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Accueil du site > Actualités > Economie > La Banque Centrale Européenne agit pour le bien commun

La Banque Centrale Européenne agit pour le bien commun

« Monsieur Trichet a remonté les taux d’intérêt européens de 0,25 % ». Ainsi personnalise la presse, comme si une seule personne, fût-elle éminente, était le dieu des Liquidités, qui décide de la monnaie en circulation et du bien-être de chacun.

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Banque Centrale Européenne Directoire

Beaucoup de spécialistes des marchés interrogés, dans leur vocabulaire limité par leur formation exclusivement matheuse, comme par le stress permanent du trading, ramènent toutes les décisions de la BCE à celles de la Fed, la Banque centrale des États-Unis. Par un raccourci saisissant, ils voudraient que ce que fait l’Amérique, le monde entier le fît. Or, il n’en est rien, l’Europe institutionnelle n’est pas un État fédéral comme les États-Unis. Les hommes politiques, surtout quand ils sont français, se plaisent à mêler dans la même critique la politique monétaire européenne (sous la responsabilité pleine et entière de la BCE) et la politique budgétaire (de la compétence des États et de la Commission), comme les grandes décisions de politique économique (qui appartiennent à chaque État pour les aspects nationaux). Cela leur permet de se défausser à bon compte sur « Bruxelles » en brouillant volontairement l’écart qui subsiste en Europe entre union monétaire et union politique. Chacun peut être plus social, ou plus en faveur de la liberté, plus jacobin ou plus européen, peu importe ; ces écarts de tempéraments, donc de politiques, s’ils sont légitimes, ne peuvent se passer de la réalité. La biaiser systématiquement, interpréter les actes des institutions comme autant de complots machiavéliques est non seulement manipulateur, donc mensonger et aliénant, mais aussi aveugle. Cela empêche toute politique concrète efficace. La BCE ne peut pas agir comme la Fed, parce que l’Europe de l’euro n’est pas une fédération d’États-Unis. Cela semble clair, pourtant les commentateurs n’en tirent jamais la moindre conséquence.

Les statuts de la Banque centrale européenne ne sont pas ceux de la Réserve fédérale américaine. Leurs objectifs, fixés par le législateur, diffèrent, et chaque banque centrale doit se conformer aux statuts qui la fondent. Aux États-Unis, la Fed a pour mission de « maintenir la croissance à long terme de la monnaie et du crédit à la mesure de la croissance potentielle à long terme de l’économie, afin d’assurer dans les faits les objectifs du plein-emploi, des prix stables et des taux d’intérêt à long terme modérés » (Act of november 16, 1977). Dans la zone euro, « l’objectif premier de la BCE est de maintenir la stabilité des prix. [...] Sans préjudice de cet objectif de prix stables, la BCE soutient les politiques économiques générales dans l’Union avec la volonté de contribuer à atteindre les objectifs du traité d’Union en son article 2 » (article 105.1). Ces objectifs sont « un haut degré d’emploi et une croissance soutenable non inflationniste ». Mais cela ne vient qu’en second, et pour toute une zone, éclatée en États autonomes. Selon Jean-Claude Trichet, une inflation contrôlée permet de maintenir les taux d’intérêt, à moyen et long termes, à un niveau modéré. Les entrepreneurs, les investisseurs et les épargnants ont besoin de confiance dans la maîtrise de l’inflation, donc de confiance en la BCE qui a la charge de son contrôle.

En résumé, l’esprit des statuts de la Banque centrale américaine est actif : il s’agit de promouvoir la croissance. En Eurolande, il est passif : la priorité est de prévenir l’inflation. L’Américaine est un acteur, le législateur a voulu qu’elle agisse positivement, qu’elle ait un pouvoir. L’Européenne est un surveillant : le législateur a voulu qu’elle empêche surtout les gouvernements de faire - comme avant- de la dette sans contrôle, des déficits sans limite, de l’inflation sans garde-fou. Il n’existe pas d’État fédéral européen, donc pas de politique économique commune intégrée, où la monnaie aurait un rôle actif d’instrument coordonné. L’offre de monnaie est la résultante de politiques disparates, et non pas un instrument qui agirait « avec » ; il « accompagne » seulement, et « limite ». La politique économique est encore décidée pour l’essentiel dans chaque État, le budget communautaire étant très réduit. Les écarts entre les pays de l’Union sont bien plus grands que ceux qui différencient les États fédérés américains : outre la langue (deux aux États-Unis, dix-sept en Eurolande), le poids du secteur public n’y est pas homogène, le rôle des taux d’intérêt dans l’emprunt immobilier non plus, le contrôle démocratique encore moins...

Jean-Claude Trichet n’est ni Alan Greenspan, ni le prochain président du Conseil des gouverneurs de la FED, Ben Bernanke. Ces différences ont leur importance. M. Bernanke est un économiste, un praticien et un Américain. M. Trichet est un énarque, inspecteur des finances passé par les ministères (économie, industrie, trésor) avant de prendre la tête de la Banque de France, et un Français. Ces deux personnes sont éminentes, et leur compétence ne saurait être mise en doute. M. Trichet, que j’ai eu maintes fois l’occasion de rencontrer, est en outre un homme charmeur, d’une grande intelligence, et qui se plaît à citer les poètes, notamment Saint-John Perse. L’Américain est chef d’équipe, théoricien et pragmatique, nommé pour quatorze ans ; le Français est président, nommé pour huit ans, d’un directoire exécutif qui chapeaute le Conseil des gouverneurs, représentés à raison d’un par État membre de la zone euro, soit au nombre aujourd’hui de dix-huit.


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Argoul

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