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Il faut 3 mille milliards d’euros pour financer le plan climatique européen

Un rapport récent d'Accenture et de Barclas Bank apporte enfin des chiffres qui montrent l'ampleur des sommes à affecter au financement du Paquet Climat Energie, clé de voute de la politique eurpéenne de lutte contre le CO2

Le public est gavé d’informations et d’alarmes sur le réchauffement climatique. Nous savons tous que l’Union européenne est le champion de la lutte contre l’effet de serre, et qu’un important programme politique européen va se mettre en marche, de 2012 à 2020, pour abaisser nos émissions de gaz à effet de serre de 20%. Il s’agit du Paquet Energie Climat. Par contre, politiciens et professionnels des médias oublient généralement de nous dire combien coûtent ces politiques climatiques, et quel est le poids des efforts financiers à consentir pour parvenir aux objectifs fixés.
 
On peut enfin disposer de chiffres grâce à la diffusion d’un rapport de 90 pages, début février 2011, qui nous apporte des informations précises sur les besoins de financement nés du Paquet Climat Energie. Ce rapport a été réalisé par la société de consultants Accenture et le groupe bancaire britannique Barclays. Son titre : « Carbon Capital, Financing the low carbon economy ».

Ce document est à considérer d’abord en fonction de l’éminence des deux groupes qui ont coopéré à son élaboration. Accenture est le plus grand cabinet de conseil au monde, et emploie 204000 collaborateurs dans 50 pays. Le Groupe Barclays, dont le siège est à Londres, est un des grands groupes bancaires mondiaux, l’une des cinq « big five » britannique, forte de 112000 salariés. Les signatures associées d’Accenture et de Barclays donnent au document la force d’un document de référence et d’une grande portée. 25 experts des deux entreprises ont collaboré à l’étude et à la rédaction du rapport.
 
Les technologies à basse intensité carbone vont coûter 2 900 milliards d’euros aux européens d’ici 2020.
 
C’est en effet l’estimation des capitaux nécessaires pour investir dans les technologies qui devraient permettre à l’Union européenne de ramener à 83% le niveau de ses émissions de CO2, par rapport à l’année de référence 1990. L’Union Européenne s’est engagée sur une baisse de 20%, au minimum, de ses émissions d’ici 2020. Les 3% qui manquent, selon les auteurs, devraient être couverts par un comportement plus économe des entreprises et des populations.
 
Certains éprouvent des difficultés à concevoir ce que représente un millier de milliards, ou un trillion ! Trois trillions, cela représente 115% du PIB de la France, plus de huit fois la réserve d’or de la zone euro, le coût de trois cent millions de petites voitures ou de 20 millions de pavillons, 6000 euros par habitant de l’Union européenne. Trois trillions à investir de 2011 à 2020, soit 300 milliards d’euros chaque année, représentent 2,4 % du PIB européen. C’est deux fois et demie plus que ce que le rapport Stern estimait nécessaire pour limiter la hausse de température du globe à des niveaux supportables.
Investir 2,4% du PIB justifie qu’on s’interroge sur l’opportunité de la dépense, sur les bénéfices qu’on peut en attendre, sur les risques qu’elle présente, que l’on compare l’investissement à ceux qu’exigent d’autres projets nécessaires ou utiles, que l’on vérifie enfin qu’on aura les moyens de payer la facture.
L’étude Accenture-Barclays peut nous aider à ces examens, et c’est l’exercice que je vous propose dans le présent article.
 
Mais avant de nous plonger dans l’analyse du rapport, il faut rappeler que l’Union européenne est seule au monde à s’être engagée sur des réductions d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, et qu’elle s’impose des contraintes que le reste du monde ne subira pas. Nous devons garder à l’esprit les conséquences que cette situation peut avoir sur notre compétitivité économique au cours de la décennie qui commence.
 
Quels objectifs Accenture et Barclays poursuivent-ils ?
 
Barclays est le commanditaire de l’étude. Son intérêt évident réside dans la génération de besoins de financement colossaux. Ce groupe a beaucoup investi dans le financement des activités liées au risque climatique. Il fait partie des 180 grands groupes financiers qui composent l’UNEPFI, cette structure qui associe étroitement le monde de la finance à l’ONU dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Barclays a recruté Théodore Roosevelt IV, pour en faire l’un de ses managing directors et le Chairman de sa branche « Capital Cleantech Technologies » qui est dédiée à l’exploitation du développement durable. Théodore Roosevelt est également chairman du Pew Center on Climate Change qui fait campagne et multiplie les études pour développer le « green business », Il est membre du puissant Council on Foreign Relations américain, il est l’un des membres du Board de l’Alliance for Climate Protection, la fondation créée et dirigée par Al Gore, pour promouvoir l’investissement dans l’économie du risque climatique. Il a été Président de la branche Produits Dérivés, et Président du Global Council on Climate Change de la banque Lehman Brothers où ses principaux consultants étaient Al Gore et James Hansen.
 
Theodore Roosevelt IV a été le leader de l’équipe que Barclays a commise pour élaborer le rapport Accenture-Barclays.
 
L’objectif de ce rapport est double : attirer les investisseurs sur les opportunités d’affaires qu’offre le Paquet Energie Climat Européen, et faire pression sur les Instances de l’Union Européenne et les gouvernants des états membres pour que se développe un marché de capitaux considérable en faveur des technologies à basse intensité carbone.
 
Le rapport Accenture-Barclays doit donc être considéré en tenant compte de finalités qui ne garantissent pas une objectivité parfaite. C’est avant tout un support de lobbying. Cependant, la qualité des moyens et les compétences mises en œuvre sont indéniables, les chiffres proposés peuvent être considérés comme des ordres de grandeur vraisemblables, et surtout, ce document est susceptible d’avoir un impact fort sur les décideurs politiques.
Les principaux chiffres du rapport : le poids considérable de l’éolien et du photovoltaïque.
 
Les rédacteurs distinguent deux grandes catégories de besoins de financement des technologies à basse intensité carbone : le capital de développement, affecté à la recherche et au développement d’applications, et le capital d’exploitation, qui finance toute la chaîne de production, logistique et distribution.
 
Le développement aura besoin de 600 milliards d’euros de capital, et l’exploitation de 2300 milliards d’euros.
 
L’étude a écarté l’énergie nucléaire de son panel de technologies. Le financement de nouvelles centrales nucléaires viendra donc s’ajouter à ces besoins de capital. Il n’est pas question non plus d’énergie hydraulique. Les rapporteurs n’ont pas considéré non plus la séquestration du carbone, que plusieurs gouvernements européens souhaitent promouvoir, et qui exige des investissements considérables. Il est possible qu’ils aient manqué d’éléments pour évaluer ce secteur de développement.
 
