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Accueil du site > Actualités > Economie > Intelligence économique : peut-on définir un métier spécifique (...)

Intelligence économique : peut-on définir un métier spécifique ?

Soumise à un double mouvement contradictoire de dilution dans l’ensemble des fonctions économiques et de spécialisation guerrière, l’intelligence économique a du mal encore à définir les spécificités propres à ses métiers. Il semble en particulier étonnant que, malgré l’orientation martiale de la discipline et la diversité des conceptions qui résulte de sa dilution, la fonction protection de l’information ne figure pas dans la liste officielle des métiers ou compétences de l’intelligence économique. Qu’advient-il, en outre, dans cette évolution contradictoire, de l’exploitation de l’information utile, cette fonction essentielle pourtant à l’origine du concept ?

Au vu des premiers travaux sur les métiers de l’intelligence économique (IE), une certitude s’impose : la profession semble unanime pour dire que l’intelligence économique va bien au-delà de la simple veille.

Mais au fait, jusqu’où va-t-elle ?

"L’intelligence économique peut être définie comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques" - rapport Martre, "Intelligence économique et stratégie des entreprises", La Documentation Française, Paris, 1994.

On imagine, si on se réfère à cette définition à l’origine du concept français d’intelligence économique, que la discipline couvre effectivement un domaine de compétences de plus en plus pointu lié à la gestion complexe d’une information dont la surabondance rend la maîtrise chaque jour un peu plus difficile : recueil, sélection de l’information, analyse, capitalisation, partage, protection, mise à disposition de l’information utile en temps voulu... L’observateur attentif de la discipline a sans aucun doute conscience pourtant que, tandis que le concept d’intelligence économique devient un élément fondamental de la démarche stratégique d’entreprise, les fonctions qu’on lui attribue, au-delà de la simple veille, se diluent progressivement dans l’ensemble du champ économique et stratégique que cette dernière a justement pour fonction d’éclairer.

Face à cet élargissement de son champ de compétences, cherchant à s’organiser autour de véritables métiers spécifiques identifiables sur le marché de l’emploi, la profession, sous l’autorité du Haut responsable chargé de l’intelligence économique (HRIE), a entrepris une série de travaux pour clarifier les métiers de l’IE et définir leurs spécificités propres.

La liste des métiers et des compétences de l’intelligence économique élaborée dans le cadre de ces travaux par le Groupe métiers et compétences du HRIE identifie neuf métiers ou compétences. Ceux-ci ne sont cependant plus que trois si on met à part les fonctions de direction, de production d’outils, de formation, de conseil ou d’audit. En effet, comme pour n’importe quel métier reconnu, ces dernières, bien qu’essentielles, relèvent des fonctions d’accompagnement de la discipline associée, plus qu’elles ne traduisent l’existence en son sein de savoir-faire distincts spécifiques à celle-ci. Les métiers de la médecine par exemple comptent, outre la médecine générale, de nombreuses spécialités auxquelles il n’est pas d’usage de rajouter les fonctions d’enseignement (professeurs), d’encadrement (chefs de service), de conseil (médecins-conseil) ou de production d’outils (éditeurs de logiciels médicaux, fabricants de matériel médical) lorsqu’il s’agit de décrire les spécificités médicales de la profession.

D’après cette liste, veilleur, analyste et lobbyiste sont donc les trois seuls métiers véritablement spécifiques du domaine qui demeurent après mise entre parenthèses de ceux relevant des fonctions d’accompagnement.

Et la protection de l’information ?

Veille et analyse sont deux activités complexes, tellement inextricablement mêlées que la séparation, même théorique, en deux disciplines distinctes paraît irrémédiablement artificielle. Si la veille peut être définie sommairement comme la collecte d’informations utiles concernant l’environnement de l’entreprise, l’analyse, qui consiste d’une certaine manière à décomposer un ensemble d’informations pour en extraire l’information utile, est inévitablement au centre de la démarche.

