des principaux partenaires commercial et financier ! ;

- la République tchèque qui, bien qu’étant le meilleur élève d’Europe centrale, serait durement affectée par une crise économique régionale du fait de sa très forte dépendance aux exportations (76 % de son PIB !) ;

- les Etats baltes qui ont tout récemment vu leur notation également rabaissée par Standard & Poors qui souhaitait ainsi alerter les créanciers sur une éventualité de défaut de paiement ;

- l’Autriche dont les géants bancaires Bawag, Volksbank et Creditantstalt réalisent 35 % de leurs profits en Europe centrale ;

- l’Italie également très impliquée dans l’ensemble de la région balkanique et d’Europe centrale avec UniCredit et Intesa dont les cotations ont du reste été suspendues à la bourse italienne le 28 octobre dernier du fait de pertes excessives ! L’exposition de la finance italienne étant bien sûr aggravée par les faibles fondamentaux italiens : le pays entretient en effet une dette extérieure qui atteint 104 % de son PIB ! ;

- même situation difficile pour la Grèce fortement implantée dans la région avec une dette extérieure à 90 % de son PIB ;

- la Suède qui a garanti, il y a quelques jours, les prêts entre banques et aux PME à hauteur de 150 milliards d’euros du fait de l’énorme exposition de son milieu d’affaires aux Pays baltes. En effet, un défaut éventuel de l’Estonie ou de la Lettonie constituerait une véritable catastrophe pour la Suède car les créances des banques suédoises vis-à-vis de ces deux pays dépassent 100 % de leur PIB respectif...

Dans un tel contexte hyper sensible, on comprend l’énormité du soutien totalisant 20 milliards d’euros accordé par le FMI, par l’Union européenne et par la Banque mondiale à la Hongrie le 29 octobre dernier : il s’agit-là en effet du plan d’urgence le plus substantiel à être conjointement accordé par ces trois institutions depuis le déclenchement de la crise. 


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11 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 3 novembre 2008 12:36

    Toujours intéressant, M Santi. Ce que vous décrivez ici est une étape du processus dépressionnaire classique. Il fut une époque récente où les marchés mondiaux abondaient de liquidités ... virtuelles. Elles disparaissent et la marée se retire. Dans un processus de déflation massive, l’argent devient rare et cher. Les monnaies de réserve ont donc l’air d’augmenter de valeur. Ca va durer le temps de la correction. Et puis l’impact de la planche à billets se fera sentir, et l’en engagera la phase de récession hyperinflationniste. Ce qui semble démontrer le scénario déflationniste aujourd’hui est que malgré toutes les interventions les quantités de crédits et de nouveaux crédits continuent à baisser.

    Maintenant que, contrairement à tout ce qu’ont raconté le FMI, l’OCDE et la WB depuis 30 ans avec leur si belle "théorie du découplage", les émergents sont frappés, il faut regarder avec de plus en plus d’attention ce qui va se passer en Chine, si tant est que l’on puisse le savoir. Le coeur de la crise politique devrait s’y trouver.


    • Céphale Céphale 3 novembre 2008 20:39

      D’accord, Forest Ent : le rôle de la Chine sera prépondérant. Sa balance commerciale avec les Etats-Unis est excédentaire de 250 milliards de dollars. Le chiffre va diminuer, c’est sûr, mais l’économie chinoise va-t-elle en souffrir beaucoup ? Une autre donnée est imprévisible : la Chine va-t-elle continuer à acheter des bons du trésor américain pour placer ses économies ? Si elle ne le fait pas, le cours du dollar s’effondre. Jacques Attali prévoit qu’elle continuera de le faire, dans son propre intérêt.

      La Chine, c’est la corde qui soutient le pendu.


    • Gandalf Tzecoatl 3 novembre 2008 21:20

      Tous pendus par la Chine ? Laissons les assumer leur prépondérance mondiale, militaire, économique, étatique, afin de laver les horreurs bushiennes.

      L’occident lave plus blanc que blanc.


    • Forest Ent Forest Ent 3 novembre 2008 21:41

      En Chine, l’info ne circule pas comme aux US. On sait vaguement qu’il y une sorte de krach immobilier larvé à cause de l’arrêt des investissements occidentaux, que la prise actuelle de commandes à l’export est la plus basse depuis 5 ans, etc ... Perso, je ne donne pas deux ans à la machine pour se retrouver les ressorts à l’air.


    • Gandalf Tzecoatl 3 novembre 2008 22:13

      Imaginons un PCC de droite et un PCC de gauche, c’est moins concentré.


    • dadou541 4 novembre 2008 14:57

      bonjour forest,

      Vous écriviez il n’ y a pas très longtemps que la Chine allait morfler. Quel scénario peut se dégager sachant que je plus j’en lis, moins j’ y vois clair.

