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Accueil du site > Actualités > Economie > L’échange, le partage et la double-pensée

L’échange, le partage et la double-pensée

L'échange et le partage sont les deux seuls moyens dont dispose l'homme pour vivre en société. Ces deux notions, bien que contradictoires (quand le fruit du labeur d'un homme est partagé, il ne peut être en même temps échangé, et réciproquement), parviennent cependant à coexister en l'homme, au prix parfois d'une sorte de schizophrénie dont il ne peut sortir indemne.

La première de ces deux notions, l'échange, est le moyen retenu par l'homme dans le cadre de sa vie professionnelle, tandis que la seconde, le partage, est celui qu'il utilise dans le cadre de sa vie personnelle, avec les amis ou la famille.

 

L'échange est une notion éminemment capitaliste, car il est le résultat d'un rapport de force qui se conclut au moyen du prix. L'échange est le fruit d'une négociation sur des bases inéquitables (il y en a toujours un plus fort que l'autre, qui fera du profit), qui aboutit à la fixation d'un prix, c'est à dire une valeur considérée comme acceptable par les deux acteurs qui concluent cet échange (la transaction). Lorsque les acteurs qui échangent sont peu nombreux et ne font pas intervenir de monnaie, alors on parle de troc. Mais quand les acteurs sont plus nombreux et que les produits sont en nombre presque infinis, il est nécessaire de recourir à un système de valeur capable de faire correspondre non plus deux objets entre eux, mais une infinité : c'est le début du capitalisme. Autrement, comment faire pour décider qu'un poulet vaut 5 kilos de tomates qui valent deux paquets de cigarettes ? pour certains l'un vaut plus, pour l'autre moins.

Le partage, à l'inverse, est une notion spirituelle, dont toutes les religions font d'ailleurs une des principales vertus humaines. Le fruit du labeur d'un homme n'est ni échangé ni monnayé mais donné, sans contrepartie réclamée en retour. Le ou les bénéficiaires ne sont redevables de rien, tandis que celui qui partage se trouve récompensé par ce seul acte « désintéressé ». Cela ne signifie pas qu'il n'espère pas en retour ou de l'amour ou un service futur, ni même qu'il soit capable de toujours donner sans jamais rien recevoir, mais l'acte en lui-même doit être sa satisfaction.

Quand un homme demande à un ami ou un proche de l'aider à effectuer une tâche qu'il ne sait ou ne peut pas faire seul, le second (s'il est vraiment un ami) lui rend le service sans rien demander en retour : la tâche effectuée, le premier remercie (ou pas c'est son droit), et chacun rentre chez soi : tout est bien ainsi, cette fois et les autres fois, car on ne compte pas. Dans le monde capitaliste, c'est un adulte qui demande à un autre de l'aider à la réalisation d'une tâche (un service aussi). Le capitaliste réfléchit, et calcule ce que “vaut” son service : soit il l'échange contre un autre qu'il estime comparable, (en argent ou en temps, ou en objet), soit il refuse et leur relation s'arrête là. Si les services ne sont pas considérés de la “même valeur”, alors l'un se retrouve en dette vis à vis de l'autre, et perd ainsi une partie de son indépendance : il doit quelque chose. Comme cet échange ne peut être totalement juste et que la société veut prévenir les problèmes (un aveu de faiblesse ?), l'échange s'effectue donc si et seulement si un accord préalable est trouvé durant les discussions (négociations), accord qui sera scellé sous forme de « contrat », tacite ou formel, et sur lequel on pourra ensuite s'appuyer pour contester ou défendre l'exécution des termes par l'intermédiaire d'un tiers (la justice). Cela n'empêche pas l'injustice de l'échange mais la protège.