Tout au plus pourrait-on instaurer une distinction d’ordre hiérarchique pour désigner deux titres correspondant à des niveaux de compétences différents, un peu comme le titre de médecin détermine un domaine de compétences plus vaste que celui dévolu au titre d’infirmier, donnant au premier autorité sur le second. On pourrait ainsi considérer que le titre d’analyste correspond à un domaine de compétences plus poussé que celui attribué au titre de veilleur, lui donnant ainsi autorité sur ce dernier. Considérant qu’il n’y a pas de véritable profession sans hiérarchie, cela pourrait constituer une première base pour organiser la profession. Veilleur et analyste seraient ainsi des titres permettant de délimiter deux premiers métiers complémentaires au sein d’une même filière professionnelle regroupant l’ensemble des activités "coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile".

On reste ici clairement dans le périmètre d’origine tel qu’il émane du rapport Martre. Il pourrait néanmoins être utile d’élargir celui-ci à la notion un peu plus vaste de "maîtrise de l’information", pour indiquer la nécessité de rattacher les activités de protection à un processus plus complet d’exploitation de l’information utile.

Ces deux premiers métiers "titularisés" (veille et analyse) ne suffisent donc pas à décrire l’ensemble des activités du périmètre ainsi redéfini. Ils devront nécessairement être complétés pour couvrir l’ensemble des activités nécessaires à l’exploitation de l’information utile (documentation, gestion des connaissances), mais d’ores et déjà, on peut s’étonner de l’absence des compétences liées à la protection du patrimoine immatériel pourtant indispensables pour accéder à la maîtrise de l’information.

 

Exploitation de l’information utile ou utilisation de l’information exploitée ?

On sort plus nettement du périmètre d’origine avec le lobbying. Le sens courant attribué à la notion d’information qui s’étend souvent à sa diffusion (communication) peut, il est vrai, expliquer l’adjonction de ces savoir-faire à ceux réunis dans la notion de maîtrise de l’information. Ce rattachement confirme néanmoins la dilution des fonctions signalée précédemment qui, au-delà de la veille et de sa sœur jumelle l’analyse, s’étendent désormais à un de leurs champs d’application qu’elles ont pour fonction d’éclairer (les activités d’influence et de lobbying). Mais, cet élargissement à un métier relevant plus largement d’une des fonctions clés de l’entreprise (la communication) pourrait, en toute logique, s’étendre à d’autres métiers relevant d’autres fonctions clés (la stratégie, la R&D, la production par exemple). En réalité, c’est bien dans l’ensemble du champ d’application de la veille que les fonctions spécifiques de l’IE ont tendance à se diluer progressivement, au point de se fondre dans le vaste ensemble des activités économiques : politique économique, politique industrielle, sécurité économique, stratégie des affaires, commerce, innovation, communication, lobbying d’affaires, stratégies d’influence, jusqu’à s’insérer au final dans les concepts de "guerre de l’information" et de "guerre économique".

Cette tendance est largement confirmée à l’écoute des différentes interventions des professionnels de l’IE participant à un récent colloque sur le thème des "formations et métiers en intelligence économique" organisé dans le cadre des travaux de clarification impulsés par le HRIE. Ces deux dernières notions à connotation guerrière semblent même, à les entendre, être les seules à constituer une véritable spécificité de la discipline.

De fait, les premières interventions ne font pas apparaître de véritables caractéristiques spécifiques à la profession. Les formations y sont présentées comme des cursus complémentaires délivrant une culture générale économique et géopolitique, dont il ne faudrait pas attendre de débouchés en termes d’emploi, si elles ne venaient pas compléter une solide formation initiale de spécialiste.

