Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > La crise financière pour les nuls II - 2ème partie

La crise financière pour les nuls II - 2ème partie

J’avais écrit il y a quelques temps, sur AgoraVox, un article intitulé « La crise financière pour les nuls » qui avait reçu un accueil très favorable des lecteurs. Voici une version plus détaillée et plus complète. L’idée reste la même : expliquer la crise dans des termes accessibles au plus grand nombre.
La première partie a été publiée tout récemment sur AgoraVox : elle rappelait quelques bases. Voici la deuxième partie. Bonne lecture !

2ème partie - la planète Finance

 

4. Qui se cache derrière la retraitée de Floride ?

Vous entendez souvent parler des fonds-de-pensions-américains-qui-rachètent-nos-entreprises. Derrière cette expression un peu fourre-tout se cachent des acteurs très différents les uns des autres. Ils ont tous en commun de manœuvrer des masses immenses d’argent. On distinguera ici les fonds de pensions, les fonds d’investissement et les fonds souverains.

Les fonds de pensions sont des organismes d’épargne collective. Tous les mois, des particuliers leur versent une certaine somme d’argent. En contrepartie, ils leur garantissent un versement mensuel d’un certain montant lorsqu’arrive la retraite. Par exemple, les enseignants californiens ont leur propre fonds de pensions, Calpers. Ce type de fonds existe dans certains pays, par exemple les Etats-Unis, pour compenser le fait qu’il n’y existe pas de système de retraites par répartition, comme en France. Dans l’imaginaire collectif, ces fonds aux moyens considérables rachètent une par une nos grandes entreprises, avec pour image d’Epinal la-retraitée-de-Floride-bientôt-propriétaire-de-Danone.

En réalité, ces fonds ne rachètent pas nos entreprises. Ce qu’ils font, c’est confier une certaine somme d’argent à des fonds d’investissement et exiger de toucher en échange, tous les mois, une certaine somme d’argent exprimée en pourcentage de la somme initiale. Avec cette somme mensuelle, les fonds de pensions doivent tout à la fois payer les retraites de leurs clients quand ils y ont droit, confier encore plus d’argent à des fonds d’investissement pour gagner encore plus d’argent, et en garder une partie pour rémunérer leurs actionnaires. N’oubliez pas en effet qu’un fonds de pensions est une entreprise de grande taille, qui a donc des actionnaires, à qui elle doit donc distribuer des dividendes.

Les fonds d’investissement, quant à eux, sont des organismes de placement. Comme cette expression l’indique, ils servent à placer de l’argent. Ils le placent en faisant des achats sur les marchés financiers. Ils achètent des actions, c’est-à-dire des morceaux de propriété d’entreprises, des obligations, c’est-à-dire des dettes d’entreprises, mais ils achètent aussi et surtout des produits dérivés (voir chapitre 7 : leurs deux méthodes de prédilection sont l’effet-levier (voir chapitre 5) et la vente à découvert (voir chapitre 6).

Le plus souvent, ces fonds d’investissement appartiennent à des banques. Quant à l’argent qu’ils placent, les clients qui les leur confient sont soit des banques, soit des fonds de pensions, soit d’autres investisseurs de grande taille, comme par exemple les compagnies d’assurance. Ces clients leur confient cet argent contre la garantie de toucher en échange, tous les mois, une certaine somme d’argent exprimée en pourcentage de la somme initiale.

Avec les achats qu’ils font sur les marchés financiers grâce à cet argent, les fonds d’investissement doivent tout à la fois payer cette somme mensuelle à leurs clients, placer encore plus d’argent sur les marchés financiers pour gagner plus d’argent, et en garder une partie pour distribuer des dividendes à leurs actionnaires, c’est-à-dire le plus souvent à une ou plusieurs banques.

Remarquez qu’à partir de cette répartition des rôles, vous pouvez vous retrouver dans une situation absurde. Prenons un exemple simple de circulation d’argent qui partirait de votre poche. Vous confiez cet argent à votre banque, qui vous garantit une somme qu’elle vous versera chaque mois, exprimée en pourcentage de votre dépôt initial. Afin de vous payer cette somme mensuelle, de gagner assez d’argent pour en faire profiter ses actionnaires, et d’avoir davantage d’argent à utiliser, votre banque confie cet argent à un fonds d’investissement. A son tour, ce fonds garantit à votre banque une somme qu’il lui versera chaque mois, exprimée en pourcentage de la somme initiale. Afin de payer cette somme mensuelle à la banque, de gagner assez d’argent pour en faire profiter ses actionnaires, et d’avoir davantage d’argent à utiliser, ce fonds achète sur les marchés financiers des actions d’une grande entreprise dont vous êtes salarié. Devenu un actionnaire important de cette société, et contraint d’amasser de l’argent pour faire face à ses contraintes, ce fonds exige de cette grande entreprise qu’elle lui verse régulièrement un sixième de ce que lui a coûté chaque action. Pour pouvoir payer, l’entreprise réduit ses coûts, notamment en effectuant un plan social qui inclut votre poste. Vous perdez votre emploi. Vous pouvez aussi imaginer une variante où c’est votre voisin de palier qui a confié de l’argent à sa banque et où c’est vous qui perdez votre emploi.

Restent les fonds souverains, qui sont un cas très particulier de fonds d’investissement. L’argent qu’ils placent est l’argent d’un Etat. Ils peuvent ne placer cet argent que pour en faire gagner à cet Etat, auquel cas ils fonctionnent globalement comme un fonds d’investissement. Un Etat peut aussi vouloir utiliser un fonds souverain pour placer de l’argent dans des produits financiers, mais ne pas vouloir prendre de risques. Dans ce cas, le fonds souverain n’achètera que des produits financiers très sûrs, ou considérés comme tels sur les marchés.

Prenons l’exemple de la Chine. Les Chinois consomment nettement plus de produits venant d’entreprises installés en Chine que de produits venant d’entreprises installées à l’étranger. Or les entreprises installées en Chine paient des taxes et placent de l’argent dans des banques notamment chinoises. Par ailleurs nombre de ces entreprises et de ces banques sont partiellement voire totalement la propriété de l’Etat, ce qui dirige vers lui tout ou partie de leurs bénéfices. Ces masses d’argent dirigées vers l’Etat atteignent un niveau tel que ce dernier a plus d’argent que ce qu’il prévoit de dépenser. Une partie de cet argent est alors placée en achetant des obligations d’Etat américaines, c’est-à-dire des reconnaissances de dettes des Etats-Unis.

