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Accueil du site > Actualités > Economie > L’euro amplifie-t-il la crise ?

L’euro amplifie-t-il la crise ?

A lire absolument, une publication de recherche économique par Natixis, intitulée :

"Quel avenir pour les pays de la zone euro les plus pénalisés par la crise ?" (en date du 3 février 2009, et rédigée par l’économiste Patrick Artus).

Si l’auteur écarte l’hypothèse d’une sortie de l’euro, on notera l’argumentation idéologique, et uniquement idéologique, qui justifie ce choix (l’option d’une sortie de la zone euro est jugée "pas réaliste" (page 11), sans que l’auteur n’argumente autrement qu’en parlant de "coûts techniques" (lesquels ?) et de "très fortes hausses de taux d’intérêt" (peut-on le démontrer ?).

Les six lignes consacrées à cette explication page 7 sont très insuffisantes. Cette briéveté semble accréditer l’idée que l’auteur est mal à l’aise avec cette hypothèse, que son logiciel idéologique ne lui permet pas encore d’envisager.

Sur le fond, les conséquences d’une sortie de l’euro mériteraient tout un développement, dans lequel se sont lancés nombres d’économistes plus audacieux.

Mais ne peut-on pas imaginer que ce serait la zone euro elle-même qui pâtirait le plus du départ de l’un ou de plusieurs de ses membres ? Est-on vraiment certain que les marchés sanctionneraient forcément les pays qui s’en vont, et non l’euro qui aurait démontré sa non-viabilité ? Cette question est à méditer).

Cette prudence ne surprend pas de la part d’un économiste traditionnellement connu pour ses orientations très "classiques".

On peut cependant lui reconnaitre le mérite d’avoir honnêtement mis en évidence plusieurs faiblesses essentielles de la monnaie européenne.

Le papier est en effet très intéressant sur plusieurs aspects :

* Il admet la faille existentielle de l’euro, et explique que la crise économique et financière la révèle au grand jour : "On risque bien de voir apparaître la conséquence, annoncée depuis longtemps par les économistes, du fait que la zone euro n’a pas les caractéristiques d’une zone monétaire optimale : une situation permanente, et très dangereuse, de chômage très élevé dans les pays affectés par un choc défavorable" (page 1).

Pour les non-initiés, une "zone monétaire optimale" est une région qui peut se permettre d’avoir une seule monnaie et une seule politique monétaire du fait de sa très grande homogénéité économique. C’est ce que la zone euro précisément n’est pas.

Un "choc défavorable" est le résultat d’une crise qui n’affecte pas tous les pays membres d’une même zone de la même manière, avec la même intensité. Ainsi, au sein de la zone euro, certains pays sont plus touchés que d’autres en raison de leur position dans l’économie mondiale, leurs spécialisations, leurs caractéristiques propres comme leur démographie par exemple.

* L’auteur cite quatre pays parmi les plus pénalisés par la crise et les effets amplificateurs de l’euro : l’Espagne, l’Irlande, la Grèce et le Portugal.

* Il explique un autre défaut majeur de la monnaie unique : "la réaction de la politique monétaire de la zone euro risque d’être inefficace : parce qu’elle est déterminée par la situation moyenne de la zone euro" (page 4).

En d’autres termes, une même politique monétaire, une seule monnaie sur un territoire aussi grand et varié que la zone euro ne permet pas de mener une politique fine adaptée aux besoins de chacun des pays, mais juste une politique "moyenne".

L’image la plus parlante est sûrement celle d’un hôpital dans lequel tous les malades recevraient le même traitement, une sorte de traitement "moyen". On imagine aisément que certains d’entre eux n’y survivraient pas...

* Conséquence de cette situation, une explosion de la crise et du chômage dans les pays les plus touchés : "un choc asymétrique conduit à une hausse du chômage impossible à corriger dans les pays affectés par le choc" (page 12).

"Impossible à corriger", parce qu’en l’absence de monnaie nationale il n’est pas possible d’utiliser la marge de manoeuvre monétaire.

* L’euro arrive donc au bout de ses contradictions. Ce qui devait arriver est en train d’arriver, avec pour conséquence selon l’auteur "un chômage de plus en plus élevé, scénario très dangereux socialement et politiquement" (page 12).

Reste à faire sauter le verrou idéologique, qui interdit aux "élites" d’envisager la sortie de l’euro, pour sortir de cette impasse.

Aujourd’hui quatre pays européens, dont l’Espagne et ses 40 millions d’habitants, souffrent tout particulièrement de l’euro.

