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Grèce : l’exception qui anticipe la règle

La nouvelle la plus importante du vendredi 13 janvier 2012 n’était donc pas la fin du triple A français, mais l’interruption des négociations à Athènes sur le prêt de 130 milliards € qui doit absolument être finalisé avant le 20 mars si la Grèce doit continuer à faire face à ses paiements. Depuis, ces négociations ont repris. En voici les tenants et aboutissants.

Le processus de négociation en cours implique de mettre d’accord tous les participants du système, États et financiers (banques et fonds d’investissement). La chose n’est pas aisée, et ce d’un double point de vue : régler un cas en soi tout à fait périphérique – on l’a dit et on le redira, la Grèce représente par rapport à l’économie européenne à peu près ce que représente l’agglomération de Miami par rapport à l’économie américaine – mais un cas exemplaire, car il va en quelque sorte faire jurisprudence si l’on peut dire, tracer une voie pour le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie… la France !

La décote de 21% consentie à l’été dernier, était de caractère volontaire, c’est-à-dire consentie avec le consentement des créditeurs. Deviendra-t-elle une décote de 50 à 75%, et de caractère obligatoire ? On se rend compte actuellement que bien sûr l’austérité grecque a fait plonger l’économie réelle et a développé une importante récession qui accroît les difficultés budgétaires de l’État. Si le plan de sauvetage veut rester crédible, il faut donc accroître la décote. On s’est de plus rendu compte sur l’autre volet de la question, son extension au reste de la zone euro, que la simple conclusion de l’accord sur la dette grecque en octobre dernier a déclenché un vent de panique sur le marché obligataire tout entier, les uns se débarrassant à vil prix de tous leurs avoirs en obligations souveraines, les autres les rachetant à cette cotation dévaluée, soit pour soutenir le marché (Banques centrales) soit dans l’espoir de les revendre à meilleur compte (certains hedge funds).

Personne n’envisage plus que les États soient en mesure de faire face à leurs obligations et de rembourser au pair. Si on part donc de l’affaire grecque comme d’un modèle pour les négociations à venir, toute la question porte aujourd’hui, hormis le taux de la décote, sur la question des assurances (Credit default swaps). Le taux déterminera la part prise dans la résorption de la dette par les États ou par les financiers, la question des assurances déterminant, elle, qui supportera la charge dans le monde financier. Un préaccord avait certes été conclu à Athènes, mais il a été refusé le vendredi 13. Mais ni les dirigeants européens, ni les émetteurs de CDS sur la dette grecque, ne peuvent se permettre un défaut, les uns pour la tache d’huile qu’il répandrait, les autres pour son coût. Quoi qu’il en soit, les intérêts des uns et des autres sont bien opposés et c’est de là que provient toute l’âpreté des négociations. Les commentateurs les plus avisés se refusent à tout pari sur leur issue. Les agences de notation aussi, puisque Standards & Poor vient de dégrader le FESF de AAA à AA+ , rendant plus aléatoire son aptitude à financer les plans de sauvetage en cours et son apport éventuel dans le processus de recapitalisation des banques.

Mercredi soir 18 janvier, le bureau du Premier ministre grec a annoncé que les discussions avec les créanciers avaient repris. Laborieusement. Le calcul de ceux qui refusent ces propositions est simple : ils attendent soit que la Grèce n’honore pas son échéance, avec pour conséquence l’activation des CDS et le remboursement de leurs pertes par les émetteurs de ceux-ci ; soit d’être remboursés par le gouvernement grec à la valeur nominale, si suffisamment d’autres investisseurs acceptent la décote qu’eux refusent, le plan de sauvetage fonctionnant alors. Dans les deux cas, un bénéfice substantiel est à la clé, surtout pour ceux qui viennent de racheter ces obligations à vil prix. Afin de faire rentrer tout le monde dans le rang, l’adoption de clauses d’action collectives par le Parlement grec – qui reviendrait à supprimer le caractère volontaire de la contribution des créanciers – a été agitée comme une menace, mais cette arme serait à double tranchant, car elle pourrait rendre nécessaire l’activation des CDS, ce qui reviendrait à constater un défaut et à pénétrer en territoire inconnu.