Le financement de logements basse consommation ou à énergie positive a été écarté de l’étude, seuls étant pris en compte les besoins de l’immobilier d’entreprise. Les experts d’Accenture et Barclays n’ont retenu que les panneaux solaires et les compteurs « intelligents » d’électricité. Les autres dépenses, d’isolation essentiellement, sont considérées comme entrant dans le cadre du financement classique des logements. Pourtant, les surcoûts des constructions neuves et la mise à niveau basse consommation des logements anciens représentent un effort financier très important à consentir.
 
Enfin, l’étude n’intègre pas les besoins de développement et d’exploitation pour les voitures particulières électriques, hybrides et autres. C’est l’affaire des constructeurs automobiles et de leurs financeurs. Seuls sont pris en compte les besoins d’achat, par les entreprises, de véhicules utilitaires mus par énergies renouvelables.
 
L’essentiel de ces capitaux devra être trouvé dans le secteur privé, l’effort attendu des pouvoirs publics consistant en aides et en incitations financières au développement et à l’exploitation des technologies. Le cadre politico-économique attendu est celui d’une économie fortement dirigée, où la puissance publique intervient par des subventions, des taxes et des règlementations qui pénalisent le recours aux énergies traditionnelles et favorisent suffisamment les technologies à bas carbone pour en rendre le coût acceptable par les entreprises et les consommateurs, ou pour que le consommateur ne trouve pas d’alternative à ces technologies.
 
Le rapport estime qu’il résultera de ces technologies des économies d’énergie de 261 milliards d’euros pour l’ensemble de la période 2011-2020, et que la réduction des émissions de carbone sera de 2,2 milliards de tonnes pour cette période.
Les dix années considérées se traduiront donc par un faible retour sur investissement, 9 % en dix ans.
 
En retenant l’avis des experts qui estiment que la moitié du CO2 émis reste durablement dans l’atmosphère, l’autre moitié étant absorbée par la végétation et les océans, on épargnerait à l’atmosphère le stockage de 1,1 milliard de tonnes de CO2, ce qui réduirait la concentration de 0,15 ppm (la concentration actuelle est de 389 ppm, et pourrait s’élever à environ 415 ppm en 2020). Il n’en résulterait pratiquement aucun impact sur les températures globales. Au mieux, les investissements de la période 2011-2020 ne pourraient produire un impact positif en termes d’économie d’énergie et de réduction de l’effet de serre qu’après plusieurs décennies, à condition toutefois que l’effort d’investissement technologique soit poursuivi, et, bien entendu, que le reste du monde consente des efforts comparables.
 
L’impératif de sécurité énergétique.
 
Les auteurs rappellent que la sécurité énergétique est une préoccupation primordiale des gouvernements. L’Union européenne dépend d’importations pour plus 50% de sa consommation d’énergie, et cette proportion ne cesse de croitre. Le besoin de sécurité se traduit par la recherche d’efficacité énergétique, et surtout par le recours aux énergies renouvelables. Les énergies éoliennes, photovoltaïques et la biomasse sont prises en considération dans cette perspective de sécurité de nos approvisionnements en énergie. C’est faire peu de cas de l’énergie hydroélectrique qui a représenté 59% des nouvelles capacités en énergie renouvelable ces dernières années
 
Les énergies éoliennes et photovoltaïques absorbent 66% des besoins de capital de développement, soit 400 milliards des 600 milliards annoncés. En ce qui concerne les capitaux d’exploitation, les grandes installations solaires demandent 280 milliards, les fermes éoliennes 184 milliards, le photovoltaïque décentralisé des habitations 154 milliards. Le recours aux énergies éoliennes et photovoltaïques exige des modifications des réseaux de distribution d’électricité évalués à 352 milliards. En effet, la génération solaire et éolienne d’électricité, du fait de son intermittence, impose d’adapter les réseaux à de brusques variations de puissance.
 
Eolien et photovoltaïque demandent donc un financement total de 1370 milliards d’euros. C’est le prix à payer pour atteindre l’objectif de 20% d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique de 2020. Notons que, d’après une statistique de l’Observatoire de l’Industrie électrique , les énergies nouvelles renouvelables (essentiellement l’éolien) représentent 7% de la production actuelle d’électricité, et l’hydroélectricité 11%, soit un total de 18% (EUROSTAT donne 16,7% pour l’année 2008). On peut également remarquer que 1370 milliards d’euros correspondent à l’investissement qui serait nécessaire pour 230 centrales nucléaires de 2 gigawatts. Le rapport Accenture n’indique pas quelle production d’électricité éolienne et voltaïque serait obtenue en 2020 grâce à l’investissement envisagé, mais il ne parait pas imaginable que le total investi par l'ensemble des acteurs puisse être rentabilisé un jour, même à long terme. Rappelons que panneaux photovoltaïques et éoliennes ont une durée de vie d’environ 25 ans, contre 60 ans et plus pour les centrales nucléaires ou thermiques.
 
L’électricité ne représente que 20% dans le mix énergétique de consommation européenne. Le photovoltaïque et l’éolien ne peut donc apporter qu’une contribution infime à l’économie et à la sécurité énergétique. La part des produits pétroliers dans ce mix est de 42% et celle du gaz naturel 23,5%, et c’est pour ces deux énergies que se pose de façon critique la question de la sécurité des approvisionnements.
 
Si on privilégie la sécurité énergétique, on doit comparer les solutions énergies renouvelables à la voie énergie durable et sans carbone que représente le nucléaire, et à celle qu’offre la recherche et l’exploitation pétrolière et gazière, particulièrement la mise en valeur des ressources très prometteuses de l’Europe dans le domaine des pétroles et gaz non conventionnels (gaz de schiste, schistes bitumineux) et le développement de technologies de forage permettant d’accroître les réserves récupérables des gisements existant. Ces technologies offrent des potentiels de production bien supérieurs, et donc une indépendance énergétique considérablement plus élevée. Elles aussi requièrent de très gros investissements, et il est plus que douteux qu’on puisse trouver les capitaux nécessaires au financement de toutes les filières. Enfin, ces technologies ne demandent ni aides publiques, ni contraintes réglementaires de consommation.
 
Il reste à chiffrer le prix à payer pour prendre en compte l’éventuel risque climatique (non résolu d’ailleurs, comme on l’a constaté, par les nouvelles énergies renouvelables) et les risques nés des déchets nucléaires. A l’analyse du rapport Accenture-Barclays, la facture est énorme !
 
