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Accueil du site > Actualités > Economie > L’Or et la Liberté

L’Or et la Liberté

Dans un essai extraordinaire - et prémonitoire - datant de 1960 et intitulé « L’Or et la liberté économique » ( « Gold and Economic Freedom » ), celui qui n’était pas encore qualifié de « maestro » - Alan Greenspan - notait (en traduction libre ) que « dans un système où est en vigueur l’étalon Or, le montant du crédit toléré par une économie est soutenu par des actifs tangibles ». Poursuivant son plaidoyer en faveur d’un tel régime qui empêche les Etats de s’engager sur la pente savonneuse du crédit excessif, Greenspan affirmait que, « les déficits des Gouvernements sont simplement une confiscation de la richesse qui ne peut survenir en présence d’un étalon or agissant comme un protecteur des droits à la propriété ». Notre configuration financière actuelle n’a plus, à l’évidence, que peu de points communs avec le contexte des années 60. La globalisation, l’intégration et l’interdépendance des économies ayant même eu des conséquences à certains égards pire que lors de la crise des années 30...

Déroute de LTCM, implosion des valeurs technologiques, effondrement de l’Euro sous la barre des 0.90 dollar, liquéfaction du marché immobilier, débâcle du billet vert atteignant 1.60 vis-à-vis de l’Euro, gel de tout crédit, déroutes de Banques majeures...Les crises financières et monétaires qui se succèdent depuis une grosse décennie tout en prenant une ampleur dramatique ne font que souligner le besoin impérieux tout à la fois de cette sobriété comptable et financière vantée en 1960 par Greenspan - mais jamais appliquée quand il était aux affaires - et d’une unité de compte dont la valorisation n’est pas condamnée à se réduire comme une peau de chagrin. 

La confiance - cet ingrédient vital - s’estompe progressivement : comment et pourquoi se fier encore à la monnaie fiduciaire qui perd tous les jours un peu plus de son lustre, aux fonds de retraite et autres plans d’assurance dont la valeur est hypothéquée par une inflation à venir induite par les injections massives de liquidités, à un pouvoir d’achat en berne et à des responsables politiques, financiers et économiques bien plus préoccupés de mesures démagogiques court termistes et d’artifices comptables que de préservation du niveau de vie des générations futures ? Les épisodes de croissance faste ponctués par une dérégulation à outrance et par la suppression de toute surveillance et de toute discipline un tant soit peu restrictive n’ont pu dissimuler le drame qui se jouait inéluctablement en coulisse et qui voyait une montée en puissance de la désaffection vis-à-vis des moyens de paiement et de thésaurisation courants. Les conséquences de plus de trente années de "deficit spending" consistant à dépenser sans compter de l’argent qui ne nous appartenait pas et à enfler nos déficits sont perceptibles aujourd’hui avec cette incontestable perte de confiance dans des monnaies fiduciaires ( il y a théoriquement la notion de confiance dans le terme « fiduciaire » ), monnaies dont la valorisation est aujourd’hui soutenue non plus par des stocks d’or mais par un endettement colossal.

Cette combinaison perdante consistant à s’endetter aujourd’hui en laissant les générations futures gérer le poids de ces ardoises n’a au demeurant en rien été amendée à la faveur de la dernière crise. Les récentes Administrations successives Américaines, Républicaine et Démocrate, ayant effectivement fait preuve d’une réelle obsession à éviter absolument la dépression, fût-ce au prix de porter leurs déficits à des niveaux cosmiques ! Les Etats-Unis - et par extension les pays Occidentaux qui leur ont emboîté le pas - ne cessent de vivre au-dessus de leurs moyens en abusant d’un système qui leur a permis de vivre à crédit jusque là impunément. Cette rigueur que conférait naturellement l’obligation de maintenir des stocks d’or en quantités précises en échange de toute monnaie en circulation n’étant plus de mise dès le début des années 70, certains pays ont pu se vautrer dans un confort tout à fait artificiel, vivant au crochet d’autres nations plus industrieuses, ne parvenant à pérenniser ce système quasi mafieux que par un impérialisme – et parfois par un chantage – financier et géopolitique.

