Non, il ne s’agit pas de Sarkozy, qui pourtant en a promis la fin, il s’agit d’un nommé Hervé Falciani, célèbre depuis qu’il a extrait des ordinateurs d’une banque 130 000 comptes clients.
Cet « informaticien citoyen » de 38 ans à peine sème le trouble chez les banquiers suisses.
Il a dans son ordinateur les noms de tous ceux qui planquent tranquillement leur argent en Suisse.
Son aventure remonte en 2000 lorsque la banque HSBC l’engage en Suisse comme informaticien.
La banque HSBC est la 4ème plus grande entreprise en Grande Bretagne, et la 1ère en Europe en matière de capitalisation boursière.
Son implantation est mondiale.
Elle s’est implantée récemment en France en acquérant le groupe CCF (UBP, banque Hervet, banque de Savoie, société marseillaise de crédit, banque Dupuy, CCSO, banque Chaix, Banque de Picardie, et la Banque de Baecque-Beau), et elle est aussi en Suisse.
Notre informaticien réalise que tout n’est pas rose dans le fonctionnement de cette banque et tente en vain de faire respecter la réglementation.
Voyant que des pressions commencent à se faire contre lui, il décide de prévenir, dès la fin de l’été 2006, la justice suisse, qui ne donne pas suite.
Celle-ci conteste cette affirmation. lien
Alors, il extrait des ordinateurs des noms et va tenter en 2008 de faire éclater la vérité en se rendant à Beyrouth, aidé par une mystérieuse complice, Georgina Mikhael. lien
Dans cette liste, il y a 4000 noms français dont les avoirs correspondent à 6 milliards d’euros. lien
Là-bas, il tombe dans un piège, tendu d’après lui par sa complice.
Croyant avoir affaire aux autorités gouvernementales, il se rend compte qu’il est manipulé, et retourne en France afin de s’adresser à l’administration. lien
Sous le pseudo « d’Antoine », il prend contact avec la DNEF (Direction Nationale des Enquêtes Fiscales). lien
En mai, la justice suisse, prévenue par les services secrets des agissements de Falciani, décide d’enquêter.
Puis la justice suisse saisit la gendarmerie française qui perquisitionne sa maison et s’empare de son ordinateur.
Fort heureusement, la justice française refuse de remettre l’ordinateur tant convoité aux Suisses.
Ce qui a permis à Eric Woerth de menacer quelques 3000 exilés français de paradis fiscaux et de faire rentrer à l’été 2009, 500 000 euros dans les caisses de l’état. lien
Le résultat est modeste.
En effet, 200 dossiers examinés, 20 régularisations effectuées, ne sont qu’une goutte d’eau. lien
On estime à 50 milliards d’euros l’argent planqué dans les divers paradis fiscaux par les français fraudeurs.
En tout cas, Eric Woerth confirme avoir obtenu cette liste sans avoir déboursé le moindre centime.
Le 24 juin, Eric de Montgolfier ouvre une enquête préliminaire pour blanchiment.
Et dernier épisode, Hervé Falciani saisit la FINMA (autorité de surveillance des marchés financiers) sur les activités de la HSBC.
Or, si l’on lit attentivement les décisions qu’à pris cette organisation, concernant les cas Madoff et Lehman, on s’aperçoit qu’elle regrette « que le droit suisse en vigueur ne protège pas suffisamment les investisseurs ».
Dans le cas soulevé par Falciani, on devine qu’elle va plutôt protéger les investisseurs que les exposer un peu plus.
C’est d’ailleurs le but qu’elle s’est fixé dans ses statuts : « protéger les clients des marchés financiers, à savoir notamment les créanciers, les investisseurs et les assurés ».
Est-ce que pour les protéger, elle veut garantir leur anonymat ? On pourrait le croire.
En tout cas, il n’y a pas grand-chose à attendre manifestement de cette institution.
Sans l’action d’Hervé Falciani, la liste des 4000 fraudeurs français n’aurait vraisemblablement jamais vu le jour.
On peut s’interroger sur le fait que seulement 20 régularisations aient été effectuées : 1/200ème en pourcentage de résultats, c’est bien maigre.
Pour la petite histoire, c’est en septembre 2008 que le gouvernement avait déclaré « partir en guerre contre les paradis fiscaux ». lien
Les 50 paradis connus représentent 10 000 milliards de dollars d’actifs financiers. lien
Malgré les cocoricos ambitieux de Nicolas Sarkozy lors du G20 de Pittsburgh en avril 2009 déclarant péremptoirement : « les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé », on découvre que la liste noire est toujours d’actualité et que le jeu de dupes continue de plus belle. lien
La Suisse a d’ailleurs apporté un démenti cinglant aux annonces de Bercy évoquant la fin du secret bancaire suisse. lien
Bien sûr on peut toujours signer la pétition (stop aux paradis fiscaux), mais est-ce suffisant ?
Il faudrait encore beaucoup « d’Hervé Falciani » pour que ça change réellement.
Car comme disait mon vieil ami africain : « le tam-tam ne résonne que lorsqu’on le bat ».

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