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Foot ou surf ?

On le sait désormais, Nice a été choisie parmi les villes d'accueil de l'Euro 2016. Il faut maintenant un nouveau stade et un peu (...) d'argent : 250 millions d'€. Quant au terrain, on a trouvé : au milieu du lit d'un fleuve méditerranéen : le Var.

Les instances fédérales du football français ont donc rendu leur verdict. Il fallait neuf stades pour accueillir la compétition de l'euro 2016, et il y avait onze mairies candidates. Les dossiers de Toulouse et de Saint-Etienne ont été retirés de la liste à la fin du mois de mai. Outre les deux stades franciliens (Stade de France et Parc des Princes), le Conseil Fédéral a retenu les stades de Marseille, Nancy, Bordeaux, Nice, Lyon, Lille et Lens. Ce choix ne fait pas l'unanimité chez les amateurs (source). Les Stéphanois hantés par les exploits des Verts ont visiblement trouvé en Michel Platini un avocat pour infléchir la décision finale. Un dixième stade sera brusquement nécessaire pour la bonne marche de la compétition : celui de Saint-Etienne justement (source). Dans la liste considérée comme finale, le nom de Nice a toutefois retenu mon attention.

La dimension financière du projet suscite évidemment mon agacement. Pourquoi faudrait-il consacrer près de 250 millions d'euros à un équipement de prestige, ne servant qu'à une infime minorité de la population départementale ? A titre de comparaison les 17.000 places du stade actuel représentent l'équivalent de 1,5 % de la population du département des Alpes maritimes, qui compte un peu moins d'1,1 million d'habitants. Un nouvel équipement attirera de nouveaux spectateurs ? A ce compte-là, la municipalité peut aussi inscrire Nice sur la liste des villes candidates aux JO en tablant sur la future fréquentation d'installations sportives par une population toujours jeune et dynamique. J'exagère à peine : Nice figurait parmi les concurrents d'Annecy pour des Jeux d'hiver futurs. Il est vrai que les défenseurs du projet tablent sur l'organisation de manifestations culturelles et sportives en dehors des matchs de football.

Des conseillers municipaux ont ouvertement exprimé leur hostilité. L'une explique que la redevance annuelle versée par la ville - outre la subvention de départ (1) - à partir de 2014 atteindra 10,8 millions d'euros (dernière échéance en novembre 2040), c'est-à-dire un total supérieur de 2 millions à celui annoncé par Christian Estrosi. Ce dernier défalque par avance le loyer à verser par le club de football à la mairie. Mais la prévision ne vaut que si l'OGC reste en première division (L1) et si la fréquentation progresse, ou au moins reste stable. Or dans un passé récent, les footballeurs niçois ont évolué à plusieurs reprises en deuxième division (L2). Un autre conseiller calcule que la moyenne des spectateurs par match lors de la saison 2009-2010 (8.714 / chiffres LNF) ne correspondrait pas à celle requise pour couvrir honorablement le contrat entre la mairie et le groupe Vinci. Faute de détenir toutes les clefs du dossier, je me contenterai de rapporter la moyenne ci-dessus avec la contenance du futur stade (35.000 places) pour présumer un fossé coûteux (source).

Le journal Nice Matin ne tourne néanmoins pas autour du pot. Il roule en faveur du projet << 'Ça fait quatre ans que je suis revenu à Nice. Il ne manque qu’une véritable structure avec un stade et un camp d’entraînement et des moyens. Peut-être qu’un actionnaire sera intéressé le jour où il y aura le Grand Stade.' Fin mars, Lionel Létizi, le gardien de but emblématique formé au club rouge et noir, rencontrait nos lecteurs. Et démontrait, s’il en était encore besoin, combien le projet du Grand Stade dans la plaine du Var est vital pour l’envol footballistique (enfin !) des aiglons. Mais pas seulement. >>

S'ensuit une litanie de bénéfices hypothétiques. Lénine a dit un jour que le communisme c'était les Soviets plus l'électricité. Avec le futur stade, ce sera le sport plus l'économie et l'écologie. Les hotels - restaurants ravis de voir débarquer une clientèle de supporters naturellement si adaptée aux standards touristiques de la Côte d'Azur attendent avec impatience les cinq matchs de l'Euro. La mairie a préparé le terrain du point de vue de la sécurité ['Aux Niçois qui mal y pensent']. Le groupe Vinci si souvent maltraité par la majorité gouvernementale, qui a remporté l'appel d'offres, s'est engagé à s'appuyer sur la sous-traitance locale (à hauteur d'un tiers environ des emplois) ; soixante personnes au mieux pendant trois ans, voilà qui fera reculer le chômage en pays niçois ! S'y ajouteront les emplois des galeries marchandes prévues sur 29.000 m² aux abords du futur stade (source).