Cela n'est pas une petite différence. Car si le partage est fondé sur la confiance et l'honnêteté, l'échange est fondé, on le voit, sur la suspicion permanente et la concurrence. C'est qu'on ne peut décemment arnaquer que ceux qu'on n'aime pas, ou qu'on ne connait pas. Si l'un des deux acteurs de l'échange exerce mal son jugement et que les services sont incomparables (ce qui devrait être toujours le cas puisque tous les objets et services, et tous les hommes entre eux ne se « valent pas »), alors l'un de ces deux acteurs n'a aucun intérêt à le faire savoir à l'autre, pour faire un plus grand bénéfice (dans le commerce on ne donne jamais sa marge). Cela n'arriverait pas si les deux acteurs étaient amis, liés par une confiance qui interdit à l'un de gagner de l'argent sur le dos de l'autre : si le bénéfice était connu, les deux ne feraient sans doute pas commerce. Car dans le système capitalisme, l'échange qui est source de conflits permet la création du « bénéfice » sans lequel il n'y aurait ni profit ni commerce. C'est cette « part en plus » (le bénéfice donc) qui est à l'origine des inégalités entre les hommes, inégalité sans laquelle le système ne pourrait pas fonctionner. Alors que l'échange signifie l'acceptation par les acteurs d'une concurrence dans laquelle il y a nécessairement un vainqueur et un vaincu (le seul objectif étant la maximisation du profit), le partage sort de cette conception par l'absence de profit, ou vu positivement par un profit partagé : les acteurs du partage ne sont pas ennemis mais amis.

 

le système dans lequel nous évoluons tous, le monde, est un lieu dans lequel l'échange a pris la place la plus importante ; mais dans lequel le partage est encore considéré comme une vertu, au moins dans certaines conditions. Le problème est que le système capitaliste voudrait tout régler par l'échange, alors que les hommes désirent tous, au fond d'eux-mêmes, un monde plus juste fondé sur des relations humaines où la confiance et l'honnêteté primeraient sur les inégalités. Et c'est bien dans cette apparente contradiction que se trouvent embrouillés les esprits, tiraillés d'une part par la nécessité de participer aux échanges pour survivre, et d'une autre par le naturel humanisme qui nous pousse à donner plutôt qu'à profiter. Il serait d'ailleurs intéressant de savoir si les nombreux croyants revendiquant lors de leurs faits religieux cette notion du partage, tout en pratiquant dans leur vie quotidienne l'échange capitaliste le plus pur partage ne finissent pas totalement fous.

Mais cette schizophrénie s'explique lorsqu'on regarde l'homme de plus près. Pour lui, la différence entre l'échange et le partage réside dans la conception de l'homme, selon qu'on le considère comme naturellement « bon » ou naturellement « mauvais ». Cette conception stupide (personne n'est ni totalement bon ni totalement mauvais) est cependant bien pratique pour séparer ces deux notions d'échange et de partage, car elle permet à l'homme de distinguer les bons (ceux avec qui on partage) et les mauvais (ceux avec qui on échange). Selon que l'on se trouve dans le cadre professionnel ou dans le cadre privé, les comportements se calent sur l'une ou l'autre de ces positions. Le véritable écueil se trouvant à l'intersection des deux positions, de par l'approfondissement des relations humaines, qui font qu'un inconnu avec qui on échange régulièrement peut devenir un ami, ce qui fausse la distinction et pervertit l'esprit : tandis que le coeur les inciterait au partage, leur esprit « rationalisé » leur commande d'échanger pour survivre.

 

Cette coexistence de l'échange et du partage est sans doute à l'origine de nombreux troubles mentaux parmi ceux qui submergent les pays riches, car elle fait fonctionner dans l'esprit de l'être humain le même principe que la « double-pensée » d'Orwell : Nous savons tous que le commerce est un vol. Mais comme nous ne pouvons faire autrement nous acceptons cette situation dans le cadre professionnel, alors qu'en dehors de ce cadre nous partageons volontiers. Tout se passe à peu près correctement jusqu'à ce que des interférences interviennent, c'est à dire lorsque les sentiments humains surviennent. Coincé entre deux logiques radicalement différentes, l'homme se retrouve face à l'inhumanité, l'incohérence, l'amoralité d'un capitalisme qui lui impose de voir ses congénères comme des ennemis d'une part et aussi, d'une autre part, face à son penchant naturel qui l'incite à nouer des relations sociales pouvant le conduire à un sentiment d'amitié l'empêchant absolument de considérer son interlocuteur en même temps comme un ennemi ET comme un ami. C'est à ce moment qu'il doit recourir à cette notion fondamentale de la double-pensée :

“Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Croire en même temps que la démocratie est impossible et que le Parti est gardien de la démocratie. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. Surtout, appliquer le même processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer”.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr


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8 réactions à cet article    


  • Kalki Kalki 24 juin 2011 11:08

    il y a un point de rupture de l’échange : c’est quand les biens matériels sont produit par des machines ... alors on fait de l’économie virtuel
    et une alllocation universelle : les riches l’ont fait que pour eux

    mais, les biens immatériel : l’innovation, la recherche , la créativité : et en fait

    est et sera fait pas des systèmes et des machines

    dans ces cas là , quest ce qui vaut quelque chose ?

    Est ce que la valeur des gens et des produit ( et donc du monde ) est extra ou intrasèque

    est ce que tuer toute la population est une solution ou non ?

    Au fait trouver moi une seule personne qui travaillle, qui pense et qui dirige


    • Kalki Kalki 24 juin 2011 11:19

      le trou noir de sa masse infinie est là

      tout est possible et nous allons bientot tout atteindre

      que reste t’il dans l’infinie a part soi et le vide ?

      L’avenir politique et économique et dans l’acceptation de la diversité et l’inutilité


    • Kalki Kalki 24 juin 2011 11:25

      pour que l’économiste comprenne il faudrait que je lui montre les courbes


    • Michel Maugis Michel Maugis 25 juin 2011 05:02

      @Kalki


      Aucune machine ne produit !! Cela est un abus de langage.

      Seul le travailleur produit, avec ses outils et ses machines.

      Tout ce qui est artificiel su Terre à été produit par le travail de l´homme.

      Quant à la personne qui travaille qui pense et qui dirige, c’ est l’ homme communiste du début de l´humanité.

      Michel Maugis


    • Michel Maugis Michel Maugis 25 juin 2011 04:54

      @caleb irri

      « L’échange est une notion éminemment capitaliste, car il est le résultat d’un rapport de force qui se conclut au moyen du prix. »

      Vous avez tout faux.

      L’échange est le produit du développement des forces productives, et remonte à la plus haute antiquité. Il est apparu à partir de la division du travail quand le niveau de productivité fut tel qu’ il devenait possible pour une personne donnée de produire seulement une catégorie de bien et de les échanger contre d’ autres afin de pouvoir subvenir à sa subsistance. Il est apparu bien avant la propriété privée.

      L’échange n’est pas le résultat d’un rapport de force ou il y aurait un perdant et un gagnant.
      L’ échange est socialement toujours équitable. Le gain du capitaliste n’ est pas le résultat d’ un échange, mais du processus même de l´exploitation de la force de travail.

      Selon le processus suivant :

      Le prolétaire vend sa force de travail  SA VALEUR au capitaliste, qui la met en oeuvre en conjonction avec des machines et des matières premières achetées à leurs valeurs, pour fabriquer des MARCHANDISES vendues à leurs valeurs.

      Le résultat net est UNE PLUS VALUE pour le capitaliste.

      Car la mesure de la valeur d’une marchandise est le temps de travail abstrait socialement nécessaire pour fabriquer cette marchandise.

      Et une des marchandises du capitaliste est LA FORCE DE TRAVAIL qu’il achète donc aussi à sa valeur.

      La valeur de la force de travail, est la valeur des marchandises nécessaires pour fabriquer cette force de travail.

      La valeur des machines et des matières premières disparaissent dans les marchandises

      Ainsi, un prolétaire vend sa force de travail à 3 heures , par exemple, car il faut effectivement 3 heures de travail pour produire les biens nécessaires pour la subsistance de ce prolétaire, tout compris, avec éducation, enfants, famille, santé etc..-

      Mais voilà une fois achetée cette force de travail, le capitaliste l’utilise durant 8 heures.

      Plus value= 8h -3h = 5h

      Bien sur, l’ idéologie dominante bourgeoise impose l’idée que le prolétaire à échangé son travail contre son salaire. Ce qui est faux. Il a échangé sa force de travail à sa valeur, le salaire.