Le miroir aux alouettes entretenu par nos responsables se fissure inéluctablement car leurs manipulations consistant à inonder nos économies de liquidités et à dévaluer les monnaies afin de s’offrir un répit ne font qu’aggraver le chaos ! L’investisseur et le citoyen moyen se retrouvent donc confrontés à la politique des taux d’intérêts nuls qui sont leur seul et unique lot de consolation que peuvent encore offrir leurs Banques Centrales et se demandent s’ils seront mangés et accommodés à la sauce de l’inflation ou de la déflation ?

Le métal jaune, de protection " naturelle " face à l’inflation, acquiert dès lors un statut complémentaire et inédit de refuge à l’encontre de la déflation. Le contexte ambiant des taux zéro aidant, comment ne pas privilégier l’or - cet actif tangible et immuable - en période de déstabilisation et de liquéfaction des institutions et des actifs financiers ? L’expansion sans précédent de la Masse Monétaire provoquera ainsi une nouvelle ruée vers le métal jaune, sorte de quête désespérée d’une civilisation Occidentale en perdition qui s’accroche à une bouée de sauvetage...Inflation ou déflation : Réserve Fédérale US, Banque Centrale Européenne et autres Banque d’Angleterre du monde dit "développé" nous poussent littéralement dans les bras de la relique barbare ( pour reprendre l’expression de Keynes ).

Le mot de la fin revenant au maestro Greenspan - principal coupable de notre déroute financière - qui s’étonnait il y a quelques jours sur Bloomberg : " Il est fascinant de constater à quel point l’or règne toujours comme moyen de paiement ultime sur le monde financier".
 

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12 réactions à cet article    


  • JL JL 4 novembre 2009 13:16

    Bah la menace a remplacé la confiance !


    • plancherDesVaches 4 novembre 2009 14:05

      Bon article, Monsieur Santi.

      Et nous voyons maintenant à quoi mène l’autre extrême du communisme : pas mieux.
      (je vais quasiment regretter l’époque de l’opposition des deux blocs qui a permis d’aller sur la Lune...)(comme quoi, quand on se bat contre un adversaire, on donne le meilleur de soi-même)

      Sinon, un président des US, Truman, a obligé le cours de l’or à revenir à 20% de sa valeur d’achat au plus haut.
      Tuant ainsi le rentier en plus de l’inflation.

      Il y a parfois des présidents américains intelligents.


      • fonzibrain fonzibrain 4 novembre 2009 14:56

        L’or est à 1080 $ l’once et le dollar a un peu baissé à 1, 4785 pour un €

        et dire que que ligaro titre « la croissance revient en europe »
        les pauvres, ils ne savent plus quoi inventer !!!

        • Marc Bruxman 4 novembre 2009 17:10

          Effectivement l’or agit comme un outil de validation. La finance n’est qu’un système d’information qui permet de controler l’affectation des ressources. Autoriser une dette illimitée revient à tricher, le système devient faussé et le libéralisme économique ne peut plus fonctionner vu qu’il se base sur ce système d’information pour fonctionner.

          On peut aussi revenir sur le prix du service publique unique sur tout le territoire. Voir supprimer le tout dans les zones rurales quand c’est devenu trop cher. (La notion de prix par habitant doit primer).

          Dès lors, il faut remettre de la discipline dans les comptes publics même si cela doit être douloureux. Il ne faut plus payer des études jusqu’à 25 ans pour des gens qui vont finir caissier au carrefour. Car l’éducation a un coût important et que si c’est pour être à la caisse, un brevet des collèges suffit. Il faut rationaliser nos programmes militaires avec les autres pays d’europe. Il faut vendre le maximum de biens immobilliers d’état et d’entreprises publiques dans le même temps pour éponger la dette au maximum.

          Il faut également supprimer (interdire) toutes les dépenses de communication des élus. Plus de torchons de la commune ou de l’état payé par le contribuable.