Un document distribué à tous les participants au colloque, émanant du groupe de travail n° 1 de l’association des auditeurs intelligence économique de l’IHEDN, consacré à la gestion des métiers de l’intelligence économique en entreprise, vient largement confirmer l’impression de dilution de ces derniers dans le vaste ensemble des activités économiques. Après avoir d’emblée averti le lecteur que "l’intelligence économique est surtout un comportement et une façon d’être", ce document détaille en effet les compétences et les connaissances requises par les quatre postes de base des métiers de l’IE (responsable IE, chef de projet IE, analyste IE, veilleur) : "connaissances des contextes économiques mondiaux, des marchés internationaux, de la géopolitique, de la géostratégie et des relations internationales", "connaissances de base en finance", "connaissances juridiques", "anglais", "lobbying, influence et contre-influence", "connaissance de l’entreprise et de ses problématiques", "connaissance des secteurs d’activité liés à ceux de l’entreprise"....

Rapidement évoquées, dans ce document émanant de l’IHEDN, à propos du seul poste de veilleur, la "maîtrise des outils informatiques de recherche et de traitement de l’information" et "l’aptitude à programmer les outils techniques de recueil" sont les seules compétences ou savoir-faire ayant un rapport direct avec la gestion complexe d’une information surabondante et omniprésente. Elles se réduisent néanmoins à des fonctions strictement techniques dont le métier de veilleur n’a sûrement pas le monopole. Mais, peut-on véritablement réduire les compétences requises par l’exploitation de l’information utile à la maîtrise et à la programmation des outils informatiques de recueil et de traitement de l’information ?

 

Hormis ces deux compétences purement techniques attribuées à la fonction de base (veilleur), on voit bien qu’il s’agit-là d’une culture générale économique et géopolitique, et il est bien difficile d’y distinguer ce qui pourrait être spécifique à l’intelligence économique. On a en effet peine à croire que les formations IE soient les seules à assurer l’enseignement de ces différentes matières, et on imagine mal que ces "connaissances" ne figurent pas intégralement aux programmes de toutes les écoles de commerce ou autres écoles de formation aux affaires.

Réduite ainsi à un simple problème strictement technique, l’exploitation de l’information utile n’a plus rien de spécifique aux métiers de l’intelligence économique, et ces derniers se confondent désormais avec ceux des multiples acteurs économiques utilisateurs de l’information exploitée, que la fonction d’origine définie dans le rapport Martre avait justement pour fonction d’alimenter.

Maîtrise ou guerre de l’information ?

Même si le représentant de l’Ecole de guerre économique (EGE), s’exprimant sur les exigences et les objectifs des formations en IE, affirme que son école au prestige largement reconnu forme de véritables spécialistes dont l’emploi est assuré à l’issue de la scolarité, il est naturel de se demander dans ces conditions en quoi son enseignement diffère fondamentalement de celui de nombreuses autres écoles de commerce, de gestion ou de perfectionnement aux affaires, qui ne sont pas marquées du label IE. Comme elle, ces dernières ont pour vocation de former des cadres destinés pour certains à devenir des managers de haut niveau et la grande variété des matières étudiées donnent à leurs élèves la capacité d’exercer à terme des fonctions à haute responsabilité dans l’entreprise. Leurs anciens élèves sont en compétition sur le marché de l’emploi avec ceux de l’EGE pour occuper les mêmes postes en entreprise, sans pour autant souffrir de la concurrence. Le grand prestige dont jouissent également bon nombre de ces écoles aurait sans aucun doute gravement souffert si elles n’avaient pas su faire évoluer leurs enseignements pour répondre également aux nouvelles exigences stratégiques induites par la mondialisation ou la globalisation des sphères économiques.

