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L’après-chômage

Je fais partie de cette génération qui grandi dans la peur du chômage. Le chômage, problème numéro un de la société française depuis... depuis... vingt ans ? (1)

Et ces derniers temps, j’ai l’impression qu’on a franchi, dans l’inconscient collectif, un cap : celui de l’après-chômage. Voici quelques éléments de réflexion autour de cette hypothèse.

[update : l’idée de cet article n’est pas de "dire la vérité sur le chômage" mais de réfléchir à la manière dont il est perçu]

1. Les chiffres (officiels)

Le chômage baisse, et semble baisser durablement (8,8% de la population active en septembre 2006, un niveau comparable à celui de 1983).

Cette baisse n’est pas une première : de juin 1997 à juin 2001, le chômage avait constamment baissé, de 12,2% à 8,6%. On a donc déjà, dans l’histoire récente, connu un taux de chômage plus bas que celui d’aujourd’hui. La baisse actuelle n’est même pas plus rapide que la précédente (-1,3 point sur les 18 derniers mois contre -3,6 points en 48 mois à l’époque de Jospin, soit un peu moins de 0,1 point par mois dans les deux cas).

evolution__chomage

Je ne veux pas m’attarder ici sur les raisons de la baisse du chômage, qu’elles soient artificielles (radiations administratives) ou démographiques, qu’elles soient liées à la politique publique (CNE, plan Borloo) ou à la croissance. (2)

 

2. Le bruit

J’ai un peu l’impression que depuis quelques semaines, le chômage est relégué assez loin dans le discours public. En tout cas, le chronologue de Jean Veronis nous montre assez clairement que l’occurrence du mot chômage sur le Net est en recul :

chomage

Le débat sur la question du chômage serait donc assez corrélé à l’évolution du chômage elle-même. C’est aussi le sentiment que j’ai - mais ça, c’est invérifiable - dans ce que j’entends du débat politique : on parlerait désormais plus volontiers de "pouvoir d’achat" que d’emploi (3).

Mais après tout, quoi de plus logique ? Si le chômage baisse, on en parle moins. Et le départ en retraite des baby-boomers qui vont "faire place" est, de ce point de vue, une perpsective positive, même si elle doit être mise face à l’évolution démographique des générations qui arrivent sur le marché du travail (la France a le plus haut taux de fécondité en Europe).

 

3. Les réprésentations

Regardons maintenant comment le chômage et l’emploi se situent par rapport aux préoccupations d’ensemble des Français, mesurées par TNS Sofres :

TNS

Ici, difficile de dire que le chômage et l’emploi s’inscrivent dans une baisse durable, à moins que celle des deux derniers mois n’amorce une tendance longue.

Et surtout, la question de l’emploi reste le souci numéro 1 des Français, loin devant d’autres items comme les retraites, la santé et, justement, le pouvoir d’achat (en marron sur le graphe ci-dessus, et dont on voit bien comment il monte).

Comme quoi le ressenti des citoyens n’est pas forcément lié au discours ambiant (si jamais on en doutait).

En résumé sur ces trois points : le chômage baisse, mais ce n’est pas une première, et le "bruit" sur le chômage semble baisser, mais sans que cela ait un impact fort ou durable sur le ressenti collectif, pour le moment.

Après le chômage, le chaos ?

Ce que je me demande, c’est si la baisse du chômage de 1997 à 2001 avait permis de faire de la place pour d’autres sujets en 2002. Autrement dit, est-ce parce que le chômage avait baissé, même s’il était un peu remonté avant l’élection, que le sujet de l’insécurité a pu prendre autant de place dans le débat qui a précédé le 21 avril ?

Et si on entre dans l’après-chômage, qu’est-ce qui va se substituer à lui dans le débat d’opinion ?

C’est une question à double tranchant. Chaque candidat essaiera d’imposer ses thématiques à l’opinion. Et le risque que les thématiques les plus faciles, comme celle de l’insécurité, ne s’imposent, est grand : on trouvera toujours un Youssouf Fofana au moment opportun.

Dépasser le chômage pour parler d’inégalités en général, d’environnement, de dette ou de fonctionnement de la démocratie : oui. Mais si c’est pour parler de pouvoir d’achat ou d’insécurité, c’est faire du surplace. Cela voudra simplement dire qu’on remplace un sujet d’aujourd’hui par un autre sujet d’aujourd’hui. Et non pas par des sujets de demain.

(1) La barre des 10% avait été franchie en 1984.

(2) Mais on notera au passage la surreprésentation invraisemblable des délocalisations dans le discours politique, alors que non seulement le chômage baisse, mais que 8% seulement des chômeurs supplémentaires chaque année sont engendrés par les délocalisations (chiffre donné par Michel Rocard dans Peut-on réformer la France ?)

(3) Pouvoir d’achat, un terme d’ailleurs ambigu : parle-t-on de niveau de vie ou de panier de la ménagère ?

par Adam Kesher (son site) mercredi 22 novembre 2006 - 47 réactions
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  • Par Monolecte (xxx.xxx.xxx.101) 22 novembre 2006 17:23
    Monolecte

    Arf, tout faux

    La seule chose qui est correcte, c’est le lien entre les "chiffres" du chômage et le bruit médiatique. Par contre, tu prend la pelote par le mauvais bout.

    Premier point : le chômage ne baisse pas. Il a même tendance à augmenter. Pire, selon certaines analyses, le miracle du papyboom n’aura pas lieu et on va se bouffer une vague de chômage sans précédent.

