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Accueil du site > Actualités > Economie > Exit Bretton woods !?!?

Exit Bretton woods !?!?

Les Européens veulent retourner à Bretton Woods refaire leurs devoirs. Les Étasuniens renâclent. Ils en ont tant profité pendant plus de soixante ans aux dépens du reste du monde ! Pour une fois ils devront baisser pavillon. Mais ce n’est qu’un début…

En pleine crise financière, le président Sarkozy proposa le mercredi 15 octobre au 27 membres de l’Union Européenne réunis à Bruxelles, de créer « un nouveau Bretton woods » et pour cela, de réunir «  un sommet international avant la fin de l’année, à New York, là ou tout a commencé  », après avoir déclaré : « L’Europe ne laissera pas cette crise sans conséquence  » .

Au nom de l’UE, accompagné de M. Barroso, Président de la Commission européenne, soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Gordon Brown, et au nom des 27 chefs d’État de l’Union, le président Sarkozy rencontre demain 18 octobre le président Bush pour le convaincre d’accepter un sommet mondial réunissant les membres du G8 et les chefs d’États des principaux pays émergents, Chine, Inde, et sans doute Brésil et Union Sud-africaine, ainsi que le nouveau Président des É-U, fraîchement élu.
L’objet de ce sommet est de dégager un consensus mondial sur une nouvelle organisation du monde financier, destinée à remplacer celle qui résulte des accords de Bretton woods de 1944, car son obsolescence est devenue évidente dès l’origine de l’énorme crise dans laquelle nous ont plongés l’impéritie des marchés financiers étasuniens et les tribulations du dollar.

Dans un éblouissant discours prononcé la veille, le vendredi 17, à la tribune de l’Assemblée Nationale du Québec, dans la capitale de cette province francophone du Canada, Nicolas Sarkozy a énoncé avec force et conviction la volonté de l’Europe de changer les choses, et de réformer la structure financière de la planète, pour que plus jamais celle-ci ne soit confrontée au tsunami qui la balaie depuis plusieurs semaines.

En l’écoutant, on pouvait aisément se faire une idée de la force avec laquelle il affirmera la conviction de l’Europe devant le président sortant des É-U. En choisissant de proposer un tel sommet peu de temps avant le départ de Bush, et peu de temps après l’élection de son successeur, il place à l’avance ses futurs interlocuteurs dans une position de faiblesse, dans la mesure où ils ne pourraient qu’entrer en contradiction l’un avec l’autre, ou alors, pour éviter une telle situation, se neutraliser l’un l’autre.

Avant d’examiner les grandes lignes de ce qui pourrait résulter de ce sommet mondial, je crois intéressant de présenter un court extrait d’un article que j’ai publié le 5 décembre 2007, qui rappelait ce qu’étaient les accords de Bretton Woods, et les conséquences géopolitiques qui en étaient résulté, et préfiguraient déjà l’issue à laquelle la conjoncture de l’époque conduirait :

« …, depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour résoudre les problèmes monétaires stagnant depuis 1929, mais considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis lors, sur les paiements internationaux. »

« Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis. Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue et aucune clause de révision n’y avait été insérée. »

« Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par contre, de son côté, le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $. »

« À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique. Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période. Incroyable exploitation ! »

« Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui portait pour la libération du fascisme hitlérien qu’il avait réussi, lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt. À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods. »

« Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences néga¬tives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme « aller dans la Lune » ou « guerroyer au Vietnam », l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak. »

« Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première. »

« Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré comme la référence monétaire pour toutes les transactions inter¬nationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer sans retenue. »

« Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remontera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé.
 »

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/

***
Ce sommet ne pourra, me semble-t-il, que faire apparaître en pleine lumière l’absolue nécessité d’enlever au dollar, c’est-à-dire aux États-Unis, le rôle de référence unique dans le traitement des échanges internationaux, comme d’ailleurs dans l’établissement des statistiques mondiales, les uns et les autres étant rendus erratiques par les fluctuations de cette devise, devenue incontrôlable.

Ce qui pouvait sembler relativement pragmatique à l’issue de la seconde guerre mondiale, puis difficilement acceptable une fois rétablies les économies des anciens belligérants, hors de propos à partir de 1972 quand le président Nixon détacha le dollar de l’or, et enfin irrationnel lorsque l’économie des É-U se mit à tanguer de façon aléatoire, notamment à partir de la crise de 1987, est devenu complètement incohérent et particulièrement dangereux dès lors que l’on mit en place une mondialisation des échanges, avec l’établissement de l’OMC en remplacement du GATT, le 1er janvier 1995. Ce qui vient de se passer dans le monde financier planétaire était donc prévisible dès cette date, mais personne n’a eu le courage de dire que le roi dollar était brusquement devenu impuissant (ou nu).

