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L’incroyable destinée du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen dans les destinées du monde

 Deux dates à retenir : juillet 1944, mai 1971, car si elles encadrent l’histoire contemporaine du système monétaire international, elles s’insèrent aussi, comme nous le verrons, en véritable déclencheur d’une nouvelle histoire de l’humanité, qui n’a plus rien à voir avec ce que fut le monde de l’après-guerre mondiale. Et, aujourd’hui encore, avec ce qui en est sorti, la mutation du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen, en cette deuxième décennie du XXIe siècle, des monnaies qui remplissent magnifiquement leur rôle de distributeur de richesses dans le monde. Bien entendu, non comme le croiraient les sceptiques d’un peu partout dans le monde qui sont convaincus que ces monnaies occidentales jouent un rôle au profit exclusif de ceux qui détiennent le pouvoir d’émission de ces monnaies. Ces sceptiques doivent comprendre que les grandes Banques centrales occidentales sont conscientes que les monnaies qu’elles détiennent et le pouvoir qui les accompagne non seulement les dépassent mais participent à une formidable répartition équilibrée de la richesse du monde et, surtout, sont en train d’influer sur les destinées du monde. Qu’en est-il de cette destinée peu connue du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen ?

  1. Un peu d’histoire

 Avec les accords de Bretton Woods, conclus à la suite d’une conférence tenue du 1er au 22 juillet 1944, entre quarante quatre pays membres, fut institué un « ordre monétaire » reposant sur la mise en place d’une politique monétaire et commerciale adaptée aux besoins du monde issu du deuxième conflit mondial.

 Ces accords portaient création de deux organisations internationales, le Fonds monétaire international – FMI – destiné à faciliter le commerce entre les Etats et à stabiliser les changes, et la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement – BIRD. Les principes de bases qui ont présidé à ces accords peuvent être synthétisés en deux formules :

  • La stabilité des changes, avec pour corollaire fondamental, des parités des changes fixes, afin d’éliminer toute fluctuation monétaire, arbitraire et autoritaire dans les transactions commerciales, et qui porte donc sur la convertibilité externe.
  • La liberté d’échange visant à interdire les restrictions dans les transactions commerciales, qui porte généralement sur la convertibilité interne.

L’objectif essentiel recherché par l’ensemble des nations, après 1945, était de fournir aux pays d’Europe dévastés par la guerre, la possibilité d’assurer leur croissance économique (aide Marshall, stabilité monétaire).

 Ce système monétaire qui n’était pas seulement occidental mais mondial assujettissait toutes les monnaies du monde au dollar standard. Tous les Etats des autres pays du monde qui venaient d’acquérir leur indépendance étaient dépendants de ce système dominé par le dollar américain. Tout le système reposait sur le Gold Exchange Standard, faisant de l’étalon de change-or un équivalent : « l’étalon-dollar ». Le dollar était aussi bon que l’or, cela bien entendu tant que les réserves en or étaient concentrées dans les coffres de Fort-Knox. Après 1945, elles l’étaient pour la quasi-totalité en Amérique. Les sorties de dollar pouvaient, sans risque pour la balance des paiements des États-Unis, assurer le financement de la reconstruction et du développement du monde occidental.

 Le système reposait donc sur la solidité de la monnaie américaine, et, partant sur la « santé de l’économie d’Outre-Atlantique ». D’autre part, après le deuxième conflit mondial, il apparaissait vital pour la première puissance du monde de trouver des débouchés pour son industrie dont dépendait l’existence de millions de salariés américains. Ce qui explique, en plus de différents plans d’aide après 1945, l’urgence de mettre un plan d’aide Marshall pour l’Europe destiné à absorber la surproduction industrielle américaine. L’Europe s’étant transformée en « locomotive » pour l’économie américaine.

 Si, de 1945 jusqu’au début des années 1960, les dollars américains ont été les bienvenus dans le monde, surtout sur le marché européen car ils ont « favorisé » la croissance spectaculaire des économies occidentales (reconstituer du potentiel économique de l’Europe, élimination du chômage, etc.), la situation a commencé à s’inverser entre l’Amérique et l’Europe. Par ses pertes de parts de marché au profit de l’Europe, la course à l’armement avec l’Union soviétique, la recherche spatiale, les guerres menées en Asie…, qui ne pouvaient qu’entraîner un surplus de dépenses, les États-Unis se transformaient à leur tour en « locomotive » par leurs importations massives en provenance d’Europe. Le Japon était aussi concerné par ce processus depuis le changement de la politique extérieure américaine, suite à l’avènement d’un régime communiste en Chine en 1949 et le déclenchement de la guerre de Corée en 1950.

 Cette situation a amené le déplacement progressif de la croissance économique des États-Unis vers l’Europe. En 1958, les monnaies des principaux pays européens devenaient convertibles. Du fait des déficits de la balance des paiements américains qui s’aggravaient et de la surchauffe monétaire des pays européens, les réserves monétaires en or et en dollars franchissaient l’Atlantique et s’accumulaient dans les Banques centrales européennes. Au fur et à mesure que les réserves d’or s’amenuisaient en Amérique, les possibilités de conversions des dollars s’amoindrissaient jusqu’à devenir nulles. Ce qui amena, en 1971, le président américain à suspendre la convertibilité-or du dollar. Plus tard le dollar sort définitivement de l’étalon-or (conférence de la Jamaïque, 1976).

  Les crises monétaires qui ont surgi entre les États-Unis et l’Europe, au début des années 1970, ont montré que l’équilibre monétaire des échanges internationaux devait passer par la résorption des déficits des balances de paiements. Mais le monde, en pleine guerre froide, l’Amérique en guerre au Vietnam, rendait difficile la tâche des autorités monétaires américaines d’ajuster des liquidités aux nécessités économiques. D’autant plus qu’en tant que pays le plus puissant du monde et surtout jouant le rôle de « stabilisateur de l’économie mondiale », les États-Unis, même si l’inconvertibilité du dollar en or est déclarée, ne pouvaient que continuer d’injecter des liquidités internationales sans coordination avec les autres pays d’Europe. Et ce pouvoir d’émission monétaire est facilité par l’emprise des États-Unis sur les matières premières et le pétrole des pays arabes du Golfe. Les pays monarchiques arabes dépendent directement du parapluie nucléaire américain.

 Malgré les différents mécanismes monétaires mis en place (augmentation des marges de fluctuation de ± 1% à ±2,25% autour du dollar, Serpent monétaire européen), les crises pétrolières qui ont surgi entre 1973 et 1979 ont mis fin au bras de fer entre les États-Unis et l’Europe.

 Bien au contraire, l’irruption des pays d’Amérique latine, et ceux nouvellement libérés d’Afrique, d’Asie, ainsi que du bloc Est (URSS et pays d’Europe centrale et orientale) ont constitué un formidable « débouché » à la surproduction occidentale grâce précisément au renchérissement des matières premières, du pétrole et des emprunts contractés par ces pays auprès des banques américaines, européennes et japonaise. Cependant, le problème monétaire n’a pas pour autant été réglé, les crises pétrolières n’ont été tout au plus qu’un « dérivatif » puisque le problème, restant entier, n’est que reporté dans le temps.