Un Etat peut enfin vouloir intervenir sur les marchés financiers pour des raisons politiques et non pas financières. Dans ce cas, les produits financiers achetés par ce fonds souverain seront choisis en fonction des objectifs politiques de cet Etat. Par exemple, la plupart des pays d’Europe dépendant de la Russie pour se fournir en gaz, la Russie peut souhaiter acheter des actions de sociétés européennes productrices de gaz pour aggraver cette dépendance.

Terminons sur un ordre de grandeur. A l’heure actuelle, les grands fonds, au premier rang desquels les fonds de pensions par l’intermédiaire des fonds d’investissement, détiennent plus de la moitié des actions des entreprises cotées en bourse sur la planète. Autant dire qu’additionnés, ce sont eux qui décident du sens du vent sur les marchés financiers. Vous étiez probablement déjà au courant que ce sont ces fonds qui mettent les grandes entreprises sous pression en exigeant régulièrement d’elles d’importantes sommes d’argent. Peut-être ignoriez-vous que derrière ces fonds se trouvent leurs clients, et les clients de ces clients, mais surtout, en bout de chaîne, un retraité américain lambda, un cadre français anonyme... bref, vous et moi.

5. Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde.

C’est à Archimède que l’on doit, entre autres, l’invention du levier. Bien des siècles plus tard, les fonds d’investissement en appliquent le principe sur les marchés financiers grâce à une technique appelée le leverage buy out, ou LBO, littéralement l’achat avec effet-levier. On attribue au même Archimède, concernant le levier, la phrase suivante : « donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde. » Bien des siècles plus tard, les fonds d’investissement soulèvent le monde économique avec pour point d’appui le monde financier.

A la manière d’un levier qui permettrait de soulever une pierre avec le même effort que pour soulever sans levier une pomme, l’achat avec effet-levier permet à un fonds d’investissement de prendre le contrôle d’une entreprise de grande taille avec le même effort financier que pour l’achat sans effet-levier d’une petite entreprise.

Imaginez une entreprise cotée en bourse dont la propriété est morcelée en cent actions. Imaginez ensuite que chacune de ces actions coûte un euro. Imaginez enfin qu’un fonds d’investissement ait besoin de détenir trente actions pour exercer sur cette entreprise le contrôle qu’il estime suffisant. Le fonds aura donc besoin de trente euros pour atteindre son objectif. Concrètement, il va utiliser son propre argent pour acheter trois actions, ce qui lui coûtera trois euros, et empruntera les vingt-sept euros restants à des banques. L’effet-levier est donc de un pour dix, puisque pour chaque action achetée avec son propre argent le fonds d’investissement en contrôle dix fois plus.

Souvenez-vous de la montagne de dettes. En multipliant les achats par effet-levier, les fonds d’investissement y apportent leur contribution. Par ailleurs, comme vis-à-vis de tout autre emprunteur, les banques sollicitées pour bâtir le levier ont répondu présent, mais en contrepartie d’un supplément aux mensualités de remboursement, supplément une fois encore exprimé en pourcentage de la somme initialement prêtée. En outre, toujours comme vis-à-vis de tout autre emprunteur, les banques ont évalué l’ampleur du prêt en fonction de ce que le fonds possède déjà, et qu’elles pourront saisir en cas de problème. Or ce qu’il possède déjà, il l’a presque toujours acquis grâce à des achats avec effet-levier... Il ne le possède donc que grâce à une petite part d’argent qui lui appartient et à une grande part d’autres dettes.

Reprenons l’exemple de notre entreprise à cent euros. Pour acheter trente actions à un euro chacune, le fonds d’investissement a payé trois euros lui-même et vingt-sept euros empruntés à des banques. Les trois euros qu’il a payés lui-même viennent bien entendu de ses clients, qui les lui ont confiés en contrepartie de la garantie d’un bénéfice mensuel. En tant qu’actionnaire, il doit donc à présent se faire verser suffisamment de dividendes par l’entreprise qu’il a achetée pour pouvoir, tous les mois, rembourser les intérêts sur les vingt-sept euros qu’il doit aux banques, verser à ses clients les bénéfices sur les trois euros qu’il a payés lui-même, avoir de l’argent disponible pour être réinvesti, et verser des dividendes à ses propres actionnaires. Il va donc avoir beaucoup de mal à demander autre chose à que des dividendes élevés à l’entreprise dont il a acheté des actions.

En bout de course, typiquement au bout de quatre ou cinq ans, le fonds revendra ses actions sur les marchés financiers et remboursera ainsi aux banques sa dette en elle-même. Le fonds aura réalisé une bonne opération si la valeur des actions a monté entretemps, une mauvaise dans le cas contraire. Afin d’éviter de prendre des risques trop importants, il va donc varier au maximum le profil des entreprises dont il achète des actions : c’est l’adage « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. » C’est ce qui explique que les activités des fonds d’investissement touchent des domaines manifestement sans aucun rapport les uns avec les autres : les produits laitiers et l’industrie d’armement, l’immobilier et les matières premières, etc.

6. Vendre ce qu’on ne possède pas.

On distingue sur les marchés financiers la gestion traditionnelle et la gestion alternative. Vous pratiquez la gestion traditionnelle si vous avez tendance à acheter les produits financiers quand leur valeur monte et à les vendre quand leur valeur baisse ; vous pratiquez la gestion alternative si vous suivez toute logique différente. Parmi les techniques de la gestion alternative, la plus répandue dans des proportions écrasantes est la vente à découvert.

Il ne vous viendrait sans doute pas à l’idée d’annoncer à votre voisin que vous lui achèterez sa voiture la semaine prochaine, puis de vendre cette voiture à quelqu’un d’autre au prix fort sans l’avoir achetée, avant de l’acheter au rabais à ce voisin alors que vous l’avez donc déjà vendue depuis plusieurs jours. C’est pourtant ce que certains fonds d’investissement font quotidiennement. C’est cette technique qu’on appelle la vente à découvert.

Imaginez à nouveau une entreprise cotée en bourse dont la propriété est morcelée en cent actions. Imaginez ensuite que chaque action vaille deux euros le lundi. Imaginez enfin qu’un fonds d’investissement qui pratique la vente à découvert ait la certitude que chaque action vaudra un euro vendredi. Dès le lundi, ce fonds va vendre dix actions de cette entreprise alors qu’il n’en possède aucune. Il va également annoncer que vendredi, il règlera a posteriori l’achat de ces actions quelle que soit leur valeur à cette date. Arrive le vendredi. Si le prix de l’action a baissé, le pari du fonds d’investissement est gagnant ; si à l’inverse ce prix a dépassé les deux euros, le fonds essuiera une perte.

