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Financement participatif. Quand co-financer une œuvre devient un business

La tendance actuelle en marketing est à la co-production. Kesako ? Il s’agit de faire participer le consommateur à la construction d’une offre de biens ou de services. Il participe ainsi par ses suggestions, ses conseils à la vente. Cette technique très 2.0 intègre la notion d’interactivité propre au web. C’est qu’Olivier Mathiot, directeur marketing de Priceminister affirme quand il dit que « on seulement, les sites s’adaptent, évoluent, anticipent, mais ils font également de plus en plus appel aux consommateurs pour produire du service ». C’est ce qu’Olivier Mathiot appelle la co-production ou le marketing participatif. « Il s’agit de déléguer une part de la relation-client en les invitant à parrainer et conseiller leurs pairs ». Le consommateur parle au consommateur.

Mais cela peut aller plus loin. L’individu peut devenir producteur direct, lui-même, en son nom propre de spectacles, de créations diverses. Voici une petite liste non-exhaustive.

- La musique. Avec le succès de Grégoire, 716.000 albums vendus, MyMajorCompany est devenu un représentant majeur de ce courant d’éditions musicales.

 

- Le cinéma. Avec PeopleforCinema par exemple.

- La BD. Un site belge, Sandwave, vient de lancer l’édition participative. A titre personnel, je trouve que Il Pennelo me semble très prometteur. J’ai misé 20 euros.

- La presse. Aux US cela fonctionne pas mal, en Corée du sud aussi, au moins d’un point de vue de la création, pour le financement cela dépend plutôt des traditions des pays.

- L’édition de livres. Editeursetauteursassociés propose de financer des livres.

On retrouve ce même système dans la gestion d’un club de foot ici, mais je laisse de côté cet aspect pour me concentrer sur ce qui se rapporte à de la création au sens classique du terme (bien qu’à mon sens le football soit également une forme de création surtout avec l’équipe que l’on a cette année à Brest mais bon, on s’éloigne du sujet là)

Ce système peut s’appliquer à toute œuvre nécessitant de la création. Il existe tout un tas de marchés supplémentaires. On pourrait l’imaginer également :

- pour les jeux vidéos, même si les budgets deviennent vite considérables sauf pour les jeux type flash

-  des essais en littérature. Il y a même un blogueur qui arrive à recevoir près de 2.500 euros par mois par les dons de ses lecteurs pour qu’il continue à écrire.

- ou bien des applications pour téléphones mobiles….

- Le financement de projets d’entreprises par exemple. C’est ce que prépare FriendsClearPro dès le 1er février en France.

- Le financement d’une bibliothèque

- Ou encore le financement de droits d’inscription au poker !

Partout finalement où il peut y avoir une innovation selon la loi de Ricardo qui veut que chacun se spécialise dans ce qu’il sait le mieux faire. Partout aussi où l’obstacle, le frein peut être l’argent.

Quel intérêt ?

Pour l’artiste ou le producteur final de l’œuvre, cela a le double avantage de lui assurer, si la levée de fonds fonctionne, une somme claire dès la mise en œuvre de son projet. Ainsi, dans le prochain BD de , celui-ci recherche des financements à hauteur de 55.000 euros. Les contributeurs sont appelés à donner une somme de 10 euros minimum. Surtout en les associant à la création, ils deviennent des partenaires dont on peut imaginer qu’ils seront ensuite soucieux d’assurer les mérites de leur investissement.

Pour les investisseurs. De prime abord, cela pourrait sembler être l’argent, dans le sens de retour sur investissement (le ROI en gestion). Pour être franc, un individu qui voudrait gagner beaucoup d’argent aurait beaucoup plus de chance en laissant son argent sur son livret écureuil de la Caisse d’Epargne. Certes, certains projets ont déjà rapporté un bon retour sur investissement. Pour l’heure, il ne faut pas miser les économies de ses enfants sur ces projets ou imaginer financer sa retraite par ce biais. Mais selon la manière dont le marché évoluera, on peut imaginer une structuration de ce marché pour devenir une forme d’investissement banale. Mais l’intérêt pour le consommateur ne me semble pas résider dans l’aspect financier. Comme l’expliquent les psychanalystes, la plupart des actions de l’homme ont plus à voir avec les rétributions symboliques qu’avec les aspects financiers. On travaille pour être reconnu, appartenir à une communauté d’individus, donner un sens à son existence. C’est de là que naît l’identité. Si l’on y regarde bien, reconnaissance, appartenance, sens, on retrouve dans le co-financement les mêmes attributs. On participe à un projet en espérant le voir grandir, se développer, prendre son envol, un peu comme un bébé virtuel et que l’on partagerait à plusieurs milliers. On peut également militer de cette manière. On co-finance un article sur les vaccins, sur l’homéopathie, sur les lobbies (merci de prendre contact avec moi : mcabon@gmail.com J), une équipe de sport… parce que l’on juge ces sujets mal traités, maltraités, ou pas traités du tout. L’argent trouve ici un sens nouveau. Ce n’est pas son accumulation qui fait la différence mais ce en quoi on le transforme. Par ailleurs, il y a dans la mise d’argent un côté ludique et addictif, ludopathique pour ceux qui vont trop loin, qui s’assimile au plaisir compulsif de plusieurs millions de français de gratter chaque des tickets à jouer.