 Les déficits américains ont continué à s’aggraver, la création monétaire de part et d’autre de l’Atlantique est allé de plus belle, dans les années 1970. Les Américains créaient des dollars pour financer leurs déficits extérieurs, les banques européennes, à leur tour, dupliquaient les euro-dollars et pétrodollars en une multitude de crédits pour leur consommation et pour les prêts octroyés aux pays hors-Occident, à des taux extrêmement favorables. Par suite de ses émissions, une formidable spirale inflationniste s’est enclenchée dans le monde. La hausse des matières premières et des produits pétroliers « ne pouvait continuer à l’infini » à constituer la contrepartie physique du surplus de liquidités émis par la Réserve fédérale américaine. D’autant plus que les crédits contractés à faible taux par les pays du reste du monde ne profitaient pas aux peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et du bloc Est mais surtout aux nomenklaturas au pouvoir.

 En 1979, les États-Unis résolurent de mettre fin aux crises pétrolière et juguler l’inflation du dollar dans le monde. Le nouveau gouverneur, Paul Volcker, procéda à des restrictions drastiques sur l’offre de liquidités internationales et à une remontée brutale du taux directeur de la Réserve. En quelques années, l’inflation mondiale baissa fortement et des conséquences graves se sont additionnées : récession économique mondiale, chute des prix des matières premières et du pétrole, fuite des capitaux des pays endettés. L’endettement pays du Sud deviendra un problème majeur dans les années 1980. Enfin, en 1986, éclate le contrechoc pétrolier, le prix du baril de pétrole descend à moins de 10 dollars.

  1. Une digression forte éclairante sur le dollar, la livre sterling, le franc, le mark, le yen…

 Qu’en est-il des pays occidentaux ? De « débouché » initialement, la situation se retourne pour les pays du Sud, le Nouvel Ordre économique mondial (NOEI) préconisé par les pays du Sud (l’Algérie…) n’est plus qu’un pâle souvenir. Il s’est produit un véritable transfert de richesse du Sud vers le Nord.

 Avant de développer les problèmes qui surgiront pour l’Occident, faisons une digression forte éclairante. Jean Ziegler, membre du Bureau de l’Internationaliste socialiste écrit dans un article, publié dans la Nouvelle Revue Internationale (NIRI, N°3, mars 1989) : « Le fléau le plus terrible qui ravage actuellement des peuples du Tiers monde est, à mon avis, celui du surendettement : la dette extérieure des 122 pays dits du Tiers monde agit comme un garrot. A cause d’elle, les faibles programmes sociaux des pays pauvres sont encore réduits ; la faim s’installe, la maladie, le chômage, le désespoir progressent. La dette, chaque jour, fait des milliers de victimes. Cette dette dépasse, au 31-12-1987, le chiffre astronomique de 1100 milliards de dollars. La quasi-totalité des pays du Tiers monde doivent périodiquement refinancer leurs dettes, c’est-à-dire contracter des dettes nouvelles pour pouvoir payer les intérêts et les tranches d’amortissement. Les experts du Fonds monétaire international descendent alors sur le pays comme des corbeaux, des oiseaux de proie : ils imposent au malheureux gouvernement débiteur ce qu’ils appellent pudiquement les « ajustements structurels ». Ces ajustements consistent généralement dans le rétablissement du « libre » marché capitaliste, dans l’élimination des programmes sociaux, dans le blocage des salaires, dans l’établissement de privilèges fiscaux pour les sociétés multinationales. Conséquence : après le passage du FMI au Brésil, au Pérou, au Zaïre, en Indonésie, la misère, le chômage, le désespoir des classes les plus pauvres des pays pauvres augmentent ».

 Que peut-on dire du réquisitoire de Jean Ziegler ? S’il a parfaitement raison de dénoncer cette situation catastrophique des économies du Tiers monde et les agissements de l’Occident, il reste cette question. « L’Occident pouvait-il faire autrement ? » Il y a des « lois de la nécessité » qui ne sont pas visibles mais sont perceptibles après coup. Précisément, on peut énoncer une « triple nécessité historique » dans ce processus monétaro-économique dans le monde, enclenché dans les années 1970 et 1980. Tout d’abord la FED américaine avait peu d’alternatives, en 1979, pour lutter contre l’inflation mondiale. Face à la spirale inflationniste qu’elle a, de concert avec les Banques centrales européennes, provoquée, elle devait :

- soit limiter les émissions monétaires, pousser le gouvernement américain à augmenter la fiscalité et maintenir le taux directeur à un niveau faible. Ce qui se traduirait néanmoins par une récession économique durable aux États-Unis et dans le monde,

- soit provoquer d’autres chocs pétroliers pour augmenter encore le pouvoir d’achat américain et des pays du Sud, donc l’« absorption des dollars émis par la donnée pétrolière », ce qui, à force de répéter les chocs ne fera qu’augmenter l’inflation dans le monde et à terme procéder à une politique anti-inflationniste.

- Ce qu’elle a fait aujourd’hui : augmenter brutalement le taux directeur et serrer le robinet des injections monétaires. Il s’en est suivi un brutal endettement des pays du Sud et du bloc Est, une récession aux États-Unis en 1982.

 La « deuxième nécessité » porte sur l’endettement des pays du Tiers monde. Pour la première fois, ces pays prennent conscience des dangers que représente l’inexpérience en matière économique et monétaire. D’autre part, ces pays devaient mettre fin à leur isolement, en s’intégrant le marché mondial (fin du monopole du commerce extérieur). Les programmes d’ajustement structurels s’avèrent aussi un « passage obligé » pour ces nouvelles économies. Quant au FMI, qu’il soit pompier ou usurier, une qualité qui n’est que l’expression de la domination des puissances occidentales, ces nouveaux pays devaient apprendre à gérer leurs économies. Une « Nécessité » donc qui ne ferait que renforcer les pays du Tiers monde dans leur insertion dans l’économie mondiale.

 La « troisième nécessité », et celle-ci est capitale, c’est l’amorce de la transformation de la structure du monde. Ce processus monétaro-économique qui s’est imposé de lui-même à la fois pour l’Occident – celui-ci ne l’a pris que parce qu’il y était obligé, le processus étant déjà en marche – et au monde, a permis, par les crises politiques qui ont suivi, de « renverser pacifiquement » la plupart les dictatures militaires en Amérique du Sud et amener la fin du monde bipolaire (chute du mur de Berlin en 1989 et disparition de l’URSS en 1991) Incapables d’apporter des solutions aux crises économiques et sociales, abandonnés par les États-Unis, les régimes militaires sud-américains (comme les régimes communistes du bloc Est) ont été obligés de quitter la scène politique et laisser les civils élus librement de prendre en main les destinées de leurs peuples.