          Et surtout il va falloir revenir sur la sacro sainte sécurité de l’emploi des fonctionnaires car il est clair qu’ils sont trop nombreux et qu’il faut restructurer le tout violemment.

          A ceux qui vont rétorquer défense du service public, je répondrai que des comptes publics à l’équilibre permettront de moins nourrir les financiers (moins d’intérêts à payer tous les ans) et donc à terme d’affecter les économies réalisées pour moitié à des baisses d’impôts et pour moitié à des nouveaux investissements utiles (routes, métro). Mais que lorsque les comptes seront équilibrés.


          • plancherDesVaches 4 novembre 2009 19:26

            « Effectivement l’or agit comme un outil de validation »
            Ha ha ha ha ha ha

            Encore un qui croit que tout ce qui brille est or...
            Truman avait imposé le rachat de l’or à 20% de sa valeur maximale lors de cette merveilleuse crise de 1929.

            "Il faut également supprimer (interdire) toutes les dépenses de communication des élus. Plus de torchons de la commune ou de l’état payé par le contribuable."

            Ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha

            Au moins, on voit par là que vous n’êtes ni politique, ni fonctionnaire.

            Mais certainement de ces individualistes forcenés qui ont donné cette gentille crise.

            Faschistement votre.


          • Le péripate Le péripate 4 novembre 2009 18:04

            Il faudra un jour que Greenspan écrive ses mémoires pour nous expliquer comment il est passé du libertarien assidu du salon d’Ayn Rand au banquier central qui a alimenté la création monétaire comme même Keynes n’aurait peut-être pas osé.

            Le mystère du pouvoir qui corrompt, je ne vois que ça.


            • plancherDesVaches 4 novembre 2009 19:32

              Corrompre est pourtant dans votre nature, et vous montrez que vous le comprenez très bien. Pourquoi critiquer un collègue.. ???


            • Le péripate Le péripate 4 novembre 2009 21:00

              Dites vous, que par nature, je suis corrompu ? Il serait temps que vous réalisiez que vous ne valez pas mieux qu’un raciste ordinaire.


            • Piotrek Piotrek 5 novembre 2009 09:12

              Greenspan affirmait que, " les déficits des Gouvernements sont simplement une confiscation de la richesse qui ne peut survenir en présence d’un étalon or agissant comme un protecteur des droits à la propriété « 

              J’ignorais totalement que Greenspan ait pu dire ceci, je ne peux pas croire qu’il ait pu »changer d’avis" lorsqu’il etait a la tete de la FED, bref je suis totalement sur le cul et je me demande quelles peuvent bien etre les raisons d’un tel ecart de conduite de sa part


              • pmxr pmxr 5 novembre 2009 09:27

                Je pense plus que l’or soit un refuge, il faut trouver autre chose. Un constat tout de même, les politiques ont deconnecter l’or de la monnaie papier, et ont fait tourner la planche à billets. La pagaille est devenue mondiale ! Enfin on va pas manquer de papier pour rouler nos cigarettes depuis les accords de la Jamaïque !


                • ZEN ZEN 5 novembre 2009 10:13

                  Oui, car l’or dure
                  Bon, je m’en vais...


                  • lechoux 5 novembre 2009 18:37

                    Mr santi,

                    Vos articles sont toujours intéressants.

                    Mais concernant ceci : « Le métal jaune, de protection » naturelle « face à l’inflation, acquiert dès lors un statut complémentaire et inédit de refuge à l’encontre de la déflation. Le contexte ambiant des taux zéro aidant, comment ne pas privilégier l’or - cet actif tangible et immuable - en période de déstabilisation et de liquéfaction des institutions et des actifs financiers ? »

                    Vous ne cherchez qu’à garantir un revenu à un rentier. Cela ne résout pas les problèmes de survie pour la plupart d’entre nous. Je n’ai que faire de l’or, tant que je peux pas l’utiliser pour me nourrir. L’évolution du cours de l’once ne sauvera pas non plus notre économie. Privilègiez-vous le conseil auprès des rentiers à la survie de notre économie ?

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