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Jacques Sapir fait un sort à l’euro (2/2)

Après avoir étudié le débat français, ou plutôt les limites du débat sur la question de l’euro, puis les raisons de la crise que traversent les pays de la zone euro, Jacques Sapir s’interroge sur les raisons des problèmes de fonctionnement de la monnaie unique avant de revenir sur les solutions à apporter.

Le vice initial de l’euro
 
Pour lui, avec l’euro, c’est comme « si l’Allemagne obtenait un accès libre aux marchés de ses voisins, elle leur offrait la possibilité de s’endetter à bon compte… pour acheter des produits allemands  ». La crise actuelle a boulversé ce compromis puisque les voisins de l’Allemagne ont vu leurs taux d’intérêt s’envoler, alors que « l’Allemagne, elle, bénéficie toujours de l’accès aux marchés de ses voisins  ». Bref, il y a une rupture asymétrique des conditions du contrat initial.
 
Pour lui, « il y a bien une dimension pathologique, une dimension folle dans ce projet. C’est ce que l’on retrouve à chaque fois que l’on est confronté à la théorie néoclassique et à ses fantasmes glaçants d’homogénéité des agents et des situations (…). Parce que l’on croit détenir un savoir d’une essence supérieure, on veut à tout prix que la réalité s’y conforme  ». Certains ont voulu montrer que l’euro allait créer les conditions de son fonctionnement (Aglietta, Orléan).
 
Pour lui, l’euro était vicié depuis le début car il nécessite une forte solidarité, mais « vouloir constituer ce sentiment d’appartenance collective par ce système et par ses crises probables revenait à mettre la charrue avant les bœufs  ». Le saut quantique nécessaire (un décuplement a minima des sommes actuellement versées à l’Union Européenne), est totalement hors de question pour les pays qui seraient les créditeurs de ce système, et en premier lieu l’Allemagne.
 
Le mur de la réalité
 
Jacques Sapir montre qu’au contraire, l’euro a accentué la divergence des pays européens au lieu de permettre la convergence nécessaire, sur l’inflation, mais aussi la croissance, qui outre le fait de diverger au sein de la zone euro, baisse plus qu’ailleurs ! Il fait également un sort au mythe de l’euro protecteur, soulignant qu’il ne protège ni notre croissance ni de la spéculation… Je peux ajouter que la divergence d’une zone monétaire a été montrée par Paul Krugman.
 
Il souligne également le rôle de la politique néolibérale promue par l’Europe dans la crise que nous avons traversée. Cette déréglementation financière a créé les courroies de transmission de la crise venue des Etats-Unis à l’Europe et a également provoqué les énormes bulles immobilières espagnole et irlandaise. Il souligne le paradoxe de cette libéralisation extrême qui a abouti à rendre les Etats complètement dépendants de ces marchés à qui on a retirés toute entrave.
 
Enfin, il souligne qu’une monnaie unique pose de gros problèmes pour les échanges commerciaux. Il suffit en effet d’étudier l’évolution des balances commerciales depuis 10 ans pour constater que cette évolution n’était pas durable. Sapir dénonce également « l’impasse tragique de l’austérité et de la déflation  », en soulignant que la récession induite, outre le fait d’être cumulative à l’échelle du continent, alourdit plus encore le poids de la dette, comme on le voit en Grèce.
 
L’impasse actuelle
 
Jacques Sapir revient sur quelques sommets pour en démonter les décisions qui ne font que renforcer l’impasse dans laquelle nous sommes. Il souligne que l’Allemagne est tout sauf un modèle, entre son krach démographique, sa très faible croissance depuis dix ans et le fait que sa réussite commerciale repose sur le fait que les autres pays ne suivent pas sa politique… Il s’oppose fermement à la camisole budgétaire que Nicolas Sarkozy, puis François Hollande, ont acceptée.
 
Il ne croit pas aux euros obligations, soulignant qu’en l’état, la note globale serait mauvaise et tendrait plutôt à renchérir les coûts d’emprunts de l’Allemagne et la France sans soulager suffisamment l’Espagne et l’Italie... Il souligne également que les « plans de sauvetage » de la Grèce sont bien plus coûteux qu’estimés, chiffrant à 345 milliards d’euros les besoins du pays de 2012 à 2019, une fois et demi son PIB, et conclut qu’une sortie serait moins chère.
 
Pour lui, le coût d’une aide aux banques frappées par le défaut de la Grèce serait largement inférieur, entre 110 et 160 milliards. Mais surtout, une sortie de l’euro, une dévaluation et un défaut permettraient à la Grèce de relancer son économie et de réduire le niveau du chômage. Il plaide pour une transformation de l’euro en une monnaie commune, une politique de réindustrialisation, allant de pair avec des mesures protectionnistes et enfin des mesures de justice sociale.
 
