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Accueil du site > Actualités > Economie > Finance et emplois : le cas français.

Finance et emplois : le cas français.

Une suite de tables rondes a réuni, ce 21 octobre 2005, au CNAM, l’Association des maires de France, le Cercle des économistes, et Paris-Europlace, sur le thème de « L’industrie financière peut-elle créer de l’emploi en France ? » Les débats ont été animés par Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux « Échos », et ont surtout réuni, sur « les mutations de l’emploi financier », Olivier Pastré, professeur à l’Université Paris XIII et chroniqueur des « Matins » de France-Culture, Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT, Nicolas Jacquet, directeur général de la chambre de commerce de Paris, Pierre Laederich, directeur des affaires sociales de la Fédération française des sociétés d’assurances, Bernard Le Tau de Talencé, directeur des ressources humaines de la Société générale, Ariane Obolensky, directrice générale de la Fédération bancaire française, et Nicole Tourquoy-Morichaud, conseillère régionale d’Île-de-France et vice-présidente de la commission économie.

La finance emploie directement 420 000 personnes dans la banque, et 140 000 dans les assurances et, indirectement, 200 000 et 60 000 de plus, soit plus de 800 000 actifs, environ 5.5% de la population qui travaille. Cela n’a l’air de rien, mais c’est le troisième employeur du privé, après la construction et les transports, plus que l’industrie agro-alimentaire ou automobile, ou l’énergie. La finance arrive en second dans la création de valeur ajoutée, mais en tête des secteurs où les étrangers investissent en France (16% selon l’INSEE). C’est surtout la région Île-de-France qui concentre ces emplois financiers, 260 000 personnes et 15% du PIB régional. BNP-Paribas est le premier établissement employeur à Paris en 2003, avec plus de 10 000 salariés, et Axa-France le premier dans les Hauts-de-Seine.

Les quelques 40 000 embauches par an sont caractérisées par la volonté de rajeunir ; 40% des postes en 2004 ont été offerts à des moins de 25 ans, alors que l’âge moyen de la profession reste autour de 42 ans. La technicité se confirme, 31% concernaient les bac+4. Mais les bac+2 continuent de représenter plus de 47% des embauches. Les femmes constituent 59% des nouveaux employés. On recherche surtout des commerciaux. La formation constitue 4% de la masse salariale, soit le double de la moyenne nationale, et 3 salariés du monde financier sur 4 ont été au moins une fois en formation. 40 000 emplois devraient être créés en moyenne chaque année, pour compenser les départs en retraite d’ici 2015. Mais la qualification requise croît, d’un bac simple il y a 30 ans, il est nécessaire de posséder au moins bac+2 à +5 aujourd’hui. Il restera toujours des emplois à bac+2, d’autant qu’une formation interne, spécialisée, assure l’ascenseur social dans les banques et les assurances, et que l’âge du départ en retraite repoussé nécessite d’entrer plus tôt dans la vie active. Les agents commerciaux en contact avec la clientèle et les administratifs relèvent de cette qualification (BTS). Ils représentent plus de 90% des embauches dans les assurances aujourd’hui. Mais les métiers de marchés et de produits dérivés exigent des compétences pointues. La Société générale recrute 600 à 800 personnes de cette qualification chaque année, en sus de 1500 à 2000 bac+2. Le souci de baisser la pyramide des âges fait écarter les séniors postulants.

Les inquiétudes de l’emploi financier sont les départs massifs en retraite, l’employabilité des séniors, et la formation continue. Comme d’habitude en France, pays d’états, de statuts garantis, et de positions assises, les mutations sont gérées en catastrophe, le nez sur l’événement. La démographie est pourtant science prévisible. Mais si la banque n’a pas été « la sidérurgie de demain », selon la prévision malheureuse d’Alain Minc, que plusieurs intervenants ont malicieusement cité, la France financière a du retard en gestion prévisionnelle des effectifs, en formation des compétences, en investissement à l’étranger, et en productivité globale contre l’attraction de Londres.

Or, notent les intervenants, la taxe sur les salaires, qui représente 10% des coûts salariaux des entreprises financières, est maintenue et pérennisée par le gouvernement de M. de Villepin. Un commentaire personnel : la présidence de M. Jacques Chirac n’aime pas l’emploi, malgré ses discours lénifiants, elle lui préfère la « négligence » sociale où, quand personne ne grogne, tout est sensé aller bien. Je ne suis pas sûr que la gauche serait plus attentive. Cette taxe sur les salaires, maintenue dans la loi de finances 2006, est clairement CONTRE l’emploi. Elle conforte la « préférence pour le chômage » de la France en son ensemble institutionnalisé : gouvernement, élus, syndicats, partis politiques. Plutôt conserver son « état » que partager le gâteau ! Cette attitude, digne de l’Ancien Régime, soi-disant honni, est partagée par à peu près tous les nantis et les inclus. Les autres, on « croit » le savoir, ne votent pas. C’est compter sans la hausse continue du chômage, qui touche les cadres comme les non-qualifiés. Un tel aveuglement laisse pantois ; il ne serait pas étonnant que d’autres 21 avril et 29 mai se produisent. Fin de mon commentaire personnel.

La finance est un métier « mal aimé » des politiques, qui confondent capitalisme prédateur impérialiste à l’américaine, et métier technique. Or, note Mme Nicole Tourquoy-Morichaud, ce métier est clairement créateur d’emplois et d’expertises. Les besoins en finance existent dans chaque domaine d’entreprise : la création, les fusions & acquisitions, le conseil, l’investissement et l’exportation. La France a une recherche en mathématique reconnue dans le monde, il faudrait encourager les synergies avec la finance appliquée. L’emploi financier est aisément délocalisable, et la surfiscalité prolongée va encourager les plus qualifiés à s’expatrier, tout comme les banques à créer de l’emploi ailleurs qu’en France. Tout le contraire de ce qu’il serait nécessaire de faire.

Comme tout métier dans un monde qui bouge vite, la finance est en mutation. Le syndicat CFDT constate que les mutations vont se poursuivre, les métiers devenir de plus en plus qualifiés, les départs massifs d’ici 15 ans devoir être remplacés. M. Gaby Bonnand, secrétaire national, propose donc, pour disposer d’instruments de prévision, la création d’un observatoire des métiers ; il s’agirait de promouvoir « la formation tout au long de la vie », plutôt que la préretraite ; enfin, de « valider les acquis de l’expérience ». Car, note la chambre de commerce, le métier devient européen au moins, sinon international, et les nouvelles normes, comptables, financières, déontologiques, exigent de parler désormais l’anglais couramment. Moins administrative et plus commerciale, en raison des nouvelles technologies, la finance demande des compétences relationnelles, plus que de la seule technique. D’où les « trois propositions » de M. Nicolas Jacquet, directeur général : repenser le travail des séniors, nécessaire pour cause de retraite repoussée, faire de la formation effective et continue, donner aux métiers de la finance le label « pôle de compétitivité », car ils en ont les caractéristiques : la recherche, l’international, la formation, et l’intelligence économique.

On le voit, la marche du capitalisme n’est pas liée aux seuls marchés, mais aussi aux contraintes de la société : démographie, retraite, formation, fiscalité politique, image publique, potentiel international.


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Argoul

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