Les fonds d’investissement qui pratiquent la vente à découvert, souvent appelés fonds de pensions par confusion, sont régulièrement accusés de provoquer la déroute de sociétés cotées en bourse. L’accusation porte sur deux aspects. D’une part, lorsqu’un fonds d’investissement se lance dans la vente à découvert des actions d’une entreprise cotée, il annonce à la face du monde financier qu’à son avis la valeur de ces actions va bientôt baisser. Si ce fonds jouit d’une réputation de fiabilité dans ses pronostics, des détenteurs d’actions de cette entreprise vont immédiatement suivre le mouvement, ce qui va du coup faire baisser leur valeur. D’autre part, nous avons vu que les grands fonds détiennent plus de la moitié des actions des entreprises cotées en bourse sur la planète. A la manière d’un géant parmi les nains, un grand fonds qui pratique la vente à découvert peut donc à lui seul faire baisser la valeur des actions d’une entreprise s’il y consacre une partie de sa colossale force de frappe. Dans les deux cas, le fonds aura provoqué lui-même la baisse de valeur qu’il avait prophétisée.

A l’inverse, les rares défenseurs des fonds d’investissement pratiquant la vente à découvert soulignent que ces derniers ne choisissent pas leurs cibles au hasard. Ces fonds estiment qu’il existe des raisons objectives pour que la valeur des actions d’une entreprise cotée en bourse baisse très prochainement : par exemple, sa politique d’achat d’autres entreprises est trop risquée par rapport au niveau déjà atteint par ses dettes. Dans cette logique, s’ils provoquent donc la baisse par leur pari public sur cette évolution, ils ne font qu’accélérer un phénomène inéluctable et gagner de l’argent grâce à leur aptitude à déceler avant les autres les entreprises défaillantes de demain.

Le débat ressemble à celui de l’œuf et de la poule. Comme pour la plupart des débats dans lesquels deux hypothèses ont survécu après des années d’âpres discussions, il est probable que la vérité se situe quelque part entre les deux.

7. La dérivée de la dérivée.

Il est nécessaire de faire une rapide parenthèse sur les produits dérivés. Jusqu’à présent, nous avons vu que les marchés financiers permettent d’acheter, vendre et racheter des actions, donc des titres de propriété d’entreprises cotées en bourse, et des obligations, c’est-à-dire des reconnaissances de dettes. Cependant, actions et obligations ne sont pas seules sur les marchés financiers. En réalité, ces derniers sont composés des marchés boursiers, des marchés des changes et des produits dérivés.

C’est sur les marchés boursiers que les actions et les obligations sont achetées, vendues et revendues. L’argent dépensé par ce biais irrigue notre activité économique comme l’eau irrigue un champ cultivé.

C’est sur le marché des changes qu’on peut acheter, vendre et revendre des devises, autrement dit des monnaies. Imaginez que le dollar vaille un euro et que vous ayez une somme importante d’euros. Imaginez également que vous soyez convaincu que le dollar vaudra deux euros demain. Vous achetez donc avec vos euros une somme importante de dollars. Le lendemain, votre prévision se réalise : le dollar vaut désormais deux euros. 

Les produits dérivés sont pour leur part, comme leur nom l’indique, des produits financiers dérivés d’autres produits financiers. Plus précisément, ils peuvent aussi bien s’appuyer sur des actions que sur des obligations, des devises, ou d’ailleurs sur tout autre produit financier. Par exemple, un produit dérivé peut être un pari sur le fait que la valeur de l’action d’une certaine entreprise va doubler d’ici la semaine prochaine : celui qui achète ce produit dérivé pense que le pari est juste ; celui qui le vend pense que le pari est perdant.

A l’origine, les produits dérivés permettaient aux entreprises qui les achetaient de se couvrir d’un risque : par exemple, en achetant aujourd’hui des droits d’acheter tous les mois une matière première au même prix, ce qui permet d’être à l’abri si ce prix connaît des hausses ou des baisses brutales en cours d’année. Dans ce cas, le produit dérivé est ce droit d’acheter, et il s’appuie sur le cours de cette matière première. Les produits dérivés ont cependant cessé depuis les années 80 de remplir ce rôle de couverture des risques. Ils sont maintenant principalement utilisés comme source de profit financier en eux-mêmes.

Terminons une nouvelle fois sur un ordre de grandeur. Un an avant la crise, pour un dollar de production mondiale de biens et de services, un dollar était présent sur les marchés boursiers et vingt sur les produits dérivés. En d’autres termes, des instruments détournés de leur utilité économique initiale représentent l’écrasante majorité des activités financières.

8. La croissance est une ivresse, la crise est sa gueule de bois.

Spéculer, au sens large, c’est faire un ensemble d’hypothèses sur les conséquences de ce qui se passe aujourd’hui et en déduire une prédiction sur ce qui arrivera demain. Au sens strict de la spéculation financière, spéculer est exactement la même chose, hormis que vous pariez de l’argent sur votre prédiction en achetant des produits sur les marchés financiers. Par exemple, si vous êtes un fonds d’investissement qui vend à découvert des dollars à deux euros chacun, et si vous annoncez que vous les achèterez après coup à un euro dans une semaine, vous spéculez à la baisse sur le dollar. L’idée de pari est tellement ancrée sur les marchés financiers qu’en fait, on dira que vous jouez le dollar à la baisse.

Souvenez-vous : la finance, donc les marchés financiers, servent comme leur nom l’indique à financer l’activité économique. En revanche, ceux qui achètent et vendent des produits sur ces marchés, eux, ne sont pas là pour financer l’activité économique. Ils sont là pour gagner de l’argent. Pour ce faire, à part dans le cas de la vente à découvert, ils doivent revendre chaque achat plus cher qu’ils ne l’ont payé. De fait ils vont spéculer sur ce que deviendra la valeur du produit qu’ils achètent ou qu’ils vendent, c’est-à-dire prendre des paris.

Tout bon restaurateur place près de l’entrée les premiers clients de la soirée, parce que cela donne l’illusion que le restaurant est plein. Or vous avouerez que quand vous hésitez sur le restaurant où vous allez dîner, vous irez toujours plus facilement dans le restaurant qui semble bondé que dans le restaurant qui semble vide. En d’autres termes, la foule attire la foule. Lorsqu’ils prennent leurs paris, ceux qui achètent et vendent des produits sur les marchés financiers s’influencent les uns les autres de façon comparable. Plus un produit financier est pris d’assaut, plus il sera pris d’assaut : la foule attire la foule. Le processus dépend aussi de la taille des acteurs. Si un investisseur de catégorie poids-lourd, par exemple un grand fonds d’investissement, achète en quantité les actions d’entreprises qui vendent du cuivre, il peut provoquer le mouvement d’une foule d’acheteurs de plus petite taille qui vont l’imiter.

