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L’Empire de l’Illusion

La Réserve Fédérale américaine ne représente pas l’Etat Fédéral ou l’intérêt public mais les puissants établissements bancaires de Wall Street qui en sont les vrais propriétaires. Elle imprime la monnaie du pays, en contrôle l’approvisionnement et émet des prêts dont les intérêts sont assumés par le Gouvernement Fédéral qui n’aurait pas à les payer si la Trésorerie Fédérale disposait de ce privilège d’émission de billets et autres bons du Trésor...En conséquence, les impôts payés par le contribuable américain sont majorés de la charge relative à la dette Fédérale.

Grand-Prêtre auprès de cette Réserve Fédérale du 11 Août 1987 au 31 Janvier 2006, Alan Greenspan a défendu avec constance les intérêts de ce cartel bancaire. Lors de la décennie précédente, sa servilité a ainsi largement contribué à créer la bulle boursière la plus spectaculaire de l’histoire déclarant ainsi en Janvier 2000 que "l’économie américaine bénéficiait d’une accélération de l’innovation qui n’arrive qu’une fois tous les cent ans, laquelle innovation a propulsé la productivité, les profits des entreprises et les capitalisations boursières à des niveaux sans précédents depuis des générations...l’appréciation des valeurs boursières ayant contribué à réduire le coût du capital...et je ne vois pas ce qui pourrait remettre en cause cette situation à l’avenir."

Quelques jours plus tard, l’indice NASDQ atteignait son pic historique de 5048 pour plonger par la suite de 78% jusqu’à Octobre 2002. Quant à l’indice Standard & Poors, il fondait de près de 50% entre Mars 2000 et Octobre 2002 ! L’investisseur privé ne comprenait pas le tsunami qui s’abattait sur lui et Dr. Greenspan préparait déjà la prochaine bulle en rabaissant les taux d’intérêt à 1% et en enivrant l’économie par l’argent facile...

Ardent avocat d’une régulation minimaliste, Greenspan tenait pour acquis que l’intervention de la puissance publique constituait un problème - voire un danger. " Les risques inhérents aux marchés financiers, y compris aux marchés des dérivés, sont supervisés par les établissements privés. Aucune réglementation de l’Etat Fédéral ne pourra jamais être supérieure à la régulation du marché", dixit Alan Greenspan face au Congrès dans les années 90.

Un secteur financier qui croule sous l’argent facile est-il seulement en état d’esprit d’organiser sa propre réglementation ?

Confiant en l’avenir à la fin d’une décennie que le Professeur James Petras avait qualifié d’ "âge d’or du pillage ", dans un discours devant la Futures Industry Association, Greenspan mettait en garde vis-à-vis de l’ "erreur majeure " qui consisterait à durcir les normes bancaires dans le cadre de l’évaluation des risques des produits dérivés. Je le cite : " L’évènement de loin le plus significatif de la finance cette dernière décennie a été le développement et l’expansion extraordinaires des dérivés financiers. Ces nouveaux instruments financiers sont un véhicule important permettant de réduire le risque...la valeur ajoutée de ces dérivés provient de leur capacité à produire de nouvelles richesses."

Comment Greenspan pouvait-il pourtant ignorer que, les produits dérivés étant un instrument idéal dans des marchés haussiers, ils se transforment en cauchemar dès lors que les marchés se renversent dans ce qui est très loin d’être un jeu à somme nulle... ?

Ce 23 Octobre dernier face aux Parlementaires de son pays, Greenspan ne comprenait toujours pas ce qui avait mal tourné car cette politique économique et financière " avait fonctionné si efficacement pendant près de quatre décennies "...La réponse est pourtant évidente : L’erreur fondamentale fut d’avoir incité les financiers à prendre toujours plus de risques.

Vers la fin de son mandat, il s’extasiait face à la forte appréciation du marché immobilier américain, "signe de prospérité et d’une économie solide " et prévoyait que cette hausse des valorisations immobilières serait "permanente" ! Ignorant les fraudes et abus liés aux subprimes, Greenspan assurait en 2004 que " les consommateurs américains seraient bénéficiaires si les prêteurs leur mettaient à disposition des produits alternatifs autres que le traditionnel prêt à taux fixe "...

Est-il nécessaire de rappeler l’implosion de cette autre bulle dont la valorisation avait atteint au plus haut 8’000 milliards de dollars ? Greenspan s’est plu à encourager la boulimie du marché, provoquant ainsi une indigestion dans son pays et dans le reste du monde.

Marx confiait dans une lettre adressée à Engels que " le crack américain était un plaisir et était loin d’être terminé", se référant à la panique ayant sévi en...1857 !

L’indice Dow Jones avait perdu 89% de sa valorisation entre Octobre 1929 et Juillet 1932. Les conditions aujourd’hui ne sont certes - toujours pas - aussi dramatiques mais un phénomène fondamental est en train de se produire sous nos yeux, une complète re valorisation de l’intégralité des actifs de ce monde. Et les conditions économiques poursuivront leur irrésistible dégradation avant qu’une embellie ne soit à l’ordre du jour.


