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Accueil du site > Actualités > Economie > L’Europe : mythe ou mensonge ?

L’Europe : mythe ou mensonge ?

Si l’implication du F.M.I. dans le sauvetage de la Grèce peut être considérée sous des angles positifs du fait de son expérience déterminante dans ce domaine ou de sa capacité à refuser certaines faveurs aux pays qu’il assiste (ce que pourrait difficilement faire l’Union Européenne vis-à-vis de la Grèce sans lourdes conséquences politiques), l’entrée en lice de cette institution éveille tout de même des suspicions. Il semblerait en effet qu’une des intentions Européennes - et grecque - ait été de profiter de conditions de financement assurées par le F.M.I. plus compétitives que celles de l’Union elle-même vis-à-vis de ses propres membres !

En fait, les autorités centrales Européennes appliqueraient sciemment des subsides selon des termes moins intéressants afin d’éviter que le sauvetage de la Grèce à des tarifs avantageux ne soit immédiatement suivi d’appels au secours de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande puis de la Slovaquie ou de la Slovénie... Jean-Claude Trichet n’avait-il pas déclaré - un peu rapidement en début de semaine dernière avant d’être contredit par les faits - que toute aide à la Grèce se devait d’être procurée sans conditions de faveur ni "concessions" ? L’intervention aujourd’hui acquise et institutionnalisée du F.M.I. au sein même de l’Union Européenne laisse ainsi un goût amer car ce n’est à l’évidence pas ses ressources techniques ni son expertise indiscutable qui sont sollicitées tout comme ce n’est pas des prêts à hauteur de 25 milliards d’Euros (selon les chiffres annoncés par l’Union) qu’il sera nécessaire d’injecter dans ce pays afin de ramener ses déficits sous la barre de 3% de son P.I.B. mais plutôt de 75 milliards (selon des calculs effectués par l’Economist magazine) !

Emblématique des problématiques aigües de l’endettement souverain des grandes nations, l’épisode grec marque un tournant majeur dans la courte histoire de l’Union monétaire Européenne : Il est en effet impropre de parler aujourd’hui d’une crise grecque car les ennuis de ce petit pays ont achevé de révéler la profonde crise structurelle Européenne. Fins observateurs, les Chinois ont ainsi pointé du doigt le "sommet de l’iceberg" par la voix du vice gouverneur de leur banque centrale, Zhu Min, qui a mis en garde l’Europe contre son étroite dépendance au « setiment des marchés » dans le financement de sa dette.

En réalité, les déficits et l’indiscipline fiscale grecque (ou espagnole ou portugaise) ne sont qu’un symptôme d’un mal bien plus profond et qui ne sera solutionné qu’à la faveur du retour d’une croissance saine dans des nations où les coûts de productivité ont grimpé en flèche ces dernières années. Les soucis de cette Europe périphérique étant essentiellement corrélés à son manque de compétitivité - qui se traduit immanquablement en immenses déficits - et de son incapacité à opérer des relances par l’exportation (du fait du niveau trop élevé de l’Euro), l’intervention du F.M.I. n’agira qu’à la manière d’un anesthésiant car il ne sert à rien de résorber temporairement des déficits qui seront condamnés à s’aggraver à nouveau du fait de ces failles structurelles dans la cuirasse de ces pays...

Après tout, il est bien possible que l’Union Européenne soit condamnée ces prochaines années à ne plus être qu’une "union de transfert", selon l’expression du chef économiste de la Commerzbank à Francfort, où les pays compétitifs en seront réduits à secourir les maillons faibles ? Dans cette hypothèse de plus en plus crédible, pourquoi la Grèce (et d’autres pays assistés après elle) ne se rebellerait-elle pas à un moment donné contre les conditions draconiennes imposées par ses généreux donateurs ... et qui empêcherait l’Allemagne de quitter l’Union sous la pression d’une population excédée à juste titre de jouer les pompiers de l’Europe ?

On le constate, la naguère sacro saint "convergence Européenne" n’est plus qu’un fantasme et les garanties prodiguées vendredi dernier par Herman Van Rompuy selon lesquelles le Portugal ne serait pas le prochain pays à demander l’assistance du F.M.I. laissent songeurs. Car si ce n’est pas le Portugal, ce sera fatalement un autre pays Européen...
 