      Concernant les CDS de Lehmann (dont vous disiez sur un post qu’on en saurait plus un lundi), un article de Jorion dans contrinfo semble préciser que l’état a dégonflé cette affaire. Partagez-vous cette idée ou avez-vous plus de news ?

      Un merci amical de votre mail de réponse aux petites gens


    • Booz Booz 3 novembre 2008 14:52


      Encore un de ses articles nazes fait de bric et de broc piochés dans la presse, mal assimilé (tu devrais acheter "la macro-économie pour les nuls") et auquel l’auteur n’arrive pas à donner un sens.

      Qu’est-ce que tu veux nous dire biloute ?


      • Gandalf Tzecoatl 3 novembre 2008 21:44

        Hey Booz, le rmi c’est fini, le rsa, y’a plus que ça, c’est pour devenir irche.


      • civis1 civis1 3 novembre 2008 15:08

        Après avoir bien confondu monnaie marchandise et capital et avoir oublié (y compris dans les programmes universitaires) le rôle économique primordial de la monnaie dans une production de type capitalistique au profit d’une circulation monétaire spécifique, celle de la monnaie de crédit , est-ce que ceux qui ont actuellement le pouvoir de changer un peu les choses recevront les bons conseils ? 
        La question du financement de l’accumulation et de ses avatars conjectuels ainsi que celle de l’ajustement -déajustement et des relations entre le réel et le monétaire restent posées. 
        Une étude et une théorie de la monnaie indépendemment du capital reste à construire sur la base d’une valeur : celle de la durée du travail.


        • Philou017 Philou017 4 novembre 2008 11:47

          Très bon article informatif. Merci, mr Santi.

          On peut se demander qui spécule ainsi que les monnaies, en ces temps où l’économie mondiale s’en passerait bien... Quelques opérateurs bancaires, renfloués à coups de milliards par nos chers gouvernants ? Il faut dire que si leurs profits baissent, ils seront durement sanctionnés par les traders, mesureurs avides des profits. Alors, tout est bon. C’est là qu’on voit l’immoralité et la stupidité du système dans toute sa splendeur. Ca me rappelle l’histoire du scorpion sur le dos de l’éléphant : je ne peux pas m’en empêcher ...
          Mais qui a pu mettre en place un tel système ? Sarkosy et DSK par exemple, aujourd’hui obligés de jouer les pompiers volants. Pourquoi avons-nous abandonné notre pouvoir de décision à ces tristes sires ?


          • Philou017 Philou017 4 novembre 2008 12:07

            "Ces nouvelles initiatives confirment l’engagement du FMI pour éteindre l’incendie de la crise financière, au prix d’un assouplissement de ses conditions.
            Les responsables politiques hongrois, tout comme des analystes, estiment que le pays est encore loin de l’effondrement et que son secteur bancaire est stable, après deux ans d’austérité. Toutefois le fort niveau d’endettement du pays et les attaques contre le forint sur le marché des changes, ont poussé la MNB à relever de trois points sont taux directeur, à 11,5%
            Deux autres pays, le Belarus et le Pakistan, ont également lancé un appel à l’aide au FMI, qui a annoncé que dans le contexte exceptionnel de la crise actuelle il pourrait assouplir ses conditions pour accorder son assistance."
            tempsreel.nouvelobs.com/speciales/economie/la_crise_financiere/2008102 7.OBS7902/le_fmi_accorde_une_aide_a_lukraine_et_a_la_hongrie.html
            "Le FMI a déjà apporté son soutien à l’Islande à hauteur de 1,65 milliard d’euros et l’Ukraine à hauteur de 13 milliards d’euros. Le FMI pourrait également soutenir le Pakistan et la Biélorussie."
            www.easybourse.com/Website/article/9432-la-hongrie-aidee-par-le-fmi-et-l-ue.php

            Qu’est-ce que je disais :

            "Le Premier ministre roumain Calin Tariceanu a annoncé lundi vouloir discuter avec ses homologues hongrois et polonais de l’adoption d’une position commune visant à prévenir les spéculations sur les monnaies locales.

            "Il faut avoir une position commune car il n’est pas normal que des banques soient sauvées de la faillite à l’aide de fonds publics et qu’ensuite les mêmes banques se lancent dans des opérations spéculatives sur la monnaie roumaine, obtenant ainsi des bénéfices au dépens du contribuable roumain", a déclaré M. Tariceanu lors d’une conférence de presse.

            "C’est une question de moralité, même si le capitalisme n’est pas moral par excellence", a-t-il ajouté."
            www.trader-forex.fr/actualite-forex/news-Roumanie-concertation-en-vue-pour-prevenir-speculation-sur-monnaies-locales-081103125703.bavcnn4p

            Moi, je propose qu’on laisse couler les banques, en nationalisant celles qui sont assez saines. Ca, ca serait moral....

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