Car de cette négociation « grecque » va émerger le climat général du marché obligataire pour l’année à venir. L’essentiel des obligations d’État européennes « roule » aujourd’hui avec des dates d’échéance relativement courtes, ce qui implique le renouvellement d’une bonne partie d’entre elles chaque année. Ce sont des sommes astronomiques que tant les États que les banques vont devoir lever en 2012, avec comme conséquence pour les banques en situation très difficile qu’elles n’auront donc pas un liard à avancer à l’économie réelle… d’où la récession… d’où de nouveaux plans de sauvetage… Décidément, dans la situation actuelle, on ne semble pouvoir boucher un trou qu’en en creusant un autre !

Maltagliati


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12 réactions à cet article    


  • Politeia 23 janvier 2012 13:36

    « Décidément, dans la situation actuelle, on ne semble pouvoir boucher un trou qu’en en creusant un autre ! »

    Bin c’est un peu la base de la comptabilité non ? Il n’y a qu’une seule chose qui vous permet de boucher un trou sans un creuser un autre. La valeur ajouté, autrement dit le travail. Sauf, qu’en Europe, il n’y en a plus du travail et il n’est pas près de revenir.

    Comme votre article l’explique, faire marcher les CDS est impossible à envisager, le défaut l’est guère moins. Reste qu’une solution, même si les allemands n’en veulent pas, c’est la monétisation. Et on y viendra, ce n’est qu’une question de temps.


    • Kobayachi Kobayachi 23 janvier 2012 15:24

      Pourquoi pensez vous qu’Axel Weber et Jurgen Stark avaient tout deux demissionner en septembre dernier ?
      La monetisation on y est deja en plein dedans au cas ou personne ne l’aurait remarquer smiley


    • Aldous Aldous 23 janvier 2012 15:27

      La Grèce n’est pas une exception, c’est juste une anticipation.

      Ayant des contacts sur place, je souhaitais me lancer dans une sorte de « chronique du futur » décrivant la situation grecque et j’ai renoncé : c’est trop déprimant.

      Les gamines qui tombent dans les pommes à l’école car ça fait trois jours qu’il n’y a plus rien à manger à la maison.

      Les malades qui partent à l’étranger quand ils le peuvent parce qu’il n’y a plus de médicaments et les grabataires qu’on soigne à l’eau claire.

      Les gens de la classe moyenne qui ne se chauffent plus alors qu’il fait moins de 10°C en ce moment (si si en Grèce aussi il y a un hiver) car l’énergie est devenue inabordable.

      L’exode urbain généralisé car les villes sont devenu des pièges.

      Les familles qui ne payent plus leur loyer depuis des mois parce qu’ils sont submergé par les nouvelles taxes.

      L’humiliation aussi d’avoir été mis sous tutelle étrangère avec un banquier à la tête du pays et la rage d’être traité de fainéants et de tricheurs devant les opinions des pays « frères » de l’union et ce parfois par les membres même de l’élite grecque vendue qui est à l’origine de la déconfiture nationale.

      Et la rage de voir les « experts » en escroquerie de Goldman-sachs donner sans vergogne leurs pronostics sur la faillite ou non à cours termes de la Grèce.


      • Kobayachi Kobayachi 23 janvier 2012 16:08

        Ô rage ! ô désespoir ! ô viellesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

        Ouais, ben on ne les entendait pas se plaindre les Grecques quand ils profitaient à fond du système après leur adhésion à l’Euro.
        D’ailleurs ils ont tout à fait le droit d’en ressortir s’ils le souhaitent, la souffrance en sera plus intense mais bien plus courte. Mais je ne crois pas que cela soit vraiment ce qu’ils souhaitent.

        Toute mon amitié au peuple Grecque, mais n’oublions tout de meme pas que c’est de leur propre faute et qu’ils nous foutent bien dans la m#*de.