 Ainsi, grâce à l’endettement des pays du reste du monde en dollar, en livre sterling, en yen, en mark, en franc, en lire…, l’Occident a non seulement gagné la troisième guerre mondiale – la guerre froide – mais a œuvré sans qui l’eusse réellement voulu à la démocratisation de l’Amérique du Sud et du bloc Est. Sans une guerre qui serait fatalement « nucléaire ». Ainsi se comprend pourquoi la misère, la pauvreté, le chômage, le désespoir et la violence qu’ils engendrent ont toujours été accoucheuses de l’histoire. Et pourquoi ce processus monétaro-économique et l’endettement mondial qui a suivi était « nécessaire ».

  1. La parenthèse des années 1990 : l’âge d’or américain

 Combien même l’Occident détient les monnaies internationales, combien même il peut mieux évoluer parce qu’il est le créancier du monde, il ne peut éviter lui aussi d’être rattrapé par la crise de l’endettement. Quand près de la moitié de l’humanité est endettée, garrotée par l’endettement, il était évident que la croissance économique occidentale ne pouvait que décélérer. Les restrictions en liquidités occidentales avaient fortement « restreint l’absorption mondiale ». Il s’en est suivi une baisse de débouchés pour l’économie occidentale et une forte augmentation du chômage dans les années 1980. Seuls les pays de l’Asie du Sud-Est asiatique qui ont profité des délocalisations du Japon et des États-Unis et du faible coût de la main d’œuvre ont continué de prospérer. La Chine a emboîté le pas à ces pays dès le début des années 1980, s’ouvrant elle aussi aux investissements étrangers. Cette conversion de la Chine au « socialisme de marché » aura plus tard de graves répercutions mondiales, nous y reviendrons.

 Pour comprendre la situation économique des années 1990, il faut au préalable rappeler quelques séquences historiques. Tout d’abord, une guerre économique avait déjà opposé le Japon à l’Occident dans les années 1970. Une guerre qui a forcé le Japon à se tourner vers ses voisins asiatiques pour se créer des débouchés pour son industrie (accords des échanges en termes de marchés, bénéfice du bas coût de la main d’œuvre de ces pays, etc.). Avec la réévaluation du yen (accords de Plaza, en 1985) qui a fortement pénalisé son commerce extérieur, il a encore accentué les délocalisations, les joint-ventures avec ses partenaires asiatiques, surtout la Chine. Pourtant, malgré ces échanges en Asie, le Japon, premier créancier du monde et deuxième économie mondiale – n’arrivait toujours pas à trouver un optimum pour son économie après 1985. Ses délocalisations et ses partages de dividendes avec ses partenaires, ses investissements massifs en Occident et dans le monde, le Japon ne put doper sa croissance. Forcé de se replier sur son marché intérieur, dérégulant son économie et ses finances, le Japon s’est transformé en « économie-casino ». Comme cela s’est opéré pour les États-Unis à partir en 1927 et la crise qui fit irruption en 1929, il fit l’expérience amère de l’Amérique des années 1930. Depuis la crise immobilière et financière qui éclata à Tokyo en 1991, le Japon ne s’est toujours pas remis, une croissance demeurée atone, malgré le taux d’intérêt de la Banque du Japon faible voire nul.

 Un processus récessif a aussi touché les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni en 1991. Une année après, c’est au tour de l’Europe d’entrer en récession. Le monde entier attendait qu’une reprise vienne de la locomotive américaine. Précisément la reprise économique finit par venir, d’ailleurs assez rapidement. Plusieurs facteurs l’expliquent.

 Le premier fut l’Asie où des centaines de millions d’hommes à bas salaires mais à bonne capacité technologique se sont engagés dans des processus d’industrialisation rapide. En Chine, en Inde, en Europe de l’Est, en Russie et en Amérique latine. Malgré l’endettement, jamais sans doute les perspectives économiques globales n’ont été aussi meilleures. On peut même dire que l’endettement de ces pays et les programmes structurels qui ont suivi ont été « salvateurs » puisque l’essoufflement des pays riches du Nord a fini par se compenser par la montée de ces nouveaux pôles industriels dans l’économie mondiale.

 Les délocalisations se sont accentuées dans ces pays, en particulier en Chine et, dans une moindre mesure, en Inde, en Amérique latine, en Europe de l’Est et en Russie. Les pays asiatiques étaient atteints d’une « boulimie de liquidités internationales ». Dopée aussi par la révolution des nouvelles technologies qui requérait des liquidités internationales considérables, et ce à quoi répondaient la première puissance du monde, l’Europe, et le Japon, la reprise économique s’étendit progressivement au monde entier.

 Par conséquent, la reprise mondiale n’a pas été tout à fait le fait de la puissance américaine ou des autres pays occidentaux (Europe, Japon) bien qu’ils ont joué le « rôle de locomotive sur le plan monétaire » et dans l’ « absorption des richesses » créées par les pays du reste du monde, mais le fait de la dynamique enclenchée dans les pays de l’ex-Tiers monde et de l’ex-bloc Est. Grâce à la libéralisation financière, la libération des mouvements de capitaux et les délocalisations, la Chine, l’Inde, la Russie et d’autres pays hors-Occident sont devenus des « pays émergeants, concurrents les pays du Nord ». Il faut dire que dès qu’un pays occidental s’engage dans un type d’échange, comme celui de localiser des firmes dans des pays à bas salaires où il est plus rentable pour lui de le faire, y trouve un avantage compétitif, les autres pays occidentaux sont obligés de suivre, sauf à disparaître.

 On comprend pourquoi un cycle (vertueux ?) s’est enclenché aux États-Unis, l’Europe et le monde en ont aussi bénéficié. Beaucoup n’ont pas hésité à qualifier la période 1993-2000 d’« âge d’or américain ». Et c’était compréhensible, en raison des richesses matérielles de tous genres et excédents commerciaux chinois, japonais et arabes qui pleuvaient sur le marché américain. Par excès de capitaux, les valeurs de la Nouvelle technologie ont explosé à Wall Street. Une partie de ces mêmes dollars que la première puissance du monde émettait lui revenaient sous forme de bons de Trésor pour financer sa dette publique. L’Europe et le Japon n’étaient pas en reste pour le financement de leurs dettes publiques bien qu’à un niveau beaucoup plus faible.

 Que peut-on dire pour cet âge d’or américain ? Que « l’endettement des pays du reste du monde a été finalement positif » puisqu’il a permis de lever les barrières qui obstruaient le chemin de la croissance de ces mêmes pays endettés et non endettés comme la Chine (qui a été pragmatique en ouvrant son économie à l’instar de ses prédécesseurs, les dragons asiatiques). Que les délocalisations en Asie, les formidables liquidités internationales injectées par l’Occident dans l’économie mondiale issues des déficits extérieurs, la révolution technologique et la formidable absorption qui a suivi surtout aux États-Unis et en Asie ont permis cette période de faste qui s’est ensuite étendue aux autres régions du monde.

