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Accueil du site > Actualités > Economie > Faut-il réinventer la tontine ?

Faut-il réinventer la tontine ?

 Le système de crédit avec intérêt se répercute négativement sur la société, car les intérêts bancaires payés par les différents operateurs économiques de la chaine de production des biens et des services sont rajoutés sur les prix de vente de leurs produits. Tous les opérateurs économiques intervenant sur la chaine de production et de distribution contractent en effet des emprunts qu’ils doivent rembourser avec intérêt. De ce fait les intérêts constituent donc un coût supplémentaire que les operateurs doivent récupérer sur les prix de vente de leurs produits et services.

Considérant que le capital propre de chaque operateur de la chaine de production des biens et de services ne représente que 1/3 du capital de l’entreprise ( souvent beaucoup moins) et que les 2/3 restant ne sont que des dettes qui doivent être remboursées avec des intérêts, on remarque que la part des intérêts bancaires payés par toute la chaine de production des biens ou services dans son ensemble s’élève de 30 à 70% des prix payés par le consommateur selon le secteur d’activité. Plus la chaine est longue (plus il y a d’intermédiaire de la production au consommateur), plus grande sera la part des intérêts payés par les consommateurs.

Dans le système financier actuel, le coût que représente l’intérêt sur les emprunts entraîne une redistribution de patrimoine des pauvres vers les riches (de ceux qui ont moins d’argent vers ceux qui en ont le plus), entrainant de ce fait une accumulation de fortune dans les mains d’une petite minorité.

Alors que chaque operateur récupère isolement le capital investi majoré d’une marge bénéficiaire raisonnable, les intérêts prélevés sur toute la chaine de production sont, eux, récupérés par les seuls operateurs bancaires, accumulant ainsi une bonne fraction du produit national dans les mains d’une petite minorité. Celle-ci laisse une grande partie des bénéfices ainsi réalisés sur leurs comptes pour produire plus d’intérêts.

Ce qui veut dire que dans un système monétaire moderne basé essentiellement sur des dettes qui doivent être remboursées avec des intérêts, ces derniers viennent gonfler continuellement la masse monétaire.

Cette augmentation de la masse monétaire ne poserait pas de problème à l’économie si en même temps la production des biens et des services évoluait dans des proportions équivalentes pour garder le fragile équilibre de la masse monétaire et l’offre des produits pour maintenir une stabilité des prix sur le marché.

Mais cet équilibre ne peut être assuré que si les taux d’intérêt bancaire restent raisonnables, évoluant dans un même ordre de grandeur que la croissance économique du pays.

En Afrique où le taux de croissance annuelle est inferieur à 5%, il est évident qu’un taux d’intérêt permettant de garder cet équilibre ne peut excéder la barre des 10%. Malheureusement les taux d’intérêt appliqués aux emprunts bancaires dans la plupart des pays africains sont de l’ordre de 20%.

Aucune activité humaine ne peut prétendre à une telle croissance à long terme. A ce taux d’intérêt, il faut en effet que l’activité en question double sa production tous les 4 ans. A défaut de cela, ce sont les prix qui doivent doubler tous les 4 ans si la production reste inchangée au cours de la même période. C’est l’éternelle inflation et la vie qui coute toujours plus chère !!

 Y a-t-il d’alternative ?

Les sociétés traditionnelles africaines avaient développé un système d’épargne et d’entraide mutuelle communément appelée Tontine. Ce système consiste en une association dont les membres s’engagent à verser des contributions régulières dans une caisse commune. Les sommes ainsi collectée servent à octroyer à tour de rôle de crédit à chacun des membres.

 « II suffit d'imaginer une personne désirant effectuer un investissement de

1.200.000F alors qu'elle ne peut épargner que 100.000 F par mois. Il lui faudrait 12 mois (1an) pour y parvenir.

La situation change si elle s'associe avec 11 autres épargnants se trouvant dans une situation similaire qu’elle.

 Le groupement réunira 1.200.000 F dès le premier mois qui seront attribués à un membre, les autres seront allotis les mois suivants. Tous peuvent disposer plus vite de la somme souhaitée, sauf le dernier qui se trouvera dans la même situation que s'il avait été seul ».

 

Tontine classique

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E : épargne ; T : levée de la Tontine 

R : remboursement

 

Il se pose dans un tel système un problème d’équité entre les membres. En effet le premier à lever les fonds de la tontine, bénéficie d’un crédit sans intérêt et le dernier à en recevoir, aura épargné pendant toute la période sans rémunération.