L’EGE ayant néanmoins pour vocation affirmée de former des professionnels de l’intelligence économique, il reste légitime alors de s’interroger sur ce qui fait la spécificité de ces métiers, sauf à considérer que son nom aux allures délibérément combatives et la formulation guerrière de ses objectifs pédagogiques indiquent une orientation plus marquée vers les problématiques d’affrontement entre puissances économiques et vers le "management offensif de l’information". Cette orientation vers une spécificité "guerrière" est confirmée par l’intervention d’un colonel de l’armée de terre qui, s’exprimant sur le thème des métiers de l’IE vus par l’entreprise, présente la notion de maîtrise de l’information telle qu’elle est perçue dans les opérations militaires par l’état-major des armées. Il explique qu’elle ne s’applique pas au renseignement et à son exploitation, mais bien à la gestion de la communication stratégique, à la gestion de la confrontation et à la gestion de l’interface civils/militaires sur un théâtre. En un mot, c’est la guerre de l’information.

Si cette conception présente une certaine cohérence avec ce qui pourrait faire la spécificité de l’EGE par rapport aux autres écoles de perfectionnement aux affaires, elle semble assez éloignée toutefois de celle qui émanait du rapport Martre. La maîtrise de l’information ne serait pas, comme semble l’indiquer la définition de l’IE dans ce rapport fondateur du concept, le résultat de "l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile". Il semblerait plutôt désigner la communication de crise dans le cadre d’une "guerre de l’information". On doute cependant que cette conception soit également celle du professeur d’intelligence économique de l’Ecole supérieure d’ingénieurs en électronique et électrotechnique (ESIEE) qui, intervenant juste avant sur le thème des formations, rappelait "qu’en dernier lieu" (pourquoi en dernier ?), la base du métier restait la maîtrise de l’information. On imagine en effet que la maîtrise de l’information revêt dans son enseignement une signification plus proche de celle émanant du rapport Martre.

Si l’on fait fi néanmoins de ces divergences d’interprétation, l’impression générale qui se dégage des différentes interventions du colloque est que ce serait bien, au bout du compte, la logique d’affrontement qui fait la spécificité des métiers de l’IE et non pas celle de l’exploitation d’une information utile à la décision pour l’action.

Que reste-t-il des métiers spécifiques de l’IE ?

L’impression est en partie confirmée lorsque, poursuivant la lecture du document du groupe de travail de l’association des auditeurs intelligence économique de l’IHEDN, on en arrive aux "fonctions indirectes de l’intelligence économique", ainsi nommées parce que, bien qu’"indirectement concernées par l’intelligence économique", elles "ne pratiquent pas cette spécialité". Y sont cités, pêle-mêle, comme "ne pratiquant pas la spécialité", mais "indirectement concernés" : la gestion des connaissances, la direction financière, la communication et le lobbying, les fonctions commerciales, les fonctions d’acheteur, la sécurité (protection), la sûreté, la prospective et la veille auxquelles viennent se rajouter trois "métiers indirects" parmi "les plus impliqués", celui des lobbyistes (déjà cité), celui des informaticiens et celui des documentalistes.

La gestion des connaissances, la documentation ne sont donc bien qu’indirectement concernées par l’intelligence économique et ne relèvent pas de cette "spécialité". Exit donc l’exploitation de l’information utile, la gestion complexe d’une information surabondante et omniprésente ou les "actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile".

La communication et le lobbying, la protection et la sûreté qui auraient pu être les spécificités de la nouvelle IE dans une logique d’affrontement ne relèvent plus non plus de cette spécialité par laquelle ils ne sont qu’indirectement concernés. L’orientation guerrière semble là moins évidente. Mais alors que reste-t-il ?

 

Mais alors que reste-t-il ? L’intelligence économique est-elle bien un véritable métier spécifique ? Si oui, comment le définir ? Si non, comment éviter que M. Jourdain prétende en faire tous les jours dans l’entreprise sans le savoir (ou sans le dire) ?

 

à suivre ...

 


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9 réactions à cet article    


  • Céline Ertalif Céline Ertalif 4 juillet 2007 13:48

    Bonjour,

    Les termes d’intelligence économique posent une série de problèmes qui n’aident sans doute pas à entrer dans les questions importantes posées par le contrôle des flux financiers, des flux d’information et le lien entre les deux.

