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Accueil du site > Actualités > Economie > Fusion GDF - Suez : à chaque poids sa mesure

Fusion GDF - Suez : à chaque poids sa mesure

La réalité politique, économique et sociale que le rapprochement annoncé de GDF et Suez met en lumière, n’est pas la même vue de France, d’Italie...

En France, tout d’abord, il est cocasse de voir syndicats et partis de gauche s’alarmer de l’effet désastreux, sur l’emploi et sur le service public de l’énergie, qu’aurait ce rapprochement, avant même d’en connaître les modalités exactes. On entend déjà vociférer, ici et là, contre la privatisation de l’énergie, les restructurations inévitables, l’énergie du pays jetée en pâture à l’immonde bête boursière. La réponse ne tarde pas : le patriotisme économique  ! Menacée par l’horrible monstre transalpin Enel, la bonne fée Villepin trouve en GDF un champion national, chevalier de la pauvre Suez sans défense...N’avons-nous pas là une magnifique petite scène ?

La réalité mérite plus d’objectivité. Indéniablement, le marché de l’énergie sera moins étatique après cette opération, et pour cause : GDF est bien plus petit que Suez ! La part de l’Etat sera donc diluée mécaniquement par le rapprochement. Toutefois, l’Etat conserve 30% de l’ensemble en direct, sans compter les 10% supplémentaires indirectement détenus par Areva et autres. L’Etat conserve donc, et de loin, l’écrasante majorité des actions et droits de vote. Il faut aussi se souvenir que Suez a racheté il y a peu Electrabel, fournisseur d’énergie historique de la Belgique. Du point de vue belge, la France ne jette donc pas l’ensemble dans la jungle du marché, mais nationalise les centrales nucléaires belges. Voilà qui devrait nous inciter à plus de discrétion dans cette affaire...

Du point de vue de l’Italie, la France viole les règles du marché. Ici, l’accusation tient moins la route. Concrètement, Enel a tenté un ballon d’essai la semaine dernière, en affirmant, dans la presse, sans offre formelle et chiffrée, qu’éventuellement, au passage, un jour, il lancerait bien une petite OPA sur Suez. Cela n’a fait qu’accélérer un projet préparé depuis longtemps (il est illusoire de croire que la décision a été prise en un week-end autour d’une table). Certes, la méthode est cavalière, l’Etat jouant au "chevalier blanc" a priori et intervenant bien, dans les faits, sur le marché. Mais Enel ne peut s’en prendre qu’à lui même. La question est en effet la suivante : quelle offre la France bloque-t-elle ? Dans les faits, Enel-Suez n’aura été qu’un fantasme de presse financière. Même dans la "jungle" boursière, une OPA se lance encore par une offre concrète, et non par article de presse.

Du point de vue de la France, enfin, la levée de boucliers fait sourire. Si l’Etat avait laissé Enel ou quiconque prendre le contrôle de Suez, quelle n’aurait pas été la réaction de ceux qui crient aujourd’hui au scandale, au chantage boursier, à la fin du service public de l’énergie ! Vous avez voulu le patriotisme économique ? Vous l’avez ! De plus, les actionnaires de Gaz de France, et donc l’Etat, devraient être les principaux bénéficiaires de l’opération en termes strictement financiers. Là encore, attendons les modalités exactes de l’opération pour en juger, mais la perspective d’un dividende exceptionnel, et de l’intégration d’une société très rentable et au poids considérable, sont autant d’atouts pour l’actionnaire, dans un secteur où taille critique n’est pas un vain mot.


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14 réactions à cet article    


  • wil (---.---.176.42) 1er mars 2006 13:10

    On nous a dit qu’il fallait privatiser pour favoriser la « concurrence » ; il faut désormais privatiser pour garantir le « patriotisme économique.Et ensuite ?


    • engen 1er mars 2006 17:47

      Je n’ai malheureusement pas la réponse... Mais ne perdez pas de vue que l’ensemble est plus, pour le moment et si l’on s’en tient aux droits de vote des actionnaires en place (ce qui est à priori la règle), d’une nationalisation de Suez que d’une privatisation de GDF.


    • Henry H (---.---.179.173) 1er mars 2006 14:02

      La France a sur-réagit sur des bruits de couloirs. Cela montre bien l’état de nervosité de notre gouvernement et le repli sur soi. La France s’enferme dans le principe de la réaction brutale ce qui bute nos voisins et enrichie l’idée que nos partenaires sont contre nous. Quand sortirons-nous de cette spirale auto-entretenue ?


