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Accueil du site > Actualités > Economie > L’Empire du pragmatisme

L’Empire du pragmatisme

Les Américains n’entreprennent rien sans conviction et la quasi nationalisation des géants Fannie Mae et Freddie Mac ne sont que la dernière en date des mesures spectaculaires décidées par des responsables financiers déterminés à en finir avec cette crise qui se prolonge depuis plus d’une année...

Cette mise sous tutelle peut certes soulever les critiques de ceux qui assurent que le prix à payer dans un avenir plus ou moins proche sera très lourd mais les faits sont là et incontestables : les marchés ont été rassérénés par le volontarisme des autorités financières américaines dans ce qui restera dans les annales comme l’intervention la plus complète de l’Etat dans un marché que l’on hésite à présent à qualifier encore de "libre" ! Les Etats-Unis, emmenés par leur secrétaire d’Etat au Trésor Paulson, ont cette fois jeté dans la bataille tout le poids de leur Réserve Fédérale. De fait, les conséquences d’une faillite éventuelle de l’un seul de ces deux établissements aurait boulversé l’économie globale avec inauguré une récession généralisée. La Chine et l’Inde assureront un jour la relève mais, pour le moment, le monde éternue toujours dès que les Etats-Unis s’enrhument...

Effectivement, pendant que certains banquiers centraux commandent de savantes études afin d’ "intellectualiser" la crise et que d’autres se focalisent sur une lutte éperdue contre l’inflation, les dirigeants US traitent le mal à ses racines en faisant usage des deniers publics d’une part pour combler le déficit entre les avoirs de ces institutions et leurs engagements et en se tenant d’autre part prêt à acquérir des titres adossés sur des emprunts hypothécaires afin de ramener la confiance...Le retentissement de telles actions est à même de restaurer graduellement cette confiance car la Fed garantit virtuellement les 5’000 milliards de dollars d’encours hypothécaires américains, la caution implicite de l’Etat devenant ainsi de facto caution explicite.

Championne du marché libre et déréglementé, l’administration Républicaine Bush se voit pourtant forcée de violer ses convictions les plus basiques afin de sauver un capitalisme pur et dur dont Marx avait déjà identifié qu’il était sujet à des crises à répétition...Les Américains ont intégré ce fait nettement mieux que les Européens car, en dépit du libéralisme souvent débridé qui règne dans leur pays, le marché US reste un des environnements les mieux régulés au monde où l’intervention salvatrice potentielle de l’Etat peut se manifester à tout moment en cas de nécessité. Certes, ce filet invisible sous tendu par les autorités monétaires américaines encourage-t-il les intervenants à des prises de risques excessives mais il contribue également à ramener la confiance en périodes de tempêtes, ingrédient fondamental à tout marché car, pour paraphraser un vieil adage, Hors de la confiance, pas de marché...

A partir du moment où il devenait évident que cette crise dépasserait par sa gravité certaines proportions, le gouvernement et la banque centrales américains ont entrepris de clairement manifester leur détermination et leurs actions commencent à porter leurs fruits puisque les taux hypothécaires semblent se détendre. Le rétablissement du marché immobilier sera certes un processus laborieux car il est difficile de modifier rapidement la psychologie d’investisseurs échaudés sur ce marché ou de propriétaires dépossédés mais il est probable que les dernières mesures de la Fed freineront la dégringolade des prix du parc immobilier US, prélude à un regain de la confiance. Probable regain de confiance susceptible à son tour de résoudre la très délicate crise du crédit qui met en péril le système bancaire américain et mondial...

Le système de financement des hypothèques américaines a favorisé des outrances que sont en train de payer les contribuables. Nul ne souhaite la répétition de telles erreurs manifestes mais les ogres ont dû être maintenus en vie car les conséquences de leur disparition auraient potentiellement été encore plus désastreuses que leur maintien sous perfusion. L’ampleur de l’intervention fédérale dans la finance de son pays aura certainement des conséquences inflationnistes et peut-on d’ores et déjà prédire qu’elle porte en elle les germes de la future bulle spéculative ! Néanmoins, peut-on aussi prédire que le pays ayant provoqué la crise du crédit sera également le premier à s’en sortir.


