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Il faut démanteler les géants bancaires

Naïveté ? Incompétence ? Hypocrisie ? Nos politiques évoquent incessamment l’intensification de la régulation bancaire et se targuent d’adopter des mesures en ce sens au rythme des sommets internationaux mais qui cherchent-ils au juste à berner ... à moins qu’ils se plaisent à se bercer d’illusions car toute nouvelle réglementation est à terme condamnée à être outrepassée, violée ou subtilement contournée par le système bancaire.

L’ingéniosité du système est en effet toujours en avance sur un régulateur dont les gènes ne le prédisposent pas à anticiper sur l’inventivité - parfois sur la duplicité - financière. Au besoin, des institutions, des moyens et des instruments spécifiques sont créés de toutes pièces dans le seul but de s’affranchir de ces nouvelles règles...Ces géants de la finance, à l’instar de ces microbes développant progressivement une résistance aux antibiotiques, sont assurés de synthétiser en définitive - souvent à l’aide des mathématiques - la bonne antidote à la régulation en vigueur.

Nos politiques doivent impérativement se rendre à une évidence dont tout le monde est aujourd’hui conscient : Les concentrations bancaires excessives sont dangereuses et les méga institutions " too bigs to fail " doivent être démantelées ! Ces géants - qui entravent le développement des petites banques -, induisent une telle distorsion dans l’environnement économique d’un pays, d’un continent voire du monde que le préalable au rétablissement de nos économies et au retour de la croissance passe malencontreusement aujourd’hui par le sauvetage et la prospérité de ces too bigs to fail. 

Comment et pourquoi décemment persister à laisser ces mastodontes monopolisant toutes les activités, pouvoirs et dépôts bancaires entraîner l’économie réelle et le niveau de vie de nos citoyens dans leur chute suite à leurs mauvais choix stratégiques ? Comment de surcroît feindre d’ignorer l’interconnexion potentiellement dévastatrice de ces institutions qui, avides de levier, de titrisation et de produits dérivés, sont susceptibles de toutes s’effondrer comme un jeu de dominos dès lors qu’une seule d’entre elles est sinistrée ? Bank of America, Goldman Sachs, Citigroup, Morgan Stanley et JP Morgan Chase ne détiennent-elles pas à elles cinq 96% de l’exposition aux dérivés de crédit et 80% de l’encours global en produits dérivés des Etats-Unis ?

Ce démantèlement des banques se doit de tracer une frontière claire entre les établissements d’intérêts publics qui ont pour mission de collecter les dépôts, d’assurer les transferts bancaires et les prêts aux entreprises et aux privés et ceux impliqués dans la prise de risque. Par ailleurs, une surveillance permanente et transfrontalière devra être mise en place afin d’éviter les tendances "naturelles" aux fusions et acquisitions d’établissements désireux de mettre en commun leurs complémentarité en vue de se transformer en too big to fail...

Pourquoi les Banques ne pourraient-elles pas après tout faire faillite et disparaître exactement comme des entreprises du secteur industriel et en vertu de quelle loi ancestrale devrions-nous consentir à rester éternellement à la merci et les otages des faillites bancaires ? La stabilité de notre système financier et, partant, de l’ensemble de notre tissu économique exige une décentralisation des pouvoirs des banques et leur éclatement en diverses entités aux attributions et aux modèles économiques variés. En fait, l’hyper régulation qui doit s’exercer à tous les niveaux et qui doit toucher l’intégralité des secteurs d’activité de l’hyper concentration bancaire sera forcément plus simple à mettre en place dès lors qu’elle s’adresse à des établissements de taille raisonnable et pas forcément impliqués dans des transactions sophistiquées. La déconcentration bancaire assainirait le paysage financier tout en optimisant la tâche du régulateur.

Par ailleurs, un établissement financier qui, par sa taille et par sa structure, pourrait être laissé en faillite sans aucune répercussion sur des déposants bénéficiant de la garantie de l’Etat pour leurs avoirs, verrait une pression intense émanant de son actionnariat qui pousserait pour une gouvernance irréprochable et pour une prise de risques limitée. Effectivement, cette crise raconte également l’échec - et la négligence - de l’actionnariat institutionnel et privé n’ayant pas su ou pas voulu exercer de vigilance sur les conseils d’administration et sur les directions générales.

Le démantèlement des banques importantes n’éliminera certes pas le risque systémique mais insufflera néanmoins une bonne dose de responsabilité auprès de banquiers qui n’oseront plus encore et toujours impunément pousser leurs mécaniques aux extrêmes. Pour autant, une telle entreprise audacieuse nécessiterait absolument une coordination des Etats car, sans volonté politique commune et globale, les banques bridées par un pays s’empresseraient de délocaliser leurs activités dans un autre Etat plus permissif. Nous vivons dans un monde et dans une économie globales : tandis que nos financiers s’y sont adaptés depuis longtemps, nos Gouvernants, eux, ne parviennent toujours pas à apporter des réponses globales.


