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Idées reçues sur le chômage

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Lecture du livre de Pierre Cahuc & André Zylberberg, « Le chômage fatalité ou nécessité ? » (Flammarion). La France souffre du chômage depuis 30 ans. « La méconnaissance de la nature profonde du marché du travail est, en partie, responsable de cette situation. »

Ainsi commence cet ouvrage de deux économistes, professeurs à l’Université de Paris 1. L’un, Pierre Cahuc, est en outre chargé de cours à l’Ecole polytechnique, tandis que l’autre, André Zylberberg, est aussi directeur de recherches au CNRS. Ils examinent des études concrètes, livrent des faits mesurables, défrichent l’économie quantitative. Ils tordent ce faisant le cou à une multitude d’idées reçues. Ces idées tiennent, pour une part, à une ignorance abyssale de l’économie par la grande majorité des hommes politiques français de notre temps ; pour une autre part, à une propagande anti-« bourgeoise » qui date des années 60 et qui sévit encore dans les manuels scolaires et dans l’enseignement de l’économie, propageant cette ignorance abyssale dans le reste de la population. Rien d’étonnant, alors, à ce que le « libéralisme » (dans sa version réduite au seul fonctionnement de l’économie de marché) fasse peur. Par ignorance, on agite les fantasmes. Par peur de devoir réfléchir pour s’adapter au monde, on refuse celui-ci, tout simplement. Et que les pays voisins d’Europe (?), nos partenaires (?) s’y adaptent et réfléchissent paraît un crime de lèse-majesté à nos clercs de gauche, tout comme une thérapie honteuse, à dissimuler, à nos clercs de droite. Car seuls les « spécialistes » issus de certaines « grandes » écoles et estampillés dûment par le pouvoir politique ont droit à la parole. Les chercheurs en économie, fussent-ils universitaires et enseignants dans certaines autres « grandes » écoles, sont regardés avec suspicion.

Il est donc temps de se pencher sur le sujet car, lorsque vous êtes chômeur, ce qui est mon cas, il vous faut savoir ne rien attendre des idéologies, mais juger les actes. Quelles sont ces idées reçues ?

1 - Contre le chômage, nous avons tout essayé. FAUX !
« En fait, en matière de chômage, rien n’a été sérieusement essayé, car rien n’a été véritablement évalué. » p.13 Tout nouveau, tout beau, chaque gouvernement qui arrive « sait ». Il fera « mieux », puisque le précédent a échoué. Il reconduit, il accumule, il réformette. Comme toujours en France, « trop peu, trop tard ». Aucune évaluation de ce qui marche, ni de ce qui ne marche pas. « La France souffre, de ce point de vue, d’un véritable déficit démocratique : il n’existe aucune instance indépendante, dotée de moyens suffisants pour évaluer l’intervention des pouvoirs publics sur le marché du travail. » p.13 Cette ignorance des faits ne peut que politiser les opinions sur les apparences, comme toujours en France - où moins l’on connaît, plus on affirme haut et fort. Le savoir conduirait-il à une « pensée unique » et à des mesures « inévitables » ? Non « car, si les faits sont effectivement uniques, les politiques à mettre en oeuvre sont diverses et elles ne nous offrent pas toutes le même avenir. » p.16

2 - Le chômage est une maladie honteuse, l’emploi est éternel, la destruction d’un poste de travail anormale. FAUX !
La simple observation des chiffres de création et de disparition d’emplois en France (ou ailleurs) permet de le constater : chaque jour voit disparaître 10 000 emplois, soit 7 par minute ! Mais ce drame permanent (on se demande pourquoi la révolte n’a pas déjà tout submergé) est contrebalancé par des créations d’emplois au même moment, pour à peu près le même nombre. Ces mouvements d’emplois sont « sensiblement identiques dans tous les pays industrialisés » p.19 et les auteurs donnent un chiffre : « 15% des emplois ». Ce phénomène de destruction/création a lieu dans le même secteur, le déclin d’un secteur n’étant perceptible que sur une longue période (sauf les secteurs d’Etat comme le charbon ou l’acier, où une planification a fait disparaître les emplois plus vite qu’en situation de marché). Un simple survol des grands théoriciens de l’économie permet de trouver l’explication. Joseph Schumpeter, il y a plus de 60 ans, avait étudié ce processus de « destruction créatrice ». Le chômage représente la friction nécessaire pour que les particuliers (démission, changement de domicile, retraite) et les entreprises (innovation, pression sur les coûts, concurrence) s’ajustent.