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28 réactions à cet article    


  • Gandalf Tzecoatl 13 septembre 2008 08:40

    Pour résumer la pensée US, la confiance ramène au marché, mais pour rétablir la confiance il faut des mesures communistes, mais le communisme c’est mal.

    La crise d’endettement américaine que vient de connaitre les US et sa résorption à grands fracas ne fait que repousser ses problèmes : transfert massif de dettes privés en dette publique. Mais comme je le disais à Forest Ent hier, dette toujours.

    Bref, c’est du grand n’importe quoi ayant pignon sur rue.


    • Forest Ent Forest Ent 13 septembre 2008 13:30

      Transfert massif de dettes privés en dette publique. Mais comme je le disais à Forest Ent hier, dette toujours.

      On s’est sans doute mal compris. Ces dettes privées vont être recyclées en treasury bonds, souscrites jusqu’ici en majorité par des étrangers (aux US). Le dollar va baisser beaucoup et vite, et donc cette dette vis à vis de l’étranger sera annulée de facto. On est tous en zone dollar. Vous possédez forcément des dettes de FNM et FRE dans votre dépôt bancaire. La Chine va y perdre ses économies et aura du mal à lancer une demande intérieure.

      Sinon, pour FNM et FRE, revoir là :

      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42227


    • Gandalf Tzecoatl 13 septembre 2008 14:35

      Nous sommes donc d’accord, Forest Ent.

      [mode insolence on]
      Continuons donc à faire confiance à l’économie US pour qu’elle consomme les produits et matières premières du monde en échange de ses dollars sans valeurs.
      [mode insolence off]


    • Inquiet 13 septembre 2008 08:51

      A propos d’adage, je suppose que vous connaissez celui-ci :
      "privatiser les profits, nationaliser les pertes"

      A l’ouest rien de nouveau.

      Prendre dans les deniers publics pour financer le privé, n’est pas contre-nature du gouvernement Bush, qui d’ailleurs n’a pas hésité à déclencher une guerre pour ses "potes" pétroliers,
      guerre que l’américain moyen paye par ses impots CQFD smiley

      PTDR : courage, prenons l’argent là où on peut le prendre : chez les pauvres gens ^^


      • Gandalf Tzecoatl 13 septembre 2008 09:13

        Vous constaterez qu’il n’y a pas que l’auto-satisfaction américaine dans la gestion de la crise, l’auto-satisfaction européenne existe aussi, en la personne de Jacques Attali :

        www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/12/recession-jacques-attali-defend-la-politique-de-la-bce_1094363_3234.html

        Et l’argument est conséquent :

        "Les ministres ont-ils raison de souhaiter une baisse des taux après la hausse de l’été ?

        La gestion de Jean-Claude Trichet a été excellente. Il a mené un politique de stabilité des taux. Ceux-ci ne sont pas un instrument de lutte contre l’inflation actuelle, qui est importée. En revanche, et c’est sa deuxième politique, il a créé beaucoup de liquidités pour soutenir le système financier. La politique de Trichet est donc en réalité très souple. Mais à la différence des Britanniques et des Américains, les Européens ont échappé grâce à lui à la nationalisation d’instruments financiers en perte. Nationaliser dans ces circonstances, cela veut dire faire payer les pertes par les contribuables, ce qui n’est pas forcément moralement acceptable."
         


        • eugène wermelinger eugène wermelinger 13 septembre 2008 11:47

          " le poids de leur Réserve Fédérale"

          Et quel est-il ce poids ?
          Je croyais que la dette était Hénorme et que les States ne seront jamais en mesure de payer.

          Le pragmatisme sera du reste de ne jamais payer. C’est prévu depuis longtemps, non ? 

          Ou alors par des bombes. 


          • Eloi Eloi 13 septembre 2008 12:13

            L’auteur a raison : les grands financiers sont de grands pragmatiques : ils tirent ce qu’ils peuvent de la machine, et de plus n’ont pas de raisons de s’en faire, car de toute façon la solidarité nationale les aidera en cas de pépin.

            Vous avez complètement raison.