On aurait pu y ajouter l’Italie, qui s’interroge de plus en plus ouvertement sur une réintroduction de la lire. Demain, quand ces pays seront noyés (le FMI prévoit au moins 3 années consécutives de forte récession en Italie) et que nous serons nous-mêmes très affaiblis par la crise, nous paierons tous dramatiquement les conséquences de la monnaie unique.

Il est donc temps de réagir.

Sur Le Vrai Débat, nous avions écrit qu’il fallait anticiper une sortie de l’euro pour éviter qu’une crise ne nous dicte cette solution, en en payant le prix fort.
Faute d’anticipation, nous y sommes.
Réagissons au moins le plus vite possible dans la crise, pour que ce prix ne soit pas trop élevé.

http://www.levraidebat.com


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14 réactions à cet article    


  • dezanneau 9 février 2009 14:32

    25% du PIB est lié aux échanges franco-européens : il aurait fallu un double système monétaire européen par sécurité ! A noter qu’en matière monétaire et sur nombre de textes de lois, c’est l’Allemagne qui donne le La !
    On a en fait déssaisi les Etats de leurs instruments de souveraineté, pour servir les intérêts d’une poignée d’acteurs de la Finance, multinationales ou banques, révélés au grand jour, les responsables politiques baignant dans un sytème de collusion d’intérêts...
    Où l’on découvre ensuite que l’Otan est le bras armé de la construction européenne ; n’oublions pas que le Patriot Act existe encore aux Etats-Unis, que les lois de l’Otan s’imposent aux citoyens en cas de crise grave...Tout ceci sent très mauvais !
     Je présente à cette adresse http://www.la-france-contre-la-crise.over-blog.com/ ma contribution sur la question centrale de la dette dans nos économies, l’impôt sur le revenu partant dans la poche des créanciers de la République, ainsi qu’ une solution portant sur plus de 1200Md d’euros dans le cadre de la Francophonie pour une sortie de crise et l’émergence de fait d’un monde multipolaire...

    Cordialement


    • LE CHAT LE CHAT 9 février 2009 14:42

      le motif choisi pour commémorer les dix ans de l’euro sur les 2 euros 2009 prouve à lui tout seul qu’on nous prend pour des gamins ! http://www.euronotes.be/images/comm2009eu.jpg


      • Jimd Jimd 9 février 2009 14:44

        oui la monnaie unique est imparfaite de part l’heterogeneite de la zone (differents deficits, differentes politiques fiscales, faible mobilite des travailleurs...)
        mais que serait notre situation si nous etions reste au franc ? merci de developer.

        pour vous paraphraser :
        l’auteur fustige l’euro mais n’aborde vraiment pas les raisons pour lesquelles un retour au franc rendrait notere situation meilleurr. Cette briéveté semble accréditer l’idée que l’auteur est mal à l’aise avec cette hypothèse qui semble plus ideologique et semble ne reposer sur rien de concret.


        • Piotrek Piotrek 9 février 2009 14:54

          "sans que l’auteur n’argumente autrement qu’en parlant de "coûts techniques" (lesquels ?)"

          - Quelques exemples : imprimer des nouveaux billet, frapper la nouvelle monnaie, l’adaptation des logiciels, l’impression des catalogues...

          "et de "très fortes hausses de taux d’intérêt" (peut-on le démontrer ?)."

          - Si un pays se detache de l’Euro, il devra fixer une valeur a sa nouvelle monnaie. Mais comme la raison de son depart sera plus un aveux de faiblesse par rapport aux autres, la nouvelle monnaie risque d’etre douteuse et de perdre rapidement sa valeur. Donc profitant de sa nouvelle liberte (celle que apparement vous souhaitez) le gouvernement devra accroitre ses taux d’interet pour enrayer la perte de confiance dans la nouvelle monnaie. Voila ma supposition, elle n’est pas demontrable mais semble plausible

          "Pour les non-initiés, une "zone monétaire optimale" est une région qui peut se permettre d’avoir une seule monnaie et une seule politique monétaire du fait de sa très grande homogénéité économique"

          - Ma ville et le village d’a cote ne sont pas tres homogenes, le Poitou-Charentes et PACA non plus, le Texas et la Californie non plus.. Votre "zone monétaire optimale" c’est de la pure theorie sur laquelle on peut speculer autant qu’on veut.

