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Accueil du site > Actualités > Economie > La BCE, trop timide, répête, 20 ans après, les erreurs du Japon

La BCE, trop timide, répête, 20 ans après, les erreurs du Japon

Hier, Mario Draghi a annoncé une nouvelle baisse des taux et un programme de rachats d’actifs. Certains ont accueilli avec emphase ces mesures, « l’artillerie lourde  » pour lutter contre la déflation qui menace de ronger la zone euro. Mais dans la réalité, ces mesures sont totalement insuffisantes.

Trop faible, trop tard dans le cadre des traités
 
Bien sûr, les annonces de la BCE sont spectaculaires, avec un taux directeur qui tombe à 0,05%, et même le taux de dépôt qui tombe à -0,2% (en clair, les banques qui déposeront leur argent à la BCE ne seront pas rémunérées, mais devront payer). L’objectif est de limiter le gel des liquidités, pour pousser l’argent dans le circuit économique. Enfin, Mario Draghi annoncé un programme de rachat d’actifs, comparable aux actions des banques centrales étasunienne, britannique ou japonaise. Dans la foulée, l’euro a un peu baissé. Il est environ 5% moins cher que lors de la précédente baisse des taux en juin, même s’il reste encore au-dessus de son point d’équilibre, du fait des excédents commerciaux de la zone.
 
Même si ces mesures sont positives, elles ne rendront la situation que très marginalement moins mauvaise, comme on le voit depuis plus de quatre ans. D’abord, elles viennent tard, d’autant plus que, seule contre le monde, la BCE avait bêtement monté ses taux en 2011. Ensuite, les taux à 0,05% n’ont rien d’exceptionnel aujourd’hui et, cela n’a pas sorti le Japon de la déflation. En effet, il faudrait aller beaucoup plus loin, même dans le cadre du mandat qu’a la BCE. Mario Draghi pourrait prendre exemple sur son homologue japonais en disant clairement qu’il combattra résolument la déflation, en fixant, par exemple, un plancher au niveau de l’inflation (à 1 ou 1,5%), outre le plafond. Et il pourrait aller plus loin dans l’assouplissement quantitatif : au Japon, la banque centrale rachète pour 10% du PIB de dette publique par an.
 
Et un problème structurel et insoluble

La légère baisse de l’euro, qui reste encore beaucoup trop cher pour nous, la baisse des taux et les rachats d’actifs ne seront pas du tout suffisant, n’en plaisent à ceux qui entretiennent le mythe d’une dévaluation de l’euro. Bien sûr, le rachat des dettes publiques apporterait une petite bouffée d’oxygène, encore qu’à date, les taux battent déjà des records à la baisse. Pire encore, un tel système serait extraordinairement difficile à organiser : comment décider du montant global à racheter, des parts de chaque pays, ou même l’utilisation des intérêts ainsi perçus par la BCE ? Il est bien évident que l’Allemagne refuserait de toutes les façons un tel programme, Angela Merkel ayant annoncé publiquement que les euro obligations ne se feraient pas de son niveau. Et de toutes les façons, cela ne serait pas suffisant.

En effet, les problèmes sont plus structurels. D’abord, il y a les statuts de la BCE et le biais allemand, qui mettent l’inflation avant l’emploi, contrairement aux Etats-Unis. Il serait impossible de changer cela car les Allemands préfereraient sans doute quitter la monnaie unique plutôt que d’accepter une réforme radicale des statuts de la BCE. Pire encore, la monnaie unique est une machine infernale déflationniste  : en effet, plus les salaires sont bas (compétitif, dans la langue néolibérale), plus un pays est compétitif par rapport à ses voisins et donc équilibre son commerce. Avant, on ajustait la valeur de la monnaie. Aujourd’hui, on joue sur les salaires, et cela pousse donc les pays dans la déflation.
 
Si Mario Draghi semble aujourd’hui défier Angela Merkel pour assouplir la politique monétaire de la BCE, il ne faut pas se leurrer. Non seulement ces mesures restent bien légères et superficielles. Mais en outre, il ne cherche qu’à sauver l’euro et son poste. Les européens ne verront pas la couleur de ces mesures.

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9 réactions à cet article    


  • caillou40 caillou40 5 septembre 2014 12:31

    +++

    Juste un effet d’annonce our faire croire que l’UE travaille pour les peuples...Une bien triste comédie de Boulevard... !

    • Yurf_coco Yurf_coco 5 septembre 2014 14:49

      On voit partout dans les journaux en ligne : « Le geste fort de la BCE ! » 

      MDR

      Mais comment est-ce possible qu’on ne puisse pas débattre de cela sur la place publique ?
      Personne pour parler économie, autre que libéralisme ?