3 - La démographie serait cause du chômage. FAUX !
Les jeunes trop nombreux, les femmes désireuses de quitter la maison, les immigrés qui « viennent voler le pain » sont accusés d’accaparer les emplois. « Au contraire, ce sont les pays industrialisés, où l’accroissement de la population active est le plus soutenu, qui ont les taux de chômage les plus faibles » p.31 Les rapatriés d’Algérie en 1962, l’exode de Mariel en 1980 entre Cuba et la Floride, l’immigration due aux conflits de Bosnie et du Kosovo au début des années 1990 ont eu peu d’impact sur le chômage des travailleurs arrivés massivement. En fait, « l’impact de l’immigration sur l’emploi des résidents est d’autant plus négatif que les coûts de licenciement et les barrières à l’entrée sur les marchés des produits sont élevés". P.57

4 - La mondialisation est accusée. VRAI sur le long terme mais FAUX sur le court terme.
La tendance est là, en partie, mais en précisant que le nombre d’emplois touchés par les importations des pays à bas coût de main d’oeuvre est pour l’instant très faible, ces importations pesant peu dans la part globale des importations. Plus de 60% des importations de l’Union européenne proviennent de l’Union européenne. Quant au textile, qui fait beaucoup gloser, les industriels, les syndicats et les pouvoirs publics ont eu 10 ans pour s’y préparer : qu’ont-ils fait pendant ce temps ?

5 - Les actionnaires créeraient des chômeurs pour conforter les profits. FAUX
Les entreprises seraient « obligées » de licencier pour servir un gros dividende et il est « immoral » que des Michelin ou des Renault à Vilvoorde fassent des plans sociaux alors qu’ils sortent des bénéfices. Une étude américaine (où le phénomène a préoccupé les libéraux, mais oui !) citée par les auteurs, montre que sur 28 ans, les 3878 annonces de baisse d’effectifs ont eu pour effet, sur les 1176 entreprises cotées à la bourse de New-York, de faire BAISSER leurs cours ? et non pas de les faire monter, comme le mythe le voudrait ? « Cette constatation signifie simplement que les entreprises qui font appel à des procédures de licenciement collectif ont, en moyenne, de moins bonnes perspectives de profit que les autres. » p.37

6 - Le chômage n’est la faute de personne. FAUX !
Sans croissance, pas de création d’emploi, dit-on encore. C’est une lapalissade qui n’explique rien : « l’atonie de la croissance n’est pas la cause de la hausse du chômage (?) En réalité, croissance et chômage sont déterminés conjointement par le processus de destruction et de création d’emplois. Plus exactement, c’est la manière dont chaque pays gère ce processus qui fera que ce pays aura plus ou moins de croissance et plus ou moins de chômeurs. » p.31 Les différences d’organisation des marchés du travail en termes de réglementation, d’aide au retour à l’emploi, de taxes sur les salaires et de formation expliquent une grande part des différences de taux de chômage entre les pays comparables au nôtre. Il y a donc bien une RESPONSABILITE des politiques sur ce sujet précis.


PS:

Cet article nous livre la note de lecture du livre de Pierre Cahuc & André Zylberberg. Une réflexion sur l’économie qui devrait permettre de débattre de quelques idées reçues. Partie 2 Partie 3

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3 réactions à cet article    


  • Pascal (---.---.148.128) 23 septembre 2005 17:09

    Quelle type de croissance voulez-vous créer ? Pour quoi faire ? Quel type de produits services voulez-vous proposer ? La population en a-t-elle besoin ? Le chômage n’est rien, la qualité de vie est tout ! L’emploi n’est rien, les condition de son exercice sont tout. La baisse du taux de chômage n’est rien, le niveau de précarité est tout. L’amélioration de statistiques n’est rien, le revenu relatif des gens est tout.

    Tous ceux qui prétendent incarner la modernité n’ont d’autres antiennes à nous ressasser que la course effreinée à la croissance : je trouve cela très ringard comme réflexion politique !

    On invite le peuple à la raison. Mais ne vous rendez-vous pas compte que le peuple est absolument raisonnable quand il s’offusque devant un système qui génère autant de richesses que d’inégalités dans la répartition de celles-ci. Si les richesses gigantesques créées aujourd’hui sont captées par une minorité infime, pourquoi voulez-vous que le peuple croit les élites quand celles-ci promettent des lendemains meilleurs ? La confiance est rompue. Et c’est cela qui est raisonnable. Trop de confiance se traduit par bcp de naïveté.


    • argoul (---.---.150.77) 24 septembre 2005 14:04

      Le peuple « s’offusque » surtout de ne pas avoir d’emploi, à mon avis. Pour quelle croissance ? Très bonne question : elle se règle par le débat démocratique dans les cafés, les associations, la presse, la télé et l’Assemblée élue. Peut-être aussi sur les blogs. Que proposez-vous à ce sujet ?


      • www.jean-brice.fr (---.---.159.96) 17 février 2006 10:03

        Cela fait trente ans que nos dirigeants font le contraire de la politique préconisée par DE GAULLE et RUEFF (le 4/2/65)avec les résultats que l’on sait. La responsabilté des politiques est écrasante ; ceux-ci par leur courte vue et l’anti-gaullisme viscéral ditillé par les fils des vichystes reconvertis par ENA interposée ont créé une véritable dictature (molle ?) en se ralliant au dogme anglo-saxon qui n’est qu’une fuite en avant qui a toutes les chances de mal se terminer.

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Argoul

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