Outre la production d’électricité solaire et éolienne, et l’adaptation de la distribution d’électricité, le rapport présente des données de financement très intéressantes pour le bâtiment, les infrastructures de transports (essentiellement infrastructures destinées aux véhicules électriques) et les véhicules de transport routiers (à l’exclusion des voitures particulières électriques ou hybrides). Ces données ne seront pas analysées, pour ne pas allonger excessivement le présent article.
 
Le financement : de grandes difficultés, mais de belles promesses pour les banques.
 
La partie la plus riche du rapport concerne l’ingénierie financière liée aux technologies à faible intensité carbone. Les auteurs, d’abord, font part de leur perplexité, pour ne pas dire de leurs inquiétudes. Les difficultés découlent d’abord de l’importance des sommes requises : le marché des capitaux est il capable de répondre aux besoins ? La crise économique a réduit la masse disponible de capital, qu’il s’agisse d’autofinancement ou de possibilités d’appel aux banques et au marché des capitaux. La crise financière de 2008 et le renforcement des réglementations (Tier 1, Bâle III) diminuent les disponibilités des banques et leur impose une prudence accrue.
 
Mais surtout, les technologies à basse intensité carbone posent aux financeurs et aux banques des problèmes spécifiques et mal résolus.
 
  • - Les besoins de financement se dispersent dans une multitude de projets de petite dimension qui demandent une grande variété de solutions financières, à laquelle les banques sont mal préparées.
  • - L’obstacle principal vient des incertitudes technologiques. On sait mal évaluer les flux de revenus que génèrent ces technologies, et l’estimation de leur rentabilité est aléatoire. Le rapport donne deux exemples. L’agence de notation Fitch vient de rétrograder à BBB la note de l’obligation Breeze Finance qui apporte des capitaux et des prêts aux fermes éoliennes allemandes, au constat que les performances des éoliennes étaient bien inférieures aux prévisions initiales. En Italie, les financements de productions d’électricité photovoltaïque tablaient sur un facteur de capacité de 14%, et la réalité s’est située à 5,1 % en 2008.
  •  - Le risque d’obsolescence est important. La rapidité des progrès de certaines technologies peut anéantir en peu d’années la valeur d’équipements actuels et leur rentabilité. Ces équipements n’offrent donc aucune garantie au financeur.
 
Les auteurs en tirent la conclusion que les technologies à faible intensité carbone sont immatures. Nous pourrions les questionner en retour sur l’opportunité de financer l’exploitation de technologies mal assurées, et nous demander s’il ne faudrait pas se suffire d’en promouvoir le seul développement.
 
Les solutions proposées par le rapport.
 
Face à ces constats, on pourrait recommander la plus grande prudence dans le recours massif à ces technologies peu sures. Ce n’est pas la position prise par les rapporteurs. Pour limiter ou même supprimer les obstacles, ils proposent deux voies stratégiques :
 
  • -  Les pouvoirs publics sont invités à accroitre et pérenniser leur soutien aux technologies à faible intensité carbone sous forme d’aides financières et de réglementations protectrices.
  • -  La titrisation est la solution financière qui peut drainer des masses de capitaux et permettre de générer des flux financiers actuellement insuffisants.
 
Aux banques les capitaux, aux pouvoirs publics la prise de risques.
 
Le rapport insiste fortement et à plusieurs reprises sur l’indispensable soutien des gouvernements et des collectivités publiques. Le Chairman de Barclays, Marcus Agius, le dit clairement en préambule :
 
« Il y a des limites à ce que la banques peuvent faire si elles sont seules. L’incertitude des cadres politiques et les risques de la technologie accroissent la difficulté à investir dans la technologie à faible intensité carbone. Nous avons besoin de bases politiques durables pour aider à déverrouiller le flux nécessaire de capitaux ».
 
La production d’énergies nouvelles ne peut lutter avec les technologies classiques que constituent les énergies fossiles et le nucléaire au plan des prix. Les pouvoirs publics doivent donc rétablir un équilibre par des subventions, des mesures fiscales (crédits d’impôt énergies renouvelables et taxations carbone), et des règlements contraignants.
 
Tout un catalogue de mesures est passé en revue : l’octroi de contrats d’achats de longue durée et à prix imposés aux producteurs (achat à des prix supérieurs à ceux du marché en faveur de l’électricité éolienne et photovoltaïque), les crédits d’impôt en faveur des investissements en technologie et des placements dans les fonds de développement durable, les bonus-malus fiscaux en fonction des émissions de CO2, les taxes carbone et les quotas d’émission payants liés aux marchés de permis d’émission, l’obligation d’ajouter de l’éthanol ou du biodiesel aux carburants pétroliers, etc.
 
Mais surtout, ce que réclament les banquiers et les financeurs, c’est la stabilité des politiques incitatives dans la durée. Toute remise en cause de mesures incitatives nuit à la sécurité des placements et des prêts. Les rapporteurs citent le cas de l’Espagne :
 
« Constatant La croissance très rapide des investissements, le gouvernement espagnol réduisit de 20% ses subventions à l’énergie solaire en 2008 et fixa un quota annuel de capacités à installer. Il en résulta une chute abrupte des investissements de l’année 2009 dans le solaire ».
 
Un tel phénomène provoque de graves difficultés financières dans la filière concernée et multiplie les cas d’insolvabilité des emprunteurs. Barclays craint particulièrement le retournement actuel qui voit l’Espagne réduire de façon drastique la manne publique offerte à la filière photovoltaïque, la France réduire les crédits d’impôt aux énergies nouvelles et baisser les tarifs d’achat garantis d’électricité solaire, l’Allemagne faire de même, le Danemark stopper la croissance du parc éolien, etc.
On peut traduire les vœux des financiers comme une demande pressante aux gouvernements de faire supporter aux contribuables ou aux consommateurs d’énergie, de façon pérenne, des pertes financières, pour assurer la rentabilité aux investisseurs et faire peser sur ces contribuables et consommateurs tous les risques inhérents aux incertitudes.
 
Le pactole de la titrisation.
 
Les rapporteurs passent en revue toutes les sources de financement utilisées à ce jour et concluent qu’elles ne sont pas suffisantes ou qu’elles ne sont pas suffisamment adaptées aux spécificités des technologies à basse intensité carbone. Mais ils voient dans la titrisation la possibilité de drainer en abondance des capitaux :
 
« La titrisation des prêts et crédits-bails LCT (Low carbon technologies) en valeurs garanties par des actifs, que nous dénommons « bons verts », va accroitre substantiellement leur liquidité. Nous estimons que cette voie pourrait débloquer 1400 milliards d’euros qui pourraient être utilisés au financement d’équipements et d’infrastructures LCT. Cela représente 84 % de tous les capitaux externes requis pour l’achat de technologies LCT ».
 
