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La crise de l’immobilier américain, ou l’éternel recommencement

« La vie est nulle sans bulles ». Le célèbre slogan de Perrier ne se limite pas à l’eau gazeuse, loin s’en faut. Les investisseurs financiers l’ont consacré en véritable religion. En témoigne le récent éclatement de la bulle financière dans l’immobilier américain, dont l’ampleur est encore difficilement calculable. Les premiers dégâts occasionnés - le plongeon magnifiquement synchronisé des places boursières et la faillite de quelques gros calibres (dont American Home Mortgage) - tendent à démontrer qu’elle ne sera pas anodine.

A propos des crises financières, tout et n’importe quoi a déjà été avancé pour tenter de les expliquer. Mais la seule analyse pertinente, à tel point qu’elle en devenue intemporelle, provient de l’économiste américain John Kenneth Galbraith. Certes, son analyse détaillée dans sa Brève Histoire de l’euphorie financière date de 1992. Mais elle n’a rien perdu de sa véracité et risque de la conserver encore longtemps. Par souci d’honnêteté intellectuelle, je me dois de préciser que l’analyse qui suit est en partie inspirée de cette lecture.

La crise actuelle de l’immobilier américain ne fait en réalité que suivre un scénario identique, qui se répète invariablement à chaque épisode spéculatif. Car le noeud du problème, toujours passé sous silence ou au mieux minimisé, tient justement dans la spéculation elle-même. Cette dernière a alimenté toutes les crises financières connues, de la « crise des tulipes » en Hollande en 1637 jusqu’à la bulle internet à l’aube de ce siècle.

La première phase est le développement de l’euphorie financière. Pour la comprendre, il est indispensable de rappeler cette étonnante équation qui régit le monde de la finance : plus on a d’argent, et plus il découle de la maîtrise absolue des paramètres financiers, plus il est signe d’intelligence et d’intuition financière hors du commun. La preuve en est que lorsque l’un de ses esprits éclairés se manifeste, le reste de la meute accourt aussitôt, espérant récolter les dividendes de ce qui ne peut être qu’un choix judicieux. C’est l’instinct moutonnier. Dans le cas présent, le secteur immobilier aux Etats-Unis a attiré les spéculateurs de tout poil grâce à des taux d’intérêts très faibles qui permirent un afflux de liquidités, faisant miroiter dans le secteur des perspectives de profit colossales.

La deuxième phase est la constitution de la bulle spéculative, où se produit le décalage avec le réel. Un enthousiasme collectif s’empare des acteurs financiers qui se mettent à investir à tout va, persuadés que les cours monteront sans limites. On le sait, la perspective d’enrichissement rapide et sans frais peut engendrer de tels comportements chez l’être humain. Mais encore faudrait-il que les marchés tolèrent de telles envolées. Chaque crise financière de l’Histoire comprend un « effet de levier », c’est-à-dire un pouvoir démultiplicateur d’endettement qui permet aux investisseurs de combler le besoin express de capitaux. Le levier a pris des formes bien différentes à travers les siècles, mais il joue systématiquement le même rôle : accumuler des capitaux qui contribuent à faire enfler encore davantage la bulle. Généralement, plus fort est le levier, plus dure est la chute. Dans le cas de la bulle immobilière américaine, une fois encore, le scénario est rejoué avec la plus grande fidélité par les acteurs de la finance. Les créditeurs ont débloqué les fonds nécessaires via le fameux « LBO » (Leverage Buy Out), qui a permis aux investisseur, dont les fameux hedge funds, de s’endetter pour pouvoir lever des capitaux supplémentaires.

Bien qu’elle ne soit pas encore arrivée à son terme, la troisième et dernière phase de cette bulle financière sera celle de toutes les autres : le renversement final. Les milliards s’évaporeront comme par enchantement, les faillites s’accumuleront et une récession économique, peu importe son ampleur, s’ensuivra.