          L’Euro c’etait un choix, et on savait que l’on perdait une partie (sinon la totalite) du pouvoir de sa politique monetaire. Cependant le but de la politique monetaire c’est la stabilité or j’ai l’impression que l’union de l’Euro nous rend moins sensible face a la chaleur des presses a Dollars.


          • martin martin 9 février 2009 19:01

            Natixis ?

            cette banque d’investissements s’étant particulièrement distinguée dans le choix de ses placements devrait revoir ses fondamentaux avant de de se lancer dans des études économiques. 95% de dépréciation des titres Natixis en une année : faut le faire ; alors un peu de décence que diable


            • L'enfoiré L’enfoiré 9 février 2009 22:52

              @L’auteur,

               Pas de souvenir du serpent monétaire ? Après il y a eu l’Ecu. L’euro existait avant le nom. La dévaluation n’est plus aujourd’hui une affaire entre monnaies, mais entre elles et la valeur des biens qu’on peut acheter avec la monnaie. Toutes les monnaies ont perdus en valeur. La perte du Pouvoir d’Achat c’est un peu cela. Mais la crise monétaire va faire baisser les prix et tout devrait revenir à la case départ. Patience. Quand il ’y a moins d’acheteurs, il y a d’office moins de vendeurs. Les soldes approchent.


              • finael finael 10 février 2009 01:01

                 Moins d’acheteurs, moins de vendeurs, plus de chômeurs et de personnes à la rue, perte de confiance dans les politiques, les médias ... en général ça se termine mal !

                 Je sais bien que l’Histoire ne se répète pas, mais elle balbutie, donc, à mon avis, ce que nos parents (ou grand-parents pour les plus jeunes) ont connu, n’était qu’un balbutiement


              • Sébastien Ticavet 9 février 2009 23:16

                Pour prolonger le débat,

                http://franceculture-blogs.com/europe/2009/02/01/pas-de-risque-declatement-de-leuro/

                L’euro passera-t-il l’année ? Apparemment, c’est de moins en moins sûr.


                • finael finael 10 février 2009 00:54

                   A mon avis ce n’est pas l’Euro en lui-même qui pose problème : habitant à proximité de l’Espagne, je trouve que le fait de ne pas avoir à changer de monnaie ou à calculer le prix en francs d’une étiquette en pesetas est fort pratique. Et puis on voit tout de suite pourquoi les frontaliers vont s’approvisionner en Espagne smiley

                   Le vrai problème, à mon idée, vient du statut de la B.C.E et de l’abandon du pouvoir de la politique monétaire des états à un petit groupe privé, n’ayant de comptes à rendre à personne, et dictant aux états leur pollitique économique qui, forcément, ne peut être la même en Grèce qu’en Allemagne.

                   Mais je ne partage pas votre vision de l’avenir de l’Euro : l’Angleterre, qui a gardé sa Livre Sterling, envisage bel et bien de l’abandonner pour l’Euro car elle est plongée dans ce qui est peut-être une des pires crises financières de son histoire, comme d’ailleurs bien d’autres pays hors zône Euro (ou alors si le Japon a l’Euro comme monnaie, il faudrait qu’on m’explique ce qu’est un Yen)


                  • pseudo 10 février 2009 09:11

                    Les économistes et politiques nous avait juré avec l’euro la vie serait moins chère grâce à la suppression des frais de douane ! Avec l’euro le chômage diminuerait...etc. Bref l’euro a été la plus vaste escroquerie de tous les temps. Nous avons donné la création monnétaire aux banques et nous en payons les conséquences aujourd’hui. Ceux qui nous disent que sortir de l’euro est impossible et risqué, ce sont les mêmes qui nous ont vendu l’euro et la dictature des financiers. La nationalisation des banques, retrouver notre monnaie, un monopole d’état des créations de prêt sont les réponses à la crise provoqué par les banquiers.


                    • K K 10 février 2009 11:43

                      L’euro a ete et est toujours pour ceux qui travaillent sur l’Europe un reel plus. Financierement, j’y ai gagne en n’ayant plus de frais de change (sans compter le temps perdu dans les bureaux de change).
                      Il est aussi plus facile de comparer les prix. C’est un reel confort et cela simplifie beaucoup la vie. Il n’est pas certain du tout que l’augmentation de certains produits soit liee a l’Euro, sinon pourquoi ont ils aussi augmente en Angleterre et en Suede ?


