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Accueil du site > Actualités > Economie > L’innovation et le mirage de la recherche

L’innovation et le mirage de la recherche

L’innovation est un enjeu majeur pour l’avenir du pays. Les programmes politiques en gestation pour les prochaines élections présidentielles ne se privent pas de le rappeler. Mais la confusion entre la recherche et l’innovation a la vie dure. Il faut la dissiper.

L’innovation est une nécessité. L’ébauche de programme émise par le PS préconise une fois de plus d’investir dans la recherche. L’intention est louable mais les résultats sont aléatoires : de la recherche à l’innovation, le chemin est plus difficile qu’il n’y paraît. Trois exemples récents le prouvent.

La vague de folie d’il y a quelques années autour de la « nouvelle économie » est née d’une révolution technologique. Une nouvelle capacité offerte au grand public, sous forme de réseau Internet et de communications mobiles, a été en avance sur ses applications pratiques. Dans un bouillonnement relayé par les investisseurs, les start-up n’étaient pas en manque de créativité. Très peu ont survécu ; elles n’étaient que des idées. Trop en avance sur son temps, la technique a sondé les imaginations pour y trouver des applications possibles, mais manifestement pas favorables. Les faits ont parlé : en fécondant la nouvelle technologie, l’idée seule n’a pas fait l’offre, parce qu’elle ignorait la demande.

Deuxième exemple : en 1982, maîtrisant la technologie du téléphone cellulaire, les dirigeants du suédois Ericsson se posaient la question du modèle économique à lui donner. En 1990, ils avaient une certitude : le groupe industriel devait s’initier à la logique des produits grand public. Un peu plus de dix ans après enfin, Ericsson tournait la page du mobile. En confiant l’activité à une filiale commune avec Sony, le champion des télécommunications reconnaissait son échec devant le défi qu’il s’était donné. La technique était maîtrisée, les moyens étaient puissants, et la demande était réelle. Mais le marché a préféré les terminaux du concurrent Nokia, comme quoi la demande ne se réduit pas à un besoin : c’est aussi et surtout du désir.

Le troisième exemple, d’une actualité brûlante, est celui du téléchargement gratuit de la musique sur Internet. Contrairement aux deux premiers exemples, la technologie fonctionne et l’application est plébiscitée par un vaste public dont le désir est comblé. En l’occurrence, le chaînon manquant est tout simplement la souplesse institutionnelle permettant aux majors du disque de se convertir dans l’urgence imposée par la technique. Formidable exemple dans lequel la technique, son application et le désir du public ont été premiers ; l’offre et la demande se sont reconnues dans un violent choc amoureux en marge des institutions marchandes, qui ont été prises de court. L’activité a existé avant d’être imaginée, une grande leçon d’humilité pour les concepteurs de stratégie et visionnaires professionnels en tous genres. L’innovation participe du spontané ; elle est une production de la réalité dont les fondements ne se réduisent pas aux processus des entreprises.

Start-up et grandes entreprises sont sujettes à la production d’un délire, les unes par excès d’imagination, les autres par excès d’institutionnalisation. Contrairement aux idées reçues, l’innovation est issue du monde des faits. Innover, c’est tester la réalité, et non pas l’imaginer. Tous les entrepreneurs ont cette qualité qui consiste à n’adhérer qu’au réel. S’ils croient en leur projet, c’est parce qu’ils croient à la réalité dont ils l’extraient.

Ces exemples ne sont pas pris au hasard. Ils montrent que l’innovation n’est pas un prédicat de la recherche scientifique. Elle est d’abord une étincelle du désir qui soude instantanément l’offre et la demande des acteurs. Il est aussi important de méditer cette leçon tirée des faits que de stimuler la recherche scientifique.


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10 réactions à cet article    


  • nono (---.---.94.25) 5 juin 2006 13:04

    c’est vrai que de regarder la télévision sur un timbre poste (téléphone portbale) c’était indispensable....

    Surtout que les études sur les effets des ondes n’arrivent pas aux mêmes conclusion (études inédpendantes et etudes payés par les oéprateurs de mobile)

    On pourrait aussi se pencher sur les merveilleux medicament miracle coupe fain qui agisse sur le cerveau et qui ont tous étéient retiré du marché une fois que la phamarcovigilance a suffisament de mort sur les bras....