            • fonzibrain fonzibrain 13 septembre 2008 12:46

              Bonjour,

              *** LA FLAMBEE DU DOLLAR BRULE LES AILES A LA SPECULATION

              ** Les places boursières européennes sont parvenues à endiguer la débâcle qui se dessinait peu avant la réouverture de Wall Street. Le CAC 40 chutait de 2% (sous les 4 200 points) et l’Euro Stoxx dévissait de 2,2% — renouant avec ses planchers du 5 septembre, soit 3 175 points, un niveau qu’il va falloir surveiller de près au cours des toutes prochaines séances.

              Paris limitait au final son repli à 0,8% tandis que le S&P 500 remontait — passant d’une perte de 1,5% (dès 15h31) à un niveau d’équilibre qu’il a préservé jusqu’en clôture. Il a eu bien du mérite à terminer dans le vert (+0,5%) compte tenu des circonstances que nous allons vous décrire par le menu dans les prochains paragraphes.

              Lors des premiers échanges à Wall Street, sur l’ensemble des bourses occidentales, les investisseurs ont bien cru revivre le même genre de cauchemar qu’une semaine auparavant mais sans mettre de nom propre sur les facteurs d’inquiétude qui ont fait perdre 6% aux indices en l’espace de quatre séances puisque la dégradation du marché du travail était invoquée, ce qui nous laissait extrêmement sceptique.

              Les nuages qui s’accumulent au-dessus de Wall Street sont en réalité beaucoup plus menaçants. Des experts s’exprimant sur une grande chaîne économique américaine n’hésitent plus à révéler que 200 banques pourraient faire faillite d’ici fin 2009. Cela concerne bien sûr une majorité de petits établissements ayant une implantation locale ou régionale.

              D’après notre dernier décompte, 13 banques ont déjà déposé le bilan aux Etats-Unis ; le fonds d’indemnisation voit ses réserves fondre à une telle vitesse que ses caisses seront vides d’ici la fin de l’année.

              C’est une caisse de solidarité qui collecte des fonds auprès de l’ensemble des adhérents. Ils sont de moins en moins nombreux — et pour cause — mais il faudrait qu’ils versent beaucoup plus alors que leur santé financière est gravement altérée par la crise actuelle. Nous parions même qu’ils sont des milliers à ne pas pouvoir verser un dollar de plus, au risque de précipiter leur propre banqueroute.

              Il n’est donc pas surprenant que les marchés se retrouvent de nouveau tétanisés par l’effondrement de Lehman Brothers. Son cours a chuté de 40% à 4,40 $ hier et même à 3,90 $ au plus bas de la séance, soit une dégringolade de 75% en quatre séances. Cet effondrement rappelle de plus en plus les dernières convulsions de Bear Stearns avant que son sauvetage par J.P. Morgan ne soit orchestré en situation d’urgence absolue par la Fed à la mi-mars.

              La piste d’une prise de participation par une banque coréenne ou un fonds souverain semble au point mort. Aucun chevalier blanc ne s’est dévoilé parmi les trois derniers géants de Wall Street — nous parlons des banques d’affaires qui participent au grand Monopoly capitalistique à l’échelle mondiale.

              Et le pire, c’est que ses concurrents ne lui font pas de cadeau. Citigroup abaisse son opinion à "conserver" au lieu d’"acheter". Il justifie sa décision par la détérioration de la situation de capital du groupe après les lourdes pertes enregistrées au troisième trimestre (3,9 milliards de dollars) et par la probabilité élevée d’une dégradation des notes attribuées par les agences de notation.

              Toutes les portes du financement se ferment à double tour avec la forte baisse de son cours de bourse. Cette dernière affecte aussi bien la confiance des investisseurs que la faculté de lever des fonds sous forme d’emprunts ou d’augmentation de capital — ce qui est devenu carrément impossible dans les conditions actuelles.

              La cession de ses filiales les plus rentables (gestion d’actifs, fusions/acquisitions) pourrait ne pas rapporter autant que voulu car une vente dans l’urgence risque de dégénérer en grande braderie. Pourtant, la banque d’affaire aurait un besoin vital de cinq milliards de dollars d’argent frais, ce qui représente le montant de sa capitalisation résiduelle

              ** Lehman a entraîné dans son sillage des valeurs phares du NYSE et du Dow Jones comme AIG (-12%), Merrill Lynch (-15%) et Washington Mutual qui perdait 12% alors que certaines agences ont cessé d’attribuer des notes à ses émissions obligataires.