Faut-il utiliser une devise existante pour remplacer le dollar ? On parle souvent de l’euro, et j’ai moi-même pensé pendant un moment (et je l’ai même écrit), que la stratégie suivie par Jean-Claude Trichet pourrait trahir une ambition de cette sorte. Mais il m’est vite apparu depuis, qu’aucune devise rattachée à un État particulier ne pourrait jouer le rôle dans lequel le dollar a échoué, pour des raisons évidentes, car comme lui, elle conduirait un jour ou l’autre aux mêmes difficultés planétaires.
Dans ces conditions, seule une devise artificielle, déterminée selon une formule associant un nombre significatif de devises réelles et des paramètres liés au volume et à la structure du commerce international, serait susceptible de faire l’affaire. La gestion d’une telle devise ne pourrait qu’être assumée par une Banque Centrale Mondiale, contrôlée par un Conseil aussi représentatif que possible des intérêts de l’ensemble des Nations composant la planète.

Mais cela, c’est une autre histoire …

En guise de conclusion, je me contenterai de rappeler celle qui terminait mon texte prémonitoire du 5 décembre 2007 :
« Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle « conférence monétaire et financière des Nations Unies », où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes. Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera, disons tous les quatre ans. »

@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/


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8 réactions à cet article    


  • jaja jaja 18 octobre 2008 13:48

    Bon article qui met le doigt sur la cause principale de la crise actuelle : la rente de situation obtenue par le dollar, depuis les accords de Bretton Woods en juillet 1944, renforcés par ceux de Washington en 1971.

    Ce dollar, monnaie dégagée de l’obligation d’être compensée par des réserves en or et d’argent et qui permet aux Américains d’acheter tout ce qu’ils veulent aux autres pays, avec du simple papier et de faire payer leur dette par les autres Nations vassalisées.

    Que ce dollar, manifestation de l’hégémonie de l’impérialisme américain sur le monde disparaisse comme monnaie d’échange internationale !

    Je suis plus réservé en ce qui concerne la création d’une banque mondiale qu’il serait difficile aux citoyens de contrôler...

    Je suis pour la socialisation des banques, l’expropriation sans indemnisation des capitalistes financiers, donc pour la création d’un grand service publique bancaire et le contrôle des mouvements de capitaux par les citoyens eux-mêmes et leurs représentants ainsi que pour l’interdiction des paradis fiscaux.




    • logan 19 octobre 2008 01:07

      Je partage totalement votre point de vue, mais retirez l’expropriation, ce n’est pas nécessaire et ça aura du mal à passer auprès des gens.


    • logan 19 octobre 2008 01:21

      Une banque mondiale ? Non merci

      Pour l’instant, la priorité est de rétablir la fonction principale de l’argent, l’argent comme outil pour échanger des biens ou des services

      Alors c’est au niveau nationnal, ou en ce qui nous concerne européen, qu’il faut agir.

      Tant qu’une minorité de personnes percevrons un intérêt sur la monnaie, cette monnaie servira leur enrichissement et nous privera de nos libertés.

      Garder les mêmes défauts et les mondialiser ne fera que renforcer les innégalités innérantes à un tel système basé sur l’usure.

      Il faut donc effectivement comprendre que le pouvoir monétaire est un pouvoir essentiel pour les citoyens, il faut comprendre que la récupération de ce pouvoir est essentiel, vu qu’il sera pour nous à l’avenir à la base du développement de notre civilisation.

      Tant que ce pouvoir est détenu par des intérêts privés, l’avenir sera sombre.

      Le service bancaire doit devenir un service public, les profits qu’il tire des intérêts doivent servir notre nation, l’état devrait pouvoir recouvrer le pouvoir de création monétaire pour pouvoir financer ses propres investissements.

      Il faut en terminer avant tout avec le système monétaire et bancaire européen, et passer à un système au service des citoyens ( donc terminé l’indépendance de la BCE, au pire oki pour une indépendance vis à vis de l’executif, mais pas vis à vis des parlements ), nationaliser les banques, et donner la possibilité à l’UE d’emprunter auprès de la BCE pour financer des investissements européens, donner la même possibilité dans chaque pays membre pour financer des investissements nationnaux, il faut donc réviser les traités européens.





    • impertinent3 impertinent 18 octobre 2008 14:41

      Une grosse erreur dans l’article, les accords de Bretton Woods n’ont pas duré 63 ans, mais 29 ans. Ils sont devenus caduques en mars 1973 lorsque les taux de change fixes (colonne vertébrale des accord de BW) ont été abolis, remplacés par des taux de change flottant.
      Le rôle de l’or est abandonné en 1976 rendant e système financier international totalement anarchique,

      Cette abolition des taux de change fixes était, de facto, une dévaluation du dollar rendue nécessaire par les dépenses US pour la guerre du Vietnam.