Imaginons un exemple pour illustrer le système. Une banque B décide de développer des prêts à 10-20 ans pour des éoliennes et des centrales photovoltaïques. Elle va réunir ces prêts en un fonds, souvent géré par une filiale, en panachant les prêts sur les deux technologies et en regroupant des créances sur les investisseurs de plusieurs pays, afin de répartir les risques. La cession des créances est accompagnée de toutes les sûretés qui leur sont attachées : nantissements, cautions, assurances, etc. Le gestionnaire du fonds émet des titres (« bons verts ») dont chacun représente un droit sur une petite fraction de son portefeuille, afin que les titres aient une valeur qui les rendent facilement négociables sur le marché des capitaux.
 
Ces titres sont donc adossés sur le portefeuille d’actifs, mais supportent également le risque. Ainsi, risques et suretés sont transmis aux acheteurs de titres en bourse, et la Banque n’est plus qu’un intermédiaire financier, débarrassée du risque, mais faisant son profit en prêtant à l’investisseur à un taux plus élevé que le dividende servi aux porteurs de titres. Tout l’art de l’ingénieur financier est de marier des créances et de les présenter aux analystes et agences de notation de manière à obtenir une note suffisamment bonne pour inspirer confiance. Dans des montages plus complexes, on va rassembler dans un « fonds de fonds » les titres venant de plusieurs fonds différents et créer de nouveaux bons verts adossés aux titres des fonds en amont. Ce processus en cascade, supposé encore mieux répartir les risques, rend en fait difficile d’apprécier la valeur des suretés attachées aux créances titrisées.
 
La titrisation est un mécanisme qui s’est peu glorieusement illustré dans l’affaire des « subprimes », ces portefeuilles de créances hypothécaires américaines titrisées, qui comportaient en trop grand nombre des prêts consentis à des acheteurs à la solvabilité douteuse. La valeur des titres s’est effondrée avec la chute des prix de l’immobilier, les créances impayées ne pouvant plus être couvertes par la saisie et la vente des logements. La titrisation peut se prêter en effet à des pratiques dolosives consistant à faire miroiter une bonne qualité des créances et actifs d’adossement.
 
Outre les financements immobiliers résidentiels ou commerciaux, la titrisation se développe pour les prêts à la consommation, les crédits-bails d’équipements, les loyers futurs d’immeubles commerciaux et de logements.
 
Le recours massif à la titrisation pour financer des biens et activités à l’avenir aussi aléatoire que les technologies à basse intensité carbone parait hasardeux, et le développement d’une bulle spéculative est à craindre. Le risque de changement dans les politiques de développement durable constitue une menace sérieuse. Mais le risque majeur serait l’éventualité d’une évolution des connaissances en climatologie qui ferait apparaître que le risque climatique aurait été surestimé, ce qui rendrait inacceptables les politiques engagées.
 
Ce que le rapport Accenture-Barclays apporte à l’évaluation du Paquet Energie Climat européen.
 
J’ai exposé, dans mes précédents articles, et dans mon livre « la Servitude Climatique » les menaces auxquelles la politique climatique européenne expose notre économie, et par voie de conséquence nos revenus, nos emplois et notre bien-être. Nombre de secteurs industriels, l’agriculture, les transports routiers et aériens subiront directement son impact, avec des conséquences indirectes et en cascade sur toute l’économie. Le rapport Accenture-Barclays apporte des arguments de poids pour soutenir que le Paquet Energie Climat aura pour conséquence d’aspirer des masses considérables de capitaux à un moment où ceux-ci se raréfient et alors qu’il existe d’énormes besoins pour alimenter le nucléaire, l’exploration et l’exploitation de ressources en hydrocarbures non conventionnels, bien plus efficaces que les nouvelles énergies renouvelables pour assurer notre sécurité énergétique et atténuer l’hémorragie de devises que provoquent les importations d’un pétrole toujours plus cher.
 
Le rapport confirme que les pouvoirs publics ne pourront pas se dégager de leurs politiques coûteuses d’incitations, à un moment où il leur faut impérativement réduire leurs déficits et leur endettement. Il démontre que les nouvelles énergies renouvelables ne pourront devenir compétitives sans un bond technologique important, qui rendrait obsolètes tous les investissements actuels, ce qui se traduirait par une perte importante de capital privé. Enfin, l’étude Accenture-Barclays met en lumière le caractère dérisoire des réductions d’émission de CO2 rapportées aux montants énormes à investir, et la faiblesse des retours sur investissement, d’autant plus que ces derniers ne sont possibles que moyennant la mise à contribution financière des contribuables et des consommateurs.
 
Un cas pratique exemplaire de la dérive de notre société occidentale.
 
L’initiative du Groupe Barclays est une bonne étude de cas pour illustrer les considérations que j’ai formulées dans mes articles et dans mon livre sur le fonctionnement de nos sociétés. On voit bien la relation étroite qui s’est développée entre le monde des affaires et celui de la politique. Ces banques et ces entreprises qui exploitent la filière du risque climatique dépendent étroitement des stratégies politiques. Il est plus profitable pour elles d’obtenir des décideurs politiques des mesures qui protègent et soutiennent leurs activités que d’affronter la concurrence sur un marché qui serait libre, que de développer un marketing efficace et viser l’excellence en matière de développement, d’exploitation et de management.
 
Le savoir faire des dirigeants de grandes entreprises repose essentiellement sur leur capacité à influer sur les décisions politiques, et cela dépend des liens qu’ils tissent avec les personnalités au pouvoir aujourd’hui et celles qui pourraient y accéder demain. Le rapport Accenture-Barclays va donc pouvoir servir de vade mecum à des dirigeants de banques et de filières vertes pour convaincre les décideurs. C’est l’essentiel du travail de personnalités telles que Theodore Roosevelt IV, que j’ai cité en introduction, que de bâtir de bons argumentaires et de se servir de leurs carnets d’adresses pour aller démarcher ceux qui détiennent le pouvoir politique ainsi que ceux qui les influencent.
 
