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Accueil du site > Actualités > Economie > L’Amendement 157 du projet de loi Grenelle 2 : un « crime » ou un (...)

L’Amendement 157 du projet de loi Grenelle 2 : un « crime » ou un appel au secours ?

 A qui profite le « crime » du sénateur Dominique Braye auteur de l’amendement 157 du projet de loi Grenelle 2 ? Comment ces industriels cachés derrière ce texte doivent comprendre leur propre méprise ?
Car une question se pose pour ces lobbyistes : innover ou mourir !

Comment ne pas s’étonner de la manière dont le lobby de la filière électrique qui équipe 75% des foyers français cherche à retourner une situation pour elle désespérée en impliquant des députés et sénateurs par un lobbying « efficace » ? En cause un amendement déposé par ce sénateur à l’ultime limite de l’examen du projet de loi Grenelle 2 par la Haute Assemblée.

Qui se cache derrière cette filière ?
La réponse est simple : il s’agit de fabricants de grilles pains. C’est en effet comme cela que sont qualifiés les radiateurs électriques dont le rendement à partir de l’énergie primaire qu’ils utilisent est proche de 10%. Cela veut dire que 90% de l’énergie primaire est perdue (si on additionne le rendement des centrales électriques, maxi 40%, les pertes en ligne sur le réseau, autour de 30% et le rendement propre du radiateur on se rapproche de cette valeur) !
beaucoup d’informations ici : http://www.enertech.fr/Plan.html

 Où se situe le problème ?

Il existe une industrie qui fabrique des convecteurs électriques. Cette industrie est confrontée à une réalité qui est que ses produits, pour continuer à être vendus, doivent intégrer un paramètre jusqu’alors jamais pris en compte : il s’agit de l’efficacité énergétique au regard de l’énergie primaire qu’ils utilisent pour fabriquer de la chaleur et ainsi assurer leur fonction.

Or nous vivons un changement radical dans la manière dont les habitations et bureaux doivent être construits, rénovés et chauffés, puisque l’objectif reconnu par l’Europe et par le Gouvernement français est de réduire la consommation des bâtiments par 4 d’ici 2050 ! (Pour rappel, la moyenne des habitations française se situe autour de 230 kWh/an/m2 et la loi Grenelle va imposer de passer à 50 pour les constructions neuves et 80 pour la rénovation en 2012).

 Car le sens de l’histoire est que ces convecteurs électriques perdent leur utilité pour leurs consommateurs et utilisateurs au regard du service qu’ils rendent, au profit d’autres plus « conformes aux nouveaux usages » : ils coûtent peu cher à l’achat, donc ils équipent nombre de logements où les investissements sont particulièrement serrés. Avec un certain cynisme, les constructeurs d’habitations intègrent ces matériels peu cher et font accepter à leur futur propriétaire que le poste chauffage est bien couvert à un prix raisonnable...

Illusion et effet boomerang !
Car l’utilisation de ces produits, par la faiblesse de leur rendement en énergie primaire, va les condamner au regard d’une part de la profusion de produits ayant une meilleure efficacité énergétique en énergie primaire. Cette affirmation s’avèrera dés que les étiquettes multi-critères (les mêmes que celle des réfrigérateurs et des voitures) entreront en service pour les radiateurs, quelle que soit l’énergie utilisée, de la même manière que les acheteurs français ont rapidement intégré l’importance du coût carbone et de la classe de consommation des véhicules économes en énergie dans leurs choix de voitures avec un litre de carburant à 1,50 euros !

Mais face à cette réalité qui s’avère, ces industriels n’ont qu’un scénario de décision à leur portée : innover et investir dans d’autres systèmes plus efficaces, ou voir mourir ces gammes de produit !
Car même si cet amendement est voté, le problème pour eux ne sera que reporté et ils ne pourront pas se soustraire à cet arbitrage dans leur stratégie !

Aller au delà de la réaction duelle :

C’est le refus de cette réalité amène ces lobbies à agir de la sorte avec des députés et sénateurs, comme avec Dominique Braye... C’est la raison qui fait que l’on voit poindre ces tentatives désespérées de certains industriels, plus enclins à tenter de faire en sorte que la loi ne change pas le contexte de leur marché, plutôt que d’innover et trouver des parades à des produits désormais proches de devenir « d’un autre âge ». En agissant de la sorte, ses lobbies ne se trompent-ils pas d’efficacité ? Trop d’efficacité dans leur lobbying et pas assez dans leurs produits ? Un peu paradoxal, non !

Une responsabilité politique ?
On pourrait s’étonner que ces élus ne soient pas eux non plus plus visionnaires et politiques (au sens noble) en acceptant de cautionner de telles actions ! Serait-ce parce que des usines ou unité de fabrications se situent dans leur circonscription ?

