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Accueil du site > Actualités > Economie > Intervenir ou pas face à « la crise » ? Bretton Woods ou plan social (...)

Intervenir ou pas face à « la crise » ? Bretton Woods ou plan social Marshall (D-2) ?

A l’occasion de la crise financière de 2008, nombreux sont ceux qui en appellent à un nouveau Bretton Woods. L’occasion de suggérer une seconde version de mon propre plan après avoir réfléchi à la nécessité d’intervenir au niveau monétaire, étatique, et d’agir sur la crise économique.

Ceux qui invoquent Bretton Woods jouent sans doute sur le côté incantatoire de ce nom aux consonances magiques et symboliques. Bretton Woods, c’est un symbole fort, non pas pour les Chinois ou les Russes, mais pour les Occidentaux. Ces accords sont intervenus en 1944, alors que les Etats-Unis sortaient de la dépression de 29 et que le nazisme allait être vaincu. 44 nations alliées ont participé aux négociations pour établir un système monétaire capable de permettre les échanges internationaux et, par voie de conséquence, la reconstruction des pays ruinés par la guerre de 39. L’Occident n’a pas vécu une crise, mais un désastre. On comprend le côté presque magique du mot Bretton Woods. Un peu comme dans cette petite province du monde. Ses habitants invoquent parfois le Grenelle. Dont les accords ont symbolisé la réconciliation nationale après le déchirement consécutif à cette crise sociale que fut Mai-68.

Les dirigeants européens préparent un nouveau Bretton Woods. C’est ce qui se raconte dans la presse. Après le Grenelle de l’environnement qui va sauver la planète du désastre climatique, voilà le Bretton Woods européen qui va sauver le monde (crise de rire). Plus sérieusement, tous les analystes, y compris J.-C. Juncker, un peu au fait des choses économiques, savent qu’évoquer un nouveau Bretton Woods est déplacé car nul ne sait quoi y mettre comme mesure, ni comment réformer le système monétaire. Car tel fut l’objectif de ces accords signés en 1944 dont l’effet fut positif pour l’économie ; tandis que les esprits critiquent y ont vu aussi un outil pour la domination des Etats-Unis à travers la position du dollar comme monnaie de réserve et de référence. Toutes les monnaies furent définies par rapport au dollar et seul le dollar est défini par rapport à l’or, dont 80 % des réserves étaient entre les mains des Américains. 35 dollars l’once. La crise de confiance des années 1970 a engendré l’abandon de ce système au profit des changes flottants ; suggéré par Friedman et l’école de Chicago. Et notre seul Nobel d’économie, Maurice Allais, de voir d’autres problèmes apparaître, notamment la création de produits financiers complexes. Mais est-ce vraiment la faute de ce système flottant. La crise de 2008 montre que les banquiers n’ont pas forcément besoin de jouer sur les changes pour créer ces produits de plus en plus complexes, avec les subprimes titrisées, par exemple. Quant à Bretton Woods, le symbole paraît bien déplacé et mal employé, surtout par Sarkozy, mais nous sommes habitués. Surtout que ces accords ont assuré la domination du dollar (mais la fin de cette hégémonie est proche). Après la guerre, ce qui a permis de retaper les économies européennes délabrées c’est surtout le plan Marshall. Et si un plan devait être appliqué, ce serait pour renflouer les gens délabrés et, donc, un plan Marshall social.

 

Faut-il intervenir sur la crise qui semble se dessiner sans être certaine ? L’urgence est pour une bonne part décidée pour répondre aux hantises de cette crise amplifiée par les médias. Comme l’explique parfaitement Carl Schmitt, les époques définissent un problème prépondérant et les sociétés s’imaginent qu’en le solutionnant le reste suivra. Ainsi pense-t-on qu’un nouveau Bretton Woods s’impose. Mais cette crise n’invite-t-elle pas à revoir le type de société occidentale basé sur une frénésie productiviste et une consommation effrénée avec une hystérie du crédit ? Une addiction généralisée des masses et classes. Une addiction qui cette fois marque le pas. L’utile n’est pas sacrifié, le futile oui. Ne voit-on pas aussi d’autres questions de société qui perdurent et que les gouvernants oublient pendant que les affaires des financiers et des classes économiques prospèrent ? La jeunesse, l’éducation, les valeurs, les inégalités, la drogue, les addictions, les inégalités, les banlieues, l’incivilité... On comprend bien (comme Schmitt) qu’au cas où tout rentrerait dans l’ordre, ces problèmes perdureraient. Et puis comme le notait un observateur du Credoc, en supposant une baisse de pouvoir d’achat de 4 points sur deux ans ramènerait le niveau matériel de 2010 à celui de 2004. Etions-nous malheureux et démunis à cette époque ? Non, sauf un cinquième de la population dans une situation précaire et ce sera ce même cinquième qui paiera le plus lourd tribut à cette éventuelle récession.