              La contagion a rapidement gagné le compartiment des valeurs financières à Paris mais également les secteurs de la cote vulnérables à la bonne santé du marché du crédit comme l’automobile et le bâtiment. Les transactions immobilières dans l’ancien ont chuté de 25% en un an, d’après la chambre syndicale des notaires français.

              Pour ne rien arranger, les statistiques macroéconomiques ont confirmé hier les signaux de ralentissement sur le Vieux Continent. La Commission européenne estime que la croissance économique devrait seulement atteindre 1,4% en 2008 dans l’UE et 1,3% dans la Zone euro, soit respectivement 0,6 et 0,4 point de moins que les prévisions d’avril.

              De surcroît, si la France doit afficher une croissance d’environ 1%, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique pourraient flirter avec la récession.

              Outre-Atlantique, le déficit commercial américain s’est creusé de 58,8 à 62,2 milliards de dollars en juillet alors que les économistes anticipaient un déficit relativement stable, de l’ordre de 57 milliards de dollars, après une première estimation trop optimiste de 56,8 milliards de dollars en juin.

              Quat aux inscriptions hebdomadaires au chômage, elles ont diminué de 6 000 à 445 000 lors de la semaine du 6 septembre. Une bonne surprise ? Mais non, car il s’agit d’une baisse moins importante que prévu ; en outre, le chiffre de la semaine précédente a été révisé en hausse à 451 000 au lieu des 444 000 initialement annoncés.

              ** Vous pourriez croire que cela pouvait peser sur le dollar et freiner provisoirement son ascension au-delà des 1,45/euro... mais c’était sans compter sur la dégringolade du pétrole ! Ce dernier ignore aussi bien la baisse des quotas de l’OPEP que la montée en puissance du cyclone Ike qui survole de nouveau les eaux surchauffées du golfe du Mexique et file tout droit vers les installations offshore des côtes texanes.

              Le pétrole ne constitue plus le refuge privilégié contre la perte de valeur du billet vert depuis le pic historique de la mi-juillet. Les arbitrages en faveur de l’euro se sont renversés le 15 juillet alors que la monnaie unique culminait vers 1,6040 $ et que le mouvement de correction est pratiquement ininterrompu depuis cette date, à part un timide sursaut technique du 18 au 21 août entre 1,47 et 1,49 $.

              La correction a repris le 22 août, encore plus impulsive, encore plus inexorable. L’euro a aligné dans la foulée pas moins 14 séances de repli sur 15, dont 11 consécutives depuis le pullback du 28 août sous les 1,48 $.

              Mais l’événement majeur a été la cassure du support oblique qui unit tous les points-bas depuis les 1,18 $ testés mi-février 2006. L’enfoncement des 1,45/euro a en effet invalidé la tendance haussière long terme, et la rechute de l’or sous les 750 $ semble également marquer une rupture.

              L’euro tutoie déjà le palier de soutien des 1,385 $ qui correspond au zénith de la mi-juillet puis de début août 2007. Il s’en faut de peu désormais pour que l’orientation positive de très long terme remontant à janvier 2002 soit à son tour menacée. Au rythme auquel se déroule la décrue de l’euro, il ne lui faudrait pas plus de deux ou trois séances supplémentaires pour se retrouver au contact des 1,3680 $.

              C’est donc un véritable changement d’ère sur les marchés des changes qui pourrait survenir d’ici le 15 septembre avec les 1,30 $ en ligne de mire : c’est la règle du balancier en rapport avec la récente rupture des 1,45 $.

              Un tel scénario ferait surgir un cortège de nouveaux problèmes tels que l’inversion des carry trade débouchant sur un tarissement mondial des liquidités, une période sombre pour les valeurs exportatrices américaines et des pertes considérables pour des fonds spéculatifs ayant persisté à jouer la tendance baissière du dollar puisque les Etats-Unis, sur le plan budgétaire, sont au bord de la faillite — et ne parlons pas du système bancaire, nous avons suffisamment évoqué ce sujet aujourd’hui.

