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Accueil du site > Actualités > Economie > 1. Géopolitique du pétrole en Amérique Latine : les flux mondiaux

1. Géopolitique du pétrole en Amérique Latine : les flux mondiaux

L’Amérique latine se trouve au cœur de la problématique énergétique même si géographiquement elle se trouve excentrée par rapport aux grands flux commerciaux concernant les hydrocarbures. Elle se trouve au centre pour une série de raisons, dont elle n’a pas le monopole, mais qui, par rapport au marché nord-américain lui confèrent un rôle particulier. La première raison est que justement, à observer la cartographie classique des flux, elle se situe (ou plutôt se situait) au sein d’un environnement relativement protégé. En effet, elle est, par rapport aux enjeux aujourd’hui énoncés, la seule région se situant hors des zones perturbées par l’avènement du fondamentalisme. Au Moyen orient, en Asie (Centrale, de l’Est ou du Sud), en Mer de Chine, et enfin en Afrique, les zones pétrolifères sont estampillées comme « instables ». Quant au pétrole du « Nord », il est considéré par les spécialistes comme entrant dans une phase de perturbations. En effet, la fonte de la calotte glaciaire pose un problème de sécurité accru à cause des icebergs qui se multiplient et menacent l’extraction offshore ; D’autre part, par ce que cette même fonte posera des problèmes géopolitiques et diplomatiques concernant l’exploitation des espaces désormais « exploitables », entre, essentiellement, les Etats-Unis, le Canada et éventuellement la Norvège.

L’autre raison est celle de l’autonomie. Le sous-continent latino-américain, avec des variantes importantes au niveau du développement, est un espace émergeant. Le patrimoine énergétique ne peut plus être exclusivement considéré comme une matière première d’exportation, elle doit impérativement participer au développement sous ses deux aspects  : fournisseur de devises et d’infrastructures d’une part, mais aussi, élément essentiel pour le développement futur qui demandera des besoins accrus en énergie et des infrastructures adéquates. De tous les pays possédant des réserves fossiles seule la Trinité et Tobago pourrait considérer ses réserves en hydrocarbures comme une simple source de devises.

Dans un climat général de raréfaction des énergies fossiles, l’Amérique latine paraît enfin comme un espace équilibré qui serait capable, en gérant bien son patrimoine, d’introduire une pérennité dans le processus d’exploitation. Sur ce point, il faudrait souligner que le sous - continent latino-américain, est l’endroit le plus prometteur concernant les réserves à découvrir, comme ce fut le cas, en ce qui concerne le gaz, pour les années 1990. Le retard de la prospection est dû à deux raisons qui se conjuguent : la violence de la géographie et des hommes et le fait que les Etats-Unis considéraient que, l’espace étant sous leur influence directe, il n’était pas urgent d’agir dans des conditions risquées. En effet, la politique énergétique suit certaines règles, non écrites et pourtant invariablement suivies. Le secteur de l’économie énergétique a l’habitude de constituer trois typologies de fourchettes concernant les flux pétroliers et dont résulte sa stratégie d’action. 

La première, envisage un prix faible, variant entre 35 et 50 dollars le baril. Dans ce cas, on agit essentiellement, en ce qui concerne l’extraction, au sein des zones de production concentrées, et on investit dans la prospection. Dans la seconde, dite de prix moyen (50-60 dollars le baril), il s’agit de conclure des contrats sur des nouvelles concessions, la surenchère étant possible. Enfin, dans la troisième, qui se situe au-delà des 80 dollars le baril, il devient impératif de sécuriser les ressources proches, de diversifier au possible les sources d’approvisionnement et de faire jouer sur la concurrence, essentiellement à travers la production hors OPEC et des ressources hors pétrole, gaz essentiellement. C’est aussi dans ce cas que l’équilibre géopolitique entre les trois leaders du marché (Arabie saoudite, Iran, Russie) présuppose une neutralisation des conflits éventuels pour éviter les tensions qui mèneraient à des prix prohibitifs (au-delà de 100 dollars le baril). On parle dans ce cas « d’apaisement obligatoire ».