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14 réactions à cet article    


  • JL JL 29 mars 2010 10:51

    Il me paraît clair que le néolibéralisme mène ses thuriféraires de Charybde en Scylla, et pour éviter les murs des impasses dans lesquellles ce système nous mène, de bricolages rafistolages, on finira par construire un système encore plus liberticide que le communisme.

    Quelle est la tare fondamentale de ce système ? Vous écrivez : « Fins observateurs, les Chinois ont ainsi pointé du doigt le »sommet de l’iceberg« par la voix du vice gouverneur de leur banque centrale, Zhu Min, qui a mis en garde l’Europe contre son étroite dépendance au « sentiment des marchés » dans le financement de sa dette ».

    Voilà qui est dit : "dépendance de l’UE au « sentiment des marchés ».

    De fait, en dépossédant les Etats de leur pouvoir de créer la monnaie, on a libéré le pouvoir économique de tout contre pouvoir, puisque l’UE n’est guère plus légitime du point de vue de la démocratie, que les marchés : il n’y a pas de démocratie sans peuple.

    Au regard de la démocratie, peuple et nation sont synonymes : il n’existe pas de peuple européen. Les dirigeants européens ont trahis les peuples au profit de la finance qui est, par nature, apatride.


    • Bélial Bélial 29 mars 2010 13:06

      La situation est parfaitement sous contrôle, comme l’a dit kissinger (entre autres, citation de kissinger au début de « the obama deception » d’Alex Jones) cette crise est une opportunité, centraliser le pouvoir, nouvel ordre mondial, tout le bordel, et le sécuritaire qui monte....
      La majorité comprendra trop tard que ceux qu’ils appellent conspirationnistes malgré leurs excès avaient raison à 75%.


    • gimo 29 mars 2010 23:21

      belial

      plus+ bien !!


    • Daniel Roux Daniel Roux 29 mars 2010 11:08

      S’il ne s’agissait que d’une crise, les pays de l’union auraient intérêts à prêter à un pays défaillant quitte à le mettre sous tutelle.

      Mais il ne s’agit pas d’une crise, il s’agit d’un changement de paradigme fondé sur la dés-industrialisation massive de l’Europe. Dés-industrialisation forcée par le libre-échange, dogme défendu bec et ongle par la Commission Européenne, elle-même émanation des pouvoirs politiques, collaborateurs et complices des multinationales.

      Les délocalisations massives vers les pays à bas coûts sociaux, écologiques et fiscaux, sont à l’origine du chômage massif, de l’appauvrissement continu des peuples européens et de l’enrichissement des riches actionnaires des multinationales.

      Tout le reste est bidon, poudre aux yeux et jeux de marionnettes politiques.

      Personne ne prêtera à la Grèce sauf le FMI parce que tous les pays sont endettés à l’excès. Prêter voudrait dire emprunter pour prêter et aucun pays ne peut ce le permettre.

      La Grèce n’est qu’un petit pays qui représente moins de 3% du PIB de l’union européenne, mais nous devons prendre conscience que la Grande-Bretagne, l’Espagne, le Portugal, la France et d’autres, sont exactement dans la même situation.

      Ce n’est pas une consolation, mais les USA sont dans une situation bien pire que l’Europe, dans la mesure où leur monnaie ne vaut pas plus que le papier sur lequel elle est imprimée et que leurs aventures guerrières, leur coûtent des milliards.

      La seule solution qui s’offre à nous est un sévère protectionnisme européen mais malheureusement, nos dirigeants sont bien trop corrompus par le système existant pour le remettre en question.

      L’avenir est sombre pour les Français notamment, l’Allemagne ne devrait pas tarder à prendre le large avec les bijoux de famille (la Pologne et les pays scandinaves), des marchés de niches patiemment construits et la seule industrie encore en état de marche. La différence s’est faite ces 20 dernières années par la qualité des dirigeants que se sont choisis les Allemands. Merkel n’est pas Sarkozy, ni Chirac.