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11 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 15 novembre 2008 15:04

    "Marx confiait dans une lettre adressée à Engels que " le crack américain était un plaisir et était loin d’être terminé", se référant à la panique ayant sévi en...1857 !"

    Etonnant...
    Avez-vous les références ? Merci !
    De quel type de crack s’agissait-il ?


    • millesime 15 novembre 2008 17:33

      Les marchés dérivés .....quand on montre la lune avec le doigt , le naïf regarde le doigt....
      tout le monde indique la nuisance des marchés dérivés...quelles mesures concrètes ont-elles été prises à leur égard depuis le début de la crise ?

      bien difficile pour nos leaders politiques qui savent fort bien que ce sont leurs amis fortunés qui ont "délocalisé" une partie de leurs avoirs vers des "paradis fiscaux exotiques" où sont gérés la plupart des hedges funds exerçants leurs talents sur les marchés dérivés.... !

      on peut ne pas être d’accord mais seul Lyndon LaRouche à fait des propositions... !


      • Adrian Adrian 15 novembre 2008 18:53

        Il faut donc abolir les banques centrales ? Bonne idée.


        • moebius 15 novembre 2008 21:39

           Aux états unis a la différence de notre état jacobin, l’état fédéral n’est pas dirigiste, quand il l’est en étant le centre et le maitre oeuvre d’un plan il l’est en étant le client d’un système libéral, c’est a dire d’un systéme faisant intervenir la concurence entre des producteurs qui restent des acteurs privés. Un exemple : c’est par une politique protectionniste d’armement et de clientélisme vis a vis d’ entreprise exclusivement américaine que l’état fédéral peut exercer un contrôle sur l’économie nationale. Budget de la défense , 750 milliards etc...Que la fed ne soit pas nationalisé n’est en rien incompatible avec le fait que cette organisme privé reste t une institution nationale dans la mesure ou c’est l’état qui en est le principal client car c’est en tant que client que l’état captitaliste américain dirige l’économie de la nation etc... 


          • fonzibrain fonzibrain 15 novembre 2008 22:55

             oui ,mais les intérèts payés par les contribuablesd vont ans des poches privés
            et cela est inadmissible


            • wesson wesson 16 novembre 2008 01:20

              Bonsoir l’auteur,

              je ne puis souscrire à votre article que je taxerai d’inutilement revanchard.

              ayant des positions de gauche radicale, je crois que l’on ne peut me taxer d’une sympathie particulière pour Monsieur Greenspan. Tout en étant fondamentalement opposé au système qu’il défendait (et qui d’ailleurs à permis à votre société de prospérer), je lui reconnait de l’avoir fait par conviction. Je lui reconnais également l’honnéteté d’avoir publiquement dit qu’il s’était trompé.

              Parce que des saint jean bouche d’or, qui défendait bec et ongles la finance dérégulée il y a quelques mois, qui se permette de dire qu’ils avaient vu venir, et qui défèquent aujourd’hui sur Greenspan alors qu’ils l’encensaient hier, y’en a plein mes journaux, ma radio et ma télé de ces cuistres, et je suis désolé d’en voir un de plus sur Agoravox.





              • wesson wesson 16 novembre 2008 01:26

                (oups, pb technique, j’avais pas terminé)

                En somme, ce que vous reprochez principalement à Greenspan, c’est pas qu’il se soit trompé, mais c’est de l’avoir dit. Forcément, ça fait tomber l’argumentaire des causes exogènes de cette crise, et de la capacité du système à continuer moyennant quelques aménagements mineurs.

                Et ça, pour le trader que vous êtes, ça doit effectivement être assez dur à encaisser.


              • Michel Santi Michel Santi 16 novembre 2008 06:13

                Depuis le temps que vous me lisez, ai-déja tiré sur un corbillard comme vous m’en accusez ? De plus, il me semble que mes analyses ne sont pas à proprement parler celle d’un "trader" , encore que je ne le prenne aucunement pour une insulte.
                Non, cher wesson, ce que je dis dans ce dernier article, je le disai également quand il était au pouvoir et je dénonçai déja la collusion d’un homme omnipotent et supposé défendre les intérêts de tous ses concitoyens, collusion avec la République Goldman Sachs JP Morgan et autres élites et crème de la crème Wall Streetienne...Greenspan n’a même pas eu le début du commencement de regret ou de mea culpa pour sa politique qui ne consistait qu’à déréguler et à ouvrir les vannes du crédit. En fait, n’importe qui à son poste n’aurait pas fait pire !


              • wesson wesson 16 novembre 2008 21:50

                Bonsoir Monsieur Santi,

                dont acte, je n’ai pu trouver nulle part un commentaire laudateur que vous auriez fait à l’endroit de Monsieur Greenspan, j’ai donc parlé (et écrit) trop vite pour vous accuser et je vous prie de m’en excuser.


                "n’importe qui à son poste n’aurait pas fait pire"

                Le pire n’est jamais certain. Tenez, prenez Bush par exemple ... 


              • Michel Santi Michel Santi 17 novembre 2008 03:26

                Le pire est peut-être à venir ?
                Cordialement

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