Comment expliquer ce cycle ? Pourquoi la mémoire de l’ « homo-économicus » ne dépasse-t-elle pas la vingtaine d’années ? La raison en est fort simple : plutôt que de se focaliser sur la raison principale de la crise, la spéculation des investisseurs, les analyses se déplacent - par un mécanisme de déni psychologique instinctif et admirablement rôdé - sur d’autres raisons, qui occulteront nécessairement la principale. Parfois, il s’agit de l’élément déclencheur du renversement final. Parfois, on s’acharne sur les paramètres économiques ou les « fondamentaux ». Jamais sur la spéculation elle-même...

Il existe deux explications à cet étrange raisonnement. La première raison tient sans doute dans la quantité impliquée d’individus et d’institutions réputées, des banques aux cabinets d’expertise. Comment imaginer qu’autant de gens aient pu se tromper ? Le mythe, qui associe argent et intelligence, est bien plus profondément ancré qu’on ne le croit. Le bouc émissaire est donc nécessairement ailleurs. La deuxième est d’ordre dogmatique. L’idéologie du libre-échange ne tolère aucune anomalie, considérant les marchés financiers comme un reflet neutre et exact de facteurs externes. Il n’est pas censé porter les germes d’une dynamique d’erreur interne. Le marché est infaillible.

Dans ces conditions, il est aisé de comprendre pour quelles raisons les crises financières se produisent, se répètent ... et se répéteront encore.

par Yves Rosenbaum (son site) vendredi 10 août 2007 - 108 réactions
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  • Par cniko (xxx.xxx.xxx.135) 10 août 2007 12:14

    Alors là bravo, vous avez sut expliquer clairement la déconexion entre la spéculation et la réalité. Si la finance est nécessaire à notre monde, de même que l’assurance, la spéculation a entrainé les pires dérives des entreprises, influencé nos modèles économiques et sociaux. La pression accrue sur les salariés est le fait de cette spéculation à outrance.

  • Par ripouette (xxx.xxx.xxx.99) 10 août 2007 14:19
    ripouette

    Ce n’est pas tout le marché immobilier américains qui pour le moment s’est effondré mais le système des "subprime". Ce sont des prêts à très fort taux que les organismes concèdent à la frange la plus pauvre de la population, celle qui n’a pas les moyens d’avoir des crédits "normaux". Il y a eu, en un an, 1 million d’expulsions de gens qui ne pouvaient honoré ce type de crédit, la caution du prêt étant l’hypothèque du bien qu’on achète !!!!

    La chute de ce système est en train de faire tâche d’huile vers les prêt classiques, 25% des acheteurs ayant des difficultés à faire face aux échéances.

    C’est donc une bulle crée sur le dos des moins biens lotis qui éclate, et ce sont eux qui avant tout en subissent les dommages bien avant la bourse ou les banques !!!!

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 10 août 2007 16:01
    Forest Ent

    Ce n’est pas pour dire, mais agoravox a annoncé cette crise en mars :

    http://www.agoravox.fr/article.php3...

    pour des raisons explicitées en avril :

    http://www.agoravox.fr/article.php3...

    factuelles, mais pour lesquelles je m’étais fait taxer "d’anti-américanisme primaire".

    Parmi les nombreuses bonnes raisons explicitées dans cet article pour la formation de bulle, je me permets d’ajouter un vieux dada personnel, le fait que les médias ne soient pas indépendants, et ont un effet de renforcement des cycles, plutôt que de stabilisation ou calme.

    J’ai vu hier soir sur yahoo.com quelque chose d’hallucinant. Une dépêche AP qui disait "AIG déclare que le marché financier est devenu catastrophique" a été remplacée au bout de quelques heures par "AIG déclare que sa situation financière est saine".

    A mettre en regard de l’achat par Murdoch de "Dow Jones" et LVMH des "échos".

  • Par ripouette (xxx.xxx.xxx.99) 10 août 2007 14:21
    ripouette

    Quel rapport avec les socialistes, sérieux ? Tu ruines toi-même ton argumentation qui était pourtant intéressante, dommage !

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