              Philippe Béchade,
              Paris


              • Yvance77 13 septembre 2008 13:08

                Les financiers US ont trouvé le plus bel presse-agrume qui soit. Ils ont extrait tous les jus et nectars possible, qu’ils ont bus et conservés bien au frais.

                Le peuple lui est de corvée de balayage, et oui faut bien que quelqu’un s’occupe de gérer le épluchures. Sur ce ..

                A peluche


                • JL JL 13 septembre 2008 13:52

                  Article qui laisse le lecteur que je suis sur sa faim.

                  Vous écrivez : ""les ogres ont dû être maintenus en vie car les conséquences de leur disparition auraient potentiellement été encore plus désastreuses que leur maintien sous perfusion.""

                  ça c’est le dogme libéral. Qui dit dogme, dit obscurantisme.


                  • Gandalf Tzecoatl 13 septembre 2008 14:24

                    A priori, non, le dogme libéral stipule qu’une entreprise acculée à la faillite fasse faillite, sans intervention de l’état. Enfin, tout dépend si l’on est libéral de gauche, libéral conservateur, libéral classique, libéral minarchiste, libéral anarcho-capitaliste, etc, etc, etc.


                  • JL JL 13 septembre 2008 14:40

                    Aurais-je dû dire : le dogme capitaliste ? Libéralisme ou pas, c’est le dogme véhiculé par le PPA, la Pensée unique du parti de la presse et de l’argent. On devrait dire : Parti des médias de tde l’argent.

                    Le libéralisme tel que vous voulez le présenter est une utopie, au même titre que le collectivisme.


                  • Gandalf Tzecoatl 13 septembre 2008 22:39

                    Oui JL, capitalisme, libéral-étatisme ou libéralisme hypocrite, enfin bref, poursuite du pognon en fait.


                  • logan 13 septembre 2008 23:44

                    Loi Anti trust contournée par la totale liberté dans la diversification.


                  • vincent p 13 septembre 2008 18:33

                    Les affaires sont les affaires. Georges Colman

                    Le crédit n’est que l’apparente richesse des pauvres. MC.Blais

                    Les affaires ? C’est bien simple, c’est l’argent des autres. A.Dumas

                    Un financier, ça n’a jamais de remords. Même pas de regrets. Tout simplement la pétoche. M.Audiard

                    La finance est l’art de faire passer l’argent de mains en mains jusqu’à ce qu’il ait disparu. R. W. Sarnoff

                    Le jour est "proche" où nous n’aurons plus que "l’impôt" sur les os. M.Audiard

                    C’était sûr comme les impôts ; et ça, y a rien de plus sûr. C.Dickens



                    • Le péripate Le péripate 13 septembre 2008 21:39

                      Oui, bien sûr, voilà de quoi alimenter les obssessions anti-libérales.... in fine, l’Etat intervient, et c’est bien. Pourtant, à lire le texte suivant, on peut penser autrement. Je cite :

                      La cause est entendue pour nombre d’observateurs : la crise financière des subprime est la conséquence de la folie des marchés et montre les limites d’une finance ultralibérale. Et de réclamer d’urgence plus de régulation publique des institutions financières.

                      Le libéralisme a une fois de plus bon dos, car il n’existe pas de marché plus perverti par les interventions de l’État fédéral que celui du crédit hypothécaire aux États-Unis.

                      Les deux institutions joliment surnommées Fannie Mae (FNMA) et Freddie Mac (FHLMC) portent une lourde responsabilité dans les dérives financières du système bancaire américain. La première d’entre elles fut tout d’abord une agence gouvernementale, créée en 1938 par l’Administration Roosevelt, pour émettre des obligations à bas taux du fait de leur garantie fédérale, lesquelles alimentaient de liquidités un marché de prêts immobiliers à taux réduits accessibles aux familles les moins aisées.

                      En 1968, l’Administration Johnson, s’avisant que les engagements de Fannie Mae garantis par l’État prenaient de l’ampleur et obéraient la capacité d’emprunt d’un Trésor empêtré dans le financement de la guerre du Vietnam, organisa sa privatisation, puis le gouvernement Nixon créa en 1970 Freddie Mac, afin d’organiser un semblant de concurrence sur ce marché du refinancement du crédit hypothécaire.

