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La crise de l’euro : crise européenne

Depuis la naissance de l’euro, les discours officiels, tant au niveau de la Banque Centrale Européenne que des politiques étaient unanimes sur un point : l’euro, cette monnaie dite unique qui n’est que celle de 16 des 27 Etats membres de l’Union européenne, allait apporter paix, stabilité et prospérité.

La réalité depuis le 1er janvier 2002 est bien éloignée de ces discours officiels : le chômage est massif, la précarité a explosé, le niveau de vie de la majorité des citoyens de l’UE s’est dégradé et, maintenant, l’euro, comme monnaie, est entré dans une crise majeure qui remet en cause l’intégrité de sa zone monétaire, voire, à terme, son existence.

La Grèce, le Portugal, l’Espagne, les comptes falsifiés et les déficits publics

La crise de l’euro est, à l’évidence, une expression (et non une conséquence) de la crise du système financier et monétaire international, crise qui n’est nullement terminée, ni dans son cours propre, ni dans ses conséquences.

A ce jour, 3 pays membres de la zone euro, du fait de leurs déficits publics et de leur endettement colossal qui en résulte, le tout aggravé souvent par des comptes publics falsifiés depuis des années, menacent l’euro et ouvrent la voie à sa régression, voire menacent son existence même.

Il est donc avéré que l’euro, cette monnaie présentée comme devant avoir des vertus miraculeuses, censée protéger les économies nationales des pays de l’UE, est devenu un motif d’inquiétude, et même, pour parler clairement, la cause d’une crise européenne qui ne fait que commencer.

Rappelons que cette monnaie commune, entre autres conditions de création, devait être la monnaie de pays dont le déficit public annuel ne devait pas dépasser le chiffre de 3% de leur PIB (Produit Intérieur Brut) et la dette publique plus de 60% de ce même PIB.

D’ores et déjà, ces critères dits «  de Maastricht  » sont de facto non-respectés par la majorité des Etats membres de la zone euro, soit 16 pays sur les 27 membres de l’UE. Quant à la plupart des pays qui frappent à la porte de cette zone, leur situation financière n’est pas des plus brillantes non plus.

Pour l’heure donc, 3 pays semblent déjà avancer vers une crise majeure interne qui va toucher, de fait, toute la zone euro : la Grèce, le Portugal et l’Espagne.

Mais, ceux-là même qui les désignent comme des responsables, voire des coupables fautifs sont souvent eux-mêmes dans des situations qui tendent à approcher, voire dépasser les déficits et la dette de ces 3 pays.

Parmi les Etats qui, maintenant, participent à l’émergence d’une crise de l’euro et à une possible dislocation de la zone euro, avec des sorties possibles, sous la pression des faits, de cette zone, on peut rajouter, avec d’autres, la France, tandis que l’honnêteté des comptes publics de l’Italie n’est pas considérée comme une chose vraiment acquise !

La France dont le déficit budgétaire, hors autres déficits publiques, atteint les presque 8%, est devenue un maillon faible de la zone euro et une source de détérioration de la situation de cette monnaie. Et 2010 s’annonce encore pire, avec 9,2% selon les estimations les plus optimistes !!!

3 Etats maillons faibles aujourd’hui, combien demain ?

Certes, en apparence, et sous la réserve que les comptes publics annoncés reflètent la réalité des choses, il reste un noyau dur dans la zone euro : son cœur en est l’Allemagne, avec à ses côtés la Hollande et l’Autriche, deux Etats dont l’influence potentielle sur les évènements en cours est des plus réduites.

Mais, pour les autres Etats de la zone euro, la circonspection demeure : si la Belgique ne semble pas, pour l’heure, être une source de danger, la situation en Slovaquie, en Italie et en Irlande du Sud présente de nombreux symptômes avant-coureurs de difficultés à venir.

A ces difficultés évidentes à ce jour ou prévisibles sans être extralucide en économie, s’ajoute une autre, qui menace de faire éclater cette zone euro et donc de la conduire à sa perte sous sa forme actuelle : l’Allemagne, et avec elle, l’Autriche et la Hollande, ne veulent pas ou ne peuvent pas soutenir les Etats membres de la zone en crise.

En clair, la solidarité entre membres de la zone euro, base essentielle de la solidité et de la pérennité de l’euro, est absente.

Ce que l’économiste, en général excellent prévisionniste des questions- et des problèmes- de l’économie mondiale, Nouriel Roubini, exprime ainsi : « Nous pourrions observer une scission de l’union monétaire"- il parle de la zone euro- "avec une bifurcation entre un centre solide et une périphérie plus faible".

Certes, Monsieur Trichet, de la BCE, essaie de conjurer le sort ou plutôt d’écarter par des mots le spectre de cette scission au sein de la zone euro qui frapperait celle-ci à mort. Il sait aussi que d’autres pays de la zone euro sont dans une situation qui tend à s’approcher ou dépasser celle de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne.

Monsieur Trichet vise notamment le déficit et la dette des Etats-Unis. Mais, Monsieur Trichet n’est pas un exorciste très efficace et son bon sens est ici limité. En effet, la question des déficits et de la dette des Etats-Unis n’a rien de commun avec les problèmes de la zone euro, du fait de la place économique des Etats-Unis comme première puissance économique mondiale et par le statut international de sa monnaie, le dollar.

Par ailleurs, si on analyse la situation de manière plus internationale, on constate que l’Union européenne se marginalise par rapport au reste du marché mondial, tandis que des nouveaux géants apparaissent : Inde, Chine, Russie, pour ne citer que les plus grands. Des nouveaux géants économiques qui ont certes leurs propres difficultés, mais dont la croissance permet pour le moment de financer sans difficulté d’éventuels déficits publics.