      • Thomas (---.---.119.205) 1er mars 2006 14:54

        Je suis d’accord avec les grandes lignes de votre article, mais je trouve malheureux que vous ne citiez à aucun moment le fait que toutes ses manoeuvres se déroule dans le cadre de l’Europe, qu’il s’agit bel et bien de l’Europe énergétique de demain qui est en route et que peut-être qu’un rapprochement Enel-GDF-Suez n’aurait pas était une si mauvaise idée. Quand je lis aujourd’hui que Martin Bouygues s’intérresse à l’energie nucléaire et louche sur Areva, je me dis que l’europe énergétique devra forcément passer par la France et que celle-ci à une immense responsabilité vis à vis des européens. Peut-être devrions nous nous comporter comme un pays responsable plutôt que comme un pays de peureux !


        • engen 1er mars 2006 17:54

          La problématique Européenne est bien évidemment au coeur du débat. Les questions sont nombreuses :

          Quel message envoyons nous à nos partenaires en agissant ainsi ? La France agit unilatéralement, mais n’est-ce pas une réponse à l’absence de politique énergétique Européenne ? En effet, pourquoi tenir Enel à l’écart de manière définitive ?


        • Antoine (---.---.17.251) 2 mars 2006 09:26

          Votre commentaire est positif.


        • éric (---.---.40.249) 1er mars 2006 18:03

          En effet dans ces affaires on parle beaucoup de l’actionnaire. Mais Il y a aussi des salariés et des clients. Certains pouvant d’ailleurs être un mélange de tout cela. Une fois de plus je constate que la vie est analysée sous un angle purement économique. C’est l’un de mes regrets récurrents. Ce qui m’inquiète le plus dans ces phénomènes de privatisations d’anciens services publics c’est que finalement le client n’y gagne rien. Les tarifs sont rapidement aussi élevés qu’auparavant et le service de moins bonne qualité. Les exemples ne manquent pas, chemins de fer britanniques, électricité californienne... À chaque fois, les dividendes à deux chiffres imposés à court terme par les marchés et le coût de la communication commerciale imposée par la concurrence fait chuter les investissements. Bien vite et une fois que les « gros » actionnaires s’en soient mis plein les poches, on appelle l’État à la rescousse pour recapitaliser et réinvestir. C’est le contribuable moyen qui met la main à la poche, alors qu’il paie déjà plus cher son service et que faute de moyens financiers, il ne peut bénéficier de ce placement juteux à son lancement.


          • engen 1er mars 2006 19:00

            Idéologie 1 - 0 Information


          • Nicolas le vrai (---.---.232.177) 23 mars 2006 20:53

            Eric comme tous les refractaires, les opposants , tu sors des arguments qui n’ont aucune valeurs, qui ne sont en fait que vaporeux.

            Dire qu’il y a pleins d’exemple et cité les chemins de fer britannique, l’electricité californienne qui sont des exemples non français et s’en servir comme explications de la mentalité française et comme futur probable de la fusion Suez-GdF, c’est n’importe quoi. Comment peux-tu dire de maniere certaine que les prix vont augmenter du fait de la privatisation de GdF ? Moi je constate que depuis que France telecom est privatiser les prix du téléphone ont considerablement baissé.

            Comment peux-tu dire que les bénéfices ne profiteront qu’aux actionnaires ? que les objectifs ne seront que pour augmentés les dividendes à distribués aux actionnaires ? Je prefére une entreprise qui a des objectifs de rentabilité et qui fait le maximum avec les moyens quelle a, qu’une entreprise (comme les collectivités locales ou EPIC etablissement publi industriel et commerciaux) qui n’ont aucun objectif de rentabilité financiere et qui dépense à tort et à travers l’argent que les contribuables leur verse gratuitement.

            Puis ton argument comme quoi c’est l’Etat qui doit remettre l’argent dans les caisses une fois que les actionnaires s’en ont mis pleins les poches c’est tout faux. Au contraire Si l’entreprise fait des bénéfices, c’est mieux plutot qu’elle fasse des pertes, au moins elle se suffit à elle-même et elle n’a pas besoin de puiser constamment dans les caisses de l’Etat comme les entreprises étatiques le font car elles ne font que des déficits que les français doivent tous comblés.