Mais dans ce cas, on pourrait aussi s’étonner que ces élus, de quels bords qu’ils soient, ne cherchent pas à accompagner ces industriels à comprendre leur méprise, à ne pas intégrer ces informations qui même si elles sont mises en doute par Claude Allègre, n’en sont pas moins en train de devenir « une doctrine acceptée par les marchés", notamment les industriels américains ! Ainsi, aider ces industriels français à innover et faire évoluer des produits fabriqués dans leur circonscription pour rendre les usines et les emplois pérennes, peut être moins délocalisables, face à ces contraintes environnementales et climatiques qui émanent de toute part !

Car si on n’agit pas vite et en ordre serré, ce sont des usines qui seront amenées à fermer : moins de clients, moins de commandes et fini la rentabilité... On nous parlera de plans de relance pour financer une industrie moribonde. Mais il sera trop tard, parce que cette industrie aura mobilisé son énergie sur le mauvais critère de décision : influencer le politique et refuser de regarder les externalités de son marché, non pas à l’échelle nationale, mais mondiale ; refuser de faire évoluer son modèle économique vers celui d’un écosystème naturel où les déchets du cycle précédent servent de matière première au cycle suivant...

N’est ce pas là un comportement déviant de notre vieux pays ?
Car nous voici face à un trait de caractère d’un certain capitalisme français, le même qui faisait croire que les nuages de Tchernobyl s’arrêtaient à la frontière de l’hexagone, le même que celui qui fabriquait de fantastiques produits qui ne se sont jamais vendus (le Concorde). Le même qui aujourd’hui refuse de regarder une réalité qui point de toute part ! Un trait de caractère national qui touche à un authentique manque de lucidité et de pragmatisme et à cette volonté de transmettre notre vérité au monde, sans nous occuper de savoir si le monde est prêt à la comprendre et à se l’approprier pour abandonner sa propre vérité... Se battre pour des idées pendant que les autres prennent des positions stratégiques sur les marchés ! Ne pas avoir la culture du "avec" et rester sans cesse dans cette culture du "contre", ancestrale et presque consanguine face aux enjeux planétaires...

Un signal précurseur ?
Qu’un sénateur cautionne cette attitude, le dernier jour et à la dernière minute de la séance du Sénat consacré à l’examen par la Haute Assemblée du projet de texte de la loi Grenelle 2 en acceptant de cautionner l’influence de ce lobby ne doit pas être pris comme une énième tentative à maintenir la loi dans un avantage donné à des industriels et contre nature face à la réalité du changement climatique.

Il doit être pris et compris comme un signal d’alarme : il devient urgent que ces industriels acceptent une réalité et intègrent dans leur réflexion stratégique et acceptent que le temps est venu où certaines technologies vont devenir marginales au profit d’autres correspondant mieux à ce nouveau paradigme, (dans ce cas que des technologies possédant un meilleur rendement en énergie primaire, si peu chère depuis 1 siècle mais dont le coût évolue et la nature change, supplantent celles qui ont fait leur temps) car nous entrons dans une révolution industrielle d’un nouveau type et refuser ces externalités relèvent de l’autisme. Un autisme franco-français qui nous plombe et nous fait perdre des quantités d’opportunités par manque d’esprit d’entreprise, par faiblesse à vouloir maintenir une situation acquise. Il n’y a que dans nos têtes que le monde reste statique, seulement en apparence inféodé à nos valeurs, à nos rythmes et à cette absorbtion massive de l’initiative individuelle (bottom up) par l’initiative de l’Etat et de la loi pour contraindre les agents économiques à faire comme en haut on le pense (top down) !

Des signaux forts venant de toute part :

Au risque de jouer les Cassandre, l’arrivée de Barack OBAMA et son plan de développement des énergies renouvelables, de la maîtrise de l’énergie et de la maîtrise de l’empreinte écologique des USA de 150 milliard de dollars sur 10 ans par l’Etat Fédéral, qui ceci dit en passant ne sera qu’une goutte d’eau "publique" face à une R&D universitaire débouchant sur des start up bien huilée, face aux investissements des venture capitalist sur ces nouveaux secteurs, attirés par le marché colossal qui est en train de naître au sein de chaque pays industrialisé et chaque pays en expansion. Car en France, la rénovation de 30 millions de logements d’ici 2050 représente un quasi doublement de la production annuelle, sans compter le tertiaire public et privé pendant 41 ans !

Et qu’on arrête de dire que les Chinois génèrent plus de CO2 que nous et que nos efforts ne servent à rien au regard de qui est la France à l’échelle mondiale, car les chinois sauteront directement 2, 3 ou 5 générations pour aller à la même cible que la nôtre : facteur 4 en 2050... mais sans nos résistances au changement ! Et les industriels qui miseront sur l’innovation technologique se tailleront la part belle sur des produits à trés forte valeur ajoutée, pas pour des produits devenus si communs...