Le développement durable, la politique liée au changement climatique, sont symptomatiques d’une évolution de nos sociétés occidentales dont les sphères dirigeantes abandonnent les valeurs libérales, tout en s’en prévalant souvent, pour développer un modèle socio-économique dans lequel des hommes d’affaires, parmi les plus riches et puissants, se concertent avec les dirigeants politiques pour définir ensemble des objectifs et des stratégies et pour changer les comportements des individus. Les gouvernants ont besoin de ceux qui ont le pouvoir sur la finance et sur les entreprises pour mettre en pratique leurs stratégies, et les hommes d’affaires ont besoin des décideurs politiques pour soutenir leurs affaires. Le rapport Accenture-Barclays insiste à plusieurs reprises sur « l’effet de levier » que les aides fiscales exercent sur l’afflux de capital privé, indispensable à la politique des gouvernants. Banquiers, entreprises vertes et pouvoirs publics sont étroitement ligués dans cette affaire.
 
De ces convergences d’intérêts naissent des rapports de ruse et de force, des connivences, des liens d’amitié dans certains cas, des complaisances et des compromissions. On a connu d’autres symbioses de ce type dans d’autres contextes et d’autres types de sociétés. Le Troisième Reich, par exemple, associait étroitement un parti dictatorial au pouvoir et de grands cartels industriels dans une politique de développement économique nécessaire aux objectifs de guerre. Dans la Chine d’aujourd’hui, la direction du parti au pouvoir a besoin de s’appuyer sur de grands dirigeants d’affaires cosmopolites ou domestiques pour sécuriser leur légitimité et leur dictature grâce à une croissance économique qui apporte à la population un mieux-être matériel, une fierté nationale et de grandes espérances, à défaut de liberté.
 
Nos sociétés occidentales n’en sont pas parvenues à ce point, fort heureusement : des acquis de droits et de culture font encore contrepoids. Le dogme du changement climatique anthropique s’acharne à saper ces acquis. Il faut à tous prix les défendre.

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25 réactions à cet article    


  • Alain-Goethe 16 février 2011 11:38

    Article intéressant, qu’il faut lire sérieusement le soir à la chandelle..
    car ça ne se lit pas en 5 mn


    • Regis Tence Regis Tence 16 février 2011 14:15

      Non : article TRES intéressant (pardon,A. Goethe !), extrêmement documenté et argumenté, qui mérite, après lecture (éclairée !) , enregistrement, impression, distribution à tous les proches, bref : la diffusion la plus large possible car il met le doigt sur la dimension politique, et les énormes risques, qu’implique la pensée actuellement dominante sur la question climatique. Ouf, enfin quelqu’un qui voit où nous allons : dans le mur, et en klaxonnant , comme on dit.


      • joletaxi 16 février 2011 14:50

        Mr. Belouve.


        Je ne me permettrais pas d’émettre de critiques sur le fond de votre article,qui illustre encore une fois les dérives du mode d’administration de nos institutions européennes.
        Ce que vous n’avez pas abordé par contre, c’est que du fait de l’inertie décisionnelle de ces instances, il n’y a aucune possibilité pour remettre en question ces orientations.

        Le constat est là.
        Ce qui manquerait par contre ,ce serait l’analyse de la façon dont cette hystérie climatique imbécile a pu ainsi fagociter nos sphères politiques.

        Autre chose.Nous allons donc sacrifier des moyens importants à une chimère.
        Mais nos ancêtres n’ont-ils pas agi de la même façon en batissant des cathédrales.Pour l’époque, cela monopolisait des moyens énormes.Et, à part les bénéfices actuels pour leurs lointains successeurs, cela n’apportait rien à l’économie.
        Sauf à considérer que ce qui importe, ce n’est pas l’utilité des activités,mais les activités en elles-mêmes.Que du fait de la captation d’une partie des moyens,ceci à obligé à augmenter les activités, à augmenter les rentabilités.
        Quand les économies ont eu à subir une explosion du coût du pétrole,on a vu une période d’adaptation, et une stimulation vers plus d’efficacité, et cela alors que les ressources captées n’étaient nulle part affectées à une quelconque utilité.

        On aurait pu tout aussi bien favoriser la construction de machines à coudre pour renforcer les digues de Vendée.
        Mais de toute façon,comme dit plus haut, vous ne ferez pas changer de cap un navire aussi gros, alors que dans la timonerie on donne une réception où le champagne coule à flot,et que l’on a oublié d’embarquer le capitaine et des officiers de navigation.

        • Alain-Goethe 16 février 2011 14:50

          je suis d’accord !

          Influence de la pensée dominante ...


          • epapel epapel 16 février 2011 16:42

            L’article est obsolète :
            - le photovoltaïque a du plomb dans l’aile avec la diminution voire la suppression des subventions dans plusieurs pays européens dont la France
            - le déploiement de l’éolien va être de plus en plus freiné par les procédures judiciares qu’intentent les riverains hostiles
            - le nouveau et unique paradigme est la diminution des dettes publiques donc des subventions (le grenelle de l’environnement étant la première victime).

            De chiffres fort intéressants qui démontrent l’impossibilité et l’inanité de cette conversion éolienne et photovoltaïque, qui ont déjà été pris en compte dans les budgets actuels et donc qui n’arriveront pas.

            Ce n’est pas en regardant dans le rétroviseur qu’on peut deviner ce qu’il y a devant.


            • joletaxi 16 février 2011 19:06

              Epapel


              Je crois que le minimum de 20 % de renouvelable est toujours bien d’actualité, on parle même de réduire nos émissions jusqu’à 30 % par rapport à il y a 10 ans !

              Et du renouvelable,à part l’éolien,et le photovoltaïque, tout le reste a déjà été exploité en grande partie.
              Sauf à changer de paradigme,et à inclure par exemple le nucléaire dans les énergies 0 CO2,je ne vois pas trop comment résoudre l’équation ?
              Et changer de cap,alors que certains pays ont tout misé, et d’autres se proposent de le faire, exemple l’Angleterre sur ces filières, cela me paraît peu vraisemblable.Il a fallu 10 ans de bataille pour faire changer un taux de TVA en France, alors un problème qui se chiffre en autant de milliards.

              Mais que des gouvernements commencent à avoir de sérieux doutes est une faible lueur d’espoir

              • epapel epapel 16 février 2011 23:09

                Ça ne se fera pas parce que les milliers de milliards d’euros sont déjà partis en fumée avec la crise financière et l’explosion des dettes publiques, tout le reste n’est qu’incantation.


