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Il était une fois l’euro …

Les élections de 2012 se rapprochent et l’heure est aux bilans. Bilan du Président Sarkozy, bilan de son gouvernement, bilan de sa majorité … mais personne n’évoque encore vraiment le bilan de l’euro. Nous analysons, ici, certains faits (chiffres à l’appui) et effets de l’euro sur l’économie française.
 
Rappelez-vous ce que l’on nous a, entre autre, promis concernant l’euro :
- « l'euro doit apporter bonheur et prospérité »,
- « un euro fort est source de rigueur budgétaire et de respect des grands équilibres »,
- « l'euro et la zone euro sont gages de stabilité monétaire ».

Nous allons, donc, vérifier factuellement si ces promesses ont été tenues.

1. « l'euro doit apporter bonheur et prospérité »
 
Des gens ayant atteint le bonheur grâce à l’euro on en cherche, mais des gens qui ont vu leur pouvoir d’achat baisser, suite au passage à l’euro, on en trouve ... Après ce clin d’œil, et concernant la prospérité, il nous faut analyser les faits plus en détails.
 
=> Croissance moyenne annualisée du PIB des 12 premiers pays ayant adopté l’euro en 1999 et 2001 (la Grèce).
Croissance moyenne annualisée du PIB avant et après l’euro (Source Eurostat) (cliquez ici pour agrandir le graphique) :
 
1) Les 6 autres pays de la zone euro ne sont pas représentatifs du fait de leur entrée récente dans la monnaie unique. Les périodes de comparaison sont de 12 ans, soit de 1986 à 1998 (avant l’euro) et de 1998 à 2010 (depuis l’euro), mais nous avons aussi introduit une période de 10 ans (1998 à 2008) pour neutraliser l’effet de la crise d’octobre 2008
.
2) Les pourcentages en rouge signifient qu’il n’y a pas d’information postérieure à 1995 (donc période de 3 ans avant l’euro), sauf pour l’Allemagne dont nous disposons d’informations qu’à partir de 1991 (période de 7 ans avant l’euro).
 
On constate que la croissance moyenne annualisée était bien plus élevée avant l’euro qu’aujourd’hui et malgré la crise de 1993. Il y a, bien entendu, un contexte économique général qui, depuis 2000, fait que la croissance ralentie presque partout dans les pays développés. Néanmoins, on peut conclure que la prospérité promise est loin d’être au rendez-vous.
 
En regardant la dernière ligne alors on peut observer que l’euro ne nous a en rien protégé de la crise, quoi que certains en disent. Cela est d’autant plus vrai si l’on compare la croissance des Etats-Unis avec celle de la zone euro pour les années 2008 - 2009 - 2010.
On observe pour les Etats-Unis les taux suivants (source Eurostat) : 1.87% / -2.47% / 4.21%, et pour la zone euro les taux suivants (source Eurostat) : 2.37% / -3.33% / 2.63%.
 
On constate donc bien que la crise a eu des effets bien plus forts en zone euro (-3.33% en zone euro contre -2.47% aux Etats-Unis) et que le rebond en zone euro a été presque deux fois moins important qu’aux Etats-Unis (4.21% contre 2.63% en zone euro).
 
Remarquons, au passage, que la crise de la dette était prévisible puisque tous les pays connaissaient une tendance à la baisse de leur croissance depuis 2000, soit une forte incitation à ne pas augmenter ni leurs déficits ni leur niveau d’endettement.
 
=> Evolution des flux d’investissements entre la France et l’étranger.
L’observation du graphique, ci-dessous, nous permet de constater que le passage à l’euro, début 1999, a supprimé les derniers obstacles à la libre circulation des capitaux, en particulier à la sortie massive de capitaux français vers l’étranger (-119 milliards d’euros en 1999 et -193 milliards d’euros en 2000).

(http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF08451&page=graph)
 
Observons maintenant le tableau de l’Insee reprenant les chiffres :

(http://www.insee.fr/fr/ffc/figure/NATTEF08451.xls auquel nous avons ajouté les colonnes Cumul et Différence avec la période 90-98)
 
Sur la période 1990 à 1998 (soit 9 ans) nous avons eu un cumul de -73.5 milliards d’euros et un solde annuel moyen de -8.17 (-73.5 / 9) milliards d’euros. Sur la période 1999 à 2007 (soit 9 ans) nous avons un cumul de -396.8 milliard d’euros soit 5 fois plus.
 
Si on retranche aux -396.8 milliards d’euros les 73.5 milliards (9 * -8.17) de la période précédente de 9 années, alors on obtient une augmentation de la fuite des investissements français vers l’étranger de -323 milliards d’euros en 9 ans, puis de -391 milliards de 1999 à 2008 (10 * -8.17) et de -454 milliards de 1999 à 2009 (11 * -8.17).
 
Il est clair que nous assistons à une fuite sans précédent de nos capitaux vers l’étranger.
 
2. « un euro fort est source de rigueur budgétaire et de respect des grands équilibres »
 
=> Evolution du déficit annuel et du budget primaire

On constate que depuis l’euro le déficit moyen annualisé est passé de -3.85% du PIB à -3.46%, soit un progrès insignifiant. Néanmoins, on constate que la France a violé plusieurs fois le premier critère de convergence de la zone euro qui était un déficit annuel inférieur à -3%.
 
Le second critère de convergence, d’un niveau d’endettement de moins de 60% du PIB, est, quant à lui, violé depuis début 2003, et avec un taux de 82.3% à fin 2010.
 
Au niveau du budget primaire, on remarque une dynamique excédentaire de 1997 à 2001, et que les années 2002 à 2005 semblent avoir été marquées par l’appréciation de l’euro.
 