                      Cette histoire a donné à Fannie Mae et Freddie Mac un statut hybride de Governement Sponsored Enterprise (GSE), privées, mais légalement tenues de s’occuper exclusivement de refinancement de prêts immobiliers sous contrôle de l’État fédéral, en contrepartie d’avantages fiscaux. Pis même, bien qu’étant officiellement privés, les deux établissements ont toujours été considérés, du fait de leur tutelle publique et de leur rôle social, comme bénéficiant d’une garantie implicite du Trésor américain !

                      Bénéfices privatisés, pertes collectivisées : Un tel cocktail risquait de pousser les dirigeants des GSE à prendre des risques excessifs, si la tutelle de l’État se montrait défaillante. C’est exactement ce qui allait se passer dans les années 1990. Voilà qui rappelle un célèbre scandale bancaire hexagonal…

                      La tutelle de ces deux entreprises fut transférée au Département américain du logement (HUD) en 1992, car celui-ci voulait agir sur les prêts financés par les GSE pour satisfaire un objectif majeur de tout politicien qui se respecte outre-Atlantique : l’augmentation du taux de propriétaires de logement parmi les populations à faible revenu, et notamment les minorités.

                      Aussi le HUD a-t-il obligé Fannie Mae et Freddie Mac à augmenter tant le volume que la proportion de crédits subprime (jusqu’à 56 %, en 2004) refinancés. Pire, un des patrons du HUD, craignant que l’affichage des risques pris par les deux GSE pour se conformer à ces règles conduise les marchés à leur retirer leur confiance, résolut le problème en les exemptant en toute légalité de dévoiler trop en détail leurs expositions.

                      Aussi Fannie Mae et Freddie Mac ont refinancé, à l’aide de produits obligataires de plus en plus complexes, plus de 5 000 milliards de dollars de crédits, soit 40 % des prêts immobiliers américains, dont plus de la moitié de crédits subprime, alors qu’elles ne disposaient pas de fonds propres permettant de s’engager sur de tels montants. Résultat, les banques émettrices de ces crédits ont pu ne pas se montrer trop regardantes sur les prêts qu’elles consentaient, puisqu’il y avait deux refinanceurs à la bourse grande ouverte derrière. La banque Countrywide, dont la politique de prêts aux familles modestes est aujourd’hui vilipendée, était encore il y a trois ans encensée par les dirigeants de Fannie Mae, pour son audace en matière d’octroi de crédits subprime.

                      Mais le retournement de conjoncture économique a multiplié les défaillances d’emprunteurs, les deux GSE sont donc menacées de ne plus pouvoir servir les intérêts de leurs obligations, ce qui, par contagion, pourrait affecter tous les investisseurs institutionnels. Du coup, l’État organise dans l’urgence leur sauvetage, lequel devrait coûter plusieurs centaines de milliards de dollars aux contribuables.

                      Une seconde intervention publique a amplifié les excès bancaires dans l’octroi de crédits à des familles insolvables. Dans les années 1990, des études révélèrent que les refus de prêts aux membres des communautés noires et hispaniques étaient un peu plus nombreux que vis-à-vis des Blancs ou des Asiatiques, quand bien même ces refus ne concernaient qu’une demande de prêt sur quatre. Certains lobbies y virent non le reflet logique de la moindre richesse de ces communautés, mais la preuve d’un prétendu racisme du monde financier.

                      Une loi antidiscriminatoire de 1977, le Community Reinvestment Act (CRA), fut donc renforcée en 1995 pour rendre plus ardu le refus de crédit aux minorités par les banques, sous peine de sanctions renforcées. Celles-ci durent donc abandonner partiellement le rôle prudentiel qu’elles jouent habituellement lorsqu’elles refusent un prêt à une personne objectivement peu solvable. Pas si grave : Fannie Mae et Freddie Mac étaient là pour refinancer ces prêts délicats !

