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Accueil du site > Actualités > Economie > Il était une fois le pic pétrolier

Il était une fois le pic pétrolier

Héros mythique des altermondialistes, des écologistes puis plus récemment des spéculateurs sur les marchés des matières premières, le pic pétrolier correspond à la date où la production mondiale de pétrole atteindra son maximum historique.

Et si ce fameux Peak Oil était passé ? La prise en compte de la crise naissante perturbe sensiblement les modèles prévisionnels de production, qui supposaient une croissance régulière de la consommation.


Ces dernières années, des jours et des jours de calcul sur Excel ont tenté d’approcher, de façon plus ou moins précise, quand surviendrait ce fameux moment futur où la production de pétrole mondiale atteindrait son maximum absolu.

On avait d’un côté les piquistes, qui pensaient que la géologie allait ainsi décapiter l’économie mondiale en provoquant une pénurie mondiale de pétrole ; leurs penchants anticapitalistes ou anti-états-uniens les poussaient alors à chercher à démontrer l’imminence de la Fin du Monde et de l’American Way Of Life. De l’autre côté, il y avait l’AIE, le CERA, tous ceux que les piquistes appelaient les terraplatistes, car ces derniers utilisaient prétendûment des raisonnements simplistes du style "puisqu’il y en a aujourd’hui, il y en aura encore demain".

Or les piquistes eux-mêmes étaient dans un sens terraplatistes : ils considéraient que l’offre, quelle que soit son augmentation, serait toujours absorbée par la demande d’un monde en plein développement économique. Bref, ils n’avaient pas vraiment de modèle prospectif robuste sur le plan économique.

La crise dans laquelle nous sommes en train de plonger, si elle se révèle effectivement aussi sévère que nous l’annonce le dernier Prix Nobel d’économie, est pourtant bien partie pour endommager sérieusement et durablement la croissance mondiale. L’industrie automobile commence à dévoiler ses miteux résultats de septembre, et comme disait l’autre, le pire est à venir : la grande consommation, l’immobilier, les projets d’infrastructures (mêmes les plus verts) voient leur activité freiner brutalement. Plus généralement, quasiment tout le secteur privé est en train de réduire d’un coup la voilure en prévision de la tempête qui s’annonce : gel des embauches, réduction drastique des OPEX, délocalisations à marche forcée, toute la panoplie y passe.

Sans aller jusqu’à évoquer le spectre de la Grande Dépression de 1929, ce que les journalistes adorent faire en ce moment, contentons-nous d’imaginer que cette récession ressemblera à celle du début des années 80. Si on extrapole alors la production des dix prochaines années sur la base de la consommation de cette époque, le résultat est sans appel :
Selon cette hypothèse, la consommation va baisser dans les 3 prochaines années, pour ensuite reprendre mollement pendant au moins une décennie. Compte tenu de l’état des réserves probables et des monstrueux investissements nécessaires pour maintenir le débit global de production, il n’est pas impossible qu’on ne parvienne jamais à remonter au niveau maximal que nous avons atteint dans l’indifférence générale en... 2006. Il est à noter que cette hypothèse est cohérente avec nos dernières prévisions en matières de prix 2009. En moyenne mensuelle, c’est juillet 2008 qui fut le record en termes de production. Effet JO ou, plus pragmatiquement, robinets ouverts à fond chez tous les producteurs qui voulaient profiter des prix record ?

Certains pourraient reprocher à cette hypothèse qu’elle fait abstraction des politiques d’efficacité énergétique qui ont été mises en oeuvre lors du second choc pétrolier et qui sont toujours valides : on ne pourrait donc réduire une nouvelle fois la consommation aussi drastiquement.

Quand on voit qu’aujourd’hui, les 4x4 sont au catalogue de tous les constructeurs mondiaux, que nous avons de visu constatés qu’ils forment la catégorie la plus représentée aux USA comme en Chine, et que même en Europe la voiture de moins de 50 ch est jusqu’à présent en voie de disparition, on peut raisonnablement penser que nous sommes loin d’avoir conservé la vertu auquel le pétrole cher d’alors nous avait forcé. La conversion du prix du pétrole en heures de travail montre d’ailleurs que sur le long terme, c’est la monnaie qui se dévalue plutôt que le pétrole qui s’apprécie.

Soulignons de plus que nous n’avons pas appliqué de facteur de proportionnalité au clone de la courbe 1979-1989, ce qui fait que notre point bas, prévu en 2010, est 10% en-deçà du pic de 2006, alors que son équivalent (1983) était 15% inférieur au pic local d’alors (1979).

L’Histoire saurait ainsi remercier ses premiers prophètes : un des piquistes historiques, Kenneth Deffeyes, étaient l’un des rares à maintenir sa position d’un pic déjà passé : il l’avait positionné à l’automne 2005, précisément le jour de Thanksgiving.

Mais avoir raison sur la date ne suffit pas à dissimuler la faille profonde qui était dans le raisonnement : c’est parce que le monde entre en crise que la consommation de pétrole baisse, et non l’inverse.