    Le premier problème est tout simplement un problème de langage, on est dans un anglicisme. En bon français, il s’agit d’espionnage industriel et financier.

    Le deuxième problème est le lien avec le libéralisme, qui sombre dans la confusion quand on y ajoute la notion de guerre.

    Tout commence donc par un sérieux problème de sémiotique . Les citoyens, et singulièrement les internautes d’Agoravox si sensibles aux questions d’information et aux libertés des systèmes d’information, ne trouvent pas le fil qui pourrait les faire entrer dans ce débat sur le contrôle des flux financiers et des flux d’information qui, en toute logique, ne devraient pas les laisser indifférents. Par exemple, pourquoi notre camarade Forest Ent reste-t-il sans voix ? Je pose la question à la fois à l’intéressé, auteur bien répertorié d’Agoravox, et à l’auteur de cet article, parce que cela me semble caractériser un problème.

    La professionalisation est au centre de cet article. Pour augmenter la visibilité des enjeux sur cette question centrale de la professionalisation de l’espionnage industriel et financier, il faut sans doute plus clairement doit répondre à ses objectifs politiques. S’agit-il d’aller vers une privatisation de la guerre ou à vers l’organisation d’intérêts publics concurrents dans la mondialisation ?

    Je suis contre les préjugés et je pense que cette interrogation mérite un débat public. J’ai constaté il y a bien longtemps que les militaires français sont tellement fondus dans le moule bureaucratique qu’ils ne comprennent à peu près rien à la notion de stratégie (ce n’est pas gentil ce que je dis, mais c’est la principale conclusion personnelle que j’ai tirée de mon DEA de politique militaire). J’ai aussi constaté que le niveau zéro de la collecte d’informations nécessaire au développement économique n’est pas assuré dans notre pays. Il n’y a pas une Chambre de Commerce sur dix qui est capable d’organiser une information correcte sur la sous-traitance de ses entreprises sur son propre territoire. C’est l’un des aspects de l’inefficacité du pilotage territorial en France.


    • mandrier 4 juillet 2007 13:53

      @ertalif vous disiez : « J’ai constaté il y a bien longtemps que les militaires français sont tellement fondus dans le moule bureaucratique qu’ils ne comprennent à peu près rien à la notion de stratégie (ce n’est pas gentil ce que je dis, mais c’est la principale conclusion personnelle que j’ai tirée de mon DEA de politique militaire) »

      c’est assez juste, mais je penserais que vous n’avez surement pas eu affaire aux « bonnes » personnes !....


    • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2007 17:04

      « les militaires français sont tellement fondus dans le moule bureaucratique qu’ils ne comprennent à peu près rien à la notion de stratégie »

      Cela m’a l’air un peu excessif. A mon avis, nos EM ont souffert de trois choses :

      - la constitution de la 5ème, qui confère la stratégie générale aux civils,

      - la fin du service militaire, qui a créé un gros embouteillage au niveau des EM,

      - la fin de l’URSS, qui a créé un gros vide doctrinal.

      Mais je suis persuadé qu’il y a dans nos EM des tas de généraux de talent (militaire), qui ne se révèleraient comme de Gaulle qu’en cas de conflit.

      Pour en venir au sujet, je veux bien répondre, mais je ne sais à quoi, tant les sujets abordés sont nombreux.

      S’il s’agit d’info en général, je pense qu’il faut prêter attention aux mouvements actuels sur l’info économique : fusion Thomson-Reuters et rachat de DowJones par NewsCorp, etc... Le secteur de l’info concernant la santé (en général) est également assez passionnant à analyser.

      S’il s’agit d’accès à l’info, il faut suivre Google et Microsoft.

      S’il s’agit d’espionnage, l’histoire Swift/CIA est intéressante et révélatrice d’une tendance BigBrother que je pense profonde et durable, qui fait d’ailleurs bien le lien entre info économique et flux financiers. Sans parler de Clearstream ...


