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Futur 2.0 : un New Deal pour la France (et l’Europe...)

Roosevelt avait réussi son New Deal avec son réseau électrique... La France devrait faire son New Deal avec un réseau de télécommunications tout fibre. Cela préparerait au mieux notre Futur 2.0.

En lisant ce qu’écrivent et disent les uns et les autres sur le thème du très haut débit et de l’eventualité d’une stratégie "tout fibre" pour tout un chacun en France, il m’est revenu quelques souvenirs des cours d’économie politique de mon jeune temps...

1929 : grande crise économique... Les USA sont exsangues... En 1933, Franklin Delano Roosevelt, alors président, lance l’idée d’un New Deal... En appliquant les conseils du grand John Maynard Keynes. Investissement public massif... avec notamment le Tennesse Valley Authority... 10 milliards de dollars par an (si j’ai bonne mémoire) pendant plusieurs années... Objectif : apporter la fée électricité chez les agriculteurs du Middle West...
Donc fabriquer de l’électricité hydraulique (avec la Tennesse River) et mettre en place une infrastructure de distibution sur tout le pays (les grandes villes étant déjà plus ou moins équipées).
Eh bien, figurez-vous que des esprits bien intentionnés, ultralibéraux pour la plupart, se sont répandus partout en disant que les "bouseux" (sic) n’avaient nul besoin de fibre... pardon de fil électrique à la maison... Mais pour quoi faire, grands dieux, de l’électricité ? On avait besoin d’électricité dans les usines (donc près des villes)... Mais pour faire pousser le maïs, en avait-on besoin ?

Roosevelt a réussi son New Deal. Certes, cela n’a pas redressé complétement l’économie US (c’est la Seconde Guerre mondiale qui le fera.). Mais en tout cas, cela a enrayé la montée vertigineuse du chômage. Pourquoi ? Eh bien, les agriculteurs, une fois l’électricité installée, se sont mis à acheter, non pas des matériels "productifs’", mais des réfrigérateurs, congélateurs, de l’électroménager divers, etc... (choses que n’avaient pas vu les libéraux qui pensaient électricité "productive").
Cela a renforcé un secteur industriel en émergence : le secteur de l’électroménager (dans les petits appartements de Chicago on ne met pas un coffre de congélation comme dans une ferme où il y généralement davantage de place). Secteur qui a dû embaucher pour satisfaire la demande. Par la suite, les agriculteurs ont acheté du matériel électrique pour renforcer leurs activités (moteurs divers, etc.).

Il en serait de même aujourd’hui avec une infrastructure à très haut débit.
Nos agriculteurs - qui sont loin de tout - ont besoin de très haut débit, plus que les gens des grandes villes peut-être. Pourquoi faire ? Pour disposer de services nouveaux que permettront ces réseaux (santé, éducation, loisirs...). Certains existent déjà de par le monde (centres de soins à distance par exemple que j’ai vus au Japon...). Il faut imaginer les autres : agences visiophoniques de tout poil, avec co-browsing et "objets métiers" (pas besoin de se déplacer), programmes éducatifs en 3D interactifs, etc.
On dit dans le vaste monde que le Gaulois est imaginatif... Nous serions donc très à l’aise semble-t-il pour fabriquer la société de l’information, et ensuite aller vendre ces applications ailleurs, quand les autres peuplades se mettraient elles aussi au très haut débit.
De même, cela renforcerait l’attrait touristique du pays. Par exemple, l’un des responsables de nos gîtes ruraux (53 000 gîtes dans la France d’en bas) me faisait la réflexion qu’avec un tel réseau, cela augmenterait le nombre de nuitées car les couples étrangers qui découvrent notre pays en utilisant ce type d’hébergement resteraient certainement plus longtemps si le mari ou la femme pouvait télétravailler facilement.

Et n’oublions pas que la fin des énergies fossiles est programmée. Et que si nous n’arrivons pas à faire la soudure avec des énergies renouvelables au même côut, on ne pourra plus se déplacer comme aujourd’hui.. On sera alors bien content de disposer d’une infrastructure à très haut débit. Simple devoir de précaution, dont notre élite nous bassine les oreilles.

Doit-on investir de l’argent public comme Roosevelt, alors que notre Etat est en fâcheuse posture financière ? Il me semble qu’avec nos éminents énarques et nos non moins zélés polytechniciens (bon, vous allez me dire qu’ils ne s’entendent pas très bien..) on pourrait très bien trouver une solution financière de panachage privé + public du meilleur aloi, avec un amortissement sur trente ans, qui satisfasse tout le monde. Il suffit de le vouloir et de s’en donner la peine...

Et puis, nos aimables présidentiables, quand même, ne devraient-ils pas se prononcer là-dessus ? Au lieu de se préoccuper de l’appartement de l’un et des éléphants de l’autre. Enfin...