Beaucoup de choses peuvent être à l’origine de ce type de comportement mais il faut souligner que le plus souvent, les premiers à lancer la mode ont objectivement de bonnes raisons d’entrer dans ce « restaurant » plutôt que dans un autre. Prenons l’exemple d’Internet, ou plus largement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), ce qui veut dire à peu près la même chose. Dans la seconde moitié des années 90, ce qui n’était jusque là qu’une technologie pour initiés commence à s’installer dans les foyers et les entreprises. Les tout premiers à acheter des actions et des obligations d’entreprises pionnières sur le marché des NTIC font une excellente affaire. Comme ils s’y sont pris à un moment où elles sortaient à peine de leur cocon, l’écart entre ce que leur ont coûté ces actions et obligations et ce qu’elles valent au bout d’un an à peine est extrêmement élevé.

Certains de ces tout premiers acheteurs gardent ces produits financiers : ils parient que leur valeur va continuer à monter. D’autres sont satisfaits de leur opération et, à la manière d’un joueur de casino qui ne veut pas prendre le risque de voir sa chance tourner, ils s’arrêtent : ils vendent. Ils sont alors remplacés par de nouveaux acheteurs qui ne font pas une excellente affaire mais en font quand même une très bonne : l’écart entre ce que leur ont coûté ces actions et obligations et ce qu’elles valent au bout d’un an à peine est encore très élevé.

Rappelez-vous que le prix d’un produit financier est le point d’équilibre entre ce que son vendeur en veut et ce que son acheteur est prêt à payer. Par ailleurs, tant que le prix d’un produit financier monte, il y aura toujours des acheteurs prêts à l’acquérir parce qu’ils estiment que le prix va continuer à monter : ils font le pari qu’ils n’auront donc qu’à le revendre un peu plus tard, ce qui est leur façon de gagner de l’argent. En d’autres termes, non seulement le prix d’un produit financier continue à monter parce que la communauté des acheteurs en bourse pense qu’il va continuer à monter, mais en plus, il continue à monter aussi longtemps qu’ils pensent qu’il ne va pas cesser de monter. C’est le résultat de leur pari, le produit de leur spéculation.

Ce phénomène n’est cependant pas déconnecté de l’activité économique. Au contraire, il l’irrigue. Reprenons notre exemple d’Internet. La valeur d’une entreprise cotée en bourse est la valeur de ses actions. Au fur et à mesure que des actions d’entreprises pionnières sur le marché des NTIC sont achetées, vendues, revendues et revendues encore sur les marchés financiers, le montant que valent ces entreprises augmente. Si elles se présentent devant une banque pour emprunter de quoi se développer, croître, la banque va donc être encline à leur prêter de plus en plus d’argent. Ces entreprises vont donc être en mesure de se développer et, par conséquent, d’accélérer le développement d’Internet dans l’activité économique.

Ne vous y trompez pas : si Internet s’est développé aussi vite, c’est donc à la spéculation sur les marchés financiers, et pas à autre chose, que vous le devez.

Nous en arrivons à présent aux moutons de Panurge. Nous les devons à l’écrivain Rabelais qui, à travers eux, a décrit un comportement très humain que nous avons tous eu plus ou moins souvent : suivre le groupe où qu’il aille, sans réfléchir, alors que prendre du recul sur le groupe nous aurait peut-être fait choisir un meilleur chemin. En l’occurrence, parce que les moutons de Panurge se suivent les uns les autres, ils se jettent tous à la mer sans qu’un seul ait l’idée de changer de direction à temps. Les moutons de Panurge sont ici ceux qui achètent et vendent des produits sur les marchés financiers. Continuons avec l’exemple d’Internet. Les actions, les obligations, sont revendues chaque fois plus cher à l’acheteur suivant, qui en est parfaitement satisfait puisque lui-même vend plus cher à l’acheteur qui le suit. La chaîne ne s’interrompt pas parce que le prix continue de monter, et le prix continue de monter parce que la chaîne ne s’interrompt pas.

Notez que lorsque cette ascension s’arrête brutalement, on l’appelle après coup une bulle spéculative, en l’occurrence la bulle Internet. L’argument utilisé est que les prix atteints sont complètement déconnectés de l’activité économique, d’où d’ailleurs le terme « bulle », comme une bulle de savon quasiment en apesanteur. Cependant cet argument ne correspond pas à une réalité : pour cela, il faudrait qu’il existe un juste prix sur lequel les marchés financiers font la faute de ne pas s’aligner. Or dans la pratique, ce juste prix théorique est mesuré par les analystes financiers, qui font une estimation, en changent régulièrement, et ont des estimations différentes d’un analyste à l’autre : s’ils finissent généralement par aboutir à un consensus, celui-ci reste une estimation. Le seul prix très exactement mesurable est donc, une fois de plus, le point d’équilibre entre ce que son vendeur en veut et ce que son acheteur est prêt à payer. L’ascension ne s’arrête donc pas parce qu’elle est allée trop haut. Elle s’arrête parce que la communauté des acheteurs, éventuellement sur les conseils d’analystes financiers, a décidé qu’elle ne pouvait pas aller plus haut, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Le coup d’arrêt à l’ascension est donc brutal. Il est souvent produit par la vente à découvert pratiquée par un ou plusieurs fonds d’investissement qui estiment que le vent va tourner. Savoir si le mouvement de ces derniers prédit une chute inéluctable ou s’il la provoque est un débat que nous avons déjà abordé : il prédit une chute inéluctable et il la provoque, ce qui n’est pas une combinaison impossible. La pente de l’effondrement est alors au moins aussi forte, sinon davantage, que celle de l’ascension initiale : les produits financiers que les acheteurs acquerraient encore et encore leur brûlent à présent les doigts. Le perdant sera celui qui vendra trop tard, ou plutôt se réveillera trop tard pour pouvoir vendre. Il ne pourra que subir des pertes en vendant beaucoup plus bas que le prix qu’il a payé. Il s’adressera alors à l’équivalent boursier des charognards, les fonds d’investissement spécialisés dans la détresse (c’est ainsi qu’ils sont appelés).

Les années 90 se sont terminées sur l’effondrement des prix des produits financiers liés au marché des NTIC, autrement dit sur l’éclatement de la bulle Internet. Les actions de nombreuses entreprises ont perdu l’essentiel de leur valeur en un temps record. Or nous avons vu que c’est la valeur des actions d’une entreprise cotée en bourse qui détermine à quel point sa banque est prête à lui prêter de l’argent. Que ce cours s’effondre et la banque cessera de prêter, ce qui poussera l’entreprise à ne plus pouvoir payer ses factures, donc à faire faillite.

