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Accueil du site > Actualités > Economie > La BCE embarque dans le TGV « Yuan »

La BCE embarque dans le TGV « Yuan »

La BCE a convenu d'un accord de swap monétaire avec la Banque populaire de Chine pour un montant de 45 milliards d'euros. Le Yuan vise la suprématie mondiale.

 La BCE et la Banque Populaire de Chine (BPC), la banque centrale chinoise, ont annoncé jeudi avoir passé un accord d'échange de lignes monétaires (currency swap lines) pour un montant de 350 milliards de yuans et 45 milliards d'euros sur une période de 3 ans.

Mise à la disposition des de yuans et d'euros

En quoi consiste cette opération ? Ces accords passés entre banques centrales permettent aux institutions respectives de fournir à leurs banques commerciales des devises émises par l'autre partie contractante. Autrement dit, il s'agit de s'assurer que les banques chinoises puissent disposer facilement de liquidités en euros, tandis que les banques de la zone euro pourront disposer aisément de yuans auprès de la BCE. L'objectif est de fluidifier les échanges économiques entre les deux zones. En effet, malgré une libéralisation croissante, l'accès aux yuans reste pour l'instant complexe et coûteux aux entreprises européennes. C'est toujours la BPC qui fixe chaque jour un cours-pivot de la « monnaie du peuple », maintenant les flux de capitaux entre la Chine et le reste du monde restent sous contrôle. Du coup, faire du commerce avec la Chine demeure difficile pour les entreprises européennes et passe souvent par des implantations à Hong Kong ou Singapour afin de pouvoir disposer d'un accès au Yuan. Dans l'autre sens, le rapatriement des bénéfices réalisés en yuans est également complexe.

Les Chinois décidés à jouer un rôle majeur au Yuan dans les échanges mondiaux

Ce contrôle et ces freins font que l'usage du yuan dans les transactions internationales demeure encore loin de la place que la Chine (deuxième économie mondiale en passe de devenir la première) tient dans le commerce international. Afin de remédier à cela et de réduire sensible la dépendance au dollar de l'économie chinoise, le gouvernement chinois a entamé en 2008 un mouvement d'internationalisation du yuan parallèlement à l'avancée vers une plus grande libéralisation du taux de change. Cela passe par la multiplication des accords de swaps avec les banques centrales. Après les pays proches (Taïwan, Japon, Russie, Indonésie) ce fut le tour de l'Argentine, la Biélorussie et, en juin dernier, le Royaume-Uni. Sur le plan interne, au 1er janvier prochain, la nouvelle zone économique de Shanghai devrait bénéficier d'une libéralisation accrue des taux de change.

Une attaque frontale du dollar ?

Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises dans ces colonnes la volonté des Chinois et des Russes de contester la suprématie du dollar. Certes, l'euro est déjà la principale monnaie de facturation du commerce mondial, selon Swift, mais le dollar conserve largement son avance en tant que monnaie de réserve. La stabilité de la zone USA est incomparable, même en période de shutdown, à celle de la zone Euro qui traîne son "Club Med" comme un boulet. Après l'échec , celle préférée par les Etats et les banques centrales. La raison en est simple : la puissance politique des Etats-Unis apporte une garantie qui n'existe pas pour l'euro. Les projets de monnaie de réserve mondiale ayant sombré dans les méandres d'une affaire de mœurs (comme je l'explique dans l'article cité plus haut), les Chinois sont décidés à jouer leur propre carte. Après la conquête du commerce mondial, les voici à l'assaut (entre autres, car leur offensive sur les réseaux d'information mériterait une enquête approfondie) à l'assaut de la monnaie. La stabilité politique de "l'Empire du Milieu" fait potentiellement du Yuan une monnaie de réserve. Même si l'image dictatoriale du régime de Pékin n'incite pas pour l'instant les investisseurs internationaux à conserver leurs liquidités en yuans, rappelons que certains acteurs comme le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick, avaient, dès 2009, prévenu que le yuan pourrait menacer la suprématie du dollar d'ici « 10-15 ans. »

Et la BCE, dans tout cela ?