Dans la future Eco-Vallée (source), le Grand Stade Eco-durable va donc surgir : vidéo. Les travaux sur le site devraient commencer cet été sur le site de Saint-Isidore (source). Les maquettes préalables incitent à rêver. On contemplera dans trois ans un bâtiment aéré, environné de verdure, mais dont on ne voit pas comment on il pourra accueillir des milliers de voitures (faute de parkings souterrains ?). Admettons en tout cas le projet, puisqu'il va désormais se réaliser. Ma critique principale intervient à l'échelle du risque et non de la viabilité financière. Car la basse vallée du Var cumule les handicaps. Les terrains plats non construits se concentrent là et pas ailleurs ; compte tenu de la pression immobilière qui règne sur la Côte d'Azur, il y a là quelque chose qui devrait faire réfléchir. Seuls des grands aménagements sont implantés dans cette zone : préfecture, aéroport, zone commerciale, etc. Le lit mineur du fleuve est en efffet extrêmement dangereux. D'abord parce qu'il se situe dans un département très exposé aux risques de séismes et de submersion par un raz de marée ['Salade niçoise, sauce citron'].

Mais c'est surtout au risque d'inondation que je pense en évoquant les catastrophes naturelles. Les plans de l'Eco-Vallée niçoise montrent bien que les urbanistes ont considéré le chenal d'écoulement actuel comme une norme définitive. Ils ont complètement gommé la capacité d'expansion du fleuve au-delà de ses berges artificiellement dessinées, lors d'épisodes de précipitations exceptionnelles (carte). Les cartes ne tiennent évidemment pas compte de l'histoire de l'endiguement du fleuve ; celui-ci a commencé après 1840 et s'est accéléré après 1870 : une fois le Comté de Nice rattaché à la France. A l'époque, il faut élargir le périmètre agricole en créant des parcelles gagnées sur le fleuve. Des seuils permettent de limiter l'enfoncement du fleuve dans son lit.

Début novembre 1994, 350 millimètres d'eau sont tombés en quelques heures. Le 5 novembre, des flots boueux ont ensuite tout emporté sur leur passage. Plusieurs seuils ont disparu, pour certains doublés de turbines destinées à la production électrique. Alors que le débit estival du fleuve peine à dépasser 10 mètres-cubes par seconde, il dépasse ce jour-là le maximum de capacité (800 mètres-cubes par s.) des capteurs installés sous le pont Napoléon III. Le bassin-versant du Var s'étend certes sur une surface inférieure à celle du département des Alpes maritimes, avec trois affluents notables : l'Estéron, la Vésubie et la Tinée. Les lignes de crètes culminent néanmoins à 3.000 mètres d'altitude ; à cette altitude, neiges et glaces s'accumulent en hiver et fondent au printemps, provoquant un premier pic d'écoulement saisonnier (nival). A la fin de l'été et à l'automne, les orages méditerranéens gonflent à dates régulières le fleuve : comme en 2010 dans le département voisin ['Guigne à Draguignan']

Je conclus en citant Philippe Gourbesville, dont l'étude apporte des cartes et photos très éclairantes ('Le bassin-versant du Var et la crue de 1994'). << Si, par chance, la crue n'a pas provoqué de victime ou de blessé, l'ampleur du phénomène a surpris la population locale qui se pensait à l'abri de ses digues. De nombreuses infrastructures ont été endommagées et en particulier des chaussées - routes nationales et départementales - des ouvrages d'art et de nombreux bâtiments. L'estimation des dommages directs liés à cet événement s'élève à 23 millions d'euros. L'aéroport a été contraint d'interrompre ses opérations pendant une semaine. De manière anecdotique, le centre de gestion administratif des crues était implanté dans les sous-sols de la cité administrative située en bordure du fleuve. Cette dernière fut l'un des premiers bâtiments inondés...>> A partir de 2014, grâce à l'aménagement de l'Eco-vallée, les crues du Var apparaîtront comme naturelles. Sans doute pas indolores.