Le passage à l’euro ne semble en aucun cas avoir imposé une quelconque rigueur budgétaire puisque les deux principaux critères de convergence sont violés depuis 2003, et ce malgré des mises en garde et rappels de la Commission Européenne. Comment l’euro pouvait-il réussir si la plupart des pays, dont la France et l’Allemagne, se lavaient les mains des clauses de convergence du traité de Maastricht.
 
=> Evolution de l’inflation

On constate que l’inflation moyenne annualisée en France est plus importante depuis le passage à la mise en circulation de l’euro. Il faut noter que l’inflation officielle ne tient pas compte de l’évolution des prix de l’immobilier ou des actifs financiers. Dans l’immobilier on constate une inflation moyenne annuelle de l’ordre de 8% depuis 1999.
 
=> Evolution du déficit commercial cumulé avec les autres pays de la zone euro
La courbe « Réalisé » correspond au déficit commercial réalisé annuel et cumulé depuis 1988 avec les autres pays de la zone euro. La courbe « Projeté » correspond à ce que le déficit commercial aurait du être depuis le passage à l’euro avec le même niveau de croissance de nos déficits qu’avant l’euro. Source Eurostat pour le « Réalisé » et nos propres calculs pour le « Projeté » mais sur base des données Eurostat.
On constate une très forte accélération de notre déficit commercial avec les 16 autres pays de la zone euro, depuis le passage à l’euro (1999), et laquelle se traduit par une augmentation de -373 milliards d’euros (en cumulé sur la période 1999-2010) par rapport à ce qu’il aurait pu être si nous étions restés sur les mêmes tendances qu’avant l’euro.
 
=> Evolution du déficit commercial annuel avec les autres pays de la zone euro
Evolution de notre déficit commercial réalisé annuel depuis 1988 avec les autres pays de la zone euro. Source Eurostat.
On constate que notre déficit commercial avec les pays de la zone euro oscillait entre -10 et -20 milliards d’euros avant le passage à l’euro (1988-1998) et qu’ensuite il n’a cessé d’augmenter pour atteindre -80 milliards d’euros en 2010.
 
=> Evolution des balances commerciales entre les pays de la zone euro
 
Balances commerciales annuelles moyennes avant le passage à l’euro (source Eurostat) :

Dans le tableau précédent et dans le suivant, sont présentées les balances commerciales annuelles moyennes de tous les pays de la zone euro avant (1988-1998) et après (1999-2010) l’euro, sauf pour l’Estonie qui a rejoint la zone euro en 2011.
Balances commerciales annuelles moyennes après le passage à l’euro (source Eurostat) :

Les déficits annuels moyens avant et après le passage à l’euro donnent une tendance de l’impact du passage à l’euro, mais en aucun cas peuvent être utilisés tels quels pour définir des valeurs précises. La seule possibilité étant de définir des extrapolations entre les tendances avant le passage à l’euro et le réalisé constaté après. Le nombre d’extrapolations à réaliser étant trop important, nous avons opté pour une approche simplifiée mais qui donne néanmoins une tendance. Seul le chiffre de -373 milliards d’euros est issu d’une extrapolation.
On constate que la France est passée d’un déficit commercial annuel moyen, avec les 16 pays de la zone euro, de -14 milliards d’euros à -52 milliards d’euros, soit une augmentation de 270% en 12 ans. Nous avons calculé une augmentation projetée de notre déficit commercial de l’ordre de -373 milliards d’euros, cumulés sur les 12 années et en relation avec le passage à l’euro.
On constate que seuls 5 pays tirent profit de l’euro : Les Pays-Bas (+229%), l’Allemagne (+223%), l’Irlande (+224%), la Belgique (+42%) et la Slovaquie (+422%). Voila encore un élément supplémentaire démontrant que l’euro n’a en rien aidé au maintien des grands équilibres entre les pays de la zone euro.
 
3. « l'euro et la zone euro sont gages de stabilité monétaire »
 
De 1999 à fin 2001, l’euro a connu un effondrement qui s’est traduit par une forte réduction de notre déficit annuel et par les trois rares années de forts excédents de notre budget primaire (respectivement +16 Mds €, 20 Mds € et 22 Mds € pour 1999, 2000 et 2001) depuis 1995. Ceci contribue à démontrer les effets négatifs d’un euro fort sur notre économie.
 
Dès que l’euro s’est de nouveau apprécié, de 2002 à fin 2005, alors nos déficits annuels et primaires se sont de nouveau creusés. En 2006, l’euro chute de nouveau un peu et immédiatement cela se traduit par un petit excédent au budget primaire. Ensuite l’euro s’est de nouveau apprécié et nos déficits se sont de nouveaux envolés mais de façon durable et constante.
 

(Source Yahoo Finance)

(Source Eurostat)
Les variations de l’euro ne nous ont pas permis d’atteindre la stabilité monétaire promise, et l’analyse des courbes des taux d’intérêts à 10 ans montre des variations fortes et parfois brutales, surtout depuis 2008.
 
Une monnaie stable est d’abord une monnaie en laquelle on peut avoir confiance et l’euro, comme le dollar mais à l’inverse du franc Suisse, voit sa crédibilité évoluer en fonction d’éléments, de plus en plus souvent, extérieurs à l’analyse des fondamentaux économiques des pays de la zone euro.
 
Les faits parlent d’eux-mêmes et démontrent bien que « Bonheur, Prospérité, Stabilité … » furent juste un slogan de marketing politique.
par Jean-Paul Letombe (son site) samedi 11 février 2012 - 15 réactions
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