    Ce qui baisse, ce sont les fameux chômeurs de la catégorie 1. Une catégorie sur les 8 que compte la classification OFFICIELLE du chômage. Soit les gonzes qui recherchent absolument et seulement un emploi plein temps en CDI et qui sont immédiatement disponibles. Le but du jeu, c’est de vider au taquet la catégorie 1 pour faire baisser les chiffres du chômage :
     tu as fait un petit boulot en interim ? zou, on te change de catégorie sans te le dire en estimant que tu cherches à présent un CDD (plus catégorie 1, plus compté, mais toujours au chomdu !)
     Tu as la grippe ? Pas immédiatement disponible : ton inscription est suspendue, tu ne comptes plus, mais t’es toujours au chomdu !
     ton référent t’a menacé de te radier si tu ne participais pas au 3 jours du stage CV pourri que tu as déjà fait 5 fois : hop, même pour 3 jours, tu disparais tout un mois de la catégorie des chomeurs qui comptent !
     Tu viens de bénéficier d’un contrat aidé dans l’educ nat ! Bravo ! Tu gagneras autant ou moins que quand tu étais au chomdu. À la fin de ton contrat, avec ton expérience de gardien de cours d’école, ton avenir s’annonce grandiose ! Mais la bonne nouvelle, c’est que toi et tes potes ne reviendront dans la fameuse catégorie 1 qu’après les élections.

    Tout ça pour quoi ?

    Pour faire du chiffre. Parce qu’effectivement, en 20 ans, personne n’a de solution au chômage vrai. Et personne ne peut l’admettre : ce serait perdre les élections. Dans les faits, c’est près de 4 millions de chômeurs secs + 1 millions de chômeurs tournants, c’est à dire qui tournent dans des petits contrats ultra précaires, souvent aidés qui reconduisent fatalement au chomdu. 20% de la population active au chomage ou très précaire (c’est à dire certaine d’être au chomdu dans l’année).

    C’est une constante depuis quelque temps. Et en l’absence d’une politique économique volontariste, ça va le rester. Le problème, c’est que cela inquiète les gens plus que tout. Mais comme il n’y a pas de solution, il faut absolument qu’ils pensent à autre chose : les sauvageons de banlieue, les criminels, tout, sauf le chômage.

    On peut axer une campagne sur la sécurité, la délinquance, mais il ne faut en aucun cas qu’elle se focalise sur le chômage. Car le chômage est aussi un symptôme. Celui du disfonctionnement profond du modèle économique dominant. Auquel les politiques ont fait allégeance. Mettre le chômage au centre des débats, c’est ouvrir la discussion sur le sens de notre système économique global. Le traquenard !

    D’où la catégorie 1. D’où la chasse aux chômeurs et la propagande qui va avec (Thierry F.). D’où les radiations et les contrats bidons. Pour faire diversion. Pour que les gens pensent à autre chose. Pour que le débat n’arrive pas sur cette question fondamentale : quelle place pour l’homme dans un modèle de société qui détruit de l’emploi sur l’autel du profit ?

    NB : il semble qu’extuellement, 20% de chômage réel soit une sorte de norme mondiale avec quelques petites variantes locales, et ce malgré d’autres méthodes de camouflage, comme le basculement massif de chômeurs dans des catégories d’handicapés (UK).

  • Par SilenT BoB (xxx.xxx.xxx.220) 22 novembre 2006 15:58

    Le vrai taux de chomage frole les 20% en france mais cela personne ne le dit. Pour moi, le chomage c’est être en âge d’être actif et être sans emploi. Il y a 1 950 000 personnes répondant aux constions dite 1 du chomage. Il existe 7 catégories au total, les 6 autres regroupent 1 200 000 personnes (je l’ai entendu dans l’hemicycle de l’assemblée nationale par uen député). Il y a 1 200 000 Rmistes environs Il existe une autre solution que le RMI appelée ASS je crois et regroupe encore d’autres personnes.

    Donc si on se limite aux RMIstes, personnes qui ne sont pas dans la catégorie 1 des chomeurs et les chomeurs on obtient 1 950 000 + 1 200 000+ 1 200 000= 4 350 000 personnes en âge de travailler et qui ne travaillent pas et qui dépendent de la collectivité. 1 950 000 personnes représentent 8,8% de la population active donc 4 350 000 c’est environs 19.63%

    Je ne suis pas certain des chiffres exact, donc j’ai mis à la centaine de mille près ce qui de toute façon ne change pas grand chose. Il y a presque 20% de chômage en France !

  • Par psychotique (xxx.xxx.xxx.194) 22 novembre 2006 21:55

    Tu critiques le RMI. Le problème c’est qu’il y a des gens lents (quelques gènes pourris, ça suffit), mal formés, ou dépassés, émotionnellement inadaptés ou brisés par la vie. Qu’en fait-on, en "économie de marché" ? Du savon et de la fumée ? Je préfère qu’ils contribuent à créer de la conscience sociale.

    Protégez, aimez, les plus faibles que vous, ils sont votre marge de sécurité, car s’ils disparaissent, ce sera vous, les faibles. Et puis en plus ils contribuent à vous rendre compte de la chance que vous avez d’être en bonne santé.

  • Par Bernard Dugué (xxx.xxx.xxx.152) 22 novembre 2006 14:17
    Bernard Dugué

    Et après le RMI (400 euros je crois) le minimum vieillesse à 65 ans (600 euros )

    Faites carrière comme chômeur, c’est le seul inemploi où la retraite est supérieure au revenu de la période inactive

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