      • Martin D 29 mars 2010 11:45

        bien d’accord avec vous...mais je suis certain que le dollar sera sauvé in-extremis par toutes les nations qui peuplent cette petite planette....

        mais je suis aussi certain qu’un jour viendra ou la crise mondiale majeure (alimentaire, economique, financière, ressources premières, etc...) arrivera et celle-ci conduira à une famine mondiale et un retour au guerres avec flèches, épées, lances et boucliers !


      • JL JL 29 mars 2010 18:48

        Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! lundi 29 mars 2010, par Frédéric Lordon

        Extrait : « Que la psyché collective allemande ait été marquée au fer rouge par l’épisode de l’hyperinflation, que sa pensée de politique économique en conserve la trace sous l’espèce de l’idée fixe anti-inflationniste, la chose est en soi parfaitement compréhensible. Toute la question est de savoir si les autres membres de l’Union sont décidés à vivre sous les obsessions d’un seul. Telle est bien pourtant la situation présente de l’Union qui vit selon les manies de l’Allemagne au motif que c’était là la seule façon de l’y faire entrer. La question subsidiaire demande alors jusqu’à quel point les partenaires de l’Allemagne devront souffrir les conséquences des normes qu’elle est parvenue à imposer à tous d’après ses seules inclinations normalisatrices. Or l’état de crise a pour propriété de rendre ces conséquences plus visibles et plus pénibles que jamais – et de rapprocher de ce point. Il suffit pour en juger de considérer l’extrême mauvaise volonté allemande à d’abord simplement envisager l’idée d’une aide collective à la Grèce, puis, s’y rendant du plus mauvais gré possible, son obstination à la soumettre aux pires conditions – intervention en cas seulement de fermeture de l’accès de l’État grec aux marchés, c’est-à-dire à un point de dégradation qui rendra tout solution beaucoup plus coûteuse, refus absolu de toute bonification de taux au nom des saines douleurs de la rédemption et de l’exemplarité –, enfin son insistance jusqu’au dernier moment à impliquer le FMI sans considération pour l’image d’impotence de l’Union renvoyée à la face du monde. »


      • Voltaire52 Voltaire52 29 mars 2010 11:37

        La fin de l europe non ??? elle tombera par ou elle a pêché , tout miser sur la finance , le sacro-saint marché , et son anti-democratisme .... je prepare le champagne


        • aigle80 aigle80 29 mars 2010 12:17

          L’Europe des marchés, de la finance est là ! et depuis longtemps ,celle de l’egalité des citoyens est à construire en admettant que ce soit la volonté des politiques et là j’avoue ne plus y croire du tout , ce fût une belle utopie !! et un beau gachis ! est ce récupérable ? voila la question.


          • Bélial Bélial 29 mars 2010 12:59

            « En fait, les autorités centrales Européennes appliqueraient sciemment des subsides selon des termes moins intéressants afin d’éviter que le sauvetage de la Grèce à des tarifs avantageux ne soit immédiatement suivi d’appels au secours de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande puis de la Slovaquie ou de la Slovénie... Jean-Claude Trichet n’avait-il pas déclaré - un peu rapidement en début de semaine dernière avant d’être contredit par les faits - que toute aide à la Grèce se devait d’être procurée sans conditions de faveur ni »concessions«  ? »

            ---> C’est presque drôle, c’est pas comme si on avait sauvé les banques, c’est pas comme si elles avaient une autorisation de déconner illimitée, c’est pas comme si la BCE pouvait prêter à la Grèce à 0%, c’est pas comme si les banques avaient confisqué la création monétaire pour tout contrôler et ramasser les intérêts, c’est pas comme si les 3 petits cochons libéraient le loup pris à son propre piège et en plus lui tendaient leur gorge, c’est pas comme si les pays étaient pas too big to fail, c’est pas comme si le monde était gouverné par des rapaces...

            P.S. : van rompuy a été adoubé par le bilderberg en réunion exceptionnelle, la réunion annuelle est en juin, dans 2 mois.


            • saint_sebastien saint_sebastien 29 mars 2010 13:44

               à son manque de compétitivité


              expliquez moi comment être compétitif face à la chine. Même les états unis , pays du libéralisme roi , ne sont pas compétitifs face à la chine...
              Il faut donc payer nos salariés avec des salaires chinois ?
              Non il faut rétablir des droits de douane élevés aux frontières, car le protectionnisme , c’est protéger son pays.