De fait les faillites de ces entreprises se sont multipliées. Ce faisant, elles ont laissé des employés sur le carreau et des dettes impayées à leurs banques. Les employés en question, devenus chômeurs, ont dû réduire leur train de vie et certains ont laissé des dettes impayées à d’autres banques. Les banques victimes de dettes impayées d’entreprises et de particuliers ont dû, pour rentrer dans leurs frais, limiter leurs prêts vers d’autres entreprises et d’autres particuliers, qui ont donc été à leur tour en difficulté, entraînant d’autres dettes impayées, ce qui a à nouveau mis en difficulté des banques, et ainsi de suite. De contagion en contagion, l’ivresse de la croissance d’Internet est devenue la gueule de bois d’une crise, celle de l’éclatement de la bulle.

Là encore, ne vous y trompez pas : on peut difficilement reprocher la gueule de bois provoquée par la spéculation sur les marchés financiers, après avoir profité de l’ivresse provoquée par cette même spéculation. C’est être mauvais coucheur.


Moyenne des avis sur cet article :  2.68/5   (31 votes)




Réagissez à l'article

60 réactions à cet article    


  • Bardamu 12 janvier 2010 11:19

    De Dieu qu’il est long cet article qui par avance devrait plaire !

    Le copié-collé d’un cours donné à des puceaux élitaires, pas encore sevrés et fin prêts pour exercer leur pouvoir destructeur ? 

    De quoi ici en appeler à cultiver la forme, plus que... le FOND ! C’est certain.

    Car c’est faire écho en un puits sans FOND que d’ainsi gloser sans relâche sur des FONDS !

    Ainsi FONT FONT FONT tous ces FONDS, mais au tréFONDS de lui le quidam s’en moque.
    Non pas qu’il n’y comprenne forcément rien puisque trop bas du plaFOND, ou qu’en montagne l’hiver il préfère s’adonner au ski de FOND !

    Non ! finalement il a pigé l’essentiel notre bonhomme : qu’on le balade, qu’on l’endort, qu’il sera toujours Gros-Jean comme devant en cette affaire... et que toujours les mêmes y gagneront.

    Eh puis, tout ceci nous échappe !... nul expert, tout hyper spécialisé fut-il, ne l’a vu venir la belle crise, non ?
    Alors, arrêtons les longues séances de didactique, devrais-je dire de pédagogie même, puisqu’on nous prend pour des mômes -respectons l’étymologie au moins !

    Un capharnaüm qui n’a plus vocation qu’à faire mousser les « intellos » triomphants car pensant avoir dompter le Leviathan !
    Ceux qui imaginent décrypter les mécanismes de l’odieuse machine.

    Ah oui ! à eux on leur laisse cet os à ronger pour aiguiser leur toute-puissance !... et tout continue de plus belle !

    Pas plus con et conditionné qu’un qui sort d’HEC, ça se sait !

    Allez, à la place de cette parlotte... une bonne révolution !
    Hein, ne serait-ce pas beaucoup mieux, dans le FOND ?


    • plancherDesVaches 12 janvier 2010 11:27

      Heeu.. doucement sur les diplômes.
      Je suis plus diplômé que lui (pas d’HEC, heureusement), ce qui ne m’empêche pas de ne pas être d’accord avec ce jeune aux dents longues à qui nous devons en partie la joyeuse crise actuelle.
      De plus, on peut être sans aucun diplôme et être malgré tout bien à droite.


    • Bardamu 12 janvier 2010 12:00

      Oui, mais vous PlancherDesvaches avait le mérite de rester en contact avec le sol ! 


    • sheeldon 12 janvier 2010 13:31

      bah les diplômes cela veut rien dire j’ai un cursus science po , c’est pas pour rien que je l’appelai science pipo , c’est connu dans les lieux , mais justement pour avoir fréquenté ce genre d’endoit il y a deux solutions , soit vous avez des gens extrêmement intelligents ( la petite minorité ) et qui comprennent très bien la soupe qu’on leur sert et l’utilité de cette dite soupe pour avoir un concours par exemple , dans les prep ENA cela ce voit beaucoup , soit des gens complètement formatés qui ont absorbés toutes les débilités que leur ont servi des cohen et autre dsk , quand on a fourest comme prof qui est une pure propagandiste néo conservatrice cela peut laissé des traces sur des gens pas trop comment dire , malins pour être gentil , et ceci va formé , l’armée nécessaire a l’état pour son fonctionnement grâce aux concours de plus faible qualité , IRA par exemple ( même si c’est bien dans les premières places ) , qui eux seront des cadres effectuant les réformes voulues par l’état , en ce moment , sa destruction au profit des intérêts privés ( pardon l’instauration des partenariats public privé ( science pipo traduction ) qui a terme seront privés pour les parties bénéficiaires ! , lire lagcs ) . faut pas trop réfléchir pour cela , mais avoir de bons exécutants disciplinés . c’est ce que l’on forme et basta .

      quand a la crise financière pour les nuls , je vous conseille jusqu’à quand de frédérique lordon .


    • Thomas Guénolé Thomas Guénolé 12 janvier 2010 18:01

      Une poignée d’intervenants font une étrange fixation sur le fait que je sois diplômé de grandes écoles. S’ensuivent diverses attaques ad hominem, dont certaines sont objectivement des insultes.

      Je ne le prends pas personnellement puisque nous ne nous connaissons pas, mais sociologiquement c’est intéressant.

      TG


    • plancherDesVaches 12 janvier 2010 19:01

      En effet : pour vous, la sociologie est la manipulation de foule.

      On appelle ça marketing, maintenant. Mettez-vous à la page de la propagande.


    • Bardamu 12 janvier 2010 19:39

      « Sociologiquement, c’est intéressant »... tu l’as dit bouffi !

      Ah ! si la piétaille se rebelle, où va-t-on ?
      Vers la gabegie ?
      Pire ?...l’anomie ?

      Diantre, que chacun demeure à sa place : c’est là le moindre !
      Que de gueux, vous dis-je !... que de gueux !


    • Thomas Guénolé Thomas Guénolé 12 janvier 2010 22:47

      « Pour vous, la sociologie est la manipulation des foules » : il faudra qu’on m’explique à quel moment j’ai pu exprimer ce point de vue.

      Plus largement, je note que me sont adressés par une poignée d’intervenants pas mal de « vous estimez que ceci, » vous pensez que cela", qui sont totalement ineptes puisqu’ils me prêtent des opinions que je n’ai jamais exprimées.

      On nage dans le procès d’intention.

      TG


    • Bardamu 13 janvier 2010 07:48

      « On nage dans le procès d’intention »... voire plus : la calomnie, l’opprobre jeté, les gémonies forcément vouées, les fourches Caudines sous lesquelles il faudra obigatoirement passer.

      Ah là là !.. et tellement plus encore !
      Les gens du peuple y sont pas gentils, vraiment pas !


