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Hollande vaincra-t-il le chômage ?

Redéfinir les mots et les expressions s'avère de plus en plus nécessaire avant toute discussion : que signifie « être de gauche » et « socialiste » ? Il semble que c'est de plus en plus compliqué, et cela dépasse donc le cadre de cet article.

On ne peut accuser le gouvernement de manque de volonté dans le domaine social. Il a pris quelques bonnes mesures pour un peu plus de justice. Mais ses choix en matière d'économie restent difficilement discernables de ceux de ses prédécesseurs : l'économie libérale et la mondialisation en sont les deux principes, comme le montre le tout récent soutien de François Hollande à la délocalisation d'un centre d'appels relevant du Conseil général socialiste d'Île de France.

Le changement d'orientation des économistes socialistes remonte au gouvernement Jospin : le très habile Strauss-Kahn avait réussi à convaincre Jospin des bienfaits de l'économie libérale et des privatisations.

Le parcours de Strauss-Kahn est intéressant : HEC-Sciences Po-ENA (mais il sera recalé à l'ENA).
François Hollande suivra le parcours complet : HEC-Sciences Po-ENA.
Pascal Lamy, son ami directeur général de l'Organisation mondiale du commerce ? HEC-Sciences Po-ENA.
Olivier Ferrand, le « penseur » récemment décédé, fondateur de Terra Nova que Wikipedia qualifie de « think tank progressiste de gauche » [sic] ? HEC-Sciences Po-ENA.
Étonnant !

HEC est une école au concours difficile, mais elle forme les élèves aux doctrines à la mode.

Sciences Po et l'ENA sont les deux écoles permettant d'accéder au pouvoir sans passer par la voie démocratique.

Dans une brochure, l'OMC écrit :

« l’un des principes qui sous-tend le système de l’OMC est d’amener les pays à réduire leurs obstacles au commerce et à libéraliser les échanges. [...] Un commerce plus libre et plus stable favorise la croissance économique. Il peut permettre la création d’emplois, contribuer à réduire la pauvreté, et, souvent, il fait les deux. »

Achetez donc chinois, vous créerez des emplois ! Il faudrait vérifier cette affirmation en demandant leur avis aux ouvriers envoyés au chômage.

Cette mondialisation est cependant positive pour certains : d'après un classement établi par Forbes, le nombre de milliardaires est passé de 69 à 115 en Chine, de 25 à 36 Hong Kong, de de 49 à 55 en Inde. Le traitement des ouvriers ne devait pas sembler suffisamment glamour pour être abordé dans cet article du Monde.

Pascal Lamy affirmait que « l'ouverture des marchés et la réduction des obstacles au commerce ont été, sont et resteront essentielles pour promouvoir la croissance et le développement, pour relever les niveaux de vie et pour réduire la pauvreté. »

Cette ouverture permet effectivement de relever certains niveau de vie, mais essentiellement en Chine, alors que ce pays –comme l'Inde – bénéficie d'un marché intérieur énorme (ses exportations vers les USA ne représentent que 3 % de son PIB).
Lamy a cependant reconnu – sans guère s'en offusquer – que l'Accord Général sur la Commercialisation des Services, promu par l'OMC, « est avant tout un instrument au bénéfice des milieux d’affaires. »

Certains mauvais esprits trouveront difficilement un aspect socialiste dans les orientations de ce néo-libéral et ses accolytes. De nombreux médias avaient pourtant fait état de tractations pour le faire entrer dans le gouvernement.

Quant à Olivier Ferrand, Libération écrivait qu'il « recommandait au PS de se concentrer sur ses nouvelles zones de chalandise électorale : les centres-villes, le haut du panier des classes moyennes diplômées, ces fameux “gagnants de la mondialisation”. »

Il est intéressant de voir les combats de Montebourg contre les délocalisations alors qu'il était un proche et un admirateur de Ferrand. N'aurait-il pas compris l'enseignement de son ami ? L'ancien « épicier » [surnom des prépas HEC] Hollande l'a immédiatement corrigé : le « protectionnisme », même à petite dose, est strictement interdit.

Sauf pour les Chinois...