Jamais deux sans trois, énonce le diction. De même qu’en 1973 et 1979, le pic marque la dernière année où tout va au mieux - et non celle où la situation s’aggrave.

Ces messieurs d’ASPO-France viennent de publier une très intéressante étude intitulée Forecasts of liquids production assuming strong economics constraints. Elle procède de la même approche que la nôtre, par analogie avec l’impact de crises économiques passées sur la consommation, mais en beaucoup plus sérieux : à lire donc absolument !



Leurs conclusions restent assez proches des nôtres : soit le pic est pour maintenant si la crise actuelle s’avère légère (courbe en pointillés "soft crisis") soit il ne surviendra pas avant 2020 (courbe "hard crisis").

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10 réactions à cet article    


  • Yves Rosenbaum Yves Rosenbaum 11 novembre 2008 13:22

    Bjr et merci pour cette contribution fort intéressante sur le pic pétrolier. 

    Il est évident que la crise financière change la donne. Mais pas fondamentalement. Le pic pétrolier est déjà passé, et le débat actuel consiste seulement à déterminer quelle évolution la courbe décendante va prendre. Impossible à dire, compte tenu de nombreux facteurs qui n’ont pas encore rendu leur verdict :


    - la manipulation des réserves "prouvées" de nombreux pays producteurs (voir sur ce sujet un ancien article sur AVox que je propose en fin de commentaire)


    - le prix du pétrole, qui aura une influence sur les investissements pétroliers pour exploiter des nouveaux gisements toujours plus difficiles d’accès


    - la durée de la crise, qui à mon humble avis sera durable


    Au final, l’enseignement majeur du pic pétrolier reste à mon sens le même : se préparer à l’apèrs-pétrole, et le plus rapidement possible !

    Cordialement


    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=10130


    • Daniel Roux Daniel R 11 novembre 2008 14:13

      Au début de l’histoire pétrolière, nous avons extrait et consommé le pétrole facile, celui qui était à la surface. Puis nous sommes allés de plus en plus profond, jusqu’en mer. Déjà l’extraction est de plus en plus difficile et coûteuse. Les volumes extraits actuellement des champs les plus accessibles en voies d’épuisement seront impossible à maintenir et insuffisant pour répondre à la demande.

      Les volumes réels des réserves est un secret d’Etat pour chacun des pays producteurs. Leur crédit sur la scène internationale en dépends. Il n’est pas prudent de se fier à leurs annonces.

      La consommation n’ira qu’en augmentant. Les millions de familles chinoises et indiennes ne rêvent que de posséder leur voiture et de se chauffer convenablement. Plus leur niveau de vie augmentera, plus ils demanderont du pétrole.

      Dans les pays développés, la consommation restera à un niveau élevé au moins jusqu’à ce qu’ils accèdent à la Société "développement durable", grâce au prix exhorbitant du pétrole, aux progrès scientifiques attendus dans le domaine des cellules photovoltaïques, des stockages d’énergie, de la filière "bio-masse-méthane"et à une meilleure gestion de nos logements comme l’isolation renforcée de nos habitations associées à des pompes à châleur : Pas avant une ou deux générations.

      En conclusion, il faut s’attendre à ce que le pétrole reste une source de conflits entre les nations pendant au moins 40 ans.





      • frédéric lyon 11 novembre 2008 17:44

        "En conclusion, il faut s’attendre à ce que le pétrole reste une source de conflits entre les nations pendant au moins 40 ans"
         
        .....................

        Le pétrole a surtout été une source de conflits entre les factions politiques, religieuses ou ethniques DANS les pays de production, comme nous l’ont montré la guerre du Biafra, les conflits internes au Nigéria, ou le massacre des chiites et des kurdes en Irak.

        Quant aux courbes de prévision de consommation mondiale, il ne faut pas leur attacher plus de pouvoir de prévision qu’elle n’en ont !

        Les trois-quarts (je n’ai pas le chiffre exact en tête) de la production de pétrole servent à couvrir les besoins du secteur du transport (routier, aérien et maritime), alors il est clair que la demande ne baissera pas sensiblement tant qu’on aura pas trouvé une source d’énergie de substitution dans ce secteur particulier.

        En revanche, il est probable que la demande de pétrole baissera très rapidement ensuite.

         


        • herve33 11 novembre 2008 19:19

          @fréderic lyon
          la production de pétrole servent à couvrir les besoins du secteur du transport (routier, aérien et maritime), alors il est clair que la demande ne baissera pas sensiblement tant qu’on aura pas trouvé une source d’énergie de substitution dans ce secteur particulier.

          une alternative existe déjà pour les petits trajets inférieurs à 100 kms ( 200 kms aller retour ) , c’est la voiture électrique . malheureusement les constructeurs ne se précipitent pas pour la commercialiser à grande échelle , surtout à cause des frais de réparation qui s’avèrent très inférieurs à un véhicule à carburant fossile même si on inclut les frais de location des batteries . 