SI l'un des objectifs de la création de l'Euro était de concurrencer le dollar, il faut reconnaître que sur l'aspect "monnaie de réserve", notre devise est mal positionnée. Les dirigeants européens ont beau s'agiter dans tous les sens et répéter à l'envie "fédéralisme fédéralisme", les peuples d'Europe sont de moins en convaincus qu'un gouvernement européen, qui plus est aux mains de fonctionnaires, soit un avenir acceptable. Les prochaines élections européennes, qui risquent de faire du groupe parlementaire "eurosceptique" le plus important du parlement, en apportera la confirmation. Dans ce contexte, la BCE a tout intérêt à ne pas laisser passer le train du Yuan. Londres avait pris les devant avec l'accord de swap de juin dernier, la Suisse a passé en juillet un accord de libre-échange avec la Chine qui fait de la place de Zurich le point de chute idéal pour les échanges monétaires entre le vieux continent et la Chine. Les entreprises européennes, et en particulier allemandes, devaient pouvoir bénéficier d'une place de change dans la zone Euro. Ce sera Francfort. Sur ce coup là, la BCE ne s'est pas laissée distancer. Reste à savoir maintenant quel pourra jouer l'Euro dans le choc frontal qui s'annonce entre le Yuan et le Dollar..... 

Article paru sur MaVieMonArgent.info


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10 réactions à cet article    


  • Rincevent Rincevent 11 octobre 2013 21:55

    Heu, bon, ça n’a pas l’air de passionner les foules votre article, trop technique peut-être. Maintenant, pour répondre à votre question finale sur le rôle de l’Euro, je serais tenté de dire : supplétif, au mieux. Mais supplétif de qui ? D’un Dollar Monopoly ou d’un Yuan assis sur des réserves d’or en constante augmentation ?


    • TDK1 TDK1 12 octobre 2013 15:56

      Bonjour Rincevent,


      C’est bien la question. Politiquement, l’Europe est à la remorque des USA. Certains pays, comme la France ou le Royaume Uni, ont même une unanimité politique pour aller encore plus loin dans la vassalisation à l’oncle Sam, comme de récents événements nous l’ont démontré. Économiquement, les choses sont moins tranchées. Les USA restent la première puissance économique mondiale, mais les réserves de développement et de progrès des exportations se situent clairement en Chine et en Asie. 
      S’il fallait parier, je parierais sur le dollar car nos dirigeants politiques sont de fieffés crétins, incultes en matière économique.
      S’il fallait espérer, je rêverais d’un espace européen dépouillé de ses mythes fédéralistes, débarrassé de ses boulets du Club Med, d’une monnaie renforcée avec l’apport du Royaume Uni et de la Norvège et qui entre dans l’arène... L’Euro est aujourd’hui la première monnaie mondiale pour les échanges économiques. Out les clochards menteurs et tricheurs, reprise en main de la politique économique de la France et de l’Italie, arrivée de la Grande Bretagne, elle peut devenir aussi la première monnaie de réserve... Mais, bon, j’ai bien dit, « s’il fallait espérer »... Vu les connards qui nous gouvernent et la crasse lourde de ceux qui prétendent leur succéder, il ne me reste qu’à rêver avec mon verre de Havana Club à la main !

    • Croa Croa 11 octobre 2013 22:32

      45G€ ce n’est pas énorme pour des échanges internationaux sur plusieurs années. Cet arrangement est, à priori, purement technique et ceux qui y voient de grandes manoeuvres risquent d’y être pour leurs frais... Quoique le ridicule ne soit pas mortel !  smiley


      • TDK1 TDK1 12 octobre 2013 16:04

        Bonjour Croa,


        En fait, si vous avez lu l’article et le lien vers celui que j’avais écrit il y a plus de deux ans, vous verrez qu’effectivement, si vous ne prenez que cet événement, seul, il ne semble pas avoir de grande signification. Mais, comme toujours, il faut le remettre en perspective, l’inscrire dans le mouvement général pour en comprendre le sens. C’est pour cela que j’ai évoqué les autres accords avec les banques centrales et le contexte de contestation de la Chine et de la Russie du rôle prédominant du dollar comme unité de réserve. 
        Cette manière de traiter les sujets me différencie d’avec la plupart des « chroniqueurs ». Enfin, quand j’arrive à remettre la perspective en place et que j’ai le temps de réfléchir et d’écrire...

