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La bulle pétrolière, une arme de destruction massive de la demande

De nombreux acteurs du marché du pétrole tentent actuellement de faire monter très haut le prix du pétrole pour des raisons qui pourraient dépasser le simple appât du gain.

En mars 2005, alors que le baril se monnayait encore moins de $50, Arjun Murti, analyste de la banque d’investissement Goldman Sachs, inventait le concept de super-spike (super-hausse) pour le prix du pétrole. Il annonçait que le prix ne tarderait pas à atteindre les $105.

Il n’avait pas tort, même s’il a fallu trois ans pour que cette prophétie se réalise.

Mais, à plus court terme, l’objectif réel fut atteint : conforter le caractère haussier du marché du pétrole. Durant tout le deuxième trimestre 2005, le baril ne cessera de voir son prix franchir des records. Et il faudra que Katrina/Rita frappent catastrophiquement les côtes de Louisiane pour que la bulle pétrolière se dégonfle brutalement, à la fin de l’été 2005. La demande en pétrole brut se contracta en effet brutalement, suite à l’arrêt inopiné et prolongé de plusieurs grandes raffineries dans le Sud des Etats-Unis.

 
La bulle pétrolière ayant repris du poil de la bête, une version 2.0 de la prophétie, appelée cette fois-ci hyper-spike (hyper-hausse), vient de sortir. Selon le journal Les Echos : "Aux yeux d’Arjun N. Murti et de ses collègues de Goldman Sachs, il est pourtant nécessaire que les prix non seulement atteignent des niveaux élevés, mais grimpent vite et fort, pour que cela calme vraiment la demande. Sinon, les utilisateurs ne réagissent pas vraiment. Or, souligne Goldman Sachs, compte tenu de la faible croissance de l’offre, il faut rationner les consommateurs, pour reconstituer un écart sensible entre la capacité de production et les besoins mondiaux."


La banque d’investissement prévoit - ou devrait-on plutôt dire suggère ? - que le cours monte jusqu’à 150-200 dollars "d’ici six mois à deux ans". Selon l’Usine Nouvelle, il s’agirait même d’une moyenne annuelle de $200 sur 2009, ce qui signifie que le record journalier pourrait être encore bien supérieur. Puis le cours redescendra gentiment à $75 en 2011.

Mais, si cette bouffée de fièvre ne se produit pas, le prix du baril restera accroché aux niveaux actuels, voire s’appréciera encore lentement.
 
Autrement dit, la banque d’investissement propose aux spéculateurs de joindre l’utile à l’agréable. D’une part, poursuivre le rythme haussier actuel, voire l’amplifier encore, pour continuer à toucher quelques sympathiques plus-values. D’autre part, en amenant ainsi le baril à des niveaux insupportables pour certaines économies émergentes, provoquer une destruction massive de la demande... en Asie par exemple. Le baril reviendra ainsi à des valeurs plus raisonnables, et les 4x4 pourront continuer à rouler impunément sur les macadams occidentaux - sans parler de l’aviation civile, aujourd’hui proche de l’agonie.

S’agit-il d’un simple et terrible exemple du cynisme glacial caractéristique du capitalisme financier qui régit notre époque, ou bien d’une action de "bombardement psychologique", décidée en plus haut lieu dans le cadre de la Deuxième Guerre Froide ? Car, en parallèle, aussi bien le Department of Energy états-unien que le Cambridge Energy Research Associates (CERA) relèvent leurs prévisions de prix à des valeurs inhabituellement hautes : $108 en moyenne pour le DoE, et une pointe à $150 en vue pour Daniel Yergin, le médiatique président du CERA. Or, ces deux sources, proches du gouvernement, avaient plutôt l’habitude de calmer le jeu en annonçant des valeurs parfois si basses qu’elles frisaient le ridicule.

Pour certains, il est sans doute plus que temps de casser l’arrogante croissance chinoise, nourrie notamment par un pétrole peu taxé : rappelons qu’en Chine, le litre d’essence se paie encore moins cher qu’aux Etats-Unis.
par Aerobar Films (son site) vendredi 9 mai 2008 - 48 réactions
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