      • millesime 5 septembre 2014 18:53

        C’est surtout merveilleux pour les marchés financiers, tout monte, obligations, actions, lesquelles sont sur-évaluées surtout aux US et en Allemagne.
        La « trappe à liquidité » va continuer d’être alimentée par toutes ces liquidités au lieu de s’orienter vers l’économie !
        Tant que la vitesse de circulation de la monnaie reste « cassée » (elle l’a été par les banques centrales) il n’y aura que les marchés financiers qui profiteront de ces liquidités « gratuites ».
        Trappe à liquidités + effondrement de la vitesse de circulation de la monnaie = récession/déflation et donc chute des taux d’intérêt à moyen en long termes en direction des taux à court terme se traduisant par la hausse des obligations d’ Etat... !
        http://millesime57.canalblog.com


        • millesime 5 septembre 2014 19:50

          elles ne sont pas insuffisantes, elles sont inappropriées !


          • Le printemps arrive Le printemps arrive 5 septembre 2014 21:35

            Problème insoluble ????  V’la une solution !

            Au fait, c’est pas une erreur, c’est une stratégie gagnante du système financier.


            • sls0 sls0 6 septembre 2014 07:37

              L’Allemagne devient un pays de vieux comme le Japon, la BCE qui est aux ordres applique une recette pour vieux.
              Pas sûr que la recette soit bonne quoi que le yen qui normalement suite à ces différents QE ne devrait avoir que la valeur du papier se porte encore assez bien mais ils vont dans le mur.

              La France qui est dirigé par le vice-chancelier* Hollande se couche, tant pis pour les générations suivantes. La France qui n’est pas un pays de vieux devrait éviter les recettes de vieux.
              *Si l’on met en parallèle l’obéissance française vis à vis de l’Ukraine on peut remplacer vice-chancelier par carpette.

              Avec les QE aux USA les 0,1% les plus riches ont fait une sacré culbute, les QE européens amélioreront l’ordinaire pour ceux qui ont quelques centaines de millions ou plus à placer. Tout le monde n’est pas perdant, c’est vrai qu’il sont minoritaires les gagnants mais ils ont l’habitude et ça fait une vingtaine d’années que tout leur souri surtout les hommes politiques.

              Ce qui fait tourner la boutique c’est la consommation des ménages, s’il n’y a pas de débouchés pour une production je ne vois pas une entreprise faire un prêt pour augmenter l’outil de production s’il n’y a pas de demande alors les taux bas c’est aussi utile qu’un marchand de sable au Sahara.
              Comme aux USA ça ira gonflé une bulle boursière.


              • Roland Verhille Roland Verhille 6 septembre 2014 11:25

                Oui, au mieux, l’inefficacité des actions actuelles de la BCE. Mais vous ne présentez pas clairement votre avis sur ce qui devrait être fait. On comprend votre souhait de provoquer un peu d’inflation, ainsi que de permettre une augmentation des dettes publiques.

                Il me semble que  la cause du très grave dysfonctionnement des économies n’est pas comprise, ni admise. Pourtant, elle est maintenant devenue évidente. Elle réside dans les politiques publiques interventionnistes appliquées depuis quatre décennies consistant à distribuer un pouvoir d’achat artificiel par la voie d’un déluge de monnaie jeté sur le monde (dettes publiques, crédits bancaires). Il en résulte un emploi de la monnaie excédant les besoins de financement des investissements productifs dans des activités de spéculation financière, ainsi qu’un endettement insoutenable des états, des entreprises et des particuliers. On voit bien maintenant qu’il y a impossibilité matérielle de poursuivre dans cette voie, qui de toute manière a produit une dizaine de millions de Français privés d’emploi productif.

                Et maintenant, il y a à résorber toute cette monnaie excédentaire. Là est peut-être le risque de déflation en cas d’action trop rapide. L’absence de croissance des économies pendant une dizaine d’années est inéluctable pour résorber la croissance passée factice, artificielle, obtenue au moyen des tours de passe-passe des politiciens fossoyeurs du pays.


                • credohumanisme credohumanisme 6 septembre 2014 12:24

                  Merci Roland Verhille de cet excellent résumé. Le chemin pour revenir à une situation plus saine est bien étroit et bordé de mines diverses prêtes à exploser.


                • lechoux 8 septembre 2014 14:08

                  Bonjour Monsieur Pinsole,

                  A part constater les décision et les situations, à quoi sert votre article ????

                  "en fixant, par exemple, un plancher au niveau de l’inflation (à 1 ou 1,5%), outre le plafond.« 

                  Comment fait-on cela ????

                   » Il serait impossible de changer cela car les Allemands préfereraient sans doute quitter la monnaie unique plutôt que d’accepter une réforme radicale des statuts de la BCE. "

                  Le Mark allemand est la seule monnaie qui a un rapport entier avec l’Euro : 1 € = 2 DM. Les allemands ont prévu de se débarrasser de l’Euro depuis le début.

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