      Cela est la théorie de la valeur découverte par KARL MARX.

      Elle est irréfutable. C’ est, à mon sens, la preuve incontestable que le capitalisme ne peut être démocratique. C’ est contre sa nature, car son but n’ est pas de produire des biens et services pour servir l´homme, mais pour produire de la plus value qui accessoirement peuvent être utiles. Ce système implique une croissance permanente dan un monde fini et limité en ressources. Il est donc désastreux.

      Michel Maugis

      • Peretz Peretz 27 juin 2011 14:20

        @Michel. C’est toi qui a tout faux. Caleb Irri a raison : l’échange a été faussé avec l’invention de la monnaie qui a permis les transactions inégalitaires à la place du troc. Quant à la solution pour surmonter le dilemme échange contre inégalité de rapartition des richesses, il sera en grande partie résolu par le retour au plein emploi. Il n’y a pas d’autres solutions, à moins de supprimer le libéralisme.www.citoyenreferent.fr


      • Michel Maugis Michel Maugis 28 juin 2011 01:24

        Peretz 

        Vous êtes très irrespectueux de vos interlocuteurs., pour ne rien prendre en compte de ce qu’ils peuvent avoir dit.

        Vous balancez une assertion que vous présentez comme une évidence, sans aucune espèce d’ argumentation.

        l’échange a été faussé avec l’invention de la monnaie qui a permis les transactions inégalitaires à la place du troc.

        C’ est une tautologie. Vous pourriez dire aussi, l’échange a été faussé par l’invention de la roue qui a permis les transactions inégalitaires à la place du troc.

        Ce qui compte c’ est votre argumentation sous-jacente. Elle est inexistante.

        Les échanges inégalitaires existent cependant, il est dû à l’ avantage de départ de certains qui peuvent imposer les termes de l´échanges OU DU TROC. La monnaie n’ est qu’un moyen technique pour ramener la valeur de chaque objet en un nombre déterminé d’une unité de référence. Et l´unité d´échange est l’unité du temps de travail.

        Socialement parlant, l’ échange est par nature égalitaire, et c’ est parce qu’il l’est qu’il peut se réaliser.

        Le seul échange qui est par nature inégale est celui du travail contre le salaire, que celui ci soit très petit, donc inférieur au travail fourni, ou très élevé, donc supérieur au travail fourni)

        Mais cela est un leurre. Car le salaire n’ est pas l’ échange du travail, mais l’ échange de la Force de travail, comme Karl Marx l’ a très bien montré.

        Le salaire que reçoit le prolétaire représente donc le temps de travail pour réaliser les biens et les services qu’il reçoit pour vivre. L’ échange est équitable, puisque le prolétaire vit. Le prolétaire à donc échanger sa force de travail contre son salaire, qui vaut par exemple 5 heures. Mais ce prolétaire travaille 8 heures. D´où 3 heures de SUR-TRAVAIL qui en régime capitaliste s’ appelle plus value.

        Quant à la solution pour surmonter le dilemme échange contre inégalité de rapartition des richesses, il sera en grande partie résolu par le retour au plein emploi.

        Et comment va revenir le plein emploi ? Cela n’ a aucun rapport.
        L’inégalité de répartition des richesses n’ a aucun rapport avec les échanges, elle est consubstantielle du capitalisme. Elle est dû à l’ appropriation par le Capital du sur travail, et de son utilisation dans le seul but de valoriser encore plus le capital, et non de satisfaire les besoins. Fabriquer des bombes ou des hôpitaux peu importe, des bombes rapportent plus.

        « Il n’y a pas d’autres solutions, à moins de supprimer le libéralisme »

        Le libéralisme n’ est qu’un euphémisme pour énoncer l’ idéologie des égoïstes qui vantent les biens faits du capitalisme. C’ est le capitalisme qui institue l’ application de la théorie de la valeur" au service de quelques uns, possesseur du Capital , qui cherchent en permanence la valorisation de leurs capitaux, et non la production de biens et services nécessaires à l´humanité.

      • Deneb Deneb 26 juin 2011 06:12

        Le pourrisseur d’articles et tricheur Maugis en tête. Condoléances à l’auteur.

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