                      Aujourd’hui, nombre d’experts estiment que sans le CRA, sans les GSE, l’accès à la propriété des minorités se serait tout de même développé, moins rapidement mais plus sainement. En voulant accélérer artificiellement ce que l’économie libre accomplissait à son rythme, c’est l’État, tantôt régulateur, tantôt législateur, qui a poussé à l’irresponsabilité les acteurs de la chaîne du crédit, provoqué une crise financière grave, et acculé à la faillite nombre de familles qu’il prétendait aider.

                      Alors, crise des sub-primes, crise du libéralisme, ou crise de l’Etat ?


                      • Gandalf Tzecoatl 13 septembre 2008 22:40

                        Ah enfin, je n’osais poster la version libérale des faits, voilà qui est réparé.


                      • Gandalf Tzecoatl 13 septembre 2008 22:42

                        "Alors, crise des sub-primes, crise du libéralisme, ou crise de l’Etat ?"

                        Crise de l’avidité et de l’ignorance, sans aucun doute.


                      • logan 14 septembre 2008 00:12

                        ce texte est totalement hyppocrite, il joue sur la confusion entre un libéralisme économique théorique et utopique et le libéralisme économique tel que réellement appliqué aujourd’hui

                        en clair nous avons le libéralisme économique tel que mis en place aujourd’hui d’un côté, qui avec la complicité de l’état, privatisent les profits et nationalisent les pertes

                        et nous avons l’intellectuel libéral de l’autre, qui soutient à 100% le libéralisme économique tel qu’appliqué aujourd’hui, mais qui nous explique que si les conséquences sont néfastes, c’est à cause de l’état, parceque le libéralisme économique pure et parfait qu’il préconise n’a pas été appliqué et que l’état est intervenu

                        en réalité tout le monde voit très bien que le libéralisme pure et utopique dont il parle sert à baratiner les gens, que si ce libéralisme économique est aujourd’hui mis en place, c’est parcequ’il va dans le même sens que les intérêts des politiciens et des financiers qui ont tout autant intérêt ( leur intérêt étant l’argent et le pouvoir ) à faire intervenir l’état quand ca les arrange ...



                      • logan 14 septembre 2008 00:17

                        ainsi, l’intellectuel libéral, en défendant ces gens là quand ils mettent en place les mesures libérales qu’il préconise, il sait très bien qu’ils ne mettront pas en place son libéralisme pure et utopique et qu’ils mettront en place un système qui leur permet de privatiser les profits et de socialiser les pertes
                        hypocrite hypocrite hypocrite et encore hypocrite


                      • Gandalf Tzecoatl 14 septembre 2008 09:11

                        Nous sommes d’accord Logan, le minarchisme et l’anarcho-capitalisme sont des objets théoriques pratiques pour décrire et pour manipuler. C’est bel et bien de la sousoupe à gogo.



                      • ash ash 15 septembre 2008 15:12

                        <cynique>
                        Dans l’utopie libérale, les excès des uns seraient à priori sanctionnés par un système auto-régulatoire, lisse et parfait (arf). Ce qui est intéressant dans nos systèmes hybrides, c’est que la triche y est aisée (il suffit juste d’un peu d’amoralité). Et si on voulait être plus conspirationniste que les conspirationnistes, on pourrait se laisser à penser que nos nuisibles n’ont pas trop interêt à se rapprocher de la perfection.
                        Pourquoi s’ennuyer avec de meilleures règles, si on peut copiner avec le maître du jeu ?
                        Un certain chaos, avec ses détours et ses zones d’ombres, est tout à fait fertile pour les affaires.
                        Davantage d’ouvertures (comme l’éducation ou les soins privés) ne nuirait pas aux perspectives, certes, mais ne laissons pas l’Etat sortir complètement du terrain de jeu de l’économie... Tellement d’amitiés et d’intérêts partagés...
                        </cynique>

                        Les anti espèrent que le système actuel se foute par terre.
                        Les pros invoquent les grands cycles, et appellent au pragmatisme.
                        Les ultras, sans se renier, souhaitent au contraire réduire l’interventionnisme étatique.

                        Misère. Et un système bêtement plus ’moral’ , serait-ce beaucoup demander ?
                        Je sais, c’est naïf.