    • Céline Ertalif Céline Ertalif 4 juillet 2007 18:19

      @ Forest Ent d’abord, à tous ensuite, et surtout à Francis Beau pour finir

      Je ne t’attendais pas en défenseur de nos généraux, Forest ! Il y a un vrai problème entre les militaires et les politiques français qui ne date pas de la semaine dernière (se rappeler des commentaires de Clémenceau, ou des échanges entre le général Giraud et De Gaulle en 1943...). Il suffit de rappeler qu’il n’y a pas si longtemps on parlait encore « d’armes nucléaires stratégiques » et « d’armes tactiques » : on ne saurait mieux nier le concept de stratégie et ce pauvre Clausewitz (excellente lecture que je recommande à tout le monde, les 30 premières pages de « De la guerre » sont à elles seules un monument philosophique).

      La stratégie repose toujours sur la maitrise coordonnée de 3 éléments : l’espace, le temps, la rationalité des partenaires. C’est ce qu’on apprend dans nos écoles maternelles, et au CP on s’arrête pour revenir à l’analytique, au causal et à l’ordre hiérarchique. Dans notre culture, il y a vraiment une contradiction profonde entre la bureaucratie et l’analyse stratégique.

      Pour ce qui est de la question de fond de l’article de Francis Beau, l’article d’hier était vraiment abscons, à mon avis. Et c’est vrai qu’on ne sait pas trop bien par où prendre un problème en vrac. Les cas de Google, Microsoft et Clearstream sont opportunément cités par Forest Ent et soulignent parfaitement la question de la privatisation du renseignement. Il y a eu un article, assez différent de l’ordinaire, d’Eric le Boucher ce week-end (Le Monde) sur le poids économique de la corruption. S’agissant d’une formation professionalisante portée par des universitaires, et donc de l’argent public, nous sommes dans un cas caricatural où les rapports du public et du privé doivent être clarifiés.

      Pour conclure cette interpellation (réussie pour ce qui est de toucher notre ami Forest), je crois qu’il y a un problème de connexion entre les questions posées par les articles successifs sur « l’intelligence économique » (je n’aime pas le terme, mais peu importe) et les préoccupations manifestées par tout un mouvement citoyen qui va des hackers aux téléchargeurs contestant la DADVSI en passant par toutes sortes d’engagements pour le logiciel libre ou même les simples blogs. Il faudrait donc que Francis Beau nous dise plus clairement ce qu’il attend du débat citoyen sur les questions qu’il évoque.


    • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2007 19:45

      Je ne suis pas particulièrement attiré par la chose militaire, et je déteste la violence en général. Mais bon an mal an, la défense représente une part très significative du budget de l’Etat. Il est donc sain et légitime de s’interroger sur l’usage qui en est fait, à savoir « disposons-nous de militaires compétents, bien entrainés, et de matériels adéquats et suffisamment nombreux ? », ceci indépendamment de l’usage que nous faisons de nos troupes, sur lequel j’ai énormément de réserves, surtout en ce qui concerne l’Afrique.

      Pour ce que j’ai eu l’occasion d’en voir personnellement, nos militaires sont dans l’ensemble « compétents », et il me semble que ce point est assez reconnu à l’étranger d’après ce que j’ai pu en lire.

      Je n’ai pas l’impression qu’ils soient bien entrainés. En particulier, l’armée de l’air me semble très en dessous du seuil critique.

      Enfin, en ce qui concerne les matériels, il me semble que cela ne va pas du tout. Les programmes « leclerc » et « rafale » pompent depuis 20 ans l’essentiel des ressources alors que c’était évitable. Le rafale, même si on en vend 15 exemplaires au Maroc, s’avère hors-sujet, ce qui est un peu gênant pour un programme à 30 milliards d’euros. C’était évitable en modernisant le 2000-5, mais Mitterrand et Chirac ont soutenu Dassault. Ce qui me permet de revenir à mon sujet favori des médias, et de noter que, si l’on ne parle pas trop du naufrage du rafale, il n’est peut être pas indifférent que Dassault possède le Figaro et soit parlementaire UMP.