Alors ce plan américain doit être pris comme une information parfaite, un signal fort, qui doit être intégré par nos industriels comme le top départ d’une course au changement des habitudes, des valeurs et des motivations d’achat des clients et des consommateurs. L’aube d’une nouvelle guerre économique, une course tout azimut à la réduction des consommations « réelles », donc en énergie primaire. Le démarrage du transfert de certaines utilisations de l’électricité actuelle (le chauffage) vers des usages plus nobles comme la géothermie (où 1kw électrique peut produire entre 2 et 6 kw de chaleur ou d’eau chaude sanitaire),le rechargement des voitures électriques, les transports en commun utilisant massivement l’électricité, qui implique des innovations autant technologiques que comportementales ainsi qu’un capitalisme pragmatique et éco-citoyen ! Ce que les chercheurs américains qui ont inventé le concept du Facteur 4 nomment depuis 10 ans : le capitalisme naturel...


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7 réactions à cet article    


  • La Bourrique La Bourrique 11 février 2009 15:49

    J’oserais faire le parallèle avec l’industrie musciale (et là aussi on parle bien d’industrie) qui préfère user de lobbying auprès des sénateurs et députés (cf. Hadopi) plutôt que d’évoluer (et je ne parle même pas d’innover) et d’aller dans le sens de leur clients.
    Que d’énergie et d’argent (du contribuable evidemment) consommés pour des futilités qui ne mèneront à rien.

    Le pire dans tout çà, je ne sais pas si c’est le lobying des industries, ou nos élus qui cédent à leurs sirènes ...


    • Servais-Jean 11 février 2009 17:10

      Cet article fallacieux n’est qu’un tissu de contres- véritées. :—((
      La majorité des systèmes de chauffages demandent une évacuation extérieure pour évacuer les gaz brûlés et la vapeur d’eau qu’ils génèrent. Un progrés a néanmoins été fait avec les chaudières à condensation qui ne produisent plus que de l’eau en phase liquide et ont un rendement un peu meilleur. smiley
      Le rendement d’un radiateur électrique est de 100 % car toute l’énergie enregistrée par le compteur est convertie en chaleur y compris celle produite par les câbles d’alimentation du radiateur. smiley
      Si l’on veut augmenter les rendement dans le sens de cet article il faudrait employer soit du bois, soit du charbon ou du pétrôle brut.


      • Kconseil 11 février 2009 18:30

         Gabin disait : "je sais que je ne sais jamais"...
        Donc, cher monsieur, les vérités et les contre vérités sont toutes relatives...
        Comme est relatif le 100% dont vous parlez, en omettant d’évoquer les 60% de pertes à la fabrication de l’électricité et autour de 25% des pertes en lignes dues au réseau de transport...
        Ou alors les pays qui nous entourent sont des abrutis et ce fameux amendement 157 (et 158) ont été annulés par une simple opération du saint esprit... smiley

        En éliminant les externalités, c’est sûr qu’on peut faire dire aux chiffre ce qu’on souhaite... Mais lorsque les étiquettes carbones seront de rigueur, ce qui ne va pas tarder, je suis prêt à prendre un pari avec vous sur la non pérennité de ces systèmes... a moins qu’ils n’évoluent, ce qui peut être le cas !

         smiley


      • Kconseil 11 février 2009 18:30

         Gabin disait : "je sais que je ne sais jamais"...
        Donc, cher monsieur, les vérités et les contre vérités sont toutes relatives...
        Comme est relatif le 100% dont vous parlez, en omettant d’évoquer les 60% de pertes à la fabrication de l’électricité et autour de 25% des pertes en lignes dues au réseau de transport...
        Ou alors les pays qui nous entourent sont des abrutis et ce fameux amendement 157 (et 158) ont été annulés par une simple opération du saint esprit... smiley

        En éliminant les externalités, c’est sûr qu’on peut faire dire aux chiffre ce qu’on souhaite... Mais lorsque les étiquettes carbones seront de rigueur, ce qui ne va pas tarder, je suis prêt à prendre un pari avec vous sur la non pérennité de ces systèmes... a moins qu’ils n’évoluent, ce qui peut être le cas !

         smiley


      • reivax 11 février 2009 19:43

        Et l’amendement, il dit quoi exactement ?


        • ALTER NAIF ALTER NAIF 11 février 2009 23:33

          la plupart des HLM sont équipés de ces radiateurs, très couteux (merci pour les pauvres), cela n’arrange sans doute pas nos députés vue les bénéfices d’EDF,
          heureusement pour les riches, j’ai occupé en 2008, pour raison professionnelles, un appart équipé de mêmes radiateurs, dans un 4 étoiles ou le moindre lot coute ses 2 ou 3 millions d’euros et ou un garde sécurise chaque étage sans compter les nombreux larbins (c’est comme cela qu’ils sont regardés mais respect pour ces saisonniers maltraités et par ailleurs fort sympas)
          et le plus drôle est que toute la pub dudit site est faite sur des soi disants qualités environnementales, sissi, et je ne vous parle pas de l’isolation.
          Mais bon, si on repeint le nucléaire en vert pourquoi pas.


          • Yena-Marre Yena-Marre 12 février 2009 11:00

            Bonjour ,
            A propos de lobbyistes , monsanto le marchand de mort vient de gagner une bataille : le mais 810 est déclare "sans danger pour l’homme" par notre agence pour la sécurité alimentaire !!!! smiley

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