    • JL JL 12 janvier 2010 11:22

      Bonjour, cette phrase m’a interpellé, je vous cite :

      « Vous étiez probablement déjà au courant que ce sont ces fonds qui mettent les grandes entreprises sous pression en exigeant régulièrement d’elles d’importantes sommes d’argent. Peut-être ignoriez-vous que derrière ces fonds se trouvent leurs clients, et les clients de ces clients, mais surtout, en bout de chaîne, un retraité américain lambda, un cadre français anonyme... bref, vous et moi. »

      Autrement dit, on peut écrire que c’est Milgram le plus grand analyste de tous les temps : son expérience en effet, fournit l’explication la plus pertinente jamais proposée de notre monde d’inégalités et d’injustice. Le fric est l’autorité suprême qui récompense ou punit ses adorateurs et à laquelle ils obéissent aveuglément.


      • plancherDesVaches 12 janvier 2010 11:30

        Très bien vu, le terme adorateur.
        L’argent devient en effet une religion quand il est un but. Et non plus un moyen.


      • plancherDesVaches 12 janvier 2010 11:38

        Saint fric, priez pour lui.

        Je vous donne un petit aperçu de ce que va donner la situation actuelle :
        http://www.orbite.info/traductions/dmitry_orlov/les_cinq_stades_de_l_effond rement.html

        Orlov est ingénieur. J’espère que le niveau de diplôme vous suffira...

        Et, ceci dit : ce qui va se passer est provoqué par des gens qui pensent comme vous.
        J’ai approché quelques « HEC »...


        • plancherDesVaches 12 janvier 2010 13:54

          Pour ceux qui veulent des infos sur la Ponzi-FED située aux Madoff-US :
          http://criseusa.blog.lemonde.fr/2010/01/12/les-financements-de-la-reserve-federale-un-risque-majeur-pour-une-eventuelle-reprise/

          Le souci est que les cowboys sont en train de tomber dans les bras de l’extrème-droite du « tea-party ».

          Merci, « HEC »


        • JL JL 12 janvier 2010 17:11

          @ pancherDV, ce que décrit Orlov fait penser à cet affreux film « La route ».


        • pandora box 12 janvier 2010 18:34

          merci pour le lien , j’ai pas tout lu ,mais çà a l’air costaud !


        • furio furio 12 janvier 2010 12:48

          Ben oui. Mais aller plus loin c’est reconnaître qu’un certain collectivisme ou mieux l’auto-gestion pourrait bien mieux convenir à l’individu. Mais pour cela il va falloir en couper des têtes ! Aiguisons mes frères !


        • sentinelle 12 janvier 2010 14:42

          enfin...

          l’Islande dit merde aux bankster...il y aura bien un referendum en fevrier .......

          l’iSLANDE : 300 000 habitants debout.......en fRANCE : 60 MILLIONS DE ZOMBIS a genoux......


        • Thomas Guénolé Thomas Guénolé 12 janvier 2010 17:55

          Une troisième partie est prévue. Je la sors dans la soirée.

          Amicalement,

          TG


        • Cipango 12 janvier 2010 11:50

          Bonjour et merci pour cette série d’articles. Il y a un point réellement frustrant en ce domaine : tout individu étant en désaccord avec la spéculation ne peut s’empêcher de participer à ce mouvement, même indirectement. Qui plus est, il est impossible pour un individu quelconque de suivre et réellement contrôler l’utilisation de son argent. Bref, il existe en ce domaine un manque de liberté flagrant. Comme il est dit dans cet article, on peut se tirer une balle dans le pied sans même le savoir... Il y a là un grand problème de responsabilité.

          Par contre, la conclusion me laisse dubitatif : " [...] on peut difficilement reprocher la gueule de bois provoquée par la spéculation sur les marchés financiers, après avoir profité de l’ivresse provoquée par cette même spéculation. C’est être mauvais coucheur."
          Cette phrase est peut-être valable pour certains (je pense à certaines banques ou fonds) mais pas pour tous ... (et là, je pense à certains particuliers à qui l’on ne laisse pas le choix).


          • Thomas Guénolé Thomas Guénolé 12 janvier 2010 18:05

            Nous sommes d’accord : il y a quelque chose de frustrant, si l’on est en désaccord avec le système spéculatif, au fait de savoir qu’on y participe qu’on le veuille ou non dès lors qu’on a un compte en banque.

            Cependant, regardons les choses en face : tout individu peut refuser de cotiser à ce système spéculatif en effectuant des changements dans sa vie quotidienne et son rapport à l’argent. Il existe par exemple des structures alternatives aux banques traditionnelles : à partir du moment où on sait qu’elles existent et qu’on n’y dépose pas son épargne, on a fait un choix.

            Bien entendu ce raisonnement ne s’applique pas à tous ceux qui sont si bas sur l’échelle sociale qu’ils n’ont même pas d’épargne à déposer.

            TG


          • Cipango 12 janvier 2010 18:48

            Ce serait très bien de faire un article sur ces structures alternatives. Si un jour, vous avez un peu de temps...
            Cela dit, il n’y a pas que les banques qui nous obligent à participer à ce mouvement. Il me semble, mais peut-être me trompe-je, que par exemple, les caisses de retraites ne nous laissent pas non plus ce choix. 


          • plancherDesVaches 12 janvier 2010 19:06

            Des solutions alternatives... ????
            Vous rigolez, là. Il tient plus qu’à tout à ce que son système continue comme si de rien n’était.

            Et votre pseudo-excuse des caisses de retraite, vous ne devez pas connaître le terme répartition, je pense...

            Les termes collectivité, solidarité, respect,... doivent vous être aussi inconnus.
            Par contre, charité et obole, certainement. Ca libère la conscience.


          • Thomas Guénolé Thomas Guénolé 12 janvier 2010 22:53

            En réponse à Cipango, peut-être écrirai-je un de ces quatre un article sur ces structures alternatives. Là, tout de suite, au débotté, je citerais les structures de microcrédit et les banques ayant une démarche mutualiste ou coopérative.

            En réponse à Cipango toujours, effectivement les caisses de retraite ne nous laissent pas le choix. Contrairement à ce qu’écrit « plancherdesvaches, » une partie du système de retraites par répartition est en effet placé en bourse : c’est le cas du fonds mis en place sous le gouvernement Jospin pour contribuer à réduire le déficit du système de retraites, ou encore du fonds Préfon qui place de l’argent public en bourse pour contribuer à financer les retraites des fonctionnaires.

            Ensuite, vite fait pour « plancherdesvaches », vous écrivez à mon propos ceci : « Vous rigolez, là. Il tient plus qu’à tout à ce que son système continue comme si de rien n’était. » D’abord, vous êtes (encore) dans le procès d’intention. Ensuite, vous êtes (encore) dans le préjugé, puisque votre seul argument sur ce thème est que je sors de grandes écoles. Enfin, vous me prêtez (encore) des opinions qu’à aucun moment je n’ai formulées.

