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L’intelligence économique peut-elle avoir son utilité en Afrique ?

Depuis quelques années, les bouleversements que connait l’économie mondiale provoquent des changements dans plusieurs domaines. Aujourd’hui, à l’ère de l’information, savoir maîtriser son environnement est plus que vitale aussi bien pour les entreprises que pour les nations elles-mêmes. Il s’agit surtout de l’information économique abondante, parfois éparse et diversifiée. Ainsi face à cette situation en constante évolution, il convient de bien comprendre ce qui nous entoure, autrement dit comprendre son environnement, c’est savoir s’informer. En clair, la principale articulation de cette démarche réside dans la recherche d’information économique à usage stratégique surtout dans sa diffusion.

 C’est ce que des continents comme l’Europe ont compris depuis près de deux décennies ; la capitalisation et utilisation stratégique (protection et diffusion) de l’information notamment celle à caractère économique. Vraisemblablement, des méthodes et des pratiques existent pour mieux s’approprier l’information la plus utile. Il s’agit entre autres des outils de surveillance comme les différents types de veilles et dans un sens plus large de l’Intelligence Économique devenue une discipline à part entière et exclusive.

Bien que la toile de fond de cette analyse ne soit pas de faire l’historique de l’intelligence économique, il s’avère nécessaire de souligner une approche définitionnelle de cette discipline, donnant les nouvelles orientations mondiales, avant de poursuivre sur sa probable utilité et usage en Afrique. En effet, l’intelligence économique répond à plusieurs besoins qui vont de la surveillance à la diffusion et la protection de l’information et elle se distingue de l’espionnage industriel car elle utilise des moyens légaux et connus de tous. Ainsi, dans un objectif simpliste, on retiendra l’une des toutes premières approche en l’occurrence celle de Harld Wilensky qui définit l’intelligence économique comme une activité de production de connaissances servant les buts économiques et stratégiques d’une organisation, recueillie et produite dans un contexte légal et à partir de sources ouvertes. Cette définition englobe plusieurs réalités, mais en résumé l’intelligence économique est la production systématique d’informations à usage économique et stratégique avec des fondements juridiques à partir de sources accessibles.

L’intelligence économique telle que imaginée par les pays occidentaux, avait pour objectif d’accroître leur performance économique, car d’un point de vue stratégique le mieux est toujours l’ennemi du bien. S’assurer le contrôle exclusif de certains secteurs clés de l’économie à partir de la maîtrise totale de l’information était leur nouvelle vision. Bien vrai que cette activité fut au départ celle des entreprises, elle devient de plus en plus un enjeu d’Etat, c’est-à-dire on se serait tourné vers un patriotisme économique. En réalité, après le Japon dans les années 1970 et les Etats-Unis dans à la fin des années 1980, la France s’est lancée à son tour dans cette démarche au début des années 1990. De plus, dans le contexte européen la France n’est pas la seule à avoir mis en place une politique d’intelligence. Pour certains pays comme l’Allemagne et le Danemark elle s’est traduite par une sorte de protection des domaines dits stratégiques aux autres puissances étrangères. C’est la preuve de la mise en place de dispositif à long terme de contrôle des investissements à l’ordre public.

Au regard de toutes ces démarches qui rappelleraient étrangement le protectionnisme, comment l’Afrique pourrait-elle orienter son économie en intégrant une démarche d’intelligence économique. Dans la mesure où une démarche d’intelligence économique serait utile à l’Afrique, comment doit-elle s’organiser ?

Par ailleurs quelle identité d’intelligence économique l’Afrique peut-elle se faire tout en considérant l’existence d’optique offensive et d’accumulation de capitaux par les multinationales ? Les Etats africains peuvent-ils avoir le contrôle exclusif des domaines dits stratégiques de leur économie en suivant les principes de l’intelligence économique ?

 L’organisation d’une démarche de l’IE en Afrique serait l’un des défis stratégiques du 21ème siècle pour le continent. Loin de toutes interprétations normatives, l’application correcte d’une bonne démarche de l’IE pourrait réduire les erreurs dues à l’inertie de l’économie africaine.

Les décisions pragmatiques d’urgence et les improvisations qui animent le quotidien des instances gouvernementales doivent laisser la place à une démarche de plus en plus cohérente, à une gestion plus dynamique de l’économie. Une fois ce problème résolu, il va falloir déterminer les secteurs dits stratégiques ou sensibles de l’économie. Cette action peut se mener par pays en suivant une démarche africaine globale.

L’Afrique qui ne représente que 2% des échanges mondiaux doit mettre en une politique efficace permettant surpasser son statut de continent commercialement faible. La mise en place d’une démarche stratégique comme l’Intelligence Economique améliorait les performances des entreprises africaines. En la matière la Chine a su garder le contrôle de son économie avec une ouverture prudente de celle-ci. En effet, elle s’est appuyée les investissements étrangers pour mettre à niveau du point de vue technologique et managérial de l’économie, mais de façon qui reste limiter à certains secteurs. C’est cette orientation qui favorise aujourd’hui la croissance extraordinaire de son économie.

L’Afrique doit savoir tirer d’avantages des transferts technologiques ; le rôle des entreprises africaines ne doit plus d’être commercial mais de production et de conception. L’illustration de cette nouvelle compréhension de l’économie s’est vérifiée lors de l’achat des avions de guerre à la France par le Brésil. En achetant ces avions le Brésil s’est assuré également du transfert de la technologie de conception de ceux-ci. L’usage de l’IE doit servir cette cause avec une vision intégrée des modèles français et américains. En France la politique offensive des entreprises a permis de développer plusieurs groupes privés servant les intérêts de l’Etat comme les multinationales et la politique défensive réservée à l’Etat se concentre sur les dispositifs de protection contre les investisseurs non nationaux. A l’instar de la France la plupart des grands pays européens se sont dotés de politiques d’intelligence économique avec des spécificités propre à chaque pays. Cependant aux Etats-Unis la distinction entre l’aspect offensif et défensif de l’IE n’est pas trop perceptible. La communication entre les secteurs militaire et civil est plus présente.

Tout en se référant aux modèles susmentionnés l’Afrique peut à l’instar des pays arabes contrôler parfaitement ses matières premières, de l’exploitation à la commercialisation. Pour ça il faut une approche positive de l’IE qui serait une parfaite combinaison des modèles européen, américain et asiatique dans un contexte africain. Il faut désormais anticiper à l’américaine, agir comme les européens et analyser comme les orientaux dans un contexte africain. L’Afrique doit, à l’ère de l’information, répondre à une question plus que stratégique ; quel doit être mon business ?

En somme la normalisation, la sécurisation et la diffusion de l’information économique dans le secteur des ressources naturelles doivent se faire par les africains eux-mêmes en suivant une logique moins politique. C’est à ce prix sans doute que l’Afrique pourra achever son indépendance économique. 



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