    LE dernier en france le réductyl retiré du marché 5 ans apres sa commercialisation. http://thera.info/article.php?sid=1141

    Mais l’industrie phamaceutique ayant encore besoin de se faire rembourser des recherches elle nous prépare encore la sortie d’un médicament qui releve de la cour des miracles....l’ACOMPLIA de sanofi...

    « ACOMPLIA agit à la fois sur l’obésité (perte de poids), le tabagisme (arrêt du tabac) et le cholestérol (en augmentant le bon cholestérol et en diminuant les triglycérides). »

    http://www.doctissimo.fr/medicament-ACOMPLIA.htm

    Moi quand je vois des affirmations des laboratoires pareils je reste sceptique notamment quand on regarde l’histoire de tout les médicaments coupe fain qui agissent sur le cerveau.... Ensuite ces médicaments sont il prenable a vie pour gérer la pulsion de faim que recent le cerveau ??? La puérilité des médias face a l’industrie pharmaceutique... est lamentable.

    Mais on pourrait se donner rendez vous dans 5 ans ici pour parler de la carriere de ce médicament....

    D’ailleurs on parle bien dans la rubrique finance du figaro de ce block-buster http://bourse.lefigaro.fr/actualite/default.asp?NumArticle=52052&source=FI

    Le probleme c’est que les labos plus sont plus dans la page finance ou les rubriques people dans la presse avec la pillule micracle qui fait maigrir...pour finir plus tard quelque années dans la rubrique fait divers pour les morts et le retrait du marché....

    Dans l’industrie phamaceutique on est dans la croyance et la mystification de la pillule miracle....

    Pendant ce temps la recherche sur les hépatites et le palludisme qui font nettement plus de morts elle n’avance pas...


    • Didier Toussaint (---.---.79.250) 5 juin 2006 21:15

      Le cas de l’innovation dans le domaine de la santé est complexe. Les rigidités institutionnelles de l’entreprie interfèrent moins que dans d’autres secteurs. C’est le sens donné à la nouveauté qui peut être dans certains cas arbitraire, ou du moins orienté. Mais les mécanismes organisationnels de l’entreprise ne me semblent pas être un frein à l’innovation en tant que tels. On pourrait dire à la limite que l’innovation dans le domaine des produits pharamceutiques penche fortement du côté du marketing, mais elle a lieu dans le cadre d’un business model très stable.


    • Jean-Pierre An Alré (---.---.98.40) 5 juin 2006 17:33

      Bonjour

      Bon l’innovation réussie ne se crée pas par un processus délibéré. Mais encore ? Avez vous une recette à proposer ?

      Si personne n’organise de la recherche, il y a peu de chance qu’on aboutisse quelque part. Ce qu’il serait bon de dire c’est que l’innovation n’est pas issue directement des labos et qu’elle n’est pas la propriété des bailleurs de fonds.

      Un excellent exemple c’est les laboratoires de Xerox à Palo Alto dans les années 70 qui ont créé un langage objet encore fameux (Smalltalk) et un système de fenêtrage, les Bells labs qui ont énormément innovés (Unix, les transistors) et qui n’ont jamais bénéficiés de tout ça, aussi Fairchild avec des transfuge des Bell labs.

      Et finalement c’est Microsoft et Apple qui ont volés l’interface à fenêtre de Xerox, Intel qui a pillé Fairchild. WTC est fondé par des transfuges de Motorola, Sun clone Smalltalk et le rebaptise Java, etc..

      Ma recette pour l’innovation ? Des laboratoires publiques recrutant des jeunes suffisamment associaux pour être inemployable par une struture privée et capable de faire des raccourcis inaccessibles au commun des mortels...Et un réservoir à jeunes requins qui rôdent autour. Aux premiers l’emploi stable (et même parfois l’emploi tout court) aux seconds la joie du succès éventuel mais aussi le stress et la probabilité très grande d’échouer.

      Jean-Pierre


      • Didier Toussaint (---.---.79.250) 5 juin 2006 21:24

        Le lien entre la recherche et ses applications est lié à un subtil arbitrage entre liberté créatrice et rationnalité économique. Vous avez raison de distinguer la logique des laboratoires et celle de l’application. Je ne suis pas sûr qu’il soit bon d’inféoder la recherche à ses retombées économiques. En revanche, ceux que vous nommez les « requins » remplissent une fonction incontournable dans l’organisation de la filière.


