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La Corée du Sud, nation protectionniste

Dans la mythologie néolibérale, les dragons asiatiques font partie des exemples qui démontreraient la pertinence du modèle libre-échangiste. Pourtant, comme je l’avais montré, ces pays sont aussi de fervents protectionnistes, comme le souligne de The Economist.

1001 façons d’être protectionniste

Dans son édition du 10 juillet, le journal anglais explique comment la Corée du Sud protège son industrie automobile. Apparemment, le pays est assez ouvert puisque les droits de douane sur les automobiles sont seulement de 8%, contre 10% pour les véhicules coréens importés en Europe. Mais ce n’est pas pour rien que Séoul vend 700 000 véhicules en Europe alors que les constructeurs européens ne parviennent qu’à y exporter 30 000 voitures, souvent des BMW, Audi ou Mercedes…

Tout d’abord, il y a une taxe complémentaire en fonction du contenu en pièces détachées issues de pays à bas coût (jusqu’à 4.5% du total). Ensuite, la Corée est spécialiste des règlementations spécifiques qui barrent la route aux produits importés. Malgré des accords de libre-échange signés avec les Etats-Unis dans les années 1990, la Corée du Sud a mis en place la bagatelle de quinze nouvelles réglementations (vitres anti-pincement, émissions) qui compliquent la tâche des importateurs potentiels.

Ford expliquait en 2007 que « prises séparément, la plupart de ces réglementations peuvent être surmontées, mais ensemble, elles représentent un coût et une charge énorme, surtout pour des petits importateurs ». En outre, une étude de 1999 indiquait que presque 50% des acheteurs potentiels craignent un contrôle fiscal, 42% que leur voiture sera vandalisé et 13% que cela en ferait des cibles pour la police. Et il ne s’agit pas simplement de paranoïa.

En effet, en mai 2006, les services fiscaux ont demandé que les importateurs de voiture leur fournissent les noms de leurs clients ainsi que les informations qu’ils possédaient, dans le cadre d’une enquête. Le gouvernement avait parlé d’une « erreur » suite à la plainte des Etats-Unis, mais le mal était fait d’un point de vue de la communication à l’égard des potentiels acheteurs. En clair, la Corée du Sud suit l’exemple du Japon pour protéger son marché, ses industriels, et ses emplois.

La bêtise de l’Europe

Pourtant, alors que les Etats-Unis se sont faits berner dans les années 90, puisqu’ils vendent encore moins de voitures que les européens tout en en important de plus en plus, l’Europe, sous l’égide de la Commission Européenne, s’apprête à signer un Accord de Libre échange avec la Corée, qualifié d’un des accords « les plus complets et ambitieux ». Cet accord devrait réduire le coût d’un véhicule coréen d’une valeur de 10 000 euros de près de 15% !

Le syndicat des constructeurs automobiles européens se bat contre cet accord en soulignant que l’ouverture du marché européen ne sera absolument pas compensée par une ouverture du marché coréen, qui restera comme il est, le plus fermé des pays occidentaux. En effet, même si la Corée acceptait de lever certaines barrières réglementaires, il lui suffira d’en ériger de nouvelles après l’accord. L’histoire montre que le Japon n’a absolument pas ouvert son marché après l’accord de 1991.

Le pire est que selon les études même de la Commission, cet accord apporterait 0,08% de PIB additionnel à l’Europe et 0.84% à la Corée du Sud. En clair, le principal bénéficiaire de l’accord sera la Corée, qui se fera en outre un malin plaisir à limiter tout bénéfice pour l’Europe. De plus, les prétendus bénéfices d’une baisse des prix sont en général annulés par la modération salariale. Enfin, il est probable que les destructions d’emploi n’ont pas été bien modélisées dans les simulations de la Commission.

Néanmoins, cet exemple a le mérite de montrer qu’il y a d’autres modèles de développement que la dérèglementation et la libéralisation. Le cas de la Corée du Sud est particulièrement intéressant parce que son PIB par habitant est aujourd’hui proche de celui des pays du Sud de l’Europe. Cela montre que pour conserver une base productive locale, surtout à proximité de la Chine, il est essentiel d’avoir recours à des pratiques protectionnistes.

L’Asie est un cas très intéressant car son modèle de développement est profondément protectionniste. Les pays du continent profite de l’ouverture des autres mais cherchent à développer et protègent solidement leur base productive. Ils ont compris que c’est là leur intérêt…


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2 réactions à cet article    


  • _Ulysse_ _Ulysse_ 22 juillet 2010 13:32

    Tout à fait d’accord avec l’article, les pays d’asie ont un modèle de développement similaire à celui de la france dans les 30 glorieuses : Etat fort et gros investisseur + protection des industries en développement + recherche + exportations quand c’est possible. On ouvre un marché à l’import que si son industrie est plus performante dans le secteur et que l’on pourra exporter en échange. Dans ce cas on est gagnant car les importations seront faibles et plus que compensées par les exportations. Mais avec la commission européenne il y a même pas besoin de contrepartie. Vive les mondialistes !

    On voit une chose : que ce soit pour la Corée ou la France les mêmes politiques amènent les mêmes résultats.


    • Eric De Ruest Eric De Ruest 22 juillet 2010 19:11

      Vous avez manqué un point fondamental.

      Le miracle de l’essor économique de la Corée du sud (1945-1961) est essentiellement du aux DONS de la Banque mondiale. En effet, afin d’opposer une vitrine capitaliste « heureuse » aux pays choisissant un prétendu communisme, la BM (bras financier de l’idéologie capitaliste US) a soutenu une dictature extrêmement dure en lui offrant 3100 millions de $*.

      Voilà aussi pourquoi la Corée, contrairement à bcp de pays a pu se tenir éloignée de l’hémorragie que représente le remboursement de la dette et donc connaitre un essor non faussé par le changement des règles du jeu du début des années 80** (mais faussé sur le plan de l’idéologie fumiste du libre marché, évidemment).

      * C’est 10% de plus que ce que la France a reçu dans le cadre du plan Marshall pour rester du côté « libre ».

      ** C’est à dire lorsque Reagan et Thatcher ont soudainement augmenté les taux d’intérêts faisant exploser le service de la dette dans le tiers monde.

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