      • paul 12 octobre 2013 00:30

        ( N’import-kwa, auteur) non pardon, je crois que vous faites un légère méprise cher ami .La Chine se débarrasse vite fait de ses réserves de change considérables en dollars (3200 Md dont 1200 de bons du trésor américains), parce que ces dollars ne sont que des billets de monopoly .

        Elle ne peut pas laisser tomber brutalement le billet vert car il s’effondrerait et ses réserves de change vaudraient peau de balle : elle en fourgue par des investissements à l’étranger qui n’ose pas encore le refuser, elle achète de l’or, des actions, et donc diversifie ses réserves de change dans une vingtaine de pays, dont la Grande Bretagne et l’Europe. En attendant que les EU coulent avec leur hyperinflation, la Chine préserve son économie .


        • TDK1 TDK1 12 octobre 2013 16:07

          Bonjour Paul,


          Je ne vois pas de contradiction entre ce que vous évoquez et ce que j’évoque. Oui, la Chine, depuis plusieurs années, réduit la part du dollar dans ses réserves. Et, oui, aussi, la Chine cherche, petit à petit, à imposer le Yuan comme monnaie de réserve alternative au dollar... Pas de contradiction...

        • paul 12 octobre 2013 16:51

          Bonjour l’auteur,

          Ce qui m’a fait réagir à l’article,c’est cette phrase : « La stabilité de la zone USA est incomparable ...à celle de l’euro qui traine son club Med comme un boulet  » .

           - d’une part, la stabilité économique américaine me semble très contestable,
           - d’autre part nous savons ce qui a provoqué « le boulet » du club Med européen (ce qui est très méprisant pour ces pays), les USA n’y sont pas étrangers avec leurs banques et le FMI,
           - enfin la dollarisation imposée de l’économie mondiale est à l’origine de la crise financière , en fait depuis 1971 et la fin de la convertibilité en or du dollar , aussi je trouve encourageantes les initiatives des BRICS qui veulent rompre avec l’hégémonie du dollar .

          Cela posé, malgré des critiques parfois sévères à l’article, il permet au moins de développer des avis contraires . 


        • COLLIN 12 octobre 2013 08:08

          @ Paul,

          Je crois également que la Chine et la PBC,cherche à tous prix à se débarrasser de son papier vert,et à gonfler ses réserves en métaux ( or et argent ),mais discrètement et intelligemment,car toute publicité,non seulement ferait s’effondrer le « us dollar »,et donc ses réserves,mais ferait aussi flamber le marché des métaux,renchérissant leur achat.
          En sud-est Asie, la pression à l’achat de l’or par les Chinois est énorme.

          Il faut aussi noter que l’Inde,manquant d’or,a récemment parlé de fondre l’or des temples et des palais,c’est dire...

          Mais en « achetant » des « euros »,soit en les échangeant contre des Yuans,elle achète en fait des futurs DM,car les Chinois (qui sont tout sauf des crétins de joueurs de poker),savent bien l’inéluctabilité de la disparition de l’ « euro »,et que cet « euro » sera de fait transformé en DM,ou en « Neu DM ».

          Et cela tombe bien,car la Chine semble bien engagée en business avec l’Allemagne....


          • paul 12 octobre 2013 10:59

            @ COLLIN

            Pour J.Sapir, la chute de l’euro ( c’est toujours sa thèse) préfigure celle du dollar .
            Chine et Russie cherchent à mettre en place une monnaie de réserve internationale, comme les pays de l’ALBA cherchaient une monnaie commune pour fuir l’hégémonie du dollar .
            Pour le moment, Chine et Russie ont constitué un fond commun de 100 millions de dollars .

             
            www.news360x.fr/remise-en-cause-lordre-monetaire-mondial


          • Klisthène 2017 Kxyz 12 octobre 2013 12:13

            les Chinois ont bien compris qu ’il fallait diversifier le placement de leurs devises
             leur économie d ’ exportation ne vit que des marchés intérieurs européens et américains..ils ont tout intérêt à le sécuriser face à la crise qui menace la zone euro.mais ça on en reparlera après les européennes..il ne faut pas affoler l’ électeurs...

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