  1. Crise de 2008, la première fissure dans le système financier international 

 Cependant l’âge d’or américain ne fait pas oublier les crises financières à répétition qui ont ponctué l’économie mondiale. La crise « téquila » au Mexique (krach de 1’hiver 1994-1995) et l’effondrement du peso mexicain, la moitié de la population est tombée au-dessous du seuil de la pauvreté. Cette crise a gagné d’autres pays d’Amérique latine, en particulier l’Argentine et le Venezuela. De même, la crise asiatique de 1997 a gagné plusieurs pays d’Asie (Thaïlande, Corée du Sud, Malaisie…). Les crises russe et brésilienne de l’hiver 1998-1999 sont aussi de la même veine. C’est toujours le même processus qui a joué dans ces crises.

  Les fonds de pension, les compagnies d’assurances, les investisseurs institutionnels américains, européens et japonais, attirés par les rendements considérables des Bourses de ces pays, investissent des masses considérables de capitaux. Mais dès qu’un système bancaire est pressenti vulnérable (peu de garanties en matière de ratios de fonds propres, spéculation qui masque les faibles performances, baisse de rendements), ces fonds de pensions appelés souvent fonds « vautours » se retirent précipitamment, créant une crise financière dans le pays (il devient insolvable). Un phénomène de contagion parcourt rapidement les pays voisins, parfois s’étend à d’autres continents.

 Les firmes transnationales trouvent dans les économies sinistrées des occasions pour racheter des affaires intéressantes à très vil prix. Cependant, la crise n’est pas totalement négative. Au-delà des crises et des conséquences économiques, politiques et sociales, ces pays qui sont à bonne école profitent des leçons occidentales. Et l’Occident lui-même l’apprend à ses dépens puisque lui aussi finit par être rattrapé par la crise. Précisément, l’âge d’or qui se termine en 2000, avec la crise des valeurs technologiques (Nasdaq), le doit à la « pluie de capitaux qui s’est déversée sur Wall Street, en provenance du monde entier ». Un effet téquila qui a frappé les investisseurs américains et étrangers – ils ont fait monter les valeurs des actions à des niveaux très loin de leur réalité –, a fini par amener la FED, en relevant son taux d’intérêt (par une série de hausses), à mettre fin à ce « jeu de casino ». La crise n’est finalement que l’épanchement d’un trop plein de spéculation qui masque une économie en pleine déliquescence.

 Malgré la baisse rapide des taux d’intérêt en 2001 et les liquidités monétaires massives injectées par la Réserve fédérale avant et après l’attentat terroriste du 11 septembre, des crises financières en cascades ont continué aux États-Unis et en Europe en 2001 et 2002. Ce n’est qu’en 2003, avec la prise de Bagdad par l’armée américaine et l’euphorie de la victoire que la reprise économique a commencé à se faire sentir aux États-Unis. Une reprise économique qui sera d’ailleurs courte, de quelques années, moins de cinq ans, puisqu’elle va préparer la grande crise financière de 2008.

 Ceci nous amène à nous interroger pourquoi, depuis la crise des valeurs technologiques en 2000, l’Occident et le monde entier sont entrés dans un engrenage dont personne ne sait comment s’extraire et, même aujourd’hui, en 2013. Qu’en est-il réellement ?

 Une guerre est lancée contre l’Irak en 2003, et la campagne militaire ne se déroule pas du tout comme l’ont planifiée les stratèges américains. Bien, au contraire, elle est devenue ensuite insoutenable pour les troupes américaines et pour l’économie américaine. Quant aux insurgés irakiens, ils étaient comme des poissons dans l’eau. Sur le plan intérieur, depuis la nouvelle économie en panne (double krachs du Nasdaq en 2000), seule la consommation des ménages, les dépenses militaires qui obéraient le déficit budgétaire et l’immobilier dopaient l’économie américaine. Chaque année, le déficit extérieur est en hausse (de 435 milliards de dollars, 4,5% du PIB en 2000 à 800 milliards de dollars, 6,4% du PIB en 2008).

 Précisément l’immobilier, i.e. la construction de logements, donnait l’illusion que l’économie américaine se portait bien. Que la FED soutienne financièrement l’économie américaine était tout à fait normal. Mais les États-Unis en guerre, et les dépenses militaires, extrêmement onéreuses, obligeaient les autorités monétaires américaines non seulement de soutenir l’effort de guerre, mais donner un visage de l’Amérique autre qu’il n’était en réalité depuis la déroute économique de 2000. Par un montage financier (créances titrisées) et des injections monétaires massives, la FED a donné l’illusion d’une économie américaine en pleine croissance. La crise des « subprimes » (crédits hypothécaires à risque) qui est survenu ensuite a mis à nu ce montage financier qui sera un véritable désastre pour son économie et celle de l’Europe. Sans compter les pertes des pays du reste du monde. La crise financière en 2008 enfoncera l’Occident et avec lui le monde dans un engrenage dont il sera difficile de s’extraire. Aujourd’hui encore, l’Occident se débat toujours en injectant des masses considérables de dollars, d’euros, de livre sterling et de yen, et plus grave, l’économie suit mal et l’engrenage se resserre.

  La Chine a cependant profité de ces liquidités injectées puisqu’elles lui ont permis d’amasser plus de 3000 milliards de dollars de réserves de changes et fait sortir 200 millions de chinois de la pauvreté. D’ailleurs depuis 2010, elle est classée deuxième puissance économique du monde, La Russie, les pays arabes exportateurs de pétrole ne sont pas en reste, ils ont profité de la hausse des cours pétroliers depuis plus d’une douzaine d’années. Jamais période de hausse du pétrole n’a été aussi longue et aussi profonde comme celle d’aujourd’hui. Et certainement, elle va le demeurer encore quelques années. Naturellement, les États-Unis en ont aussi profité de ces excédents commerciaux qui se sont placés dans leur système bancaire, et en Europe et au Japon. Une vérité va cependant prévaloir : à partir de 2008, l’Occident va réellement apparaître tel qu’il est dans le système monétaire international.

  1. Les quatre grandes puissances préparent l’« après-domination monétaire occidentale »

 Avec la crise financière actuelle, il ne fait pas de doute que le monde est entré dans une crise certes conjoncturelle, mais correspond à un début de rupture de la pertinence logique et de la cohérence dynamique de l’ensemble du système. Depuis la crise monétaire en 1971, et les crises du marché pétrolier en 1973 et 1979, la crise du marché des actions de 1987, la récession américaine de 1991, la crise asiatique de 1997, l’explosion de la bulle des valeurs Internet de 2001, et la crise financière de 2008, beaucoup plus forte que les précédentes, est de toute évidence la plus grave que le monde ait connue depuis les années trente.