On peut facilement ironiser sur les reconversions possibles du stade de football en cas de crues : Jean Dujardin (incrustation) penche pour le surf...

PS./ Geographedumonde sur le risque d’inondation : Nogent secret, Donner sa langue au chat alsacien, Ne pas confondre 'jeter un pavé dans la mare' et 'ne pas se mouiller', Le journaliste, le climatologue et l'industriel, Vilaine Nina, Daccalage, Ni toit ni portes, Ce n'est pas en France qu'on verrait..., Guigne à Draguignan, Ne pas confondre football-spectacle et catastrophe à l'heure de pointe, Communes-sous-mer, Prendre un Paris, celui de 1910, Toulouse, si j’ose…, Certaines catastrophes prennent corps en silence, Wild wet Midwest, Du risque climatique lointain au risque terroriste immédiat, Que la Marne en furie dévale dans la Seine, Déjouer les tours du sort, De Batavia à Jakarta et De la croissance des prix de l’immobilier au risque de crue.

  1. Parmi les partenaires publics : l'Etat (20 millions d'euros), le département (20 millions), la ville de Nice (16 millions d'euros), la communauté urbaine (6 millions d'euros), la région (7 millions).


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9 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 20 juin 2011 11:49

    voici un petit texte plus ou moins « humoristique » sur Nice et ses realité politiques et sociales :

    http://2ccr.unblog.fr/2010/10/19/nice-la-belle-nice-rebelle/


    • slipenL’air 20 juin 2011 12:17

      L’expression courante des Niçois

      Je m’en fout !


      • sisyphe sisyphe 21 juin 2011 11:23

        Du grand n’importe quoi. 


        L’actuel stade de foot de Nice (Le Ray) date de plus de 100 ans ; totalement vétuste, pratiquement sans parking, sur les hauteurs de la ville, il n’est plus adapté du tout à la pratique du foot pro. 

        Par ailleurs, il y a plus de 10 ans que Nice joue en Ligue 1. 
        S’il n’y pas énormément de spectateurs, c’est lié en partie à ces infrastructures totalement obsolètes. 

        La construction d’un grand stade était prévu depuis déjà une dizaine d’années ; il a été reporté sous la mandature Peyrat, à cause de favoritisme pour les contrats de construction et d’exploitation. 

        L’OGCNice est un des plus vieux clubs de foot professionnels français (105 ans), avec un solide palmarès ; mais, à l’heure actuelle, faute de moyens, il ne dispose même plus d’un réel centre d’entrainement ; la construction d’un nouveau stade est donc une nécessité, et a été actée depuis 2 ans, pour son ouverture en 2013. 

        Il s’agira d’un stade additionné de nombreux établissements d’intérêt régional ; centre d’entrainement et de formation, il abritera le Musée National du Sport délocalisé, et servira à de nombreuses autres manifestations que le foot. 

        Quant à l’argument du risque d’inondation, il est risible. Le seul débordement du Var, en 1994, n’a absolument pas atteint la zone où le stade sera construit (loin de là) ; les structures ont été, depuis 1994, largement renforcées, et de nombreux centres commerciaux sont situés dans la plaine du Var, sur la même ligne que le futur stade, sans aucun problème. 
        Le Var n’a connu qu’un seul débordement en 100 ans, et les digues sont aujourd’hui largement suffisantes pour l’empêcher. 

        Pour les stationnements, un parking de 2.000 places sera construit, et, surtout, le stade sera desservi par les lignes de train, de bus et de tramways, ce qui évitera les embouteillages. 

        Nice est la 5ème ville de France par le nombre d’habitants ; et il est tout à fait logique qu’enfin, un stade de sports digne de ce nom y soit construit. 

        Je ne comprends pas du tout l’intérêt de cet article, si ce n’est marquer un ostracisme vis à vis de la 5ème ville de France, qui compte une Université de plus de 4.000 étudiants, et de nombreux pratiquants de tous les sports, avec des infrastructures sportives insuffisantes. 

