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Accueil du site > Actualités > Economie > L’argent du beurre

L’argent du beurre

Les blocs économiques se réveillent l’un après l’autre, chacun plaçant le précédent dans l’ombre. Le mondialisme a tout de même un côté positif, par l’interdépendance.

L’histoire d’une civilisation se construit à l’image de l’homme, et par son interdépendance avec ceux qui l’entourent.

• La naissance avec ses balbutiements et la recherche de son identité.
• L’adolescence avec son affirmation de sa suprématie, vraie ou fictive, par ses grands coups de gueule militaires, et son positionnement dans l’échelle des puissances par ses conquêtes.
• L’apogée caractérisée par une opulence et une puissance qui permettent à sa population de vivre de ses acquis dans un plus grand luxe de raffinements.
• Le déclin reflété dans le manque d’initiatives nouvelles, une stagnation, un protectionnisme, un manque d’entretien de son économie ou un conformisme généré par une fausse idée d’immortalité.

Durant la phase de déclin, quelques coups de boutoir ralentissent la chute, mais la disparition de la civilisation n’en a été que retardée. Une courbe en cloche, ayant la production en ordonnée, se dessine souvent, plus étirée dans sa montée que dans sa descente. Les guerres n’ont souvent été que les catalyseurs du progrès ou du déclin.
La force de l’un a été utilisée pour supplanter l’autre, plus faible, dans un instant de l’histoire commune de deux civilisations. Après les deux dernières grandes guerres mondiales, ce ne sont plus les armes conventionnelles militaires qui déterminent la place dans l’échelle de la puissance des civilisations. La guerre économique et financière, plus pacifique en apparence, mais tout aussi acharnée, a pris sa succession.

De grands blocs politiques, intégrant le côté économique, se succèdent sur le pavois de la réussite, tour à tour challengers.

L’Europe, d’abord non unifiée, et grâce à son industrie lourde, s’est développée au cours des siècles derniers. Sa population a recherché et revendiqué son bien-être, en ajoutant de plus en plus d’aspects sociaux.

Les Etats-Unis, premiers challengers, avec une population d’origine européenne, ont utilisé les fondements des pays d’origine et ont bâti un nouveau monde plein de promesses de libertés, dans lequel tout semblait ouvert au développement. A leur tour, ils se sont vus talonnés par le Japon et ses exportations de voitures, qui devenaient un danger pour leur propre production.

Plus récemment, la Chine, toujours animée ou entravée par un régime non démocratique et autoritaire, a commencé à attaquer les deux blocs cités précédemment, grâce à la mondialisation qui devrait lui permettre de déverser sur tous les marchés du monde sa production à des prix défiant toute concurrence.

A quoi devons-nous cette mondialisation, accusée de tous les maux ?
Le commerce existe depuis toujours. Les importations et les exportations ont été les moteurs de l’économie. Ce qui s’est accru d’une manière drastiquement plus importante, et à un rythme plus accéléré, ce sont les moyens de production, les déséquilibres entre importations et exportations. Le progrès, la technologie et l’automatisation ont créé des excédents qui dépassaient toute consommation locale, et qu’il fallait écouler dans des pays disposant d’une population de plus en plus importante, sous peine d’étouffer. L’ouverture, voulue sans contrainte par l’OMC et les industriels, et qui permet le libre-échange entre les pays qui en font partie, a été rendue possible par cette mondialisation débridée, et accélératrice du mouvement des marchandises. Ce principe nécessite une acceptation des échanges commerciaux dans les deux sens. Très vite, il s’avéra pourtant que les équilibres commerciaux n’allaient pas être respectés, et le désenchantement du côté occidental s’ensuivit.
Les règles de production n’étant pas les mêmes pour ces nouveaux challengers, continuer à produire tous azimuts comme auparavant et espérer rester concurrentiel est devenu souvent un leurre, et certains pans du marché international demandent une remise en question. Les prix bas ou dumpés bouleversent les habitudes, et des faillites retentissantes commencent à tomber, tout d’abord dans les secteurs qui touchent à l’habillement, dans le monde occidental. Ces craquements rendent notre environnement et notre mode d’organisation tout à coup obsolètes, ou trop chers. Ce revirement est difficilement accepté, face à cette fuite en avant obligatoire enclenchée par le progrès. Certains analystes n’ont pas hésité à affirmer que le libre-échange semble être le vecteur de décroissance de "la vieille Europe" (Luigi Chiavarini, professeur économie). L’urgence d’un ralentissement de la croissance est évoquée. La rémunération du facteur travail est perçue, par l’entreprise, comme un coût qu’il faut ajuster et minimiser. Les délocalisations des entreprises, l’outsourcing-offshore du travail coulent de source.

Je ne vais pas tomber dans le piège, et montrer d’un doigt accusateur les Chinois (on m’en a fait le procès d’intention). Il s’agit d’un constat, sans plus. Il est indéniable que, dans cette "vieille Europe", des efforts financiers ont été consentis pour sauver des activités qui, à terme, n’avaient plus un avenir garanti de rendement à la mesure de l’effort. Peu populaire et antisocial, un élagage s’est souvent opéré sans douceur, avec, dans la douleur, des fermetures d’usines, par manque de prévoyance et de clairvoyance sur le long terme. En parallèle, de jeunes entreprises, qui auraient mérité une attention soutenue et un appui financier plus franc et massif, n’ont pas été aidées à temps. Le capital à risque n’est pas vraiment une force, de ce côté de l’Atlantique. Les "pays riches" n’ont peut-être que la monnaie de leurs pièces (volontairement au pluriel), et un retour de manivelle était à prévoir, tôt ou tard.
Les différents accords, signés depuis belle lurette (GATT, OMC...) ont permis d’accélérer par là-même le développement de pays en voie de développement.
Cela allait aussi s’accompagner, implicitement et logiquement, d’une augmentation du retour sur investissement et des marges bénéficiaires. L’investissement par notre épargne (oui, la vôtre, la mienne), en coulisse, a servi à cela, et demandait une rentabilité de l’argent en échange. Notre argent a donc payé notre propre virage vers le chômage.
Le problème est maintenant de réajuster le déséquilibre grave qu’on entrevoit à l’horizon avec le moins de vagues possible, sous peine de retrouver les solutions dangereuses du passé.
Les entreprises ont besoin de règles acceptables pour travailler, de stabilité pour s’épanouir, et de faire du bénéfice.
Elles ont été créées dans ce but unique. Les plans de pensions, qui ont investi dans les actions, doivent pouvoir permettre un "return" à deux chiffres. Comme les entreprises ont été contrariées par ces nouveaux assauts inattendus de la concurrence des produits importés, et qu’elles ne parviennent plus à respecter le cahier des charges, vu qu’elles n’ont plus les moyens d’imposer leurs propres prix de vente au marché, chercher à diminuer le coût de production est la seule porte de sortie pour rester bénéficiaire. La boucle est bouclée.

Dernière nouvelle, la Chine va réviser nettement son PIB à la hausse, de près de 20%, et devient la 4e puissance mondiale (ex 7e) pour augmenter sa crédibilité et revenir à une croissance de 7%.

Un équilibre doit sauver chaque bloc par une solidarité forcée.
Le déclin d’une société au profit d’une autre ne peut plus se concevoir comme dans le passé. L’imbrication des marchés mondiaux est telle qu’anéantir un bloc concurrent se traduirait par la perte de clients potentiels importants pour sa propre survie, et l’ignorer entraînerait son propre étouffement à courte échéance.


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2 réactions à cet article    


  • argent (---.---.233.3) 27 août 2006 17:01

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