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Accueil du site > Actualités > Economie > Interdire les licenciements boursiers, est-ce possible ?

Interdire les licenciements boursiers, est-ce possible ?

Concept anti libéral, la campagne lui a permis de faire son retour. Plutôt que d’observer la réalité en face, notre ministre de l’économie, mais avant lui les différents candidats, a jeté à la face du quidam « les licenciements boursiers ».

En stigmatisant les financiers, il empêchait toute confrontation à la réalité économique. Ces S… de financiers, pour toujours plus de profits, s’enrichissent sur notre dos (au moins sur celui des licenciés). Le malheur des uns (salariés) faisant le bonheur des autres (actionnaires).

Un licenciement boursier est un licenciement collectif. Il a pour effet un impact immédiat sur le cours de bourse. C’est l’une des nombreuses définitions que l’on peut trouver à ce concept. A mon sens, il est surtout en opposition au licenciement économique.

Au regard du droit, le licenciement économique est justifié dès lors que l’entreprise se retrouve en situation de liquidation. En opposition, le licenciement boursier intervient alors que l’entreprise est toujours rentable ou lui permet d’augmenter sa rentabilité.

Plus précisément, il a fait son apparition en 1999 après que Michelin ait vu son cours de bourse grimper suite à l’annonce simultanée, d’une hausse de son bénéfice semestriel (+20%) et de la suppression de 7 500 emplois.

La corrélation entre la hausse du cours de l’action et la suppression des emplois n’a jamais été prouvée. Toujours est-il que ce licenciement a été qualifié de boursier et le mal était fait.

Par opposition, un licenciement qualifié d’économique a souvent un impact négatif sur le cours de bourse. Il laisse présager d’une moins bonne santé de l’entreprise.

Dans le monde qui est le nôtre, les actionnaires (ou du moins les bailleurs de fond des entreprises) attendent un retour sur investissement au moins égal au risque pris en finançant l’entreprise. Cette logique, pousse les entreprises (quottée ou non), à assurer un niveau minimum de rentabilité. On parle alors de « rentabilité exigée ».

A la « rentabilité exigée » se heurte l’environnement concurrentiel. L’entreprise, quottée ou non, est soumise à plusieurs contraintes, à commencer par la pression des consommateurs. Pour exister,
celle-ci doit être en mesure de lui proposer un produit ayant toujours un temps d’avance sur son concurrent. Cette avance se caractérisant, soit par l’innovation, soit par le prix, soit par la qualité de ses produits. Le consommateur est encore plus implacable que le financier. Un prix trop élevé, un retard technologique, une image de marque dégradée, il fera sans frémir son deuil de produits au profit d’autres.

Combien sommes-nous à avoir eu des Nokia pour jouer au serpent faisant les heures de Gloire de cette compagnie. Mais combien sommes-nous également à avoir abandonné l’entreprise (et ses salariés) au profit de la Pomme. Ce jour-là, quand vous avez jeté votre vieux Nokia au profit d’un Iphone, avez-vous pensé aux salariés licenciés, à l’écosystème Nokia mis à mal…

Les exemples sont légions. Prenons plus récemment le cas de Free. Qui se préoccupe des restructurations en cours chez SFR alors même que Vivendi, son propriétaire, fait des profits ?

Cette logique implacable amène l’entreprise à faire des choix de gestion qui peuvent s’avérer être en défaveur du salarié alors même que celle-ci est bénéficiaire. En effet, une entreprise pourra chercher une plus grande compétitivité pour vendre ses produits à des prix identiques à ses concurrents. Pour cela, elle sera amenée à investir dans des machines plus performantes nécessitant une moins grande moins d’œuvre. Je n’ai pas parlé ici de délocalisation, rien que l’avancée technologique de son outil de production aura un effet néfaste sur sa population salarié.

Il en résultera un licenciement dit boursier. A court terme, une moindre masse salariale aura une conséquence positive sur la rentabilité de l’entreprise et sur son cours de bourse. On serait tenté d’y voir un lien de cause à effet.

Cependant, ce qui fera la pérennité du cours de bourse, ce n’est pas la moindre masse salariale mais la capacité de l’entreprise à continuer d’exister dans son marché. Sa capacité à innover, à conquérir des parts de marché…

Prenons l’exemple d’un marché qui s’éteint (les cassettes audio, l’argentique, les tubes cathodiques…). Tous ces fabricants, bien que rentables sur leurs autres activités, ont dû licencier massivement. Comment qualifier ses licenciements collectifs ? Fallait-il que l’entreprise conserve une masse de population à ne rien faire ? Fallait-il que les consommateurs refusent le progrès technique ?

Autre exemple, beaucoup d’entre nous ont des plans d’épargne entreprise. Ce plan est souvent une partie de nos revenus. Par ce biais, nous devenons actionnaires de nos entreprises. Que se
passe-t-il quand le cours de l’action baisse ? Notre épargne souffre, acceptons nous cela ?

J’ai précisé au début qu’une entreprise non quottée pouvait être également confronté au licenciement alors même qu’elle génère des profits. Prenons le cas de Leclerc qui face à un changement dans notre mode d’approvisionnement doit fermer des Hypers. Leclerc n’est pas à plaindre, elle n’est pas non plus sous le joug du spéculateur. Mais Leclerc ferme pour répondre à des souhaits de consommateurs opportunistes.