Le Japon est exclu de cette liste de géants économiques, bien qu’il soit la deuxième économie mondiale, du fait de ses ennuis actuels, qui ne font qu’apparaître et commencer. Ennuis qui risquent aussi de peser sur d’autres économies, y compris en zone euro car ce pays asiatique est menacé de graves problèmes financiers et économiques dont les observateurs des affaires du monde commencent à s’apercevoir, certes un peu tard !

Bilan présent et perspectives d’avenir pour la zone euro

Le tableau de la situation de la zone euro qui apparaît est clair : une crise annonciatrice de ravages dévastateurs, avec de terribles conséquences sociales et politiques, a pris son essor et se développe chaque jour. L’euro n’a pas accompli de miracle, la solidarité au sein de la zone est inexistante, et la BCE ne sait pas comment elle pourrait endiguer cette crise, si d’ailleurs même elle le pourrait.

Première conséquence évidente : l’euro se déprécie face au dollar, ce qui pourrait être une bonne nouvelle pour les exportateurs en temps «  normal ». Mais, cette baisse n’est pas due à une situation conjoncturelle, mais à une crise structurelle de la zone euro. La confiance part en miettes. Et les Etats tirent chacun de leur côté, sans que la BCE puisse jouer un rôle stabilisateur ou de secours réel.

Les perspectives sont en gros celles que résume bien Nouriel Roubini, cité plus haut.

La zone euro est entrée dans une crise de dislocation inexorable. Un effondrement de l’euro est inscrit à l’ordre du jour des évènements prévisibles. Des sorties de la zone euro deviennent non seulement un scénario possible, mais même probable, non par choix politique, mais sous la pression des évènements.

Ces sorties de la zone euro, en théorie impossibles selon les accords signés, sont inscrites dans le processus de crise actuelle. Les faits sont plus forts et têtus que les textes juridiques en papier signés par des gouvernants.

Ce qui est en cause de manière plus essentielle derrière ces processus de toute manière inévitables à terme plus ou moins proche est la capacité des Etats à gérer, pour les pays sortants et les restants qui en subiront le contrecoup inévitable, les situations inédites et complexes qui en résulteront.

Là est le nœud de notre avenir collectif, enfin au moins en Europe.

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  • vote :
    Par chantecler (xxx.xxx.xxx.222) 3 février 10:24
    chantecler

    Les critères de Maastricht étaient des critères vertueux...Mais l’euro en concurrence avec le § et la livre , ça ne colle pas puisque ça a mis en concurrence une monnaie basée sur la production de bien (la concurrence libre ,etc je ne peux écrire la suite ) avec des monnaies de singe ,soutenues par des acrobaties et malversations financières, au sein de la mondialisation...

    Conclusion des monnaies papiers sont en concurrence avec la monnaie adossée et le vertueux ne pouvait que perdre .

    Donc nous avons la crise de l’euro et surtout ce qui est beaucoup plus grave , un chômage que l’on ne peut plus endiguer , puisque la production ( vertueuse) a été délocalisée et que cela continue tous les jours.

    Wall street et la City nous ont plongé délibérément dans la merde , et l’Europe faute d’un minimum de protectionnisme et de représentants fiables, représente un danger , via la crise économique , pour les populations qui ont perdu leur souveraineté.

    Magnifique arnaque.

  • vote :
    Par Philippe Vassé (xxx.xxx.xxx.95) 3 février 10:39

    Chantecler,

    Votre commentaire exprime un point de vue fort légitime, notamment sur le côté "grande arnaque".

    Ceci étant, les choses sont plus complexes que des concurrences entre "vertueux" et "non-vertueux".

    La racine des problèmes actuels, en partie au moins, est à chercher dans une monnaie qui est commune à 16 Etats aux politiques différentes, voire contradictoires, quand les comptes ne sont pas de plus falsifiés depuis des années.

    De façon claire, l’euro est d’abord la victime d’un supplice d’écartèlement qui était prévisible selon tous les schémas économiques classiques du capitalisme qui posent comme principe : un Etat, une monnaie.

    Là, ce sont 16 Etats avec une monnaie commune, et cette monnaie s’effondre.325 millions de citoyens sont touchés et ce n’est qu’un début...

    Bien cordialement,

  • vote :
    Par ZEN (xxx.xxx.xxx.194) 3 février 10:39
    ZEN

    Bonjour, Philippe
    Ce n’est pas bien de prendre le contre-pied de Trichet et Lagarde ! smiley
    Roubini aurait-il raison une fois de plus ?
    Je le crains..
    Restons zen smiley

  • vote :
    Par Philippe Vassé (xxx.xxx.xxx.95) 3 février 10:51

    Cher Zen,

    Il est vrai que Roubini et quelques nombreux autres avec lui prennent le cher Trichet et DSK (entre autres) à contre-pied.

    Comme vous, cela me rend triste pour eux. Mais, les faits, outre qu’ils sont têtus, sont plus forts et plus réels que les paroles.

    Une preuve nouvelle est ainsi apportée que la vérité ne sort pas de la bouche des puissants du moment, mais bien des réalités économiques, sociales et politiques.

    Je sais que ce n’est pas bien pour les faits de faire mentir MM Trichet et Strauss-Kahn par exemple.

    Je vous prie donc d’excuser avec humour et un bon esprit civique les gifles que les faits distribuent à ces grands hommes si petits maintenant.

    Comme aurait dit un supplicié ; "Pardonnez-leur (aux faits réels) car ils ne savent pas ce qu’ils font (décrédibiliser des mammouths de la pensée fictive).

    Bien amicalement,

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