La question du « pic des réserves » (qui concernent la question du reste des réserves par rapport à celles déjà consommées) n’influe, pour l’instant, que marginalement sur les prix. En effet, les découvertes (surtout en gaz naturel mais aussi en pétrole), faites entre 1999 et 2007, « couvrent » la consommation mondiale de la même période. Par contre, les risques liés aux zones de production influent sur les prix (entre 5 et 10 % du coût total). 

Plus les prix sont bas, et plus on préserve sa propre production (politique des « réserves ») et celle de son environnement proche. Plus ils augmentent et plus ces espaces deviennent « compétitifs ». Ainsi, si les prix sont bas, on extrait et l’on investit en Arabie saoudite, on conteste la suprématie russe sur son environnement proche (Caucase, Asie centrale) on peut faire pression au Mexique, voire abandonner la majorité de ses forages au profit du Venezuela (années 1960). Quand les prix montent, il devient impératif de sécuriser un espace productif beaucoup plus large sur l’ensemble du globe, et entrer dans un processus apaisant avec les pays détenteurs stratégiques (aujourd’hui la Russie par exemple).

Les pays producteurs jouent sur ces trois fourchettes pour « garder le monopole » des investissements sans pour autant casser les prix. Ce n’est donc pas un hasard si, en général, les prix sont proches du maximum d’une fourchette et du minimum de la suivante.

Ce mécanisme, arbitrairement « fixe », se met en place entre la fin de la guerre mondiale et le premier choc pétrolier (1973). Il est donc, entre autres, l’enfant de la guerre froide, des pré-carrés (Back yards), qui impliquent la suprématie absolue des Etats-Unis sur le sous-continent latino-américain, de la France en Afrique de l’Ouest, de la Russie sur l’Asie centrale, etc. 

L’effondrement du mur de Berlin, l’apparition de nouveaux risques, mais surtout la globalisation économique, changent la donne. Les alliances politiques, tout comme les oppositions frontales, cessent d’être prépondérantes : elles changent, elle baissent d’intensité et, surtout, ne déterminent plus les actions économiques. Paradoxalement, la première « victime » de cette nouvelle situation sont les pré - carrés. Cela est vrai pour la France ou la Russie, mais c’est aussi vrai pour les Etats-Unis. Parallèlement, les marchés sécurisés existant (Arabie saoudite, Indonésie) et potentiels (Asie centrale, Malaisie, mer de Chine), perdent leur statut d’espaces « sous contrôle ». Soit à cause du fondamentalisme soit à cause de la compétition des compagnies pétrolières des pays émergeants au sein de l’industrie des hydrocarbures (Canada, Chine, Russie, Norvège, Japon, etc.), voir, des anciens pays « sous influence » et qui aujourd’hui s’émancipent (Venezuela, Brésil, Mexique, Nigeria, etc.).

En Amérique Latine, qui procure autour de 45% des besoins énergétiques des Etats-Unis, l’intégration dans cette « nouvelle donne » est spectaculaire. Elle se décline sur deux fronts. Le premier concerne les pays qui ont une industrie pétrochimique et des réserves en gaz et hydrocarbures anciens ou avérés (Venezuela, Mexique, Brésil). Leurs compagnies nationales (et parfois nationalisées) passent des accords entre elles et avec des partenaires autres que les Etats-Unis (Chine, Canada, Russie, Japon, …).

Le deuxième, concerne des pays « nouveau venus », riches en réserves, mais dont l’économie reste très faible (Bolivie, Equateur, par exemple). Dans ce cas, la question du contrôle des réserves énergétiques, stimulé par l’ouverture du marché et d’une offre non exclusive, devient un enjeu politique primordial. 

 

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1 réactions à cet article    


  • Yohan Yohan 18 juin 2009 09:11

    Bon article. Pourquoi ne parle t-on jamais de Perenco, 3 ème pétrolier français, qui à ma connaissance exploite en amérique latine ?« Pour vivre heureux, vivons caché  », peut-être !

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