 La plupart des gens ne comprennent pas grand-chose à ce qui s’est passé en 2008 et ce qui se passe aujourd’hui. On leur a pendant des années vanté les mérites du « modèle américain » et assuré des bienfaits de la « mondialisation heureuse ». Ils voient maintenant le modèle américain s’effondrer et la globalisation accroître la misère sociale. Le spectacle des banques centrales, tant aux États-Unis qu’en Europe, qui ont injecté, depuis l’été 2008, plusieurs milliers de milliards de dollars et d’euros sur les marchés financiers, les laisse songeurs : « d’où vient tout cet argent ? »

 Les interrogations se nourrissent encore du sentiment que personne ne semble vraiment savoir ce qu’on peut faire. Le silence relatif de la plupart des hommes politiques est à cet égard significatif. Enfin, les gens se demandent si cette crise était ou non prévisible. Si elle était prévisible, pourquoi n’a-t-on rien fait avant ? Si elle était imprévisible, n’est-ce pas la preuve que plus personne ne contrôle un système financier lancé dans une folle course en avant ? Tant de questions qui restent sans réponse.

 « Et si c’est tout le contraire, que tout est prévisible, qu’il n’y a pas de folle fuite en avant, mais qu’on ne pouvait rien faire avant ». Malgré la crise, que tout est maîtrisé et que les autorités monétaires occidentales sont très au fait de ce qu’ils font pour le bien de l’Europe, des États-Unis, de l’Occident tout entier. Sauf qu’elles se trouvent dans une passe extrêmement difficile, unique pour ainsi dire dans l’histoire de l’humanité. « Que ce ne sont pas les marchés financiers ou les produits dérivés qui commandent, que ceux-ci ne sont que la face émergente d’un iceberg financier et monétaire mondial. »

 Un bref survol des liquidités injectées depuis la crise en 2008 à 2012 peut donner le vertige sur cette masse d’argent mis à la disposition du système bancaire occidental. L'Europe a injecté 2600 milliards d'euros, faisant passer la dette publique de la zone euro de 5900 milliards d'euros en 2006, à 8500 milliards d'euros en 2011. La dette publique américaine s’est envolée entre 2009 et 2012, d’environ 6370 milliards de dollars, soit presque une fois et demi le total de l’endettement généré par les des deux mandats de Bush. Elle atteint 16 394 milliards de dollars fin décembre 2012, soit plus de 100% du PIB, pour seulement quatre années du premier mandat d’Obama. Evidemment, cette formidable hausse de l’endettement provient du legs laissé par la précédente administration (crise financière de 2008). De même, la Grande-Bretagne, la zone euro et surtout le Japon ont vu aussi leurs dettes publiques exploser. Et les émissions monétaires occidentales aujourd’hui continuent de plus belle aux États-Unis, en Europe et au Japon.

 Pour la seule Amérique, depuis 2008, quatre dispositifs financiers et monétaires (QE1, QE2, Twist et QE3) ont été déployés, dans le cadre des politiques d’assouplissement monétaire non conventionnel (Quantitative easing), par la FED. Et les États-Unis restent toujours confrontés à la politique « au bord du gouffre » ou la « falaise fiscale » (fiscal cliff), et les coupes budgétaires programmées de 85 milliards de dollars aux États-Unis en 2013. Parallèlement, la Réserve fédérale procède à un programme d’achats de 85 milliards de dollars de bons de Trésor et d’obligations hypothécaires par mois. Ce qui compense la falaise fiscale. Un temps, ce programme d’achats devait être réduit, il est de nouveau reconduit en septembre 2013.

 Le processus enclenché par les États-Unis consiste à financer le déficit budgétaire et commercial par la création monétaire. La Banque centrale américaine crée aussi des liquidités du néant pour acheter les bons de Trésor et les créances hypothécaires au système bancaire américain lequel à son tour achète des nouveaux bons de Trésor émis par le Trésor américain. Mis sur pied d’un Fond de stabilisation européen (FSE) qui a changé de dénomination en Mécanisme européen de stabilisation (MES). 

 Les dettes publique et privée américaine augmentent certes comme l’indique l’écriture comptable au niveau du Trésor américain et de la FED. Mais cette dette publique et privée qui vient augmenter le bilan de la Banque centrale américaine signifie simplement que l’économie américaine est financée par sa monnaie, la création monétaire n’implique pas d’inquiétude outre mesure puisqu’en cas de crise majeure, cette dette peut être effacée par l’institution monétaire centrale. Le même processus se joue dans la zone euro, au Royaume uni et au Japon. Ces pays injectent des liquidités pour racheter des dettes de leurs Etats (bons de Trésor et obligations) et des créances hypothécaires. Evidemment, selon la taille de chaque puissance dans le système monétaire international.

 De plus, tout se joue sur les taux de change des monnaies occidentales sur les marchés monétaires. Tantôt le dollar se déprécie fortement par suite d’injections monétaires ex nihilo, l’Europe et le Japon injectent à leur tour par la création monétaire des liquidités ex nihilo pour dégonfler leurs monnaies qui se sont appréciées. Ainsi, ils regagnent de la compétitivité mais en réalité disposent de nouvelles liquidités pour répondre aux déficits extérieurs et aux dettes engendrées dans leur économie. Tantôt le dollar s’apprécie, et c’est au tour de la FED d’injecter des liquidités. Ainsi, il se produit un « processus de concertation non dit » entre les quatre principales puissances monétaires du monde. Mais ce processus qui n’en finit pas, il dure depuis plus de cinq ans, nous fait dire que l’Occident, tout en dopant son économie et lui évite une récession, prépare en réalité l’« après-domination monétaire occidentale ». 

  1. L’Histoire se répète ? Vers un nouveau 1971 ? Quelle issue aux crises syrienne et iranienne ? Vers deux zones monétaires mondiales ?

 Ceci nous amène à dire que les quatre banques centrales (américaine, européenne, anglaise et japonaise) ne sont pas seulement les « meneuses d’un jeu monétaire mondial qui est à somme positive pour leurs économies » mais constituent aussi « un consortium financier et monétaire à l’échelle mondiale ». Incontestablement, des enjeux et des intérêts d’ordre planétaire les lient et commandent cette synchronisation dans la manipulation des instruments de régulation monétaire de l’économie mondiale. Emissions monétaires, taux d’intérêt directeur, taux de change, etc. Combien même ils ne correspondent pas d’une zone monétaire à l’autre, ils montrent cependant que les politiques monétaires menées par ces Banques centrales sont calquées les unes sur les autres.