Au vu des différents exemples, l’on voit bien que la stigmatisation du financier et la qualification des licenciements en licenciement boursiers est une gageure, un thème de campagne populiste. Il faudrait être parfaitement naïf pour croire un seul instant que l’Etat est en mesure de les interdire. D’ailleurs existent-ils ces licenciements dits boursiers ?

Bien sûr qu’une certaine moralisation des financiers est nécessaire mais l’on ne peut pas limiter la vie d’une entreprise à ses seuls actionnaires. L’affaire Michelin de 1999 avait été in-fine plus profitable aux salariés qu’aux actionnaires. Le cours de l’action sur 5 ans n’a progressé que de 8% quand le salaire a lui progressé de 12%.

Il y a d’autres pistes que nous pourrions envisager. Peut-être notre mode de consommation devrait lui aussi être revu ? Peut-être devrions-nous favoriser des consommations plus éthiques ? Sinon, il y a fort à parier pour une longue vie des licenciements tout court.


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8 réactions à cet article    


    • Wendigo Wendigo 27 juin 2012 10:00


      Et une révision du système total, on y pense ou a pensé ?

       Il existe bien des model méllants la chèvre et le choux, mais tant les actionaire que les manards, ne veullent pas en entendre parler , donc ....

       Nos systèmes oublient tous une donne majeur, celle que tant l’actionaire que l’ouvrier sont des humains, dictés par des archétypes psychologique et une dualité. C’est pour cela que l’on ne vois que deux models , coco ou capitaliste. Tant que l’humain n’accéptera pas sa dualité dans son système et dans sa civilisation, ce sera toujours le casse gueule.
       Car qu’on le veuille ou non, nous sommes tous à la fois capitalistes et communiste.
       Nous avons tous un part dégoisme, nous imposant la « notion de propriété privée » et une autre qui nous impose la vie en collectivité.
      Hors si l’on ne se fixe que sur notre égo capitaliste, notre société n’en est plus une , elle n’est alors qu’un congloméra d’égo, friable. Et le coté social est lui dicté par notre instinct gréguère, nous imposant une vie en groupe reposant sur l’entraide.
       
       Notre civilisation, ne regarde toujours que trop dans un sens, mais jamais dans l’ensemble et c’est cette céssité, ce refus de notre accéptation dans cette dualité qui nous amène au grand problème d’aujourd’hui, l’égo démesuré de certains combattant l’instinct de survie gréguère de notre espèce.

       Notrecivilisation est avant tout, que l’on le veuille ou non une civilisation humaine, et c’est comme telle quelle doit être accépté par tous, car cette société n’est pas une antité a part de l’humains mais elle est LES humains.

       Ce système ne marche et ne marchera jamais, pas plus que le communisme, tant que notre dualité inconsciente sera refusée, méprisée, elle ne durera jamais car notre siciété est malade mentalement, elle est schizophrène. Maladie mentale qui rend l’homme inconsciement suicidaire comme le disait C.G.Jung.

       Mais bon ce que j’en dis n’est qu’utopiste, puisque personne de nos jours ne veux lacher son petit égo, dans l’intéret de tous, refusant de comprendre que l’intéret de tous regroupe aussi notre propre intéret ....
       Et c’est peut être le mieux, puisque l’humain apprend que par ses echecs et celui qui arrive (qui est déjà là, mais pas encore terminal) sera une grande leçon.

       Seule la sagesse est apte à diriger, mais voila le pire énemis du pouvoir c’est la sagesse elle même, voila pourquoi les déséquilibrés mentaux ont encore de l’avenir au pouvoir .... les aveugles les suivent !


      • Gabriel Gabriel 27 juin 2012 10:15

        Belle synthèse Wendigo à laquelle j’adhère. Tout est question de priorité et d’équilibre. Priorité : l’humain avec et dans la collectivité, l’équilibre : Répartition plus justes des richesses produites avec des limites aux cumuls de tout sortes afin de combattre l’indécence et l’injustice.


      • Robert GIL ROBERT GIL 27 juin 2012 15:05

        au Benêtland il y a surtout trop des cons. Et comme la proportion de cons est la meme chez les nationaux que chez les immigrés , il y a donc trop de cons de souches...


      • samuel 27 juin 2012 16:52

        Article émouvant qui mêle à la fois l’intérêt particulier (le salarié, le consommateur) à des considérations plus générale et les mets sur le même plan.

         

        Je ferai remarquer à l’auteur, que Si le but ultime d’un licenciement boursier est la rentabilité à long terme d’une entreprise et non pas le profit immédiat de ses actionnaires, Alors il sera d’accord pour que la bourse se contente de diffuser ses cotations tous les 3 mois voir tous les 6 mois.


        • ungarsnormal 27 juin 2012 23:13

          C’est une piste envisageable. Cela permettrait de réduire la pression exercée par les marchés sur les entreprises.

          Elle pouurait opter pour des stratégies plus long terme que de penser à contenter les actionnaires.
           


        • chantecler chantecler 27 juin 2012 17:05

          Autre recommandation : lisez « l’horreur économique » . de Vivianne Forester .

          Au fait coté comme cotation .

          Article sympa .


          • tdelache 12 janvier 2013 13:09

            @ ungarsnormal : tout ce que vous écrivez est parfaitement juste ; seulement les Français cons (c’est-à-dire 95% de la population) ne peuvent pas comprendre cela. Ils sont trop égoïstes pour le comprendre.

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