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L’humiliation de Wall Street

"L’objectif de ces mesures n’est pas de s’emparer du marché libre, mais au contraire de le préserver" : c’est en ces termes que s’est exprimé le président George Bush la semaine dernière en annonçant la prise de participations immédiate dans neuf des plus importantes banques de son pays par le gouvernement fédéral, mainmise qui s’étendra du reste à des milliers d’autres banques à travers le pays dans un avenir proche. En injectant 250 milliards de dollars dans son système financier, l’Etat américain devient ainsi le plus important actionnaire de ses banques nationales. Nationalisations en masse dans le pays symbole par excellence du capitalisme, ce climax de la crise du crédit est un de ces moments rares - à l’instar du 11-Septembre - où l’on se rend compte que le monde que nous connaissions bascule et que plus rien ne sera comme avant !

La Maison-Blanche, qui s’était pourtant farouchement opposée pendant quelques semaines à cette nationalisation de facto, a fini par céder au vu de l’affolement de la bourse. De surcroît, la caution consentie par l’Union européenne, sous l’impulsion de Gordon Brown, à son propre système bancaire annonçait des mouvements de capitaux conséquents - et potentiellement dévastateurs pour Wall Street - depuis les banques américaines en direction d’établissements européens disposant à présent de la garantie de l’Etat ! 

Présentée - avec raison - comme étape essentielle dans la réanimation d’un environnement bancaire tétanisé par la frousse de prêter, cette mise sous tutelle fera bénéficier les banques de liquidités à bas prix qui les motiveront à engager de nouveaux crédits en faveur des intervenants de l’économie réelle, à savoir les PME, les propriétaires de maisons ainsi que les consommateurs... Cette mesure n’était pas la bonne mesure, c’était la seule mesure à prendre susceptible de relancer un crédit absolument vital pour éviter de sombrer dans la dépression.

Ce qui avait ainsi commencé par une correction des marchés avant d’être qualifié de cycle de baisse se transforme donc à présent en krach. Impossible de conserver ne serait-ce qu’un semblant d’optimisme pour l’économie dite réelle alors que la dégringolade quotidienne des marchés boursiers anticipe une récession généralisée, récession annoncée également du reste par la liquéfaction des marchés du crédit, de l’immobilier et des matières premières...

Après avoir laissé - du fait de leur négligence ou de leur idéologie - la crise bancaire se dégrader nettement au-delà du seuil de tolérance, les autorités politiques et monétaires semblent à présent en bonne voie de maîtriser crise même s’il faudra vraisemblablement encore puiser dans les réserves du contribuable. Bienvenue à présent dans l’autre urgence, celle de l’économie réelle.

La récession étant indéniable, un espoir est néanmoins permis : éviter une dépression similaire aux années 30 et une déflation à la japonaise comme dans les années 90. Effectivement, en dépit d’un pouvoir d’achat qui évolue de façon inversement proportionnelle au chômage, la situation en Europe et aux Etats-Unis n’est pas encore désespérée et nos gouvernants - qui sont attendus au tournant - devront donc relever un défi majeur, celui de ne pas faire sombrer nos économies dans le marasme. 

La réduction généralisée - largement anticipée - des taux d’intérêts n’y fera rien : qui serait tenté en effet de s’endetter aujourd’hui - même à taux zéro ! - pour investir et dépenser s’il prévoit des prix plus bas demain ? L’assouplissement de la politique monétaire n’est donc pas un remède contre la spirale déflationniste ! De surcroît, notre contexte actuel ne se caractérise pas tant par le coût du crédit que par sa raréfaction ! Enfin, les décisions de politique monétaire déroulent leurs effets sur une période d’une année voire plus lorsque ce sont les marchés qui déterminent le niveau réel des taux d’intérêts comme c’est le cas aujourd’hui et le fait est que nous ne pouvons plus nous payer le luxe d’attendre...