              • paul 29 mars 2010 14:41

                L’article indique « un manque de compétitivité de l’ Europe ,son incapacité à relancer les exportations , des coûts de productivité qui ont grimpé en flèche...ect  ».

                Comment en est on arrivé là ? faignants les européens ? et ces français avec leur 35 h et leur
                modèle social , croyaient ils que ça pouvait durer ?                                      « Une croissance saine » nécessite t - elle la remise en cause de nos progrès sociaux ou plutôt
                celle du capitalisme : part décroissante des salaires dans le PIB , dictature de l’actionnariat ,
                système bancaire et boursier déconnecté de l’économie réelle (ce n’est pas la Bourse qui finance les entreprises , mais l’inverse ) .
                Dans ce contexte , l’Europe avec le marché transatlantique qui vient d’être mis en place , fort
                discrètement d’ailleurs , ne peut que se mettre sous l’aile protectrice du FMI .Évident  !


                • Jashugally 29 mars 2010 16:43

                  Comme a son habitude Mr Santi ne parle toujours pas des problématiques de création monétaires... Seriez-vous sourd aux commentaires que l’on vous laisse ?
                  Que vous ne soyez pas d’accord avec un certain nombre de personne expliquant que le problème centrale reste le monopole de la création monétaire par les institutions privées est une chose mais nous attendons toujours votre analyse (éclairé ???) sur le sujet...
                  Au lieu de cela un énième article pointant du doigt les méchant grec qui dépensent à tout va...
                  Merci de changer de disque.
                  Cordialement


                  • rastapopulo rastapopulo 29 mars 2010 19:06

                    Pourquoi accepter des emprunts publiques à intérêts qui ne distingue pas les dépenses d’investissements (à encourager) et celles pour couvrir des frais de fonctionnements (à décourager) ?

                    Les dépenses d’investissements publiques ne doivent jamais donner lieu à un intérêt, c’est une hérésie, comme si c’était du vrai or qui était quémandé à un acteur privé !

                    Transformer un état protectionniste entrepreneur en mendiant du libre-échange, jolie programme.


                  • BA 29 mars 2010 22:27

                    L’Europe est un mythe, mais l’Europe est surtout un gigantesque mensonge. Tous les grands médias nous répètent que l’accord européen du 25 mars vient de sauver la Grèce : tous les Etats membres de la zone euro voleront au secours de la Grèce pour lui éviter d’être en défaut de paiement. Foutaises. Pipeau. Mensonge.

                    Le jeudi 25 mars 2010, le journal The Economist a fait ses propres calculs à propos de la Grèce.

                    Le PIB de la Grèce va chuter de 5 % entre 2009 et 2014.

                    En 2014, la dette publique de la Grèce sera de 344,2 milliards d’euros : la Grèce va donc devoir emprunter 75 milliards d’euros entre 2009 et 2014.

                    En 2014, la dette publique de la Grèce sera de 152,5 % du PIB.

                    En 2014, rien que le paiement des intérêts de la dette publique sera de 8,4 % du PIB.

                    http://www.economist.com/business-finance/displaystory.cfm?story_id=15772801&utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+creditwritedownsnews+%28Credit+Writedowns%27+News+Feed%29

                    Je maintiens mon pronostic :

                    - la Grèce va se déclarer en défaut de paiement ;

                    - les autres Etats européens ne POURRONT pas lui prêter les sommes suffisantes pour la sauver (et même plusieurs Etats européens ne VOUDRONT pas lui prêter un seul euro) ;

                    - les autres Etats européens ne POURRONT pas lui prêter les sommes suffisantes car ils sont eux-mêmes surendettés ;

                    En 2014, la dette publique de l’Allemagne sera de 91,4 % du PIB. La dette publique de la France sera de 95,5 % du PIB. La dette publique du Royaume-Uni sera de 99,7 % du PIB. La dette publique de la Belgique sera de 111,1 % du PIB. La dette publique de l’Italie sera de 132,2 % du PIB. La dette publique de la Grèce sera de 133,7 % du PIB (calculs du FMI).

                    http://www.imf.org/external/pubs/ft/spn/2009/spn0921.pdf

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