Le monde va bougrement changer dans les trente ans qui viennent. Il nous faut préparer ce Futur 2.0. La France doit faire son New Deal... C’est une ardente obligation... comme dirait Qui vous savez...

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Les réactions les plus appréciées

  • Par Rabelais (xxx.xxx.xxx.90) 5 mars 2007 15:04
    Rabelais

    Jean-Marc,

    Vous soulevez-là un point crucial. Au-delà de la technologie qui pourrait soutenir un New Deal à la française, il semble que la plupart des candidats sont incapables de raisonner à cette échelle. Je dis la plupart car j’ai récemment lu un article de l’un d’entre eux dans une newsletter professionnelle (en biotechnologies) qui m’a un peu bluffé. Pour la première fois le type en question (l’actuel troisième homme qui monte) semblait savoir de quoi il parlait et avoir une vision de ce qu’il faudrait faire. Etonnant !

    Je vous suis dans votre discours, car la France possède le coeur de ce qu’il faut pour relever ce type de défi :
     une recherche de premier plan. et ce aussi bien en mathématiques (la clef de tout), qu’en physique, informatique, biologie...
     que cela nous permet de générer et maitriser des technologies de demain (Logiciels, Internet, Télécoms, Biotechs, Dispositifs Médicaux...
     un peuple avide de comprendre et bien moins mouton qu’on ne veut le croire
     des entrepreneurs prêts à relever tous les défis (j’en vois tous les jours dans mon travail).

    Il ne manque à tout celà qu’un leader visionnaire (politique ?) qui rassemble les Français et les mobilise sur leurs forces plutôt que de ne citer que leurs faiblesses ou de jouer avec leurs peurs.

    Cordialement,

  • Par Comenius (xxx.xxx.xxx.74) 5 mars 2007 16:17

    Le principal défi des vingt ou trente prochaines années est de passer de l’exode rural à l’exode urbain, car notre modèle de société n’est plus tenable avec la diminution très prochaine et rapide de la production mondiale de pétrole, puis de gaz naturel.

    Nous sommes arrivés à la fin de la croissance de la production mondiale de pétrole, le pic de production (peak oil) ou pic de Hubbert. De nombreux pays ont déjà atteint leur maximum de production.

    La diminution de la production mondiale du pétrole, commence en 2007 ou 2008, celle du gaz naturel une dizaine d’années plus tard. Selon une estimation raisonnable, nous aurions une production limitée à 80 % dans 12 ans et à 50 % dans 20 ans de celle d’aujourd’hui.

    Les réserves de pétrole ont été surestimées, soit pour des raisons politiques pour les pays de l’OPEP, soit pour des raisons financières dans le cas des compagnies. Le volume des nouvelles découvertes est depuis longtemps inférieur à celui de la production. Le maximum de découvertes a été atteint en 1962. Depuis 1981 le volume produit chaque année est supérieure à celui des nouvelles découvertes. Actuellement, le volume produit est 3 à 4 fois supérieur au volume découvert. La décroissance de la production peut être très rapide comme le montre la Norvège (- 15 % en 4 ans), la Grande-Bretagne (- 38 % en 6 ans), l’Australie (- 34 % en 5 ans).

    Le nucléaire, les piles à combustible et les biocarburants sont des solutions illusoires.

    Pour produire l’équivalent des 49 millions de tonnes de pétrole consommées par les seuls transports (sans compter les autres usages) il faudrait utiliser dans le meilleur des cas (huile de colza) 56.400.000 hectares (564.000 km2) soit plus que la superficie de la France et 3,6 fois la superficie des terres cultivées de notre pays. Dans les régions tropicales, un meilleur bilan énergétique à court terme est pourtant dévastateur : utilisation intensive de produits chimiques pétroliers, sols fragiles devenant vite stériles, ravages de la déforestation.

    Lire La fin progressive du pétrole pour des informations précises et récentes.

    Le devenir de l’agriculture et comment nourrir les populations sont des aspects méconnus de la disparition du pétrole, comme celui de la surpopulation.

    Le moment est donc venu de consommer beaucoup moins d’énergie et de se préparer à des réalités contraignantes, en changeant de façon radicale notre mode de vie, l’organisation du territoire (passer de l’exode rural à l’exode urbain), l’urbanisme, l’architecture, l’organisation économique et sociale.

    C’est cela le véritable défi des prochaines années, qui implique un recentrage de l’économie sur le niveau local, la fin des villes démesurées, une architecture réduisant à très peu la consommation d’énergie des maisons, immeubles, entreprises (et si possible à énergie positive), des transports réduits au strict nécessaire, la fin du transport idiot de marchandises à travers le monde pour tout ce qui peut être produit localement ou à l’échelle d’une région.

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