Jacques Sapir conclut son livre en prenant les exemples de l’Argentine, la Malaisie et la Russie pour montrer qu’il y a une issue à l’impasse actuelle et souligne que l’euro est dans sa crise terminale. Malheureusement, sa capacité de résilience est assez incroyable, même si l’issue semble déjà écrite.
 
Source : Jacques Sapir, « Faut-il sortir de l’euro ?  », Seuil

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8 réactions à cet article    


  • Olivier 2 août 2012 11:47

    Il faut ajouter que la raison profonde de l’euro n’est pas économique mais politique, et elle s’inscrit dans le projet mondialiste, qui vise à créer d’abord de grand ensembles régionaux unifiés, en attendant l’unification et la gouvernance mondiale. Les élites politiques européennes sont toutes possédées par cette vision aussi absurde que grandilocante.

    Or la rupture de l’euro serait un coup d’arrêt mortel à cette évolution, dont le caractère artificiel et utopique serait mis en évidence dans les faits.
    D’où l’obstination forcenée des élites politiques au maintient « à n’importe quel prix » (comme l’avait dit Sarkozy) de l’euro.
    Ce prix, c’est nous qui le payons malheureusement ; mais ce n’est certes pas ce qui préoccupe nos politiciens...


    • chapoutier 2 août 2012 12:52

      «  »« 11 Millions d’être humains sur 7 Milliards détiennent 6 fois le PIB Mondial. »«  »"

      ce qui donne environ 76 000 euros pour chacun des 6 milliards d’êtres humains !!!!

      le plus beau c’est que il y aura toujours des ânes pour justifier cet état de fait .


    • Matthhou 2 août 2012 14:03

      1 Millions d’être humains sur 7 Milliards détiennent 6 fois le PIB Mondial.

      Comment peut-on détenir 6 fois la totalité des richesses du monde ? Je sais que je ne suis pas le meilleur en maths, mais logiquement on ne peut pas détenir plus que ce qui existe...

      Preuve, s’il en fallait encore, que toute cette crise et cette logique financière n’est que du vent et du papier imprimé.


    • chapoutier 2 août 2012 14:19

      PIB Mondial= production brut annuelle , donc l’ensemble des richesses produites sur un an, ne pas confondre avec le capital sous toutes ses formes accumulé depuis des générations


    • tf1Goupie 2 août 2012 15:20

      Il date de quand votre premier article annonçant la fin de l’Euro, Mr Pinsolle ????????????


      • lavabo 2 août 2012 17:37

        Ah mais les annonciateurs de fin du monde ont un business juteux avec la crise.......


      • BA 2 août 2012 15:51

        Jeudi 2 aout 2012 :

         

        Mario Draghi : c’était du bluff.

         

        Mario Draghi : c’était du pipeau.

         

        Mario Draghi est le gardien de la fosse septique.

         

        La Banque Centrale Européenne est devenue une fosse septique, remplie d’obligations d’Etat pourries.

         

        Elle sent mauvais, ta fosse septique, Mario. Elle est en train de déborder. Reste bien assis sur le couvercle de ta fosse septique, Mario.

         

        Si tu es croyant, prie le Ciel pour éviter le débordement de ta fosse septique.

         

        Mais surtout, Mario, surtout, ne nous rejoue plus de pipeau. Ce n’est plus la peine : nous savons tous ce que tu es.

         

        Tu es un impuissant qui bluffe.

         

        Tu es un impuissant qui ne peut faire qu’une seule chose : jouer du pipeau.

         

        Tu es un impuissant qui joue du pipeau, assis sur le couvercle de ta fosse septique.

         

        http://fr.wikipedia.org/wiki/Fosse_septique


        • Leo Le Sage 2 août 2012 16:06

          @AUTEUR/Laurent Pinsolle
          Vous dites :
          "l’euro est dans sa crise terminale. Malheureusement, sa capacité de résilience est assez incroyable, même si l’issue semble déjà écrite"
          J.Sapir avait dit cela vers l’an 2011...
          traduction libre : « çà aura lieu fin 2011 début 2012 »
          Nous sommes mis-2012, n’est-ce pas ?

          Ca n’empêche pas que j’admire quand même J. Sapir même si j’ai une nette préférence pour le physicien Maurice Allais...
          J’ai le droit non ? smiley

           
          Cordialement

          Leo Le Sage
          (Personne respectueuse de la différence et de la pluralité des idées)

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