Exemple : dans un article étonnant du journal Le Monde, on pouvait lire :

« “Avant, on envoyait des produits transformés à ces pays [essentiellement la Chine]. Maintenant, ils importent nos grumes, les transforment chez eux, et nous réexportent les produits finis. Le premier fabricant de meubles et de parquet, c'est aujourd'hui l'Asie. Nous perdons de la valeur ajoutée en Europe”. En cause : le coût très faible de la main-d'œuvre asiatique, qui permet de dégager d'importantes marges, malgré le prix d'import et d'export du bois. Et surtout, le protectionnisme aux frontières de l'Asie. La Chine taxe ainsi l'importation de grumes à 8 %, de produits semi-transformés à 18 % (sciages, billes, planches, caissages), de parquet à 40 % et de meubles à 100 %. A l'opposé, l'Europe n'impose aucune barrière à l'accès de son marché. »
Nos « représentants » européens sont bien trop occupés à plancher sur la courbure idéale de la banane ou le diamètre normalisé d'une tomate pour s'occuper de ce genre de détail. Et nos ministres, de droite comme de gauche, ont visiblement d'autres choses à faire que s'intéresser au protectionnisme chinois.

La plupart de nos actuels « penseurs » et « économistes », dont les pronostics ne valent pas mieux que les prédictions des horoscopes (Attali annonçait en juin 2008 une possible croissance de 3,5 % pour 2009, et Minc ne voyait qu'une crise « psychologique »), semblent penser que seuls deux systèmes étaient en compétition : le communisme et le capitalisme.
Le premier a perdu, donc le deuxième serait le bon. Il n'y aurait pas d'autre solution.

Accepter le capitalisme conduit à en accepter ses orientations : mondialisation effrénée et libéralisme total.

Partant de ce postulat, il est évident qu'une des premières mesures à prendre est de baisser les salaires et les avantages sociaux jusqu'à ce que notre main-d'œuvre redevienne concurrentielle. En instaurant un Smic à 500 euros, notre production commencerait à redevenir compétitive.

Cette conclusion logique (découlant du postulat initial) a déjà été faite par d'autres élites :

« La commission [européenne] déconseille ainsi d'augmenter le Smic, tandis qu'elle invite Paris à réduire le niveau de protection des contrats de travail, et donc de faciliter les licenciements. »

La Commission européenne sert les intérêts des peuples européens !

« Même la Banque mondialeécrivait le New-York Times – a averti que la France a des coûts de main-d'œuvre trop élevés étant donné le nombre relativement faible d'heures de travail des employés. La banque dit que la situation française n'est pas tenable dans la rapide intensification de la concurrence d'Asie, d'Europe de l'Est et d'autres pays à bas coûts. »

Mais il ne faut pas s'inquiéter : le système fera ses preuves.

D'abord, parce que les économistes, même s'ils se trompent dans le domaine économique, ne se trompent jamais dans un domaine précis : leurs finances personnelles.

Ensuite, parce que le très neutre et infaillible Wikipedia affirme :

« les études quantitatives économétriques [...] arrivent toutes à la conclusion que les gains des pays riches à la division internationale du travail sont supérieurs aux pertes (délocalisations, désindustrialisation) par plusieurs ordres de grandeur. »

« Plusieurs » signifie au moins 2 ; « plusieurs ordres de grandeur » signifie au minimum 100. Les gains de la désindustrialisation seraient donc au moins 100 fois plus importants que les pertes. Pourquoi se donner la peine de travailler alors, puisque, en redistribuant un peu les gains des importateurs, le chômage nous enrichirait ?

Certains pourraient juger que le brillant économiste à l'origine de cet article n'explique pas comment, quand il n'y aura plus d'employés autres que ceux des services et de quelques rares industries de luxe ou de pointe en sursis, les chômeurs pourront acheter ces produits bon marché – et de très mauvaise qualité – qui inondent nos commerces. Cet économiste génial n'explique pas comment on peut partager des richesses quand on n'en produit plus.

Ces raisonnements néo-libéraux/mondialistes s'appuient sur le postulat énoncé. Si le résultat est fâcheux, il ne reste qu'une solution : reconnaître que ce postulat de départ était faux. Et en choisir un autre. Ou, tout simplement, réfléchir avec un peu de bon sens.

En ce qui concerne la France, la récente déclaration de François Hollande en faveur d'une délocalisation (« les règles ont été respectées ») montre qu'il se satisfait des règles et principes actuels.
Il nous faudra donc tester encore le même système pour en vérifier les bienfaits.




par Alex samedi 28 juillet 2012 - 16 réactions
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