                    • plancherDesVaches 10 février 2009 12:47

                      Je remets le lien vers cet article d’un journal financier.. (remets, car mon commentaire s’est fait la malle, apparemment) :
                      http://www.lesechos.fr/info/inter/4827951-l-etrange-debat-sur-l-eclatement-de-la-zone-euro.htm

                      C’est une autre vue que de juger que l’Euro pénalise.
                      Chose intéressante, il est facile de constater que sortir de l’Euro donne immédiatement un avantage (court terme), puis le couperet tombe (comme en Islande)
                      En fait, cette vision de court terme est une caractéristique saillante et principale du libéralisme...

                      Alors que la solidarité et, par exemple, assurer à la planète et à l’humanité un avenir à peu prés serein est forcément regarder à long terme.


                      • plancherDesVaches 10 février 2009 13:01

                        Houlàààà... je n’étais pas allé voir sur votre blog....

                        Faites attention, vous avez commis une erreur grave : ce n’est aucunement l’Europe qui veut supprimer le secteur public en France.
                        Cet engagement de ne conserver sous le contrôle de l’état : l’armée, la Justice et les services d’Impôts à été signé par Giscard d’Estaing au temps où il était premier ministre.
                        Ceci sous pression américaine et pour "respecter" les accords de l’OMC.

                        Renseignez-vous avant d’affirmer des énormités pareilles. Etre contre l’Europe n’empêche pas d’être objectif, par ailleurs.


                        • FYI FYI 20 février 2009 17:35

                          Dans une interview au quotidien Frankfurter Rundschau, l’économiste allemand Wilhelm Hankel [*] a appelé à un « abandon ordonné » de l’Euro et à la réintroduction des monnaies nationales. Longtemps marginalisé pour avoir annoncé que l’Union monétaire européenne était une utopie qui finirait par s’autodétruire, la tournure soudaine des évènements semble lui donner raison.

                          Le Professeur Hankel a mis en garde contre une fuite en avant vers un gouvernement économique de la zone euro : « Politiquement, ce serait la fin de la démocratie dans les Etats européens : En lieu et place des constitutions et des parlements, nous serions dirigés depuis Bruxelles par un gouvernement économique ayant un pouvoir absolu et dictatorial. Un cauchemar ! ».

                          « L’eurozone menace de se désintégrer. On le voit avec l’écart grandissant entre les taux [des bons émis par les différents Etats membres]. Le financement des Etats proches de la faillite va être de plus en plus coûteux. Sont concernés : l’Irlande, la Grèce, l’Espagne, le Portugal et même l’Italie. Intérieurement, ces pays sont soumis à une très forte pression politique : pensez aux évènements en Grèce. Le chômage croissant met en danger la légitimité démocratique des gouvernements nationaux. Ils doivent faire quelque chose et ils n’ont que deux possibilités : soit les pays encore stable les aident en remédiant à leur pénurie d’argent par des garanties bancaires qui leur permettraient d’éviter la faillite, ce qui marche tant qu’il y a des pays ayant encore de l’argent ; soit les pays en difficulté doivent s’aider eux-mêmes en promouvant des programmes conjoncturels de création d’emplois, ce qui les obligerait à quitter l’euro tôt ou tard. »

                          L’Euro empêche toute solution aux déséquilibres nationaux, a-t-il dit. « Une politique anti-crise doit tenir sur deux piliers : la politique monétaire et la politique financière. La Banque centrale européenne (BCE) centralise la politique monétaire et ne peut faire qu’une politique pour l’ensemble de la zone euro : les intérêts spécifiques des nations en sont exclus. D’autre part, la politique fiscale est bloquée par le Pacte de stabilité, qui réduit considérablement la marge de manœuvre des politiques budgétaires nationales. »

                          Ces pays les plus durement frappés par la crise, explique Hankel, devraient déprécier leur monnaie, ce qui est impossible avec l’Euro. Et les taux de leurs bons ne cessent d’augmenter malgré la baisse des taux d’intérêts de la BCE.

                          « On ne peut séparer Etat et monnaie. Les pays disposant de leur propre monnaie seront mieux équipés contre la crise que les membres de la zone euro. Comparez avec les Etats-Unis, le Japon ou la Suisse. » La BCE ne peut même pas imiter la Réserve fédérale, a-t-il expliqué, qui achète des bons du Trésor américain car le dollar reste une monnaie de réserve crédible alors qu’à sa place, l’euro s’effondrerait totalement. « L’euro ne peut être une monnaie de réserve internationale, car il n’y a pas de bons émis par un Etat européen. Il n’y a pas d’Etat européen. »

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