 C’est ainsi que nous avons un consortium occidental auquel fait face un « autre consortium, celui des pays du BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ces deux consortiums, bien au fait de ces masses monétaires injectées dans l’économie mondiale, s’entendent pour l’instant sur cette donne. Puisque ces liquidités internationales injectées permettent une répartition plus ou moins équilibrée de la richesse entre les différentes régions du monde. Cependant, les deux consortiums sont conscients que cette conjoncture n’est et ne peut qu’être transitoire. Il est impossible pour les États-Unis, l’Europe et le Japon de continuer à maintenir leurs économies sous perfusions monétaires, non seulement parce que c’est contreproductif à terme, puisque « le processus artificiel de créer de l’argent pour financer leurs déficits sur une dette artificielle sur soi-même ne fera qu’hypothéquer l’avenir économique de l’Occident ». Une croissance qui sera basée surtout sur la consommation, qui entraînera forcément une stagnation en termes de production industrielle, de productivité et de créations d’emplois. Quant aux pays des BRICS, l’acceptation d’un tel système monétaire mondial permettra certes une croissance économique basée sur la hausse des matières premières et de l’énergie comme compensatifs physiques à la création monétaire mondiale, c’est le cas de la Russie qui est un pays pétrolier, et sur l’avantage du faible coût de la main d’œuvre, c’est le cas de la Chine et de l’Inde.

 Comme ce qui s’est passé entre les États-Unis et l’Europe, dans les années 1960, après le deuxième conflit mondial, le rattrapage industriel des pays du BICS aura inéluctablement à commander à ces pays de sortir de la contrainte monétaire dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui. Comme en 1971, lorsque l’Europe a refusé d’absorber les dollars issus des déficits extérieurs américains et que le président américain à l’époque y répondit en mettant fin à la convertibilité du dollar-or. Aussi, peut-on considérer que, de nouveau, le monde va s’acheminer dans quelques années voire une décennie ou plus à venir à un « nouveau 1971 » qui amènera les pays des BRICS à refuser la domination monétaire occidentale.

 Avec l’internationalisation du yuan chinois déjà en marche, la Chine ne cherche pas opérer comme l’Union monétaire européenne a procédé avec l’« euro », lancé en janvier 1999. L’ambition de la Chine est d’une toute autre veine. Tout d’abord, elle ne cherche pas à précipiter le processus, elle vise progressivement à tisser une « toile sur le monde » non comme a procédé l’impérialisme occidental, mais à s’accréditer surtout pacifiquement avec les nations exportateurs de matières premières et d’énergie. Précisément, en cherchant à instaurer le yuan en « monnaie de réserve », et surtout en « unité de compte et de facturation des transactions internationales de matières premières et d’énergie » un privilège que seul le dollar a aujourd’hui, elle sera à parité avec l’Amérique sur le plan monétaire dans le monde.

 Comme elle le fait déjà avec plusieurs pays – « le yuan a commencé à se placer en monnaie de réserve, et aussi en monnaie de facturation du pétrole » avec l’Iran, le Venezuela, et d’autres pays, et avec le troc en échange de marchandises chinoises, ce qui évite d’utiliser le dollar, l’euro. On peut pronostiquer que la Chine réussira son pari pour au moins trois raisons. Par sa politique « gagnant-gagnant » car elle gagne en crédibilité. Par sa puissance économique appelée à dépasser l’Amérique. Par son « absorption », elle deviendra la première locomotive mondiale. Il est évident que sa puissance économique fera tâche d’huile en Asie, à savoir l’Inde, les pays asiatiques et le Japon qui bénéficieront de cette nouvelle donne monétaire. Et vraisemblablement une nouvelle zone monétaire prendra un élan en Asie, avec un approfondissement des relations économiques, financières, budgétaires et monétaires entre les pays de cette région.

 L’Occident, de son côté, s’y prépare. La zone de libre-échange lancée par le président américain actuel entre les États-Unis et l’Europe est déjà une prémisse à ce nouvel ordre économique et monétaire mondial à venir. Ce qui entraînera vraisemblablement la création d’une nouvelle zone monétaire mondiale, l’euro, la livre sterling et les autres monnaies occidentales ne seront pas de trop dans cet enchainement à l’échelle planétaire d’autant plus que le « consortium monétaire occidental », bien que virtuel mais réel dans les faits, existe déjà. Avec cependant une différence, le Japon sera remplacé par la Russie.

 Dès lors que l’hégémonie occidentale perdra de sens, le Japon a plus intérêt avec la zone asiatique qu’avec l’Occident. De même, la Russie, qui a le plus grand territoire du monde, et que la guerre froide sera définitivement enterrée avec les États-Unis, verra son intérêt vital avec l’Occident. On aura ainsi deux zones monétaires distinctes, en 2020, 2025 ou 2030. Peu importe quand ? Le monde est déjà dans un engrenage et il lui sera difficile d’en sortir qu’en assainissant les écueils, qui passent par la donne économique et monétaire. De plus, peu importe le degré de lien des monnaies dans chaque zone, le problème résidera surtout dans « l’ancrage du panier de monnaies ». Chaque monnaie, à défaut d’union monétaire, portera ses préférences pour son ancrage sur les monnaies de la zone avec laquelle elle commerce. Et si le monde vivra des bouleversements historiques majeurs mais nécessaires, cela ne signifie nullement que les deux zones monétaires sont ennemies, elles ne peuvent être que complémentaires.

 Il est évident que la phase de transition sera éprouvante pour les peuples, surtout pour l’Occident et les pays alliés, les pays monarchiques arabes et Israël. On le voit d’ailleurs en Afrique et surtout dans le monde arabo-musulman. Ce qui se passe en Syrie, en Lybie, en Irak, en Iran, en Somalie, au Soudan et ailleurs, les guerres confessionnelles ou le problème de l’enrichissement nucléaire iranien ont tous pour cause des raisons politiques, économiques et sociales à l’échelle de ces pays et économiques et monétaires à l’échelle des grandes puissances.

 Par exemple, la Syrie et l’Iran sont menacés, la première par une guerre civile déjà en cours, la seconde par « toutes les options posées sur la table ». L’Irak vit aussi une guerre civile larvée. Et toutes ces crises ne sont pas près de s’arrêter. Les États-Unis, l’Europe, les pétromonarchies arabes et Israël soufflent sur les braises de ce feu qui coure au Proche et au Moyen-Orient. Ce qui est tout à fait normal au regard des enjeux d’ordre planétaire et qui impactent l’avenir des pétromonarchies arabes, d’Israël et de l’Occident. Cependant on ne peut arrêter l’Histoire, celle-ci se fait avec ou sans eux. L’Histoire avance, n’en déplaisent ceux qui veulent l’arrêter. 

 Quand Israël crie au monde qu’elle attaquera les sites nucléaires iraniens ou que la superpuissance mondiale en fasse autant avec « toutes les options sur la table », ils ne crient en fait que leur incapacité à arrêter l’Histoire. Combien même Israël passerait à l’acte contre l’Iran, ou que les États-Unis le fassent, ils ne feront en réalité que précipiter le processus. Ce qui explique les réticences du Pentagone qui, le premier engagé, sait qu’il va au devant d’une guerre perdue d’avance. Et Israël, un tout petit Etat de quelques milliers de Km2 en paiera le prix fort, pour au final n’aboutir qu’à ce qu’il redoute, sa perte de pays privilégié dans la région. 