            TG


          • manusan 12 janvier 2010 12:47

            Troublante liquidation de stock-options chez les grands patrons français

            Un article de la dernière livraison de l’hebdomadaire Le Canard enchaîné [Hervé Martin, « Ces patrons qui ne misent pas sur leurs propres boîtes », Le Canard Enchaîné, page 3, n° 4654, 6 janvier 2010] relève une situation pour le moins troublante.

            En pleine euphorie boursière, alors que l’année se termine sur une hausse de 22% du CAC 40 et qu’une nouvelle progression de 10 à 15 % est prévue par une majorité des analystes en 2010, la plupart des grands patrons se sont empressé de lever leurs stock-options afin de les revendre. Plusieurs fonds d’investissement, qui ont observé ces mouvements, ont fait de même.

            Ces manœuvres pourraient bien indiquer que nous sommes à l’aube d’un nouveau krach boursier.

            Il s’agit en effet d’un indicateur qui vaut bien les avis d’experts et les plus savantes analyses économiques. Les patrons des société cotées en Bourse sont obligés de déclarer à l’Autorité des marchés financiers (AMF) et aux instances dirigeantes de leurs sociétés, les achats ou ventes d’actions auxquelles ils ont procédé.

            Ainsi, Jean-René Fourtou, administrateur de Sanofi-Aventis, et par ailleurs président de Vivendi, a, le 11 décembre dernier, acheté 234.782 actions auxquelles lui donnaient droit ses stock-options, et les a revendues dans la même journée, avec un faible bénéfice.

            Le président du groupe Danone (et patron le mieux payé de France, selon le palmarès du magazine « Challenges ») lève 329.310 stock-options, le 14 décembre, qu’il revend, lui aussi, le même jour.

            Les dirigeants de la BNP semblaient pressés eux aussi. Michel Pébereau, président de la banque, lève 79.000 stock-options le 15 décembre. Il s’empresse d’en revendre 62.000, cinq jours plus tard. Son bras droit, Baudoin Prot, revend 80% de ses 47.300 stock-options, quatre jours après les avoir touchées.

            Chez Thales, un membre du comité exécutif a revendu, dans la journée, les 10.500 titres qu’il venait d’acquérir.

            Chez Christian Dior (groupe Arnault-LVMH), le directeur général et un administrateur ont, eux aussi, cédé plus de 80% des actions achetées quelques jours plus tôt.

            Idem chez Bouygues, où deux administrateurs ont liquidé illico 90% de leurs options. Ou encore chez Total, dont un membre du « comité exécutif » s’est défait, en cinq jours, de la totalité des 40.000 actions qu’il venait de se voir attribuer.

            Tout cela dans un ensemble inquiétant, durant la deuxième quinzaine de décembre.

             Est-ce que cette précipitation est annonciatrice de l’imminence d’un nouveau krach boursier ? Il n’est vraiment pas impossible que les analystes optimistes qui, comme l’indique le Canard, « sont aussi bien payés quand ils se trompent », soient une fois de plus dans l’erreur, et que les patrons d’entreprises aient déjà senti le vent tourner.

            source :
            http://fr.wikinews.org/wiki/France_:_les_patrons_des_grandes_entreprises_liquident_leurs_stock-options


            • sheeldon 12 janvier 2010 12:49

              c’est le bon moment pour un crédit ;o)


            • Bardamu 12 janvier 2010 17:53

              Oui Manusan, je suis aussi au courant de ce tour de passe-passe !
              Sympa de ta part d’en alerter ici les gens !

              Il y a vraiment quelque chose de pourri dans le royaume de la finance.
              Un jour, il faudra leur botter le cul à ces élites dévoyées qui nous prennent... pour des nuls ! 


            • Croa Croa 12 janvier 2010 23:02

              « contrairement à toutes les couches modestes... »

              à Chanteclair : Les couches modestes n’ont pas le choix smiley pour leurs économies ! (Sauf celui de tout dépenser.)

              Par les temps qui courent même l’écureuil n’est pas fiable (comme un scandale l’a révélé récemment ! )


            • John Lloyds John Lloyds 12 janvier 2010 13:08

              Tiens, voilà encore le colleur d’affiche du MODEM qui vient chanter la récitation qu’on lui a apprise à l’école.

              Jeune homme, vous nous abreuvez de détails techniques qui font de votre article une longue litanie soporifique et dénuée d’intérêt.

              Ce qu’on ne vous a pas appris, c’est d’aller à l’essentiel : Et l’essentiel, vous n’en parlez pas. Cette crise n’est pas une crise de liquidités, c’est une crise de solvabilité, carence de solvabilité qui a atteint les plus puissantes sociétés financières, par ex F.Mac & F.Mae, qui viennent de bénéficier de la garantie illimitée de l’état.

              La crise dont vous nous parlez n’est qu’une crisette, ce n’est pas la crise actuelle, car le problème de solvabilité a atteint son dernier retranchement, l’état, et c’est bien la faillite des états qui est en jeu actuellement, au point qu’aux US c’est la Fed qui en est réduite à racheter la dette américaine, sans même parler du fait que la plupart des états n’arrivent plus à boucler leur budget.

              Tout a été fait pour en arriver là, le coup de semonce de septembre 2007 n’a servi à rien, les actifs toxiques sont toujours planqués dans les bilans frelatés par des normes comptables inventées pour la circonstances, toxicité démultipliée par des bulles bancaires aux dimensions jamais atteintes, dont cette folie qu’est la carry trade.

              Le problème a toujours été l’abrogation du Glass-Steagall act, qui a permis aux banquiers de devenir des mercenaires de la finance sur le dos du contribuable, et d’abandonner leur métier originel qui était de soutenir l’économie réelle. Phénomène que vous passez totalement sous silence : aujourd’hui, le système financier tourne en circuit fermé.


              • John Lloyds John Lloyds 12 janvier 2010 13:10

                errata : sept 2007 ===> sept 2008


              • Bardamu 12 janvier 2010 13:19

                Ouf !... je préfère ce genre de commentaire, moi !

                Plus musclé ! Au vif du sujet !... oui, à bas les périphrases d’un qui pour un peu nous prendrait... pour de nuls ?

                Zut alors !... tout juste sorti de dessous les jupes à maman qu’il vous fait la leçon l’extasié !

                J’irais voir une péripatéticienne oeuvrant dans les coulisses du pouvoir, y pratiquant la passe grand luxe, que sur l’oreiller elle m’en apprendrait beaucoup plus, la belle !