      • toy (---.---.144.116) 5 juin 2006 19:31

        C’est aussi beaucoup un problème de culture. Jusqu’à une période assez récente, un chercheur d’université qui voulait travailler avec une boite du privé, afin de développer et de commercialiser un nouveau produit, était très mal vu par ses collègues, excepté dans certains labo de grandes écoles. Maintenant, ca va mieux, mais il manque souvent des cellules de transfert technologique et d’innovation qui jouent réellement un rôle de coordination entre les centres de recherche et les entreprises, les deux ayant des contraintes et des objectifs très différents. Un bon partenariat est souvent créé, non pas entre deux organisations, mais entre deux personnes qui se font confiance.

        De plus, il n’y a pas tellement de sensibilisation à la propriété intellectuelle dans les milieux scientifiques, et c’est un gros problème lorsqu’on compare la France aux USA, à la GB, au Canada, où les étudiants recoivent dès leur fomation initiale des cours là-dessus et ou chaque université possède un service spécialisé dans ce domaine. Enfin, un scientifique qui s’engage dans cette voie ne sera pas forcément reconnu et évalué à sa juste valeur, car il aura des difficultés à publier sur des sujets confidentiels. Même s’il ramène pas mal d’argent à son laboratoire, il prend le risque de ne pas pouvoir être reconnu au niveau de l’avancement à sa juste valeur. C’est d’ailleurs pour cela que des labo de GB préfèrent breveter aux USA qu’en Europe, car il est plus facile ensuite de publier.


        • Didier Toussaint (---.---.79.250) 5 juin 2006 21:28

          La relation université-privé est assez difficile en France. Il est vrai que notre culture tend à opposer deux mondes aux objectifs distincts.


        • FP SOULAGES (---.---.225.150) 5 juin 2006 21:22

          l’article de didier toussaint est absolument formidable et nous ouvre des perspectives remarquables


          • P.Escande (---.---.159.170) 9 juin 2006 23:49

            L’article est intéressant, car il ébranle certaines de nos certitudes. D’abord, l’auteur reconnaîtra certainement que si la recherche n’est pas une condition suffisante à l’innovation, elle reste tout de même une condition nécessaire. Mais là où je suis conduit à m’interroger, c’est la conviction que j’avais que ce sont les entreprises qui créent les besoins. Vision certainement simpliste, et trop mécanique. Elles ne peuvent y parvenir que si elles sont capables d’appréhender ce désir dont parle l’auteur, et de lui donner une forme concrète. Vaste domaine d’investigation.


            • Jean-Pierre An Alre (---.---.43.177) 11 juin 2006 23:16

              Bonjour

              Je ne pense pas que les entreprises créent les besoins si il s’agit de besoins réels, les clients les trouvent alors tout seuls comme expliqué dans l’article : Les Telcos inventent le WAP et les clients créent le SMS. Le SMS c’était quelque chose qui devait servir à la maintenance essentiellement. Mais aujourd’hui personne ne se rappelle que la vedette c’était le Wap (il y a 4 ans tout juste !).

              Les entreprises peuvent créer des besoins artificiels : C’est dommage mais ça existe et c’est un des vrais reproches qu’on peut faire aux entreprises (genre Coca Cola, Adidas et tutti quanti).

              Et puis il y a un problème culturel, on veut faire croire qu’une personne ayant un bon bagage universitaire est plus rationelle qu’une autre avec un cursus plus limité : C’est faux, les gens sont irrationnels, les leaders cherchent la promotion, le pouvoir, l’auditoire au mépris de la réussite de leurs propres projets. Les suiveurs suivent n’importe quoi tout simplement à cause d’un phénomène de groupe : On ne peut remettre en cause ce que décide un chef. Le consensus s’établit toujours très vite. Les opposants ne peuvent commencer à s’exposer que quand le bateau commence *manifestement* à couler.

              Nous sommes des animaux un peu dérangés... Il faut regarder ça de loin et s’en amuser...

              Jean-Pierre


              • Didier Toussaint (---.---.196.174) 12 juin 2006 09:59

                Doit-on encore raisonner en termes de « besoins réels » ? Le SMS en était-il un ? Comme vous le dites, le WAP était l’intention, le SMS la réponse. Cela ne prouve-t-il pas que le besoin est une illusion ? Dans le cas contraire, il n’y aurait pas cette incertitude constante entre l’offre et la demande.

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