  Quant au pétrole, c’est la « fin définitive de l’âge d’or », y compris les matières premières. Le dollar américain ne sera plus là pour booster les prix. Le pétrole et les matières premières suivront le cours normal de la loi de l’offre et de la demande sur les marchés. Evidemment nombre de régimes politiques arabo-musulmans islamiste ou non, qui vivent de la rente pétrolière, « doivent s’atteler à la nouvelle configuration mondiale ». Les pétromonarchies arabes, par exemple, doivent se réformer en profondeur, l’Iran aussi. La peur de la guerre écartée, les Américains et Européens comme d’ailleurs les Asiatiques chercheront à promouvoir avec eux des relations politiques, économiques et commerciales équilibrées, basées sur les possibilités de chaque pays. Le premier objectif de ces régimes islamistes ou non est donc de répondre aux besoins de leurs peuples, par l’innovation et certainement pas par la répression ou la confiscation des richesses par des élites. Quant à l’Islam, il reviendra à ses vraies valeurs. Tels sont les bouleversements et d’autres à venir, la liste des changements n’est pas exhaustive. 

  1. Conclusion

 Evidemment cette analyse et les conclusions qui en ressortent paraissent inconcevables. Mais il faut le dire, elles sont réelles et potentielles pour l’avenir. Il faut se rappeler seulement la disparition de l’URSS, en quelques années de 1985 à 1991, elle a déboulé comme une partie d’une montagne tombée en avalanche, emportant tout sur son passage, transformant radicalement le visage du monde. L’URSS disparut, ses quinze républiques ont éclaté, la Yougoslavie suivit. Et la Chine a commencé à rayonner. Et ceci peut arriver à chaque pays du monde. Et encore plus récemment, l’immolation d’un vendeur ambulant tunisien a provoqué un incendie dans le monde arabe. Elle fit tomber en moins de trois mois deux présidents arabes et moins d’une année deux autres dirigeants arabes. Et la tragédie aujourd’hui en Syrie n’est qu’à mi-chemin. Evidemment, ce n’est pas l’immolation de Bouazizi Mohamed en elle-même qui a crée l’incendie, mais les formidables forces politiques, économiques et sociales, nationales et internationales « souterraines » qui sont à l’origine de la révolution arabe. Ceci pour dire que l’histoire de l’humanité est imprévisible, tout peut arriver du jour au lendemain, cataclysme, guerre, crises économique mondiale à l’image de celle de 1929 et des années 1930 et, plus récemment, la crise de 2008 et les mutations qu’elle est, qu’elle peut engendrer.

 Dix pays de l’Europe centrale et orientale sont entrés dare-dare dans l’Union européenne, après la chute du mur de Berlin, d’autres suivent. En 2013, les négociations européennes ont repris avec la Turquie. Une Union méditerranéenne a été lancée par l’ex-président français mais elle n’a pas été suivi d’effet, parce qu’elle était précoce et manquait de visibilité tant pour l’Occident que pour les peuples arabes du Sud de la Méditerranée. Une zone de libre-échange est aujourd’hui à l’étude entre l’Europe, les États-Unis, le Canada et le Mexique. Et cela peut se précipiter sans que cela se ressente – on pensera ensuite que ce qui était inimaginable devenait normal comme cela fut pour le glacis européen (pays de l’Est) transformé en membres de l’Union européenne, quinze années plus tard. Ce qui était impensable devenait pensable. Telles sont les méandres et les « ruses » de l’Histoire.

 Mais, avec les bouleversements à venir, et l’acheminement du monde en deux grandes zones monétaires au sein desquelles toutes les monnaies seraient liées d’une manière ou d’une autre, à l’une ou l’autre zone, les destinées du monde vont relever de moins en moins des Etats-nations. Les Etats-Providence ne pourront pas répondre aux besoins des peuples, ce sera aux blocs économiques et monétaires auxquels ils seront assujettis qui y répondront, à l’image de la Grèce, de Chypre et peut-être plus tard d’autres pays européens, l’Espagne, le Portugal, l’Italie… qui continueront à vivre de subsides débloqués par la Banque centrale européenne et du comité de suivi européen pour suivre les réformes prescrites par les dirigeants de la zone. Même si ces pays sortent conjoncturellement de la récession, ce qui ne sera vraisemblablement que provisoire. Le monde doit s’attendre à vivre une période de transition difficile, douloureuse mais nécessaire, qui posera les jalons d’un nouvel ordre économique mondial.

 « L’Occident ne peut à l’infini dominer monétairement le monde. » Il faut le dire, le monde suit une succession de cycle. Le cycle du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen « auront rempli leur mission historique » au terme des années, ou la ou les décennies à venir. Le partage des privilèges d’émission de la monnaie internationale avec les autres zones est inéluctable, comme d’ailleurs la carte maîtresse qui porte sur la main d’œuvre bon marché qui sera relativisée avec l’internationalisation progressive de la monnaie chinoise, des autres monnaies et des unions économiques et monétaires qui résulteront. L’Asie ou tout autre pays ne peuvent monopoliser l’emploi, le travail mondial combien même la main d’œuvre serait moins chère « ne peut se faire indéfiniment aux dépens du travail des autres peuples ».

 En Occident, en Amérique du Sud, en Afrique, et dans toutes les régions qui ne sont pas compétitives, il y aura certainement un « protectionnisme économique, financier et monétaire positif, complémentaire, où l’échange se jouera contre échange, la richesse contre richesse  ». Cela marquera l’avènement d’un monde plus équilibré comme cela a commencé avec la décolonisation des pays du Tiers-monde, et l’avènement d’une Europe pacifique après la seconde guerre mondiale. Il faut le dire, il a fallu la guerre pour « pacifier une Europe revêche, présomptueuse et guerrière ». Il en sera de même pour les États-Unis et Israël.

 Evidemment, le monde restera encore à parfaire. Les pays qui n’appartiennent ni à un bloc ni à un autre, surtout l’Afrique et le monde arabo-musulman… doivent, sont tenus de s’y préparer pour trouver la meilleure manière de « s’intégrer directement, indirectement ou disparaître ». Surtout que l’essentiel des conflits sont concentrés dans cette région du monde. C’est toute leur destinée à venir qui sera en jeu. Être indépendant ne sera pas suffisant, ils doivent s’intégrer comme partie entière d’un tout qui ne doit pas se faire sans eux. Il reviendra de leur choix, et de ceux qui domineront le monde. Ce qui veut dire qu’il ne sera pas donné, et l’islamisme ne les sauvera pas, il perdra de son sens puisque l’Occident, les pétromonarchies arabes et Israël qui le manipulent ne pourront plus activer une idéologie qui serait dépassée par la mutation du monde, de l’Histoire. L’Islam restera une grande religion révélée au même titre que toutes les religions du monde (christianisme, judaïsme, bouddhisme…)

 Il faut se dire que les cycles qui se suivent pour l’humanité ne sont que l’expression d’un progrès continu, d’une ascension faite certes de chutes mais aussi de remontées pour toujours élever le genre humain vers de nouvelles hauteurs, et répondre à ses besoins qui deviennent de plus en plus pressants . C’est comme si un Esprit caché veillait sur cette ascension sans fin de l’humanité, et « l’homme doit comprendre qu’il n’est pas seul dans ce monde ».

 Pour finir, l’auteur ne prophétise pas dans cette analyse, il n’a pas ce don, et loin de lui cette prétention. Il ne fait que « dériver » cette équation du monde qui se pose à lui.

 

Medjdoub Hamed

Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,

Relations internationales et Prospective.

www.sens-du-monde.com

 

Notes : 

1. Les guerres et les crises économiques sont-elles une « fatalité » pour l’humanité ?

Partie I, par Medjdoub hamed

 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-guerres-et-les-crises-138225

2. Valeur et sens de l’« islamisme » dans le nouvel ordre mondial.

Partie II, par Medjdoub Hamed

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/vers-un-nouvel-ordre-monetaire-135240

3. L’herméneutique de l’alliance du monde de l’islam et de la première puissance du monde.

Partie III, par Medjdoub Hamed

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-hermeneutique-de-l-alliance-du-139471?pn=1000

4. Du monde de l’Islam et de l’instrumentalisation des « pétrodollars » par les États-Unis à la revanche de l’histoire

Partie IV, par Medjdoub Hamed

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/du-monde-de-l-islam-et-de-l-140101?pn=1000#forum3804641

5. Délocalisations, pertes d’emplois et décroissance en Occident, un « retour de balancier de l’histoire » ?

Partie V, par Medjdoub Hamed

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/delocalisations-pertes-d-emplois-140789

6. L'Occident, à l’épreuve du Tribunal du monde (I)

Par Medjdoub Hamed

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-europe-a-l-epreuve-du-tribunal-141932?pn=1000#forum3842397


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7 réactions à cet article    


  • ecolittoral ecolittoral 2 novembre 2013 11:11

    Encore un qui pense que monter des blocs les uns contre les autres, est l’évolution d’une humanité guidée par « un esprit caché ».

    Aucun sens de l’histoire. Aucune analyse de la vie et la mort des civilisations et encore moins des peuples. Par conséquent, aucune prospective valable.

    On sent bien que l’auteur a bricoler tant bien que mal une logique qui abouti à une conclusion, mais il manque tellement de domaines et de paramètres que tout ça semble vraiment tiré par les cheveux.

    Il n’existe pas une humanité mais une multitude de groupes, pas un esprit caché mais une multitude d’histoires et de devenir construit par des hommes. Pas une recette mais une infinité de solutions.

    La théorie des bloques et de l’évolution ascendante sont des théories qui sont périmées depuis longtemps.

    Il n’y a que du changement.


    • BA 2 novembre 2013 14:05

      Jeudi 10 octobre 2013, le FMI publiait ses prévisions pour l’année 2014. Ces prévisions confirmaient que les grands pays industrialisés étaient en faillite.

       

      Mais 13 jours plus tard, le 23 octobre, Eurostat donnait les chiffres de la dette publique du deuxième trimestre 2013 : pour l’Italie, le Portugal, l’Irlande, les chiffres d’Eurostat explosent les prévisions du FMI.

       

      Prévisions du FMI pour l’année 2014 :

       

      1- Japon : dette publique de 242,3 % du PIB.

       

      2- Grèce : dette publique de 174 % du PIB.

       

      3- Italie : dette publique de 133,1 % du PIB. Fin juin 2013, nous en sommes déjà à 133,3 % du PIB.

       

      4- Portugal : dette publique de 125,3 % du PIB. Fin juin 2013, nous en sommes déjà à 131,3 % du PIB.

       

      5- Irlande : dette publique de 121 % du PIB. Fin juin 2013, nous en sommes déjà à 125,7 % du PIB.

       

      6- Etats-Unis : 107,3 % du PIB.

       

      7- Espagne : 99,1 % du PIB.

       

      8- Royaume-Uni : 95,3 % du PIB.

       

      9- France : 94,8 % du PIB.

       

      Le FMI ne parle pas de la Belgique. Fin juin 2013, la dette publique de la Belgique était de 105 % du PIB.

       

      http://www.imf.org/external/pubs/ft/fm/2013/02/pdf/fm1302.pdf

       

      La question est donc :

       

      « QUAND vont avoir lieu ces défauts de paiement ? »



      • Croa Croa 2 novembre 2013 23:55

        Tant que les sujets pourront racker (payer les intérêts) le monde de la finance continuera de tourner. (Pas de « défauts de paiement » donc.)

        Bonnes princesses les banques se contenteront de taux minimes au besoin.

        (Les ’’prêts’’ sont virtuels car au départ l’argent n’existe pas, donc que ceux-ci ne soient jamais ’’remboursés’’ n’est pas un problème.... Au contraire c’est ça qui est excellent pour les banques !)


      • Graffias Graffias 2 novembre 2013 18:35

        Ce texte est une pépite. Un joyau. Bravo à l’auteur. 



        • Piotrek Piotrek 2 novembre 2013 20:05

          Bravo pour l’article.

          Nous somme en phase de ruprure entre l’ancien monde dont on comprend un peu l’histoire et son évolution presque constante, linéaire et un monde nouveau qui s’annonce pour lequel on a aucune certitude.

          Certains se bornent à appliquer les bonnes vieilles théories politiques et économiques, mais même celles qui sembleraient les plus crédibles, telle la théorie des cycles longs nous font tiquer face à la conjonction de multiples facteurs : black swans, fuite en avant dans la dette, raréfaction des ressources, affaiblissements multiples des démocraties modernes...

          Ma prévision à deux balles : hausse inéxorable des coûts du transport et relocalisation


          • politzer politzer 3 novembre 2013 01:20

            bonjour 


            Strauss kahn aurait pu écrire cet article non ?

            • millesime 3 novembre 2013 07:03

              Le 23 mars 2009, Zhou Xiaochuan, le Gouverneur de la Banque centrale de Chine, établissait un bilan précis et étayé de la crise mondiale dans sa dimension monétaire.
              Il expliquait alors, que l’actuel système monétaire international (SMI) fondé sur l’utilisation d’une monnaie nationale, le dollar américain, est inédit dans « l’Histoire » (avec un grand H) monétaire mondiale. (Il n’a jamais été contredit depuis.. !).
              (lire mon article du 7 janvier 2012 : réformer le système monétaire international).

              selon la BRI il s’échange de l’ordre de 5300 milliards de dollars sur le marché des changes au quotidien (il y a deux à trois ans 4000 milliards), sur ces masses colossales 20% servent pour les échanges des biens et services entre Etats et entreprises, le reste, c’est-à-dire 80%, va sur les marchés dérivés et influent (négativement de mon point de vue) sur la formation des prix.

              tant que l’on interdira pas ces paris sur la fluctuation des prix,(c’est-à-dire la spéculation) il n’y a guère d’illusion à se faire quant à une reprise de la croissance.( lire les articles de Paul Jorion).

              http://millesime.over-blog.com

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