Comment les mécanismes des pertes enregistrées sur les marchés financiers se transmettent-ils sur l’économie réelle ? Selon des schémas basiques, voire primaires car un spéculateur boursier malheureux, un investisseur sinistré par la faillite de Lehman, un dirigeant de PME paralysée par la raréfaction du crédit ou un citoyen lambda choqué par la dévalorisation brutale de son contrat d’assurance-vie ou de son fonds de pension est un consommateur qui dépense moins et qui se rassure en tentant d’épargner plus. Conjuguées à du crédit au compte-goutte, une baisse de la consommation et une augmentation de l’épargne se traduiront fatalement par une accélération du chômage qui, à son tour, influencera négativement la consommation induisant ainsi un processus très difficile à endiguer...

En dépit de leurs déficits budgétaires, nos gouvernements devront donc ressortir la panoplie keynésienne et les bonnes vieilles stratégies inflationnistes de leurs placards si leur souci est d’éviter la catastrophe économique. Les pouvoirs publics devront investir dans les divers secteurs de l’économie, du bâtiment à l’industrie et aux travaux publics tout en mettant en place une politique de réduction d’impôts généralisée... On se préoccupera plus tard des coûts de ces relances keynésiennes car le prix de l’inaction - ou d’une mauvaise stratégie - en seraient à coup sûr autrement plus graves. Notre monde est sens dessus-dessous : l’action passe avant la réflexion.


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12 réactions à cet article    


  • Yannick Harrel Yannick Harrel 20 octobre 2008 11:22

    Bonjour,

    Finalement banquier est un métier magique : même perdant, on regagne encore de l’argent !

    J’ai tout de même du mal à voir où se situe la responsabilisation des établissements de crédit si ces derniers sont certains de voir l’Etat, via la manne des impôts, arriver à leur rescousse en cas de mauvaise gestion.

    On semble redécouvrir l’intérêt pour l’économie réelle et les besoins d’une régulation en lieu et place de l’anarchie des produits financiers pourris, seulement je ne pense pas que cette leçon sera retenue longtemps si on continue d’injecter de l’argent pour réparer les erreurs (errements) de quelques uns jouant avec le pécule d’autrui.

    Cordialement


    • Forest Ent Forest Ent 20 octobre 2008 11:45

      Les capitaux d’état diluent les capitaux privés. D’un autre côté, sinon, ils ne vaudraient plus rien. C’est quand même un cadeau, mais moins pire que ce qui était prévu au début : le rachat des junks. Il aurait été encore plus logique de passer par une mise en faillite technique.

      Ben voilà, le "pays de la libre-entreprise" nationalise son système bancaire. On aura quand même tout vu. Vingt ans de discours libertarien pour arriver à un naufrage pareil. Et ce n’est que le début...

      C’est bien beau "d’humilier", mais quand est-ce qu’ils passent par la fenêtre ? Steinbeck, reviens ... !


    • Yannick Harrel Yannick Harrel 20 octobre 2008 12:12

      Bonjour Forest Ent,

      Le rachat des "junk bonds" ? Vous m’en donnez la chair de poule... Cela aurait été la pire bêtise qui aurait pu être faite même si elle aurait été dans le sens des intérêts des spéculboys.

      La logique prédatrice de nos grands manipulateurs de fonds est calmée pour un temps mais elle reviendra sous peu, je ne suis pas le seul à le penser hélas. Par la même occasion, on aura découvert (enfin ceux qui s’illusionnaient sur le libéralisme 2K) que les pays ayant tertiarisé et libéralisé à outrance se sont retrouvé mendiants de la communauté internationale du jour au lendemain presque. A nous de retenir cette leçon...

      Cordialement


    • Forest Ent Forest Ent 20 octobre 2008 12:45

      @ Yannick

      La logique prédatrice de nos grands manipulateurs de fonds est calmée pour un temps.

      Je ne le pense pas. Elle a changé de style, mais l’histoire montre qu’elle fonctionne aussi bien à la descente qu’à la montée. Par exemple le CDR du CL a enrichi pas mal de gens. En résumé : les gens bien au courant ont sorti leurs actifs de la bulle avant qu’elle ne se casse la gueule. Maintenant, on refile toutes les m... au contribuable. Ensuite on rachète les pépites pas cher et on recommence. De plus, les états vont être obligés de fabriquer des sous pour "relancer l’économie". Il y aura pas mal de sébilles tendues. Les crises accélérent les inégalités et ne résolvent rien. Leurs leçons ne sont pas retenues. A chaque génération de faire ses expériences.