On comprend que tout est relatif et qu’il y a largement de quoi satisfaire tous les gens, sauf que les gens, plus ils montent, plus ils deviennent insatiables. En bas, la raréfaction du pouvoir d’achat renforcera certainement le développement des solidarités familiales déjà en place depuis des années. J’ai eu vent d’un jeune de 27 ans retournant habiter chez sa mère. Pourtant il a un job, mais sans doute insuffisant pour mener une vie décente, épargner, une fois le loyer payé. 


Dernier volet, le plan que j’avais proposé. Et que je vais tenter de préciser et élargir dans un contexte international. Voici le plan Dugué-2, dans l’esprit d’un plan Marshall social. Le principe, une création nette de monnaie sans dette, bref, selon un mécanisme distinct de celui de la BCE. J’avais misé sur 600 milliards d’euros. Mais soyons audacieux doublons la mise (ou triplons si on veut un plan sur trois ans). Prenons un ménage français. Une personne seule reçoit 200 euros par mois. 300 pour un couple. La durée est doublée par rapport à mon plan initial. Une astuce, verser en une seule fois la somme sur un compte bancaire qui ne rapportera pas. Et chaque mois, le ménage pourra débloquer son montant mensuel. C’est sympa, ça fait une belle petite somme. Pour les banques, ça crée d’un seul coup des actifs liquides sous forme de dépôt. 7 200 euros par client. 9 200 pour un couple. Ce dispositif est étendu à la zone euro. Et pourquoi pas une extension généralisée ?

D’ailleurs, une extension est nécessaire parce que la création nette de centaines de milliards d’euros risque de faire chuter la devise européenne. Mais si toutes les monnaies jouent le même jeu, alors il est possible, avec un bon calcul, de ne laisser invariantes les parités. Le principe est simple, comme en physique l’invariance par changement de jauge. Prenons deux sources électriques dont les potentiels sont de 100 et 200 volts. Si on les relie, un courant va passer. Admettons que l’on ajoute 20 volts pour chaque source. Nous retrouvons avec 120 et 220 volts et le courant circulant sera le même. Admettons que l’on crée par exemple une quantité Y’ de yens, face à la création de E’ d’euros. Si le calcul est bien fait, proportionnel aux masses monétaires respectives, eh bien la parité yen/euro, qui dépend des échanges de devises, en quelque sorte l’équivalent du courant électrique, cette parité ne sera pas modifiée. Il est possible de faire entrer toutes les devises sous réserve que les pays participent à ce nouveau contrat social et économique mondial.

Mais, au final, une telle idée est bien trop généreuse. Elle aurait pour conséquence d’atténuer les inégalités de revenus. Et je ne suis pas certain que ça corresponde à une aspiration des peuples, à une profonde demande des sociétés. Et comme ça n’apporte aucun avantage aux élites, il est préférable d’enterrer ce plan avant même qu’il ne soit discuté. Le monde peut très bien tourner avec des tas de précaires, de pauvres. Et quand il y aura moins de ressources à se partager, ça sera ramadan ou shabbat pour les uns, carême pour les autres. De quoi régénérer l’âme du monde par une abstinence économique ?


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13 réactions à cet article    


  • grangeoisi 17 octobre 2008 11:58

    Hum ! smiley

    Ce n’est pas un plan ça ! Plutôt de l’analyse au jour le jour et du "pitêtre bien que ça pourrait faire ça" !