        Il était largement temps que ce stade soit enfin construit, et il abritera donc des matches de l’Euro 2016, en permettant aux sportifs de la ville de disposer d’installations à sa mesure. 

        Ceux qui connaissent Nice, savent parfaitement que le Var, avec un débit minime pour un lit très large, ne représente aucun danger pour toutes les installations installées le long de son lit : ZUP, centres commerciaux, stades de tennis, pépinières, habitations, centres administratifs, etc, etc.... 

        Un article inutile et très mal documenté. 

        A Nice, on ne dit pas « qu’on s’en fout » on dit ; « M’en bati » ! 

        Vite ; le Grand stade à Nissa la bella  ! 




        • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 21 juin 2011 13:58

          Votre commentaire fera date...

          «  » Le Var n’a connu qu’un seul débordement en 100 ans, et les digues sont aujourd’hui largement suffisantes pour l’empêcher «  »

          A vous d’assumer lorsque les gens viendront vous lire au soir de la catastrophe ! Et je ne parle même pas de la dimension financière du projet : mais l’argent public peut être gaspillé en pure perte quand ce sont d’autres qui paient.

          Ce serait drôle si ce n’était pas tragique.

           


        • sisyphe sisyphe 21 juin 2011 14:24

          Ce qui risque de faire date, c’est votre catastrophisme, et votre désinformation tout à fait démentis par les faits, et votre totale mauvaise foi. 





        • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 21 juin 2011 14:38

          Ah, évidemment, si Eric Ciotti et Christian Estrosi ont décidé de commander aux éléments...

          Je m’incline.

          Et supplie les demi-dieux de l’eau de se rendre à Draguignan, Nîmes, Montpellier, Perpignan et quelques autres villes méditerranéennes sous la menace de crues d’orages... Il faut que leurs belles formules niçoises résonnent sous d’autres cieux afin d’éviter le pire.


        • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 21 juin 2011 14:54

          A propos, la référence de l’article scientifique utilisé dans le dernier tiers de mon ’post’ - qui ne sort pas de ’Nice premium’ (prospectus payé par la mairie) - est ici. L’auteur est professeur d’université, et analyse les mécanismes déclencheurs de l’inondation de 1994. On y trouve la géologie et la topographie du bassin-versant. On y trouve l’historique de l’endiguement du Var (à destination agricole) avec les illustrations. On y trouve enfin l’épisode climatique : les précipitations, la courbe de concentration de la crue et les dégâts. http://www.gir-maralpin.org/AmenagementTerrit/GourbesvilleHydroeuropeFleuveVar912.pdf


        • sisyphe sisyphe 21 juin 2011 15:44

          Oui ; j’ai consulté votre document sur la crue de 1994. 

          Il relate d’ailleurs que la crue, dans la partie basse (aéroport) a été au maximum de 0,40m, et n’a absolument pas touché la zone de l’emplacement du futur stade.

          Or, depuis, les travaux d’endiguement ont été largement renforcés ; et, je le répète, la zone de l’emplacement du futur stade n’est absolument pas menacée : vous connaissez les lieux ? 

          Je ne comprends pas le sens de votre article : le Var, je le répète, n’a connu, en plus de 100 ans, qu’une seule crue qui a fait des dégâts ; il y a fallu des conditions exceptionnelles, et les dégâts ne furent pas énormes. 

          Donc, pour une tout à fait hypothétique « crue du siècle », il faudrait ne pas construire le Grand Stade dont la ville a absolument besoin, avec ses installations connexes, pour les sportifs de la ville et de la région , et qui, je le répète, a une chance sur 1 million, de subir les dégâts d’une éventuelle crue ? 

          Dieu sait que je ne suis pas partisan ni d’Eric Ciotti, ni d’Estrosi, mais il se trouve que ce sont eux qui sont en charge de ces problèmes (Mairie et Conseil Général), avec les représentants des autres partis, et que le projet a largement été étudié ; s’il y avait un réel danger, il n’aurait pas reçu l’assentiment des élus des différents partis. 

          Bref, votre article est partisan, et on se demander quelles sont vos motivations à le produire ? 


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