              • Cipango 12 janvier 2010 13:51

                L’auteur pense qu’il faut expliquer les bases avant d’entrer dans le vif du problème. Pourquoi ne pas applaudir cet effort pédagogique en attendant de voir la suite ? On a tendance à critiquer nos journalistes de pratiquer de la non-analyse en oubliant de présenter le fond des problèmes, d’utiliser un langage simpliste et parfois truqué ( comme la superbe « frappe chirurgicale »), donc soyons cohérents.
                Quant à la neutralité de l’auteur, il me semble qu’il fasse un effort en ce sens. Ainsi, lors du précédent article où il parle de la normalité de l’utilisation du crédit, son discours a été détourné ; il parlait de norme, non de valeur... Cela ne me semble pas très juste de l’accuser dans ces conditions.


              • Thomas Guénolé Thomas Guénolé 12 janvier 2010 18:09

                Première remarque : vous avez une obsession amusante du dénigrement du colleur d’affiches. Pourtant c’est un exercice agréable, quand on le fait en petit groupe, et ça évite de n’être qu’un militant de salon.

                Deuxième remarque : vous avez aussi une obsession pour mon parcours d’études. Apparemment dans votre esprit ce parcours disqualifie d’office mes articles. C’est intéressant, comme mentalité.

                Troisième remarque : vous confondez en ce qui me concerne le discours positif et le discours normatif. Je décris ce qui est, pas ce qui devrait être. Or vous ne cessez d’interpréter mes propos comme si j’approuvais les mécanismes que je décris : c’est complètement hors-sujet puisqu’encore une fois, ma démarche est positive (décrire ce qui est).

                TG


              • John Lloyds John Lloyds 12 janvier 2010 19:27

                @L’auteur

                Autant les colleurs d’affiches, je ne connaîs pas, autant les diplomés, je peux vous en parler, ayant suivi la filiaire, il y a très longtemps, en passant par la pire de toutes, taupe. Des usines à pondre des contremaîtres du système, en leur donnant le vertige d’un piedestal totalement nombriliste, en leur donnant l’illusion d’un système parfaitement accompli, et les moyens de parfaire un arrivisme puant. Regardez attali, ce sur-diplomé parfaitement compétent, mais, en tant que cireur de pompes des institutions qui le tiennent sous perfusion, oublie toujours de parler de l’essentiel.
                 
                Bardamu a bien résumé l’essentiel dans son premier message, quel post ! je me suis précipité pour le plusser. hé oui, on en est là, qui d’entre vous, sur-dipômés, avaient prévu la crise ? Personne, à part une infime minorité, précisemment totalement critiqués à l’époque par une horde de produits labellisés hautes études comme vous. Le système est biaisé, jeune homme, vous ne le savez encore pas, mais ça viendra, et quand vous l’apprendrez, vous ferez comme les autres, vous obéirez au fouet de vos maîtres.

                Les études ? Oui, j’approuve, tant que l’étudiant a conscience que l’essentiel, le système universitaire ne lui apprendra jamais. Vous dîtes ne pas prendre position, alors que vous faîtes l’apologie de la dette dans votre précédent article ... déjà formaté vous êtes, sans même vous en rendre compte. Oui, la dette est normale ... dans une situarion normale, ce qui n’est pas le cas d’aujourd’hui. J’attends votre prochain article ... pas pour le contenu, mais pour apprécier l’efficacité des lavages de cerveau de notre enseignement supérieur. J’ai vraiment l’impression qu’ils se sont amélioré depuis mon époque.


              • plancherDesVaches 12 janvier 2010 19:43

                Chanteclerc, il faudrait éviter d’écrire de telles âneries.

                Les diplômés sont courants ici. Mais pourquoi voudriez-vous qu’ils le chantent sur les toits... ??

                Entre une fierté mal placée et une jalousie complètement conne, un juste milieu serait peut-être nécessaire, non ?


              • plancherDesVaches 12 janvier 2010 20:59

                Chanteclerc, vous me gonflez.

                Et je vais devoir vous expliquer pourquoi. Car lorsque j’apprends aux autres ou que je les tue, j’ai un besoin d’explication du pourquoi de mon action.
                Justification, diront les connards de psychologues anglo-saxons visant uniquement le fric, comme les religions, alors que le respect est une notion maintenant assimilée à la faiblesse comme veut le politique qui veut tuer la Justice.
                Ca leur permet de gagner plus. (gagner leur vie...) (...enfoirés)
                Alors, certes, je n’ai pas besoin d’argent car j’ai peu de besoin. Cela gène dans ce système.

                Je suis une épine qui vous souhaite un bon cassage de figure de la « finance ». Moi, vu ce que je sais pour l’avoir beaucoup vu dans ma courte vie, je vous jure qu’il vaut mieux arrêter les dégats.


              • Thomas Guénolé Thomas Guénolé 12 janvier 2010 22:59

                Il n’y a pas lieu de s’énerver. Il y a manifestement chez moi, ou dans mon parcours, des éléments pour lesquels l’intervenant « plancherdesvaches » a développés de solides préjugés.

                Or par définition quand un intervenant se situe sur ce terrain, le débat rationnel, constructif et argumenté n’est pas possible.

                Ce n’est pas grave au demeurant : à chacun ses vieux démons.

                TG


              • Croa Croa 12 janvier 2010 23:11

                « c’est bien la faillite des états qui est en jeu »

                Tant mieux ! Si ça pouvait les obliger à assumer leur devoirs ! Celle qui consiste à reprendre en main leurs monnaies par exemple.


              • alberto alberto 12 janvier 2010 13:26

                Au passage, je rappelle, ce que je ne cessais de répéter à mes collègues (d’une grosse boîte multinationale)  :« si votre direction vous récompense de vos bonnes performances avec des actions de la boîte, vendez les aussitôt, car si suite à quelques erreurs d’objectifs de cette même direction, la boîte se casse la gueule, vous perdez votre boulot, et vos actions ne valent plus un clou ! » La double peine en quelque sorte.
                 
                Bien à vous.


                • sentinelle 12 janvier 2010 13:35

                  @ l’auteur

                  bonjour tout le monde....

                  je vous conseille mon pauvre ami de ne plus perdre votre energie a decortiquer la pyramide de ponzy montée par l’oligarchie....meme ceux qui l’ont mise en place n’y comprennent rien ou pas grand chose...

                  pour 2010 faites des stocks de legumes secs.. ;apprennez a utiliser une beche et a bien entretenir votre jardin ......

                  si vous avez le niveau et le QI minimum requis je vous recommande ces modestes videos de mon ami lelibrepenseur :

                  http://www.dailymotion.com/video/xbsqyp_la-face-cachee-des-banques-llp-12_news
                   

                   

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès