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Accueil du site > Actualités > Economie > L’euphorie des marchés émergents

L’euphorie des marchés émergents

Il y a encore de cela seulement six mois, investisseurs et spéculateurs devant l’éternel juraient que l’on ne les y reprendraient plus à miser sur les marchés émergents et des matières premières dont le cycle de hausse sur le long terme s’était selon eux inversé. Depuis, et dans une volte-face radicale typique des marchés financiers, les indices boursiers sont témoins d’une flambée en bonne et due, les nations émergentes disposant de réserves énergétiques et de matières premières se détachant très nettement dans le peloton de tête des grands gagnants qui drainent les liquidités du monde entier...

Ainsi, l’indice MSCI des marchés émergents s’est-il apprécié de plus de 50% depuis son niveau le plus bas enregistré le 27 Octobre dernier, l’indice Brésilien Bovespa ayant pour sa part flambé de 70% pendant que le RTS Russe doublait durant la même période ! Dans ces conditions, la comparaison s’impose avec le FTSE Britannique qui a pris quelque 10% depuis Octobre 2008 ou le S&P Américain qui est plus ou moins au même niveau qu’il y a six mois. Ce regain d’attraction, voire de gourmandise, pour les actifs à risques s’est bien-sûr accompagné d’une vague de levée d’argent frais de la part des fonds de placement dédiés à ces marchés qui auraient récolté plus de 5 milliards de dollars ces dernières semaines et 10 milliards depuis Novembre dernier.

Et voilà donc que la fameuse théorie du découplage des cycles économiques entre l’Asie et les marchés émergents d’une part et les pays dits développés d’autre part connaît un regain d’intérêt, théorie emmenée et confortée par le stimulus économique massif de l’ordre de 600 milliards de dollars décrété par la Chine à l’automne dernier. Les autres pays émergents étant supposés en récolter systématiquement les fruits et ce en dépit d’une conjoncture globale déprimée où les marchés domestiques de ces pays exportateurs pourraient partiellement compenser leurs ventes en chute libre vers un Occident assoiffé de liquidités...De fait, la moitié des exportations de ces pays émergents est aujourd’hui à destination d’autres pays émergents alors que ces nations vendaient à l’Occident deux tiers de leurs marchandises il y a vingt ans.

Les investisseurs et spéculateurs perçoivent donc - au moins intuitivement - les pays émergents, réputés grands thésaurisateurs et bénéficiant de comptes publics excédentaires, comme plus dignes de leurs placements par rapport à des nations Occidentales criblées de dettes et réduites à l’équation à haut risque des baisses de taux quantitatives. Ainsi, et dès lors que les esprits invisibles et efficients des marchés financiers se sont rendus compte que le gros de la crise était peut-être passé, marchés émergents et autres matières premières devinrent des placements de prédilection au détriment des Bons du Trésor de pays développés dont la valorisation avait été exagérément gonflée pendant le climax de la crise.

Baromètre par excellence de la croissance économique globale, les prix du cuivre ont ainsi pris 40% sur les trois premiers mois de 2009...Cette appréciation des marchés boursiers émergents, dont le coefficient de rentabilité est autour de 12 actuellement par rapport à 18 il y a une année et à 8 en Octobre 2008, est susceptible de se poursuivre mais gare à ne pas confondre et à mettre dans un même sac un pays comme la Chine et les Etats de la Baltique par exemple ! Au demeurant, une grande prudence est de mise même en Chine, le coefficient de rentabilité de la Bourse de Shanghai étant à 30 contre 10 il y a seulement six mois tandis que le Bovespa traite aujourd’hui à 19 dans un contexte où, étant à 7 il y six mois, la Banque Centrale du Brésil intervient fréquemment afin d’enrayer la chute du billet vert contre le Réal...

Avec une population ayant bénéficié du doublement de ses revenus entre 2002 et 2007, la croissance de certaines de ces nations émergentes, comme la Chine et l’Inde, devrait néanmoins poursuivre son rythme à deux chiffres en 2009 et 2010 et ce dans un environnement où celle de nos pays Occidentaux, occupés à résorber leurs déficits, devrait être - au mieux - anémique pendant cette même période. 
 

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13 réactions à cet article    


  • Kobayachi Kobayachi 2 juin 2009 19:30

    Les chiffres de la croissance de la Chine est déjà remise en cause comme en témoigne cette dépêche AFP :
    http://www.lavoixeco.com/actualite/Fil_Info/2009/06/01/article_vdn-1123419.shtml
    Eh oui, la chine apprend vite, il n’y a pas qu’en France et aux US que l’on sait manipuler les chiffres (On s’y prend peut être juste avec un peu plus de rigueur).

    Mon sentiment sur la question reste tout de même (comme décrit dans global trends 2025) que les US ont atteint un « tipping point » démographique et que le pouvoir économique va progressivement glisser plus vers l’est comme le laisse entrevoir l’auteur.
    Pour ce qui est des matières premières et le pétrole en particulier, nous sommes dans un long terme bull market sur les commodities. Il est donc très probable que les prix du baril reviennent très rapidement vers les 150$ voir même beaucoup plus (surement fin 2009, début 2010) avant de revenir vers des niveaux beaucoup plus raisonnables.
    Il serait imprudent de penser que cette crise soit terminée et qu’un nouvel ordre soit d’hors et déjà établi, nous avons résisté a la phase d’impacte (certains pays mieux que d’autres), mais les ondes de choc vont continuer a traversé le système pour des années à venir (les stimulis fiscaux ne prolongeant que la souffrance).

    Prennez garde a la prochaine vague !
    Sell in may, and go away !


    • Christoff_M Christoff_M 3 juin 2009 09:01

      c’est pourtant reparti sur la hausse du pétrole, ça faisait longtemps !! bien sur à l’entrée des vacances !!

      Vous pouvez mettre des règles et des balises, les boursicoteurs perturbateurs pullulent avec des chiffres qui échappent aux sociétés classiques grace à des joueurs de pokers modiaux sur la toile qui eux n’ont aucune règle, aucun principe, à part leur petit %, leur compte, peut importe ce qui se passe derrière !!

      le problème de la dernière décennie c’est que nous avons vu apparaitre des nouveaux riches avec des fortunes inversement proportionnel à leurs principes et leur niveau intellectuel !! tout dépend de la « famille » qui les entoure et de leurs conseillers !! vu les sommes et les aléas, les Minc, Messier et cie ne manquent pas.... nous sommes à l’ère des coachs, mais qui nous garantit la rigueur et l’intégrité d’un conseiller financier en ces périodes troubles.....


      • Forest Ent Forest Ent 3 juin 2009 10:45

        Il y a de la création monétaire massive un peu partout. Ca donne une fausse relance conjoncturelle. Les indices vont rester en hausse quelque temps. Je ne sais pas prévoir quand viendra la chute, cet été ou à la rentrée. En tout cas, l’année 2010 sera bien pire que 2009.


        • Michel Santi Michel Santi 3 juin 2009 10:50

          Je dois avouer m’être lourdement trompé sur ce très fort rebond boursier car j’attendais un plongeon supplémentaire !
          A présent, je ne partage plus votre pessimisme mais peut-être que je me laisse emporter/influencer par l’euphorie boursière ?


        • Forest Ent Forest Ent 3 juin 2009 11:08

          Oui, j’ai noté que, comme pour la plupart des gens dans le trade, la tonalité de vos articles avait changé, comme si les difficultés s’estompaient.

          Mais quel problème de fond a été résolu ?


        • Michel Santi Michel Santi 3 juin 2009 11:23

          Rien n’a été résolu et vous aurez également noté que je m’emploie à le mettre en relief.

          Sur le fonds, ce qui pourrait néanmoins faire pencher la balance et amorcer une lente reprise, c’est les mesures Keynésiennes...bref tout ce flot d’argent qui se déverse et qui pourrait sauver - encore une fois - la mise au système. 


        • Forest Ent Forest Ent 3 juin 2009 11:31

          C’est à dire qu’un endettement public excessif serait la solution à un endettement privé excessif ?

          Posons la question autrement. Quelle devrait être la sanction d’un endettement public excessif ?


        • Michel Santi Michel Santi 3 juin 2009 11:37

          de l’inflation voire de l’hyperinflation accompagnée de grands désordres monétaires et un déplacement du centre de gravité et du pouvoir vers les blocs régionaux « sains »...
          sauf si la reprise s’amorce et que le chômage se résorbe significativement de telle sorte que les pays déficitaires épongent progressivement leurs déficits. 


        • Forest Ent Forest Ent 3 juin 2009 15:47

          Donc les marchés d’argent, d’actions, obligations, de commodities, ..., ne sont que des suiveurs. Ce qui va être déterminant, c’est l’activité économique : consommation, emploi, investissement, ...

          Je ne sais pas pour vous, mais je trouve qu’en France ça s’annonce très mal pour la rentrée... Plusieurs secteurs importants en sont à -25% d’activité sur 6 mois.


        • Mycroft 11 juin 2009 15:00

          La conclusion logique d’un endettement massif des états, c’est tout simplement le rapport de force militaire entre l’occident et le reste du monde. L’occident, s’il reste unis (et les états sont ce qui a une chance de l’unir) est et sera la première puissance militaire mondiale, suffisamment puissant pour racketter les autres état par le biais d’une « dette » qui ne sera jamais remboursé.

          La faillite d’un état ne peut se produire que si les membres de ce même état s’en désolidarise ou si sa puissance militaire est insuffisante. Mais nous avons trop à perdre à abandonner l’état, pris chacun séparément, nous ne sommes rien.


        • Gandalf Tzecoatl 3 juin 2009 11:56

          Tout va pour le mieux sur les marchés boursiers, soit.

          Après la fin 2008 où tout était fait pour inquiéter le quidam, actuellement tout est fait pour le rassurer.

          Cela me fait penser aux rumeurs lancées sur les marchés pour faire de jolis coups, sauf qu’ici c’est à une échelle médiatique globale.

          Il n’empêche que le plus beau jouet de la mondialisation, la consommation américaine, seul apte à la vraie relance, est bel et bien brisé.

          @Forest Ent :
          « Il y a de la création monétaire massive un peu partout »
          Pas vraiment en zone euro, M3 ayant plutôt tendance à baisser.


          • Raphaël DIDIER Raphaël DIDIER 3 juin 2009 13:40

            Pour l’instant il est certain qu’aucun problème fondamental n’a été réglé. Bien au contraire, puisque le G20 d’un côté, et l’UE de l’autres, ne cessent de réécrire cette régulation tant attendue. Témoin l’enregistrement des hedges funds en Europe...

            Quant aux marchés émergents, la finance de marché est ainsi construite : à rentabilité élevée, risque élevé ! D’où le retour des investisseurs sur ces marchés.

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