    Si ! Bien sûr il faut une réunion mondiale et peu importe le nom qui lui sera donné en réminiscence de Bretton Woods  : Holi Woods, Holy Woods ou Desesperate Woods, espèrons que ça ne sera pas Hollywoods.Il faudra en effet du concret et quelque chose qui vaille et tienne la route pour faire un retour sur terre sans trop de mal.Les appétits d’ogres des requins de la finance servis par les conneries des gamins golden machin chose ça suffit !


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 octobre 2008 13:13

      Errata, il y a une erreur de calcul qui s’est glissée dans la présentation de mon plan mais chacun rectifiera et puis ça ne change pas le principe.

      Le débat est ouvert. Et je maintiens mes positions sur ce plan. Aucune raison de le liquider !


      • Philippe D Philippe D 17 octobre 2008 14:04

        Vous y croyez vraiment sérieusement à votre plan D-2 ?

        J’ai du mal à comprendre comment vous pourriez sortir de votre logique de perfusion distributive une fois le processus engagé. Vous savez bien qu’en France il est quasi impossible de revenir sur un avantage acquis.
        Quand bien même il serait clairement annoncé dès le début que la durée serait limitée à x mois, Bonjour le courage politique (où ?) pour confirmer et valider l’arrêt du système.

        Quels en seraient les effets ? Mystère, sauf :
        De nombreux effets pervers non négligeables, par exemple, à coup sûr l’afflux massif de nouveaux immigrants et donc la création d’une nouvelle vague de pauvreté et de chômage qu’il faudrait bien traiter socialement.
        Autant dire que si vous démarrez avec 600 Milliards, l’escalade est amorcée pour que jamais ne s’arrête le processus.


        • JL JL 17 octobre 2008 15:26

          Vous écrivez : ""Et puis comme le notait un observateur du Credoc, en supposant une baisse de pouvoir d’achat de 4 points sur deux ans ramènerait le niveau matériel de 2010 à celui de 2004.""

          Est-ce que vous êtes sérieux ? Le pouvoir d’achat de 2004 était comparable à celui d’aujopurd’hui, du moins pour les gens normaux ! 8% de moins nous rémènerait des décennies en arrière. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais il ne faut pas confondre augmentation du PIB et aumentation du pouvoir d’achat.

          Les économistes rémunérés par le système n’ont guère besoin d’être très rigoureux. Je m’étonne que vous n’en fassiez pas partie.

          La preuve, vous écrivez : ""Voici le plan Dugué-2, dans l’esprit d’un plan Marshall social. Le principe, une création nette de monnaie sans dette, bref, selon un mécanisme distinct de celui de la BCE"" Mais peut-être que vous plaisantez.


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 octobre 2008 15:46

            C’est 4 points entre 2008 et 2010 (2 par ans si vous voulez), ce qui nous ramène à 2004. J’ai repris l’exemple du type du credoc invité chez Calvi. Lui parlait de 5 points qui nous ramènerait deux ans en arrière. J’ai trouvé un peu optimiste alors j’ai refait le calcul

            quant à la création nette de monnaie, bien sûr que je suis sérieux et d’ailleurs, un prof d’éco à sc po, Rachline, défend cette possibilité

            Mais comme le dit plus haut un commentateur, le plus difficile, c’est de faire perdurer ce système qui nous met dans l’"engrenage d’un revenu universel qui s’ajoute aux revenus du travail et de l’épargne et des retraites. Avec tous les économistes qu’il y a ça tout être jouable.


          • JL JL 17 octobre 2008 16:52

            @ B. Dugué : Ah ! Si c’est chez Calvi smiley

            Mais vous ne m’avez pas répondu : croyez-vous sincèremement qu’il y ait un lien entre pouvoir d’achat et PIB ?

            Pour vous donner deux pistes de réflexion : le pouvoir d’achat des très riches augmente, celui des très pauvres diminue.

            Les catastrophes naturelles font augmenter le PIB, et baisser les pouvoirs d’achat. Etonnant, non ?


          • JL JL 17 octobre 2008 16:57

            Plus grave, en 4 ans le pouvoir d’achat des très riches a peut-être augmenté de 10%. Avec les 360 milliards d’euros "injectés" dans la finance pour préserver la bulle qui nous asphixie, le pouvoir d’achat des pauvres, qui pendant 4 ans a stagné voire baisser, va certainement chuter. Mais celui des très riches ne sera pas affecté. Il n’est pas besoin d’être économiste pour savoir cela. Du bon sens, de l’expérience et de l’observation suffisent.


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 octobre 2008 18:41

            Oui mais vous seriez économistes, vous saurez que les 360 milliards n’ont pas été injectés. Il s’agit juste d’une assurance. Vous roulez j’imagine, tant que vous plantez pas votre véhicule, l’assurance ne débourse pas un sous. Vous si, c’est le prix à payer. Mais les banquiers sont les meilleurs amis de l’Etat assurance et n’ont pas eu à payer, quoique, c’est pas clair, l’Etat ferait payer la franchise, mais plus tard.

            Pour revenir à mon plan, il est la seule alternative possible pour rétablir un équilibre dans la répartition des revenus. S’il n’est pas réalisable, alors c’est fini et le système restera en l’état pendant des décennies, sauf accident majeur. D’ailleurs, il est déjà dans cet état depuis 30 ans.


          • JL JL 17 octobre 2008 19:16

            Pour moi, on se trouve en la matière un peu comme vis à vis de l’expansion de l’univers. De deux choses l’une : ou bien il y a une limite aux inégalités, ou bien il n’y en a pas. Dans le premier cas, il y a pour tous les hommes de bonne volonté sur cette planète, une raison d’espérer. 

            Dans le second cas, je n’aurais plus aucun espoir.


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 17 octobre 2008 20:21

            Oui il y a une limite au inégalités mais pour qu’elle soit réalisable, il n’y a pas assez d’hommes de bonne volonté et j’ajoute, de volonté éclairée


          • Marc Viot idoine 17 octobre 2008 16:02

            Mais, au final, une telle idée est bien trop généreuse.

            Si cela peut vous consoler, il parait que l’enfer en est pavé.

            Sinon, je vous aurais bien développé le fait de transposer le fonctionnement d’un des outils popularisé de l’internet à celui de la monnaie, mais c’est un peu technique et sincèrement, je n’ai plus l’énergie pour consacrer seul le temps nécessaire à un travail digne de ce nom.

            Je vais donc poser quelques éléments de réflection et j’irais/nous irons peut-être plus loin si ... l’approche intéresse quelqu’un :
            Si nous considérons le fait que la monnaie est un objet muni d’un certain nombre de propriétés, dont on attend un certain nombre de fonctionnalités et particulièrement le degré de confiance de la chaine de valeur qui est à son origine, on peut imaginer un objet/monnaie à géométrie variable en fonction du porteur.
            En fait, l’objectif serait de donner du "sens" la monnaie en la rattachant à sa chaine de valeur.


            • Forest Ent Forest Ent 18 octobre 2008 01:46

              A Bretton Woods, on a convenu d’une monnaie d’échange internationale, qui manquait à l’époque. Keynes avait proposé des DTS du FMI, mais les US ont préféré le dollar. Il est clair que gérer la monnaie d’échange mondiale est un avantage ... et une charge. Cette monnaie s’est imposée car elle correspondait à une force militaire incontestable. Aujourd’hui, il n’y a pas de candidat à la succession. La suite de l’hégémonie ne sera pas le multipolaire, ce sera le désordre.

              Il n’est pas non plus possible de réduire les inégalités ou la dette globale avec de petites mesures comme celle citée. L’ordre de grandeur n’est pas le bon. Il y a 20 ans de dettes et d’inégalités à résorber. Ca ne se fera pas avec 200 euros. Paulson a déjà essayé (plan de relance n°1).


              • L'enfoiré L’enfoiré 18 octobre 2008 10:14

                Salut Bernard,

                 Bon article, remettant les choses à leurs hauteurs.
                 Je prendrai le lien de ton article pour un des miens à venir.
                 En fait, la situation résumée en un billet de 500 euros qui perd un zéro. Une dévaluation globale... 

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