          Mais il est indéniable que cela sera la solution des prochaines années surtout pour les transports urbains . La Rochelle expérimente déjà des véhicules électriques en libre service , c’est un énorme succes .

          ce qu’il manque c’est la volonté politique , et on le comprend avec 70 à 80 % de taxes sur les carburants






          • FrihD FrihD 11 novembre 2008 22:23

            On peut lire dans les news du jour www.lefigaro.fr/marches/2008/11/11/04003-20081111ARTFIG00257-baisse-attendue-a-la-bourse-de-paris-.php

            Total (-5,17%) regarde vers le nucléaire et les énergies renouvelables, afin de porter sa croissance après que les carburants fossiles auront atteint leur pic de production.


            • canardQuantique 11 novembre 2008 23:25

              Un peu de distraction, que diable !

              http://vioxx.labrute.fr


              • Pierrot Pierrot 11 novembre 2008 23:37


                Y aura t-il un pic de production de pétrole ?

                Deux "écoles" s’opposent.
                D’autres pensent plutôt à une sorte de plateau en forme de "tole ondulée" jusqu’en 2030 voire même au delà.

                Le futur est plus difficile à prévoir que le passé !

                Des innovations techniques comme une meilleure extraction des huiles du site (actuellement 35 % au mieux) peuvent changer la donne.

                Mais aussi du speudo pétrole fabriqué à partir de charbon comme les anciennes essences de Fisher Tropfs pendant la seconde guerre mondiale (blocus du bloc allemand)


                • Dominique Larchey-Wendling 12 novembre 2008 07:04

                  La production de pétrole est déterminée par la demande (ce qui est produit est consommé, aux stocks près, mais stocks qui sont limités) ET limitée par la capacité maximale de production, fonction de la géologie surtout, mais aussi de l’historique de production (plus le pétrole a été extrait rapidement, avec des technologies efficaces, plus les puits sont épuisés).

                  Les défenseurs du Peak Oil n’ont jamais prétendu déterminer la date exacte du Peak car bien-sûr, elle dépend de la demande, qui elle-même dépend de l’activité économique. Par contre, ils ont toujours dit que les prévisions de croissance constante de la production jusqu’à 120 millions de barrils/jour en 2030, type AIE, sont fantaisistes et impossibles à atteindre.

                  La dépression économique est donc le régulateur de la production de pétrole ... Soit. Ce n’est pas un cadeau mais c’est moins pire que la guerre. Quoiqu’on pourrait bien avoir les deux si certaines puissances se mettent dans les têtes que seule la guerre peut leur éviter l’implosion économique et sociale ...

                  Ca ne change en rien à l’avenir à moyen terme de la limitation de la production pétrolière ... ce qui change, c’est la demande ... comme la marge entre la demande et la capacité de production s’accroit un peu après avoir été presque nulle, la tension sur les prix est bien plus faible. Mais des prix faibles, ça veut aussi dire que certains projets de développement pétroliers (sables bitumineux au Canada, eaux profondes ...) vont souffrir voir couler, sans parler de pays des Golfe qui achêtent leur paix sociale avec l’argent du pétrole (typiquement Arabie Saoudite).



                  • Romain Desbois 12 novembre 2008 08:14

                    La question que l’on peut se poser est pourquoi on a fait croire que les véhicules ne pouvaient rouler qu’au pétrole alors que rudolph diesel avait conçu son moteur éponyme pour fonctionner à l’huile végétale. Sans parler de toutes les alternatives aux moteurs à combustion.
                    Le Pétrole on en a besoin pour d’autres fonctions plus importantes comme pour faire les gaines plastiques des fils électriques mais on sait déjà faire des polymères végétaux.

                    L’humain dans l’art comme dans le reste n’est jamais aussi ingénieux que dans la nécessité. C’est dommage d’attendre de voir le mur avant de chercher à inventer l’outil qui va creuser la porte.

                    Mais je reste optimiste, je pense que nous vivons une période formidable. Nous sommes témoin d’un tournant de l’humanité, nous passons de l’ére industrielle à l’ére écologique. C’est à mon sens aussi important que lorsque l’humain est passé de l’àge de pierre à celui du bronze.


                    • bivipi 12 novembre 2008 09:08

                      Par hasard, jai commencé ma carrière dans l’exploration pétrolière en aoùt 1973, deux mois avant la guerre du Kippour, alors qu’il était un lieu commun de dire que la fin du pétrole était à l’horizon. On parlait alors de 30 ans. Mais tout comme l’horizon, la fin du pétrole a reculé sans cesse au fure et à mesure qu’on avançait.

                      Cette notion de fin du pérole est donc devenu un mauvais indicateur pour ceux qui veulent sensibiliser l’opinion qu’il y a urgence. Ils ont donc commencé à promouvoir le notion du peak oil : il va arriver... il arrive... il est là... il est derrière nous... 

                      Qu’en est-il vraiment ? Je ne sais pas. Toutefois, l’explorateur en moi pense que si la demande est là, l’offre suivra puis se transformera graduellement. Le charbon a graduellement remplacé le bois, le pétrole a graduellement remplacé le bois, le gaz remplacera graduellement le "pétrole". Quant au peak gas, il est encore loin devant nous. Et demain est un autre jour.

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