            Bref en bon socialiste que tu es, pour peu que les gens t’écoutent un temps soit peu attendivement, ton discours ferait un bide monumental


          • argoul (---.---.18.97) 1er mars 2006 19:08

            C’est bien écrit, enlevé, polémique, pas d’étonnement à ce que l’article suscite les répliques de ceux qui tremblent, souvent agent de l’Etat, ne comprenant rien (la faute à l’école qui n’enseigne pas l’économie pratique mais l’idéologie anti-). Certes l’Europe énergétique : mais ceux qui râlent aujourd’hui ont probablement voté NON en mai dernier. Certes les clients et leurs factures : mais la concurrence s’ouvre avec ce nouvel EDF et pas l’inverse. Certes l’OPA patriotique : fâcheux rappel de l’échec de la fusion Renault/Volvo où le ministre à la télé a fait capoter l’affaire trop franco-techno centrée ; et on recommence ! Pas étonnant que nos partenaires renâclent, les nationalisations, c’est de la gauche 19ème pour 99% des Européens et le jacobinisme autoritaire, il n’y a vraiment que les fonctionnaires syndiqués français qui en veulent, dans l’Europe entière. Oui, le rapprochement GDF-Suez était préparé depuis octobre, mais - bureaucratie oblige - la France administrative n’est jamais pressée, au détriment du nouveau rythme du monde. Vivement la privatisation !


            • brasilou (---.---.193.37) 13 mars 2006 16:30

              vous êtes un des nombreux abrutis qui pensez que l’« agent d’état », ce fainéant, le mérite car lui ne sait pas ce que c’est de « souffrir » dans une boite privé... laissé moi casser vos arguments de gamins un à un :

              la première des choses est que chaque agent statutaire de gdf ( et d’edf d’ailleur)n’est pas un FONCTIONNAIRE !!! rien (non aboslument rien !) ne le protège contre le licenciement de par son statut... la seconde des choses est que l’electricité que vous consommez est une des moins chère d’europe (mais après tout libre à vous de l’acheter ailleur plus chère en 2007 !!!) la troisième des choses est que la « synergie » dégagée par la fusion des deux groupes à été estimée à 750 millions d’euro, ce qui représente combien de poste en doublons à votre avis ??? la quatrième des choses (et je m’arrêterais là, car après tout, êtes vous seulement capable d’entendre tous cela ??) est que même si le gouvernement détiendra une minorité de blocage, il ne pourra en aucun cas décider de la stratégie d’approvisionnememnt, d’acheminement, en gaz de la france,et à une plus grande échelle, de l’europe...il me semble pourtant que cette EUROPE là souhaitait avoir une politique stratégique de son approvisionnement en énergie...il faudrait plutôt qu’elle est une politique ENERGETIQUE TOUT SIMPLEMENT !!!


            • (---.---.71.50) 13 mars 2006 19:53

              Je reprends le message d’avertissement qui précède chaque envoi :

              « Ce forum est un espace de débat civique et civilisé qui a pour but d’enrichir cet article (...) tout contenu diffamatoire, injurieux, commercial, raciste (...) sera supprimé dans les plus brefs délais. »


            • (---.---.115.51) 2 mars 2006 07:59

              Brufau Gas Naturala(ex-PDG) KO ?


              • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 2 mars 2006 10:48

                La question posée par cette vraie fausse OPA sur Suez et de la fusion entre GDF et cette dernière pour la « sauver » manifeste à l’évidence que l’on n’est pas sorti de l’ambiguité entre privatisation et nationalisation dès lors que l’on continue d’utiliser la concurrence pour des motifs nationalistes qui n’ont pas grand chose à voir avec la défense du service public.

                Pour sortir de cette ambiguité il faudrait le courage de dire et de faire en sorte que les entreprises privées et la concurrence peuvent être mises au service de l’intérêt universel, à condition que l’état qui délègue les missions de service public joue réellement son rôle de donneur d’ordre et de contrôleur du suivi de ces missions.

                Je doute fort que nos partenaires acceptent longtemps de voir l’état s’immiscer dans des affaires privées européennes en se réclamant faussement de la défense du service public pour fausser la concurrence à l’avantage du capitalisme prétendument national au lieu de l’utiliser au profit de tous.. Il est temps de mettre de la transparence et de la logique dans ce genre d’affaires et de mettre l’idéologie nationaliste au rancart.

                La concurrence libre et non faussée en Europe est un bonne chose pour qui sait et veut en faire bon usage.

                De la libre concurrence en Europe

                Le rasoir philosophique

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