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Grèce : les Européens en ordre dispersé

Alors que les Grecs se familiarisent chaque jour un peu plus avec la notion de crise – financière, économique, politique, sociale, etc. –, la zone euro continue de susciter la défiance des marchés. Les sommets se multiplient, mais Athènes se traîne dans l’ornière des déficits abyssaux. Ils devraient atteindre les 7 % au lieu des 5,4 % prévus initialement. Et, selon la Banque centrale grecque, la contraction du PIB, évaluée au départ à 5 %, pourrait finalement dépasser les 7 %. L’accumulation des plans de rigueur semble avoir eu pour seul effet d’assommer la consommation, d’aggraver les chiffres du chômage (23,1 % en mai) et de plomber, par ricochet, le budget national. Encouragé en cela par une troïka dogmatique (BCE, FMI et UE), les gouvernements grecs successifs ont cherché à amenuiser leurs dépenses, notamment en durcissant ou amputant les politiques sociales en œuvre. Conséquence logique, les finances publiques paient aujourd’hui les pots cassés : des rentrées fiscales en berne et une dépression économique.

Après cinq années de crise, la Grèce continue donc de rythmer l’agenda européen et de diviser ses partenaires. En témoignent les tonalités divergentes adoptées par Paris et Berlin. En réalité, deux camps se distinguent nettement : il y a ceux qui veulent se montrer compréhensifs envers Athènes, acceptant certains compromis, et ceux qui restent fermes coûte que coûte, tant pour les délais que pour les objectifs de réduction de dette. Une dualité déconcertante, souvent cacophonique et malheureusement limpide quant à l’hétérogénéité inhérente à l’Union – et particulièrement au club de la monnaie unique. Parmi les États les moins indulgents, on retrouve sans surprise l’Allemagne, peu encline à solliciter une nouvelle fois ses contribuables pour sauver un pays jugé fraudeur, ou la Finlande, qui avoue à demi-mot se préparer aux pires scénarios. Les dirigeants teutons et finnois s’attachent surtout à conserver leur précieux triple A et à se préserver en vue des prochaines élections, lesquelles s’annoncent pour le moins difficiles. Résumons : les calculs purement politiciens priment les intérêts de la zone euro et de ses entités périphériques. Voilà qui ne devrait pas rassurer les bailleurs de fonds !

C’est dans ce contexte brumeux qu’il faut appréhender les dernières informations émanant de Francfort : la Banque centrale européenne envisagerait d’intervenir directement sur les marchés afin de maintenir les taux d’intérêt des pays en difficulté à des niveaux acceptables. Pour ce faire, elle définirait un spread de crédit à ne pas dépasser. Mais le volontariste Mario Draghi doit faire face à une opposition farouche et organisée, au sein de laquelle la Bundesbank et la chancelière Merkel occupent une place de choix. Prônant des réformes structurelles rapides, voire brutales, refusant tout interventionnisme de la BCE, notamment le fameux rachat d’obligations souveraines, ils incarnent incontestablement la ligne dure de la zone euro. Rappelons que le gouvernement grec, qui aspire ouvertement à davantage de souplesse, cherche à obtenir un sursis de deux années pour atteindre l’équilibre budgétaire – soit 2016 au lieu de 2014 –, un rééchelonnement potentiellement très coûteux, estimé entre 20 et 60 milliards d’euros par les experts. Athènes souhaite en outre repousser à 2020 (contre 2016 actuellement) le début du remboursement du premier prêt de l’UE et du FMI, s’élevant à 110 milliards d’euros. Des options rapidement écartées par les pays les plus fermes.

Guidée par des intérêts particuliers, l’Europe se désolidarise peu à peu de la Grèce, désormais présentée comme un malade presque condamné qui risque de contaminer tout le sud du continent. Beaucoup négligent les efforts consentis par le peuple grec, contraint de composer avec les exigences d’une troïka intraitable. Pourtant, les journaux abondent de témoignages alarmants : les suicides se multiplient, les licenciements frappent des milliers de travailleurs, les cris de désespoir pullulent. On y évoque même des Grecs qui vont jusqu’à contracter volontairement de graves maladies, notamment le VIH, afin de bénéficier des aides sociales. Mais, nonobstant ces drames humains, on pousse Athènes à maintenir la cadence. Sous peine de représailles économiques. Alors, les privatisations se poursuivent, les biens publics inondent le marché, les allocations de chômage, les retraites et les autres prestations sociales diminuent comme une peau de chagrin. Sans parler des dépenses de santé, rabotées, et des salaires du service public, considérablement rognés. Avec des statistiques toujours plus inquiétantes, mettant à mal les remèdes prescrits par les marchés, Antonis Samaras se trouve dans une position pour le moins inconfortable. D’autant plus qu’il subit de plein fouet la pression d’une gauche radicale agressive et d’un peuple désemparé. Mais ses options paraissent bien maigres : trahir les promesses faites à la troïka obligerait ses émissaires à émettre un avis négatif, ce qui reviendrait à faire une croix sur un prêt indispensable, que les responsables helléniques, manquant cruellement de liquidités, veulent à tout prix débloquer. La voie de la banqueroute en somme. Et les déclarations communes de François Hollande et Angela Merkel renforcent le sentiment que les Grecs n’ont qu’une seule issue possible : l’austérité. Car, sans apporter la preuve d’une viabilité budgétaire durable, point de salut.

Si des voix s’élèvent pour dénoncer le calvaire imposé à la Grèce – Gerhard Schröder ou Daniel Cohn-Bendit, par exemple –, les prochaines échéances promettent bien du fil à retordre. En effet, la décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui doit bientôt se prononcer sur la légalité du Mécanisme européen de stabilité, et le résultat des élections qui se tiendront le même jour aux Pays-Bas pourraient engendrer un branle-bas inattendu. Et peut-être inextricable. Quoi qu’il en soit, Athènes n’est pas au bout de ses peines. Quant aux Européens, ils avancent en ordre dispersé. Difficile effectivement de concilier les positions de Jean-Claude Juncker, Martin Schulz, Wolfgang Schäuble, François Hollande, Mario Monti et Jyrki Katainen.


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1 réactions à cet article    


  • Le taulier Le taulier 27 août 2012 16:27

    Si des voix s’élèvent pour dénoncer le calvaire imposé à la Grèce – Gerhard Schröder ou Daniel Cohn-Bendit, par exemple –

    Gerhard Schröder dénonçant un « calvaire » qu’il a lui-même imposé à son propre peuple (Hartz) c’est à mourir de rire ! Par ailleurs Scröder était chancelier quand la Grèce est entrée par effraction dans l’Euro, et à l’époque il n’a pas bronché.

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