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7 réactions à cet article    


  • John Lloyds John Lloyds 30 septembre 2009 12:00

    Mr Santi, vous ne pensiez quand même pas qu’un régime totalitaire ... Euh pardon ... un capitalisme d’état à la chinoise pouvait s’installer sans monopoles ... Euh pardon ... sans bras armés de l’état ... Euh pardon ... sans géants financiers, tels Goldman Sachs, vous savez, ceux qui maintiennent les bourses à bouts de bras avec l’argent du contribuable. Il faudra vous y faire, Mr Santi, l’ére du capitalisme privé est bien révolue, non que le capitalisme privé soit mort - comment justifierait-on la liberté d’entreprendre ? - mais qu’il ne lui reste que les miettes du grand gâteau planétaire.


    • Antoine Diederick 30 septembre 2009 12:04

      Stiglitz est pour le démantelment et la question se reposera dans quelques années, pour l’instant c’est une tentative pour recoller les morceaux du « vase » cassé de la belle-mère. Faut dire qu’on n’a pas le choix....mais plus tard, si rien ne change c’est ce qui se passera, à moins qu’un ensemble de décisions politiques de coercition n’amène lentement un changement.


      • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 1er octobre 2009 05:32

        La solution a cette crise financirère est une nouvelle monnaie sous controle international (FMI ?) et la mise en place d’une seule banque nationale dans chaque pays. Il n’y a rien a démanteler. Nationalisez les institutions financières.


      • zelectron zelectron 30 septembre 2009 14:15

        Une autre solution consiste à décimer* le staff de ces « mamouths » pour en freiner les dérives insensées. Ceci ayant le mérite d’être applicable tout de suite, de dégager l’horizon et pendant qu’on y est un peu d’économies sur leurs salaires et charges pharamineux, de faire progresser dans la hiérarchie du sang neuf (à tarif réduit) et par l’exemple encourager l’ensemble du personnel.

        *décimer : « joyeuse » coutume romaine appliquées aux légions rebelles consistant à décapiter indifféremment le centurion ou le simple soldat. On alignait tout le monde et tout les dix individus celui qui était désigné avait la tête tranchée.
        Après ce traitement « délicat » les troupes devenaient comme par miracle disciplinées et pleines d’allant.


        • wawa wawa 30 septembre 2009 14:56

          excelent article.
          Il reprend une des propositions de Nassim Taleb pour réduire les risque systémique. pas de « too big too fail » dans quelques secteurs que ce soit ! et puis des acteurs économiques plus petits permet d’éviter que les oligopole ne s’entende sur les prix : formation de cartel, faussant la concurrence au détriment du consommateur

          Mais la concentration des activité est une constante dans l’histoire du capitalisme (économie d’échelle et formation de cartel plus facile).
          Tout comme l’accumulation des richesse par un tout petit nombre de personne.

          Une piste toute bète a explorer : la mise en place d’un împot progressif ( à l’instar de l’împot progressif sur le revenu qui limite l’accumulation de capitaux par les « superriches ») sur la capitalisation, compensée par autre chose (ou par rien du tout vu l’augmentation des besoin des états).

          On verrai alors certaines entreprises se scinder spontanément pour servir de meilleurs rendements à leurs actionnaires. Et il serai plus facile de laisser faillir ces entreprises plus petite si leurs modèles économiques sont dépassés.

          Ne pas oublier que cela limiterai en plus les « ententes sur les prix » (cartel).


          • Mycroft 30 septembre 2009 15:42

            J’aimerais qu’on m’explique cette volonté constante de diviser tout et tout le temps. Certes, la divisions permet la concurrence, qui est une forme de contre-pouvoir (c’est d’ailleurs là le seul intérêt de cette sacro-sainte concurrence qu’on nous vente à longueur de journée).

            Mais en contrepartie, elle empêche toute économie d’échelle, génère une complexité de l’offre très lourde (c’est déjà pénible de devoir choisir un banque aujourd’hui, si on multiplie leur nombre par 10, ça deviendrait vite insupportable) ainsi que de la publicité, inévitable quand il y a concurrence (et qui ne rêve pas de voir disparaître la pub qui nous spams et coûtent des fortunes qui pourraient si bien être utilisées ailleurs ?).

            Je suis d’accord pour dire que les grands groupes financier sont une nuisance pour le monde, à l’heure actuelle. Mais pourquoi grand dieu les éclater en petites structures qui seront elles aussi des nuisibles ? Pourquoi ne pas nationaliser tout ça. En le mettant sous contrôle d’un « parlement financier » indépendant du président ou du parlement classique, et élu directement par le peuple. On obtient ainsi les avantages du contre pouvoir cités plus haut, sans les lourds inconvénients de la division.


            • zelectron zelectron 1er octobre 2009 01:32

              @ Mycroft,
              elle empêche toute économie d’échelle ; justement au delà d’une certaine taille une entreprise se met à souffrir d’un certain nombre de maladies : Parkinson (création de postes pour se gérer eux-mêmes) gaspillages de + en + importants, planqués qui font semblant de travailler, doublons voire triplons de certaines tâches, lourdeurs et incohérences administratives, facteurs humains dégradés, absentéisme + maladies opportunes et/ou réelles et j’en oublie certainement.
              A noter que la nationalisation amène la déresponsabilisation de l’immense majorité du personnel et augmente les défauts notés ci-dessus.
              Je rejoint Michel mais pas tout à fait : une petite « purge » diaforienne des « zélites » des banques les remettraient dans un chemin plus droit.
              Enfin rien n’empêche une commission de contrôler tout ça, en espérant qu’elle ne tombe pas dans la prévarication habituelle. (la changer tout les 2 ans ?)

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