              • jean-michel Bélouve jean-michel Bélouve 16 février 2011 19:15

                @ Joletaxi :

                Vous dites : "Ce que vous n’avez pas abordé par contre, c’est que du fait de l’inertie décisionnelle de ces instances, il n’y a aucune possibilité pour remettre en question ces orientations.« 

                Le Paquet Energie Climat, bien que signé de tous les états-membres, n’a pas encore fait l’objet de toutes les dispositions pratiques qui en permettent l’application, entre autres, la répartition des charges entre tous les états. Il devra, en plus, être traduit en textes dans les législations nationales. Donc LA SITUATION EST LOIN D’ETRE DESESPEREE »

                @ epapel

                Tout à fait d’accord avec vous, la politique climatique européenne définie fin 2008 a du plomb dans l’aile, faute à l’impécuniosité des finances publiques, mais aussi aux controverses qui se développent sur le changement climatique, et les perspectives nouvelles qu’offrent de probables ressources nouvelles de pétrole et gaz non conventionnels. Mais mon article est loin d’être obsolète, puisqu’il traite du rapport Accenture-Barclays publié le 2 février dernier. Il faut voir dans ce rapport une tentative forte du lobby bancaire pour faire pression sur des gouvernements qui tendent à diminuer les aides qu’ils accordent au business du risque climatique.


                • epapel epapel 16 février 2011 23:14

                  Les banques n’ont que faire du business climatique, bien au contraire c’est autant d’argent en moins pour leurs actionnaires qui n’ont aucun scrupule à financer des productions polluantes et délocalisées car elle sont d’un bien meilleur rapport financier.


                • JL JL 17 février 2011 10:56

                  epapel, pa sûr ! Entre une activité grassement subventionnée, et une autre qui pollue et épuise sans en payer le prix, il faut raisonner au cas par cas, hélas.

                  Pour ma part, je ne veux ni de l’une ni de l’autren, et le meilleur geste pour l’environnement serait déjà de faire payer les transports de marchandise à leur juste prix, vu qu’ils sont sous évalués de 2000% (20 fois moins qu’ils ne devraient).

                  L’autre mesure serait de fixer une TVA sur les produits de consommation dégressive en fontion de la durée de garantie.

                  Une idée neuve que je je partagerai volontiers avec tous ceux qui le souhaitent. Chacun est libre de s’en servir, jamais je n’en revendiquerai la paternité. Il en est d’ailleurs ainsi de toutes mes modestes idées.


                • epapel epapel 17 février 2011 12:15

                  Faire payer le juste prix aux transports, ça veut dire concrètement :
                  - faire payer une taxe élevée sur le carburant utilisé pour les transports terrestres : faisable mais pas gagné à cause du lobby routier qui a déjà eu la peau de la taxe carbone
                  - appliquer une taxe proportionnelle à la distance pour les transports maritimes c’est à dire en fonction du pays de production : infaisable actuellement car contraire aux traités (OMC, Lisbonne) et discriminatoire, c’est même l’antithèse du libéralisme économique.

                  Plutôt que de taxer en fonction de la durée de garantie, ce qui est complexe et risque d’être encore rejeté par l’UE, pourquoi plus simplement ne pas augmenter la durée de garantie obligatoire en fonction de la durée de vie attendue des produits ?


                • JL JL 17 février 2011 12:24

                  epapel,

                  « l’antithèse du libéralisme économique » ?

                  Vous avez peut-être remarqué que je ne suis pas fan du libéralisme économique ?

                   smiley


                • epapel epapel 17 février 2011 12:48

                  Oui je le sais bien, mais le problème est que nous sommes dans un système économique libéral et capitaliste.


                • JL JL 16 février 2011 19:45

                  Ce n’est pas d’argent dont on a besoin pour lutter contre la pollution, c’est de volonté politique ! La volonté de foutre dehors avec un coup de pied où je pense, tous les lobbyistes ennemis du bien commeun ! Désolé pour le pléonasme.


                  • kéké02360 16 février 2011 20:20

                    l’argent est ici

                    http://www.avaaz.org/fr/mubaraks_fortune_fr/?cl=940342758&v=8380

                    vous pouvez les aider en signant la pétition


                    • yvesduc 16 février 2011 21:22

                      Quel est le coût du laisser-faire ? Quel est le coût de la pénurie énergétique ?


                      • jean-michel Bélouve jean-michel Bélouve 17 février 2011 04:59

                        Quel est le coût du laissez-faire ?

                        Cette question a fait l’objet de plusieurs tentatives de chiffrage, aux résultats très disparates. La plus célèbre est le Rapport Stern, publié en 2006 à la demande du gouvernement britannique. Ce rapport aboutit à l’estimation d’une perte de PIB de 5% à 20%, à l’échelle mondiale et à l’horizon 2100, sans que l’on sache s’il s’agit d’une perte annuelle ou d’une perte globable cumulée sur 100 ans, le rapport se contredisant lui-même entre le résumé pour les décideurs politiques et l’étude détaillée de 800 pages. Vous pourrez lire bientôt un article que je suis en train de rédiger sur ces sujets.

                        La politique européenne actuelle se fonde à la fois sur les rapports du GIEC et sur celui de Stern. Les uns et les autres font l’objet de controverses. Selon qu’on considère ces rapports comme fiables à 100% ou qu’on les estime erronés, la réponse à la question posée diffère. Dans le premier cas, on conclut à des pertes si on se maintient dans une politique « business as usual », dans le second cas, c’est l’intervention publique dans l’économie qui conduit à des pertes.

                        Le coût de l’intervention par une politique de « décarbonisation » résolue pèse n’importe comment sur l’économie, et les bénéfices éventuels se situent à long terme, cinq à dix décennies. Chiffrer ces bénéfices futurs éventuels est un exercice très théorique, bien sur, car le futur dépend d’un nombre d’éventualités tel qu’il n’est pas possible de les prendre en compte dans un modèle, ni les recenser.

                        Autre aspect à considérer : dans la double hypothèse où les conclusions du GIEC seraient confirmées, et que les solutions actuellement retenues seraient efficaces, c’est à dire permettraient à l’humanité de changer l’évolution du climat, des résultats positifs ne seraient possibles que si tous les pays du monde prenaient effectivement des mesures drastiques, qui auraient un coût élevé, mais qui pourraient peut-être se justifier par les objectifs à long terme. Si l’Europe est seule à réagir, ce qui est le cas présent, et ce qui risque de durer longtemps, alors elle perdra sur les deux tableaux, en s’imposant de lourds sacrifices dans les dix ans à venir, et en subissant les conséquences de l’évolution future du climat dans quelques décennies, malgré ses efforts. Dans ces conditions, il semble préférable de se donner les moyens de réagir ultérieurement aux évolutions du climat, quelles qu’elles soient, ce qui commande d’abord que nous nous assurions une bonne santé économique.

                        Quel est le coût de la pénurie énergétique ?