    • Cug Cug 20 octobre 2008 15:41

       Je ne vois pas ou est l’humiliation !!!

       L’oligarchie financière a vampirisé les sociétés pendant 30 ans et se cassent par la petite porte de derrière avec les poches pleines pour mieux revenir quand l’orage sera passé et que les sociétés auront épongé la merde.

       Je ne vois vraiment ou est l’humiliation si ce n’est pour les blaireaux qui croyaient sincèrement que le néo-libéralisme libre-échangiste de l’oligarchie financière anglo-saxonne était la panacée et la fin de l’histoire, des gros cons qui ne la ramène plus du tout en ce moment.

       Mais les maîtres de la City et de wall Street, eux ils se fendent la gueule, pour sur.


    • MagicBuster 20 octobre 2008 11:27

      Moi aussi j’aimerai être humilié (à coup de millions de $$$)
      Arg.


      • Dominique Larchey-Wendling 20 octobre 2008 12:10

        @ l’auteur :

        "Notre monde est sens dessus-dessous : l’action passe avant la réflexion."

        Vu qu’on ne réfléchit pas quand la bulle gongle, trop occupé à la faire gonfler plus encore, et vu que la crise nous pousse à "l’action avant la réflexion" ... mais question est : quand est-ce qu’on réfléchit ?

        Par ce que les questions sont nombreuses : offre énergétique globale en stagnation puis en déclin probable, crise alimentaire, pollution galopante, sociétés foncièrement inégalitaires, dettes énormes et bulle monétaire ...

        Peut-être votre phrase est-elle une provocation ... sinon j’en suis vraiment affligé ...


        • Internaute Internaute 20 octobre 2008 13:05

          Le Plan Paulson était là pour soutenir le petit cénacle des anciens de Goldman Sachs, pas pour sauver l’économie. C’est la raison pour laquelle il a crié au loup afin que le congrès le vote dans l’urgence sans même le lire. Le plan Poutine est beaucoup plus efficace. Il va injecter des milliards là où ils seront utiles c’est à dire dans les industries de base et les PME. En attendant, les oligarques voient leur affaires chuter et Poutine viendra au bon moment reprendre pour pas cher leur bien si mal acquis à l’époque des privatisations. Les oligarques ont pratiqué des LBO sur les biens de l’Etat avec des financement étrangers. Il doivent rembourser aux banques étrangère 45 Milliards d’ici la fin de l’année et 160 milliards l’année prochaine.

          Entre Poutine et Paulson, yapafoto comme on dit.


          • Yannick Harrel Yannick Harrel 20 octobre 2008 13:13

            Bonjour,

            Très juste et j’escompte peut-être bien faire un article sur le sujet. Les oligarques naufragent avec la crise, et pendant ce temps l’Etat Russe reprend le pouvoir qu’elle n’avait pu leur soustraire pour préserver la paix civile et soutenir dans le même temps son économie réelle. C’est là où leur fonds souverain s’avère utile...

            Cordialement


          • FYI FYI 20 octobre 2008 14:17

            Face à la chute de la Bourse de Moscou, son dirigeant a été limogé.
            Responsable mais Coupable aussi, A quand la reconnaissance de la culpabilité des oligarches de l’Occident ?


          • FYI FYI 20 octobre 2008 13:08

            Les choses changeront lorsque le peuple le décidera, sinon, vous pensez vraiment que ceux qu’on appelle les "élites" vont faire amende honorable ?

            Les mots distillés à longeur de discours, de JT, d’article sont vides de sens... les mêmes qui sont à l’origine de cette débacle, ont encore le culot de nous expliquer la crise et de nous dire que c’est normal de tout éponger, que nous n’avons pas le choix !!!

            Et si le peuple se décidait de se libérer, en se débarassant et des élites et du système qui prend l’humanité en otage ...

            Wait and See...


            • impots-utiles.com 20 octobre 2008 18:48

              20 milliards de primes et bonus pour les banquiers de la City ...

              http://www.impots-utiles.com/20-milliards-de-primes-et-bonus-pour-les-banquiers.php

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