Ce désavantage serait évité s’il peut y avoir renouvellement de la tontine et qu’à l’occasion de chacun de ces renouvellements, une rotation dans l’ordre des levées soit instaurée entre les participants.

A chacun de ces renouvellements, la place dans l’ordre des levées pour chacun des participants doit se modifier de manière à ce que chacun ait un nombre total de mois d’épargne qui soit égal au nombre de mois de remboursement. 

Ainsi le renouvellement de la tontine et la modification de l’ordre des levées aura permis d’assurer une compensation, à terme, entre l’ensemble des gains (crédits sans intérêt) et l’ensemble des pertes (épargne sans rémunération) réalisés par chaque participant. 

En inversant au cours de 2 cycles consécutifs d’une tontine l’ordre des levées de manière à ce que d’emprunteurs nets les individus deviennent prêteurs nets et vice versa, c’est à dire que les prêteurs nets deviennent emprunteurs nets, la question d’iniquité serait évitée.

 

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Celui qui a été le premier à lever la tontine dans le premier cycle, sera le dernier dans le deuxième cycle et inversement (celui qui a été le dernier a ramasser dans le premier cycle, sera le premier dans le 2e cycle).

Les résultats de ce tableau montrent bien qu’il faut un nombre égal de mois d’épargne et de mois de remboursement pour éviter qu’un membre ne profite plus du système que d’autres.

Il convient de souligner que cette solution n’est possible que si tous les participants acceptent :

· de participer tous aux deux cycles de la tontine

· l’inversion de l’ordre des levées des tontines dans les deux cycles consécutifs

· de faire la même mise (cotisation) au cours des deux cycles consécutifs.

C’est donc sous tout un ensemble de conditions que la tontine classique pourrait fonctionner de manière équitable entre tous ses membres.

 

Exemple de l’évolution des buildings societies (Bausparkasse)

 Les buildings societies, dont la plus ancienne a été créée à Birmingham en 1781, étaient à l'origine de simples associations constituées en vue de l'acquisition de biens immobiliers. Leur but était de mettre à la portée des personnes dont les ressources étaient modestes, des moyens financiers pour acquérir un logement. D'où l'idée de rassembler la capacité d'épargne de tous les membres pour que chacun puisse en profiter à son tour.

Le fonctionnement des building societies s’était directement inspiré de celui de la « tontine » laquelle était une pratique très répandue dans certaines colonies anglaises, notamment en Inde.

Avec le temps, les building societies ont considérablement évolué. Pour obtenir davantage de fonds et réduire ainsi le délai d'attente de leurs membres, elles ont due opérer certains changements dont notamment :

· Le passage du système fermé avec un nombre fixe d’adhérents au cours du cycle à un système ouvert accueillant continuellement de nouveaux adhérents ;

· Elles se sont dotée de structures permanentes alors qu’initialement chaque builiding society était dissoute quand tous les membres avaient levé le fond commun ;

· Elles ont accepté les dépôts des tiers, ce qui initialement n'entrait pas dans leurs activités.

Ainsi les building societies ( Bausparkasse en Allemagne ) sont devenues des organismes de crédits mutuels comparables aux établissements bancaires traditionnels, ayant peu de chose en commun avec leur forme initiale de tontine si ce n’est le principe fondamental d’associer étroitement le crédit et l’épargne.

Les tontines africaines, telles que pratiquées encore actuellement sur tout le continent et même dans les diasporas africaines de l’Europe, n’ont pas du tout évoluées. Leur model de fonctionnement est resté calqué a celui pratiqué il y a plusieurs siècles.

Au vue des taux d’intérêt bancaire pratiqués sur le continent africain, ce système pourrait bien servir d’alternative au crédit bancaire très élevé. En effet les taux d’intérêt pratiqués par les Bausparkasse sont toujours bas (toujours inferieur à 5%) et sont indépendants du taux du marché ou de réescompte de la banque centrale.

L'avantage d’un tel système est que les clients sont à la fois emprunteurs et épargnants et que ces structures recourent peu au refinancement extérieur.

Les clients perçoivent peu ou pas d’intérêt sur leurs épargnes mais ne doivent non plus que très peu ou pas d’intérêts sur leurs emprunts.