                        L’inventaire actuel des ressources de toutes les énergies disponibles ou en cours de développement montre que les potentiels sont globalement suffisants, pour plusieurs décennies avec le bouquet énergétique actuel, et pour des milliers d’années avec l’évolution prévisible du bouquet énergétique en faveur de l’électricité et des innovations dans le domaine de l’énergie. La question critique est celle du pétrole, puisque nombre d’experts pensaient que nous avions atteint le pic de production ou que nous allions l’atteindre très bientôt. Or les développements technologiques récents en matière d’exploration et d’exploitation pétrolière permettent d’accroitre assez considérablement les quantités de pétrole conventionnel dont l’extraction devient possible, et la mise en valeur de quantités considérables de pétrole non conventionnel fait que les approvisionnements sont garantis pour un grand nombre de décennies, même avec une demande croissante (sable bitumineux au Canada et au Vénézuela, dont l’exploitation est déjà rentable, et schistes bitumineux partout dans le monde, rentabilisables sous certaines conditions de prix du marché des carburants). En fait, la pénurie pourrait ne pas provenir d’un manque de ressources pétrolières, mais d’un manque de capitaux, la mise en oeuvre de toutes ces technologies exigeant des capitaux considérables et pouvant se heurter aux limites actuelles des capacités d’investissement des agents économiques. Ces investissements sont rentables, aux prix actuels du pétrole, encore faut-il avoir le capital initial nécessaire.

                        Ce qui est sur, c’est que la mise en oeuvre de ces technologies pétrolières sera étalée dans le temps, et que nous dépendons actuellement beaucoup trop de réserves massivement concentrées au Proche Orient. Qu’il survienne des événements tels que guerre régionale, ou arrivée généralisée au pouvoir des pays du Golfe Persique de régimes extrémistes utilisant l’embargo pétrolier, et qu’il en résulte une coupure durable d’approvisionnement en Europe, nous nous retrouverions en plein désastre économique. Le prix de la pénurie est alors dramatique.

                        Sinon, le prix de la pénurie ordinaire, c’est l’augmentation du prix du pétrole. A cela, il faut bien s’adapter. Mais on peut limiter ces hausses en développant des produits qui concurrencent le pétrole conventionnel, c’est à dire les pétroles conventionnels, et/ou l’éthanol et les biofuels. Faut-ll que les Etats interviennent dans cette évolution ? faut-il laisser faire les agents économiques ? Libéraux et dirigistes ont des réponses qui diffèrent.


                      • epapel epapel 17 février 2011 12:39

                        En matière énergétique, le temps de réponse pour une adaptation importante sans crise aigüe est de 30 ans, or la capacité d’anticipation des acteurs économiques du marché ne dépasse pas 10 ans ce qui milite dans le sens d’un interventionnisme étatique, à moins qu’on considère que les situations de crises aigües font partie du monde acceptable.

                        D’autre part, il ne faut pas s’illusionner sur des ressources qui peuvent être considérables, car un moment donné ce n’est pas la taille du « réservoir » qui compte mais le débit du « robinet ». Concrètement :
                        - le pétrole conventionnel (dont le pic de production est passé en 2007 selon l’AIEA) peut être mobilisé rapidement et en grande quantité car il est facilement accessible et n’a qu’à être pompé à plus ou moins grande vitesse
                        - le pétrole non conventionnel est difficilement accessible et nécessite des traitements supplémentaires donc des ressources additionnelles, ce qui se traduit par des coûts et délais supplémentaires importants et un ratio flux de production/ressource exploitable bien plus faible.

                        Ensuite, les bio-carburants ne sont pas une solution crédible face à l’ampleur du problème, même avec des rendements élevés. Par exemple si on arrivait à produire 4 tonnes de bio-diesel par hectare (contre 2 actuellement), mobiliser 25% des surfaces cultivées permettrait de satisfaire seulement 25% du besoin alors que dans le même temps il faut doubler la production alimentaire pour répondre à l’augmentation de population et l’évolution des habitudes alimentaires. En pratique, le bio-diesel est la solution pour rendre autonome au plan énergétique l’agriculture conventionnelle intensive mais pas plus.


                      • jean-michel Bélouve jean-michel Bélouve 17 février 2011 15:07

                        @ epapel,
                        1 - En France, il a fallu 13 ans seulement (1973-1986) pour convertir au nucléaire 78% de notre production électrique (et devenir exportateur d’électricité en plus).

                        2- En 2007, le pic de production était considéré comme atteint ou sur le point de l’être en tenant compte des technologies utilisées jusqu’alors. Aujourd’hui, les nouvelles techniques (forage horizontal+fractionnement de la roche magasin), permettent de repousser le pic de production de 11 à 20 ans, et le rythme des nouvelles découvertes de gisement ajoutent 9 ans à ce délai, et cela, pour le seul pétrole conventionnel.


                      • epapel epapel 17 février 2011 18:00

                        Je suis désolé, mais le chiffre de 30 ans pour la conversion des infrastructures énergétiques en crash programme est issu d’un rapport écrit par Yves Bamberger (directeur EDF R&D) et Bernard Rogeaux (conseiller de synthèse EDF R&D).

                        En ce qui concerne le programme nucléaire Français, le cycle complet est en réalité de 30 ans et non de 8 comme vous le suggérez :
                        - il a été mis en place dans les années 50-60 sans quoi rien n’aurait été possible par la suite
                        - la massification a été décidée par Messmer au début des années 70 sans consultation de la population et du parlement ce qui serait impossible aujourd’hui

                        En ce qui concerne le pic de production du pétrole conventionnel et la production totale, voici les données EIA :
                        --------- Convent —total
                        2004 : 72,5 mb/j , 83,1
                        2005 : 73,7 mb/j , 84,5
                        2006 : 73,4 mb/j , 84,6
                        2007 : 73 mb/j , 84,5
                        2008 : 73,6 mb/j, 85,5
                        2009 : 72,3 mbj , 84,3
                        2010 : 73,5 mbj, 86
                        Il apparaît clairement qu’entre 2005 et 2010 la production de pétrole conventionnel (85% du total) a stagné alors que la production totale s’est accrue de 1,5mb/j (soit +10% sur le non conventionnel) ce qui prouve le pic sur le conventionnel. Le pic du conventionnel se situe en fait en 2005 à 73,7 mb/j. Les méthodes que vous évoquez ne font que repousser le moment du déclin de la production et non celui du pic.

                        De plus, vous oubliez qu’entre temps la consommation globale a été multipliée par 2 et donc que l’effort à fournir est quadruple si on veut en même temps continuer à augmenter la production dans les mêmes proportions (croissance de 2% par an) ce qui est l’hypothèse de l’AIE. Donc il est erroné reproduire les performances du passé car on ne part pas du même point : c’est comme si vous disiez que pour gravir une montagne il faut le même temps et le même effort pour les 4000 premiers mètres que pour les 4000 suivants. Par exemple, avec le taux de déclin actuel des champs de pétrole en production (2%/an) il faut mettre en ligne l’équivalent d’une nouvelle Arabie saoudite tous les sept ans pour seulement maintenir le niveau actuel, le double pour continuer la croissance.


                      • jean-michel Bélouve jean-michel Bélouve 17 février 2011 19:18

                        Vous me donnez des statistiques de production pour dire que le pic de production est atteint. Mais le pic de production, dit encore « pic de Hubbert », du nom de celui qui la créé ce concept, se rapporte aux réserves prouvées du moment rapporté aux réserves initiales des gisements. Il se situe, théoriquement, lorsque la moitié des réserves ont été consommées. La production, elle, dépend du marché, des capacités industrielles d’extraction existantes, et de la politique des producteurs, qui sont, en majorité, des états, en grande partie regroupés dans un cartel, l’OPEP. Donc je maintiens, le pic de production (pic de Hubbert), est différé de 20 à 30 ans en tenant compte des performances de la technologie actuelle (sous la seule réserve que les producteurs aient les capacités financières à mettre en oeuvre ces technologies, ce qui ne sera pas le cas de tous)


                      • epapel epapel 17 février 2011 20:36

                        Votre définition du pic pétrolier (dit pic de Hubbert) n’est pas la bonne, vous confondez la méthode de hubbert qui permettait de prédire une date théorique future du pic dans les conditions moyennes d’exploitation de son époque, dont un critère discriminant est la consommation de la moitié des ressources exploitables, avec la date réelle du pic qui est un constat fait au vu des quantités extraites.

                        Définition du pic pétrolier : c’est le moment où la production maximale est atteinte et au delà de laquelle elle entre en déclin.

                        Donc aucun rapport avec la quantité consommée, d’ailleurs si on mettait en production le plus rapidement possible avec le haut débit possible un champ pétrolifère son pic de production serait atteint bien avant la consommation de la moitié des réserves (cas de la Russie), et inversement si on maintenait une faible croissance de la production de sorte qu’elle reste le plus longtemps possible à une valeur inférieure aux possibilités techniques le pic serait atteint bien après la consommation de la moitié des réserves (cas de l’Arabie Saoudite). Preuve, le cas des USA (les 48 états étudiés par Hubbert) où l’on sait maintenant avec certitude que le pic de 1971 a été atteint bien avant la consommation de la moitié des réserves réelles (car l’amélioration des techniques a permis d’augmenter les réserves).

                        D’autre part l’amélioration des méthodes d’extraction permet pour un part d’augmenter les réserves ce qui tend à repousser le pic, et pour une autre part à augmenter la production instantanée ce qui tend à le rapprocher, ce qui au final ne change pas ou peu la date fatidique mais peut augmenter le taux de déclin au delà du pic, comme la plupart des spécialistes s’accordent à le dire. Preuve, le cas des USA (les 48 états étudiés par Hubbert) ou les méthodes nouvelles d’extraction introduites après le pic de 1971 n’ont pas permis de le dépasser ni même d’inverser momentanément le déclin qui n’a été que freiné.

                        Et ne vous en déplaise, les données de l’EIA me donnent raison quand au pic de production du pétrole conventionnel qui je le répète a été constaté l’année dernière publiquement par Farid Bitbol président de l’EIA.


                      • yvesduc 17 février 2011 21:00
                        jean-michel Bélouve : Merci pour votre réponse.

                        L’Europe n’étant pas une force militaire de premier plan, en tout cas certainement pas homogène, elle doit recourir aux énergies renouvelables. Sa situation n’est en effet pas comparable à celle des États-Unis, qui peuvent aller chercher, au son du canon, les ressources dont ils ont besoin. (Il suffit pour cela de quelques actes de banditisme dans une région donnée pour que les États-Unis crient au péril islamiste et déboulent avec trois corps d’armée) Donc je ne m’étonne pas que l’Europe prenne des décisions différentes.

                        Par ailleurs, les nouvelles techniques sur le pétrole conventionnel accélèrent certes l’extraction mais précipitent aussi la fin du puits. Dans un contexte de demande mondiale en hausse et de prix de plus en plus élevés, la loi de l’offre et de la demande faisant monter même les énergies encore abondantes, il n’est pas idiot, pour un pays importateur, de basculer progressivement pour les renouvelables. C’est peut-être ce double calcul qui guide les préparatifs européens : l’indépendance énergétique et l’économie des coûts de la guerre (que l’Europe ne peut de toute façon mener qu’en appui des États-Unis, donc en appoint).

                        PS : Merci epapel ; je ne vous savais pas si pointu sur le pétrole.

                      • daniel paulmohaddhib 17 février 2011 10:23

                        ah l’argent !!

                        ca fait 30 ans que j’ai laisse un billet sur la cheminee , il n’a toujours rien fabrique...
                        le comprends t’on seulement ? pas du tout....
                        vous imaginez que meme l’evident gros comme la lune on ne le voit pas....
                        vous imaginez pour le reste.... ??

                        merci de votre article, j’y reviendrais pour le lire avec attention

                        ps : ici en irlande , 2eme annees tres froide ,temperatures anormales jusqu’a - 15...les gens que je cotoie qui ont vers les 65 ans n’ont jamais connu cela....

                        si je raisonne comme le pouvoir, enfin si je propagande comme le pouvoir, je vais en conclure que nous allons vers un refroidissement.....

                        comme disait Coluche , enfin a peu pres : nous sommes peu de chose, alors on monte sur un tabouret !


                        • epapel epapel 17 février 2011 13:56

                          L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime qu’il faudrait investir 26 000 milliards de dollars, soit deux fois le PIB annuel des États-Unis, dans les infrastructures énergétiques d’ici à 2030 pour lutter contre la pénurie d’énergie. AFP 6/11/2008

                          L’UE consommant 25% de l’énergie mondiale, il lui en coûtera donc 6500 milliards de dollars soit chaque année à peu peu près la somme de l’article concernant l’éolien et le photovoltaïque.

                          Donc le problème n’est pas de savoir s’il faut dépenser 300 milliards d’euros par an en Europe dans le secteur énergétique mais comment. Et là plutôt que d’investir dans des capacités de production supplémentaires à coûts élevés et croissants, il vaut mieux investir dans les économies d’énergie (passive ou active) qui représentent un potentiel immense (50% de la consommation globale) à coût de la TEP économisée inférieur à celle mise en production.

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