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L’Etat, Deus economicus ?

La crise économique a réhabilité l’importance de l’Etat dans l’économie, rôle assumé par Nicolas Sarkozy, aidé par le silence des libéraux. Or, cette nouvelle présence ouvre la Boîte de Pandore de l’intervention, dont les nouveaux contours n’ont pas été fixés, et posent la question du devenir de nos fleurons nationaux.

Volontairement réduite depuis trois décennies, l’importance du rôle de l’Etat dans l’économie est réapparue au grand jour avec la grave crise financière qui touche l’Europe. Il ne s’agit pas de l’Etat-entrepreneur, ni même l’Etat-capitaliste ou interventionniste, dont les modèles se sont affaiblis ou ont disparu avec la libéralisation des marchés, mais d’un Etat-pompier que l’on appelle à la rescousse. C’est ce caractère d’urgence et de dernier recours qui rend son action incontestable.

 

Hormis la volonté des dirigeants politiques de protéger les épargnants et le système financier, les prises de contrôle des banques par les gouvernements européens ont montré que, finalement, seul l’État incarne l’intérêt général plutôt que la somme d’intérêts particuliers. L’exemple du gouvernement des Pays-Bas est frappant : il a nationalisé les actifs bataves de la banque belgo-néerlandaise en faillite Fortis afin de conserver un acteur bancaire sous pavillon national. Et si la Belgique et le Luxembourg ont trouvé une solution de marché en vendant, sauf rebondissement, leurs actifs respectifs dans Fortis à BNP Paribas, ces deux Etats ont pris une participation minoritaire dans la banque française afin d’y garantir leurs intérêts nationaux.

Cette intervention circonstancielle crée un précédent pour d’autres activités. Surtout dans l’esprit, car les textes existent déjà, notamment l’aide unique autorisée par Bruxelles pour sauver une entreprise en échange d’une lourde restructuration. Au-delà des difficultés actuelles, l’étape suivante de la crise sera la recomposition de certains secteurs, dominés à l’avenir par un nombre restreint de sociétés. Le domaine de la banque est par définition spécifique, puisqu’il participe au financement de l’économie. Mais la défense des intérêts nationaux porte a fortiori sur une industrie fragilisée par la chute des cours de bourse et les restrictions au crédit. En effet, 28 valeurs composant le CAC 40 sont des établissements industriels, et 33 parmi l’indice européen Dow Jones Euro Stoxx 50. Le maintien de leur base industrielle, commerciale, et intellectuelle est un moteur pour notre pays, sans compter l’apport fiscal de ces entreprises. C’est ce qu’entendait en 2005 de façon pragmatique Dominique de Villepin, par patriotisme économique.

Politiquement, industriellement, et budgétairement, la prise de participation ne peut être qu’exceptionnelle. En revanche, la nomination de commissaires du gouvernement au sein des entreprises aidées est une meilleure garantie de l’application de plan de sauvetage, tout comme ils représentent déjà l’Etat dans les sociétés relevant de secteurs stratégiques. D’ailleurs, la menace de nationalisation des banques et la nomination d’une dite médiation du crédit n’ayant été que des épiphénomènes, il aurait été souhaitable que Nicolas Sarkozy affirme son volontarisme en recourant à ces commissaires pour contraindre les banques à respecter leurs engagements : renflouement des établissements en échange d’accords de prêt aux acteurs économiques.

La présente crise est propice à l’affirmation du patriotisme économique, en particulier lors d’opportunités futures (fusions, restructurations, faillites). Ce principe a également l’avantage d’être déclinable sur d’autres thèmes, en particulier celui de l’emploi, dont le marché s’est fortement dégradé dernièrement. Et permet, sans remettre en cause nos choix libéraux, de restaurer le rôle de la puissance publique dans un contexte où critiquer le « laisser-faire » et le capitalisme est devenu facile. D’autant plus que la famille libérale, actuellement silencieuse, est la seule qui puisse assumer cette apparente contradiction en vantant les bienfaits du marché tout en faisant preuve de la responsabilité politique et d’intérêt national.




par Julien Arnoult jeudi 15 janvier 2009 - 24 réactions
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