Pour les intermédiaires. Créer leur propre métier en mettant en relation les artistes et financeurs et en s’assurant de devenir les producteurs des artistes financés. Là où le métier d’éditeur était de prendre des risques éditoriaux, le risque est supporté par d’autres : les financeurs.

Sainte dématérialisation

Ce mouvement est rendu possible par la dématérialisation des supports. Produire une œuvre numérique coûte moins cher qu’une œuvre imprimée dans le sens où les coûts variables sont considérablement réduits. Gouverner un club de football se réalise à distance via intranet. Pas d’assemblées houleuses en perspectives.

Dès lors ceux qui disposaient du pouvoir de la distribution, les majors dans le disque par exemple, se trouvent dans une situation périlleuse malgré la création de l’Hadopi. Le système peut continuer sans eux, pas tout de suite mais à terme. Ce qui est triste pour les majors ne l’est pas forcément pour la musique et l’art en général, ni pour ce qui touche à l’opinion. Quand la route fut découverte, les producteurs de carrés en bois furent bien étonnés, abasourdis, en colère, appelant à la réglementation, avant de disparaître sans que personne ne les regrette. Quand on est un marchand du Temple, le mieux est de suivre le Temple quand il change d’endroit. Il faut savoir s’adapter à ces évolutions à défaut de pouvoir les arrêter. L’invention de ce micro-capitalisme va bien dans le sens de l’époque. Néanmoins, il porte en lui les germes de son propre échec : absence de responsabilité des intermédiaires du financement participatif, âpreté au gain et pas au projet en lui-même. L’engouement du départ laissera-t-il la place à une tendance de fond ? Ces questions sont légitimes et valables pour toute évolution à la fois économique et sociologique. Assistera-t-on à la naissance d’un participatialisme ou bien à un gadget pour gogo en panne de sensations ?

En un certain sens, le micro co-financement fait penser au micro-crédit et au monde coopératif. Micro-crédit par les sommes engagées et le public visé, plutôt des personnes qui n’arrivent ou n’arrivaient pas à se faire financer par le système économique traditionnel. Coopératif, par le rassemblement de personnes aux compétences diverses mais motivées par un intérêt commun. Dans un monde plus individualiste, ce dernier aspect des choses n’est le moindre avantage. Reste à savoir repérer les talents.


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2 réactions à cet article    


  • Bertrand Damien Bertrand Damien 27 janvier 2010 14:56

    Ce n’est pas que la dématérialisation de l’œuvre qui compte, c’est surtout la désintermédiation, c’est à dire la suppression d’intermédiaires du circuit de distribution. A cela s’ajoutent les effets de la théorie marketing du « Long Tail » (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Longue_tra%C3%AEne pour en savoir un peu plus, sinon je tiens à votre disposition de bonnes présentations ppt).

    Bon article, bien écrit, sur un sujet que je connais par cœur, étant musicien, producteur, et anciennement directeur d’un département de conseil en stratégie de services pour les opérateurs de télécommunications smiley


    • Véronique Guiberteau Véronique Guiberteau 31 janvier 2010 15:06

      Comme Bertrand Damien, je pense que la désintermédiation compte plus que la dématérialisation qui n’est pas envisageable complètement pour certaines oeuvres ou spectacles.

      Les effets positifs du « Long Tail » s’appuient sur la mise en relation, aiguillage dans le maquis de l’offre disponible.

      Donc plutôt une nouvelle forme d’intermédiation plus dématérialisée donc plus accessible sans moyens colossaux, qu’une désintermédiation.

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