      • Mercure Mercure 18 octobre 2008 21:38

         Merci pour votre commentaire qui apporte des précisions datées. Ce sont effectivement les accords de Kingston de 1976 qui ont mis fin officiellement au rôle de l’or dans le système de change, celui-ci devenant un système flottant dans lequel chaque devise est négociable comme n’importe quel produit industriel.
         Donc si on s’en tient à la lettre des accords de Bretton Woods, vous avez raison. Mais ce que je retiens dans mon article et qui en fait la base, est le fait que sur le plan de la pratique, et pour moi c’est cela qui compte, le rôle éminemment hégémonique des É-U dans le domaine financier, établi à Bretton Woods en 1944, a été pleinement conservé malgré l’abandon de la référence à l’or par ce pays et l’établissement d’un système de changes flottants.
         Notamment, la domination du dollar s’est perpétuée dans les règlements internationaux, alors que cette monnaie n’est plus régulée par la référence à l’or ni par quoi que ce soit d’autre. L’or avait, certes, des défauts, mais au moins sa valeur ne dépendait que très peu de l’intervention humaine. On assiste actuellement à une époustouflante création monétaire qui nous conduit tout droit vers une catastrophe économique planétaire de très grande ampleur, et c’est cela que mon texte se proposait de souligner.

        Mercure


      • jjwaDal marcoB12 18 octobre 2008 21:51

        Je doute personnellement qu’un énième "Service Pack" au seul système d’exploitation des ressources humaines et naturelles en cours (à grande échelle) suffise.
        Il faut cependant partir de quelque chose et cette possible rencontre est souhaitable.
        Cependant, seuls les esprits formatés qui nous ont envoyés dans le mur auront voix au
        chapitre, une évidence très préoccupante.
        Un second point dramatique est constitué par les "lois mondiales" de l’OMC qui instaurent
        le principe (débordant largement le champ économique) du modèle unique, qui en soit est une
        recette grandiose pour désastres planétaires. La réforme profonde de l’OMC devrait être au
        menu.
        On pourrait y ajouter des mesures contre l’agrandissement jusqu’à la démesure (Too big to fail)
        de structures économiques conçues pour séquestrer la richesse pour une minorité en étant bien
        trop vitales pour que nos sociétés les laissent tomber en cas de désastre. Le système a favorisé
        la création de ces "monstres économiques" qui sont bien plus aspirateurs de richesses pour une
        caste hyperminoritaire que créateurs d’emplois et sont par essence des maître-chanteurs avant
        la crise (pour séquestrer les profits) et pendant la crise (en condamnant le citoyen à les sauver).
        La taxation des transactions financières devra aussi veiller à ce que l’argent aille plutôt se
        frotter au monde réel qu’aux lumières d’une économie "casino".
        La convergence des 3 crises (énergétique, écologique et économique) pourrait nous mettre à genoux même si personne ne veut le croire.
        Il n’est pas sûr que nous ayons beaucoup de cartouches encore dans le barillet...


        • uchimizu uchimizu 18 octobre 2008 22:56

          Comme mentionné dans un commentaire précédent, le dollar n’a plus officiellement le rôle de monnaie référence depuis la fin des taux de changes fixes.

          Malgré tout ce que l’on dit sur les Etats-Unis, et malgré les récents déboires de Wall-Stree, le dollar reste objectivement la monnaie de référence de part :

          - la taille de l’économie américaine (comparé au Japon, à l’Angleterre ou à la Suisse) ;

          - la présence d’un vrai gouvernement à côté de la banque centrale (ce qui n’est pas le cas en Europe, où toute décision importante nécessite un consensus entre pays) ;

          - l’endettement raisonnable de l’état (ce qui n’est pas le cas du Japon par exemple) ;

          - dans une certaine mesure, la croyance dans la capacité d’adaptation et le dynamisme des américains.


          • frédéric lyon 19 octobre 2008 09:24

            D’Uchimizu :

            "Malgré tout ce que l’on dit sur les Etats-Unis, et malgré les récents déboires de Wall-Stree, le dollar reste objectivement la monnaie de référence de part"
             
            ...................................

            Bien sûr et ce n’est pas demain que le dollar sera remplacé. Pour le remplacer par quoi ? Par l’étalon-or ?

            Quelle rigolade !!

            Le dollar est la monnaie qui a été sélectionné par les opérateurs, par consensus tacite, il n’y a pas de meilleure intronisation.

            La seule monnaie qui pourrait remplacer, le dollar serait une monnaie commune entre l’Amérique du Nord et l’Europe, à laquelle serait venu se joindre la Russie.

            Ce n’est pas pour tout de suite. Mais on pourrait envisager d’inclure les deux monnaies dans un "serpent monétaire" pour commencer.

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