      • maltagliati maltagliati 24 janvier 2012 06:55

        merci de votre témoignage


      • Kobayachi Kobayachi 23 janvier 2012 15:55

        Vous devriez aller plus loin dans l’explication des CDS. A quoi peuvent-ils bien servir s’ils ne sont jamais exercés ? N’y a-t-il pas comme une petite erreur mathématique dans leur calcules ?
        Qui a émis ces CDS sur de la dette Grecque ? S’il y a default sur la dette Grecque, il y a t il également possibilité de default pour les contreparties des détenteurs de ces CDS ?


        • kiouty 23 janvier 2012 17:02

          A la base, le raisonnement qui sous-tend le CDS, c’est qu’il n’y aura pas défaut, et que donc tout le monde y gagne. Le souscripteur parce qu’il gagne du fric, le créancier parce qu’il a refilé le risque de défaut au souscripteur et c’est le paradis, parce que quand on est noté AAA, on ne peut pas faire défaut, si ?
          Le défaut généralisé comme il y en a eu en 2008, c’est l’évènement extrême « improbable » qui n’a pas été pris en compte par les modélisations des banquiers d’affaire américains dans les historiques qui sont servi à établir ces modèles.


        • Aldous Aldous 29 janvier 2012 15:10

          Il semble que les études classiques ne soient pas votre fort Kobayachi.


          Aussi je me permet de vous faire réviser :

          Un Grec
          Une Grecque.

          Un théâtre grec.
          Une statue grecque.

          Comme cette racine latine semble déja vous embrouiller je vous épargne la racine grecque qui donne un Hellène, hellénique etc.

        • kiouty 23 janvier 2012 16:59

          soit que la Grèce n’honore pas son échéance, avec pour conséquence l’activation des CDS et le remboursement de leurs pertes par les émetteurs de ceux-ci

          Remboursement tout-à-fait hypothétique et improbable, car rappelons-le, les CDS n’ont aucune obligation d’être provisionnés par les sociétés qui les souscrivent au contraire des assurances classiques.
          Si les CDS se déclenchent, ce sera probablement une fusion nucléaire systémique, et non plus un « risque », il va y avoir des dizaines de faillites type AIG, on va bien rigoler au début, mais après, ça risque de tanguer un peu...


          • maltagliati maltagliati 24 janvier 2012 07:02

            Je partage ce point de vue sur l’impossible et nécessaire (à la fois) activation des CDS. La négociation en cours, quoique portant sur des montants extrêmement réduits en rapport aux enjeux globaux, comporte un risque majeur. Le témoignage de notre ami grec en réaction à cet article montre que du côté de la population on est au bord du gouffre ; les financiers et « experts » y sont aussi de leur côté !!!
            Quand j’écris ceci (mardi 24 au matin) l’incertitude reste total, et comme je le disais dans l’article, les intérêts totalement divergents. Le risque est majeur, et ce en pleine année électorale (France, États-Unis, Allemagne), ce qui accroît les tentations aventurières.


          • BA 29 janvier 2012 14:14
            Samedi 28 janvier 2012 :

            Crise de la dette : Berne a envisagé le pire.

            Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann estime que la zone euro survivra à l’actuelle crise de la dette. Sinon on courrait à une « catastrophe », a déclaré samedi le ministre de l’économie au Forum économique de Davos (WEF). La Suisse a envisagé tous les scénarios.

            Le Conseil fédéral semble préparé à une désintégration de la zone euro. Le gouvernement a officiellement exigé que tous les scénarios soient envisagés, a relevé le Bernois devant quelques journalistes.

            M. Schneider-Ammann s’est entretenu lors de son séjour dans la station grisonne avec plusieurs ministres d’autres pays. L’incertitude est de mise, a-t-il observé à l’issue des échanges. Selon lui, une certaine psychologie est importante : « Nous ne devons pas parler de la situation de manière plus morose qu’elle ne l’est ».

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