Comme dans le système bancaire traditionnel, le taux d’intérêt sur les emprunts est toujours supérieur à celui que les banques appliquent à l’épargne, le client y tire un avantage en renonçant à la rémunération de son épargne si cela se traduit par une réduction substantielle du taux d’intérêt sur l’emprunt.

Un model à introduire en Afrique, surtout que le système bancaire actuel applique des taux d’intérêt très élevé décourageant toute activité économique de long terme.


Mr. Seam

Bonn, Allemagne.


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5 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 13 juin 2012 10:53

    Il me semble que l’on peut réaliser quelque chose de bien plus moderne que la tontine.

    En ces temps de crise, on ne cesse de parler de déficits budgétaires, de dette, d’inflation, de réduction des charges, d’augmentation des impôts, et cætera...

    Il n’y a personne pour prononcer ce qui semble être LE gros mot absolu :
    ÉPARGNE ! ! !
    Pourtant, que ne pourrait-on faire avec de l’ÉPARGNE ? ? ?...

    Refondation du Capitalisme & Dividende Universel

    Le Parti Capitaliste Français ( PCF ) propose une synthèse socio-économique permettant d’instaurer une authentique compatibilité entre compétitivité et cohésion sociale ; entre compétitivité et solidarité.

    Ce projet de « Refondation du Capitalisme et de création d’un Dividende Universel » se compose d’un Objectif Principal et de deux Objectifs Spécifiques qui découlent de l’objectif principal.

    Objectif Principal :
    Acquisition Citoyenne & Collective du Pouvoir Économique

    Objectifs Spécifiques :
    I)
    Transformer le « capitalisme ordinaire » en un véritable 
    Capitalisme Écologique, Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.
    II)
    Faire bénéficier chaque citoyen, même mineur, d’un 
    Dividende Universel évolutif qui, de facto, éradiquera définitivement le concept même de chômage.



    • Le Yeti Le Yeti 13 juin 2012 11:04

      La question est déjà réglée ; à la tontine les dirigeants ont manifestement préféré la tonte.


      • Georges Yang 13 juin 2012 12:39

        La tontine fonctionne très bien en Afrique, en Chine, en Amérique du Sud et dans les communautés émigrées en France

        Seul bémol, il faut des membres ayant un même niveau social, ethnique, qui se connaissent tous et sont cooptés

        Dans ces cas, les impayés sont très rares


        • joletaxi 13 juin 2012 15:29

          Votre schéma ,quoique simpliste, et exagéré dans les chiffres, soulève cependant un des problèmes liés à la fiscalité des entreprises.
          En effet, il est plus intéressant d’un point de vue fiscal,d’emprunter plutôt que de lever des capitaux.
          Lorsque vous souscrivez à une action ou obligation d’une société, votre capital non seulement est à risques, mais en plus il est immobilisé, et lorsque enfin il est rémunéré, la base du dividende est taxée à l’impôt des sociétés, et encore dans le cadre des revenus.
          De plus, ces sommes ne participent pas aux frais généraux de la société.
          Quand vous prêtez à une société, vous prenez des garanties, votre revenu est connu, et soumis une seule fois à l’impôt, mais en plus, ces sommes versées participent aux frais généraux de la société diminuant d’autant l’assiette fiscale.
          En Belgique, un ministre des finances a imaginé le concept d’intérêts notionnels, c-a-d la possibilité d’introduire un intérêt fictif en regard du capital, à déduire des bénéfices.
          Las, la gauche combat ce concept bec et ongles,et ce cirque va continuer.
          Ne vous y trompez pas, les sociétés, grosses ou moyennes qui disposent de liquidités les placent dans des structures auxquelles elle empruntent « leur argent » le dindon de la farce étant l’état.J’ai même connu une entreprise qui avait sa propre banque en Suisse.

          Comme quoi tout est dans la fiscalité et l’on peut modeler une société par l’impôt.
          Si demain une bonne taxe était instaurée sur les barbes, je gage que les actions des producteurs de rasoirs grimperaient.


          • titi 14 juin 2012 00:13

            La tontine existe et est légale en France.

            Sauf que dans la pratique elle est impossible, car le fisc soupconne chaque mouvement financier entre particuliers comme étant soit une tentative d’échapper aux droits de donation, soit une tentative d’échapper à l’IR.

            En France l’impot tue toute dynamique économique.

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