      Les marchands de canon ont toujours bien aimé avoir des journaux. Par exemple Zaharof ...


    • mandrier 4 juillet 2007 13:50

      « Intelligence » économique ? : Ce n’est que de l’espionnage !...

      ET à voir ce qu’il y a dans ces « consultants » qui pratiquent « l’intelligence » économique , on ne peut que s’interroger !...

      Ils ne sont pas du tout retaillés pour ce métier d’« espion » !...


      • Claude 4 juillet 2007 16:35

        Il me semble que nous sommes en train de parler de l’art et la maniere de manipuler les esprits dans un but a priori lucratif ,et eventuellement pour le plaisir aussi. Ce serait la definition que je voudrai donner sur ma rue Americaine ou tout est plus ou moins factice mais la realite est si triste.

        www.florideconseil.com


        • stephanemot stephanemot 4 juillet 2007 17:34

          François,

          J’ai dans une vie antérieure eu le plaisir de diriger un pôle strategic intelligence / IE dans un environnement particulièrement stimulant, ultra-concurrentiel et évolutif.

          Il existe toute une littérature sur le sujet, des outils fort sympatiques et performants, mais rien ne remplace l’humain, l’expertise métier, l’intelligence au sens noble du terme.

          Je définis l’intelligence comme la capacité à appréhender, comprendre et donner du sens (ex à son environnement, à des situations, à des contacts...) au-delà des sens (ex ce que l’on voit, sent, entend, touche...).

          La veille n’est qu’un état, une fonction. Le terme d’intelligence économique me parait lui-aussi réducteur : tous les métiers sont concernés et dans une entreprise intelligente, chacun contribue à la compréhension de l’environnement. Il est par ailleurs essentiel de sortir de la sphère de l’entreprise, du point de vue habituel pour remettre en permanence en cause la vision conventionnelle, anticiper les ruptures, améliorer les outils, le pilotage de l’entreprise au quotidien. La confrontation de points de vues complémentaires et souvent contradictoires apporte une richesse d’analyse formidable, et souvent un temps d’avance sur les marchés.

          Le concurrent n’est plus considéré comme l’ennemi absolu mais comme un élément d’un écosystème passionnant. Indépendemment de la connaissance de l’autre, on gagne en connaissance de soi, on échange au quotidien de façon constructive, et l’entreprise acquiert plus naturellement une dynamique de leader culturel.

          Comme pour l’informatique, il est désormais indispensable que chacun dans l’entreprise ait des notions et sache se débrouiller en la matière... mais pour être vraiment performante et évolutive, une entreprise ne peut se passer d’experts métiers.

          Une telle entité n’a de sens qu’au coeur de la stratégie de l’entreprise, ouverte à l’ensemble de ses employés et à son environnement au sens large.

          L’ouverture n’est pas nécessairement contradictoire avec la sécurité. Il convient là aussi de faire preuve d’intelligence : il est plus facile de mesurer l’impact de fuites en aval que d’une collecte médiocre en amont, et les dégats les pires ne sont pas toujours ceux que l’on peut voir.

          Comme j’avais coutume de l’expliquer à d’autres experts souvent marqués par la grande tradition militaire française, il faut certes être un peu parano pour anticiper le pire, mais aussi un peu schizo pour se mettre à la place des autres... et surtout ne pas trop se prendre au sérieux pour pleinement apprécier le caractère hautement ludique de l’exercice.

           smiley


          • Great pelican 4 juillet 2007 22:20

            L’I.E est-ce un métier ? Oui mais pas feutré et propre, comme cela est vécu en France. Les outils de base de l’IE reste la cash pour payer ses informateurs, les filles, les écoutes et les filatures, le reste c’est de la littérature. C’est marrant cela ressemble à de l’espionnage !!?

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