                      • Antoine Diederick 14 septembre 2008 00:26

                        ce que les us viennet de faire se nomme "socialisation des pertes et faillites d’entreprises privées", cela revient à faire payer à la collectivité, l’échec du particulier et du privé. Bref, cela montre que le libéralisme est une utopie puisque s’il fallait être libéral, il aurait suffit de laisser ces sociétés privées mourir de leur belle mort, après tout elles ont été responsables elles-mêmes de leur prope échec, alors pourquoi les sauver, tant pis et tant pis pour les go-gos qui ont participé au jeu...c’est la loi du marché, les ringards disparaissent parce que mal géré, les autres réussissent parce qu’entreprenants et bien "managé"....pour quoi l’argent de l’Etat fédéral issu des impôts doit sauver des ringards perdants, aucune raison....ben oui les us sont sous régime libéral....


                        • armand armand 14 septembre 2008 01:13

                          N’oublions pas que toute cette pagaille est le résultat de la prolifération de produits financiers d’une complexité effarante, et encouragée par des banquiers dont l’avidité n’a pas de limites. Ce système destiné à maximiser les gains et à contourner tous les risques, finit par imploser et c’est alors que le contribuable met la main à la poche car, lui explique-t-on, c’est tout le système financier qui risque d’exploser.

                          Il faudrait se rappeler aussi que les récentes fluctuations sur le marché (pétrole, matières premières, hausse du dollar) ont peu à voir avec les véritables fondamentaux de l’offre et de la demande, car les marchés des ’futures’, dominés par les gros fonds d’investissement, fonctionnent dans le virtuel. Pas une goutte de pétrole, pas la moindre poussière d’or n’a changé de main. La spéculation a fait flamber le pétrole, la spéculation l’a également fait chuter. Dans les deux cas, les fonds sont gagnants.


                          • garibaldi15 14 septembre 2008 01:16

                            Les USA ne publient plus M3 depuis mars ou avril 2006 !!! C’est dire combien le dollar US n’est qu’une monnaie de singes ! Ils fonctionnent (l’establishment US) de plus en plus dans le court terme, empruntent à tout va (env 1 Milliard de dollars par jour !), financent leur(s) guerre(s) à crédit, et sont arrivés à se mettre à dos pratiquement toute la planète (je veux dire les peuples, pas les dirigeants). La crise des sub primes n’est pas simplement une crise due à l’insolvabilité des emprunteurs, mais elle est surtout due au fait qu’on a vendu à ces gens des maisons à des prix délirants, sans rapport avec leur valeur réelle. Les USA sont rentrés dans une vraie grande de crise économique, et ils ont perdu le plus important : la crédibilité.

                            A l’auteur :

                            Vous êtes ancien trader et maintenant MEMBRE ACTIF du forum de Davos ? On ne se refait pas ! smiley


                            • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 14 septembre 2008 02:49

                              Rorest Ent et Santi le même jour. Je ne vois rien a ajouter à ce que disent l’auteur et les commentateurs. Un dossier bien ficellé, bien mieux que tout ce qu’on peut trouver sur les médias traditionnels. Heureusement le pape est avec nous... smiley

                              Pierre JC Allard

                              http://nouvellesociete.org/H43.html

                              http://nouvellesociete.wordpress.com


                                • Jimd Jimd 15 septembre 2008 09:20

                                  Vous parlez de Freddie et Fannie et concluez par : << Nul ne souhaite la répétition de telles erreurs manifestes mais les ogres ont dû être maintenus en vie car les conséquences de leur disparition auraient potentiellement été encore plus désastreuses que leur maintien sous perfusion>>
                                  Il est a note que ces deux etablissements n’ont jamais garanti de credits subprimes... justement les subprimes etaient des credit aux garanties si mauvaises qu’elles echappaient a une garantie de ces deux etablissements.
                                  Ce sont donc des victimes dont les actifs ont ete deprecies par la baisse des prix immobiliers en general, leur ratio actif passif c’est donc ecroule.
                                  je ne pense donc pas que ce sont des ’ogres’ comme vous l’ecrivez.. d’ou la question de la necessite de l’intervention (et de la capacite a le faire) pour sauver ces victimes ’collaterales’ des exces sur le marche des prets immobiliers.

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