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Accueil du site > Actualités > Economie > La crise viticole : un désastre social en cours de réalisation.

La crise viticole : un désastre social en cours de réalisation.

Un monde politique autiste, un syndicat majoritaire criminel, un monde commercial explosé, une chimie arrogante et efficace, des capitaux avides de royalties, des clients bernés par des journaux croupions, voici les protagonistes d’un thriller franchouillard qui, dans les années à venir, va mettre en scène la fin des vignerons dans notre pays.

Après avoir mené à bon terme la disparition de trois millions de paysans, et créé une industrie alimentaire performante sur le plan économique, mais ravageuse de culture et d’art de vivre, le pouvoir politique français, renseigné par un unique syndicat aux intérêts éloignés du monde rural, s’apprête à terminer son œuvre en offrant le vin à l’industrie agroalimentaire.

Ce plan de gestion est simple. La viticulture doit prendre simultanément deux orientations :

- une viticulture haut de gamme, très chère, qualitative, surveillée à la loupe, historiquement reliée à de Grandes Traditions. Des prix de vente exorbitants, permettant de ne compter ni la main d’œuvre, ni le marketing, justifiés par une presse gastronomique soudoyée par une communication généreuse.

- une viticulture pour satisfaire la masse, largement aidée par la technologie. Des goûts standards, parfaitement préparés par des études de marché, et des prix liés à des valeurs de marketing reliées à une presse gastronomique soudoyée par une communication généreuse.

Les deux filières seront détenues à moyen terme par des investisseurs privés et soumis à la loi de la rentabilité maximale. Les groupes financiers possèdent des domaines dans les deux types de production, la communication valorise l’un par l’autre.

Par souci pédagogique, la tendance moderniste prend exemple sur le monde de la couture, qui propose haute-couture et prêt-à-porter. Il faut prendre la peine de regarder ce qu’il s’y passe. La haute-couture a pratiquement disparu, absorbée par les grands groupes de luxe, et ne laisse que très peu de place aux jeunes créateurs amoureux de liberté d’expression et constructeurs de futur. Le prêt-à-porter est, quant à lui, presque totalement fabriqué en Chine, et a cessé, définitivement, d’être une richesse nationale.

L’avenir de la viticulture pensée par notre oligarchie est simple :

Reste Romanée-Conti, Cheval Blanc, Pétrus, quelques domaines qui relèvent du luxe, et l’importation de vins fabriqués dans des pays où l’esclave est bon marché, la pollution facile, et le pouvoir, sans partage.

Résultat : en France, un savoir-faire disparu à jamais, et 350 000 chômeurs de plus.

Nous allons être condamnés à boire chilien, australien ou malgache, car, dans la lutte entre vins technologiques, nos vignerons seront toujours perdants. Il est possible de se rassurer en sachant que les mêmes groupes financiers possèdent les Châteaux de luxe et les domaines du nouveau monde.

Les seules victimes de ce plan sont les actuels vignerons, qui imaginent qu’ils sont défendus, alors que leur syndicat les a déjà sacrifiés sur l’autel d’une fantas(ma)tique gestion financière.

Des solutions possibles ?

S’il paraît difficile aujourd’hui de sauver le vin français de grande surface, un vin où la chimie se déchaîne pour assouvir des désirs créés par la publicité, il reste à nos vignerons une issue : les appellations d’origine contrôlée.

Une forte pression commerciale pèse sur le parc des appellations : une demande de normalité et de production régulière en goût est réclamée par les courtiers et par une analyse qui voudrait que les étrangers (trop bêtes par nature !) se perdent dans l’extrême richesse de nos terroirs.

En réalité, il faut exploiter à fond ces richesses, et non les appauvrir ! Il faut prendre conscience de l’unicité de nos terroirs, et la respecter.

L’AOC, c’est un terroir et une année, il faut interdire tout ce qui en occulte la perception : pour les AOC, plus de désherbants ni d’engrais chimiques, plus de ramassage mécanique, plus de levures exogènes, plus de maquillages chimiques... Du vin issu d’une terre, d’un raisin, d’un vigneron. Une AOC doit engager une responsabilité de chacun face à tous.

Il faut que cesse aussi le scandale des commissions d’agréments soumises à des potentats locaux qui refusent tout ce qui s’écarte de leur médiocrité. Les cartes de restaurant et les bons cavistes proposent une multitude de recalés des commissions d’AOC : des vins de table très souvent aux qualités nettement au-dessus de la quasi totalité de l’appellation.

La majeure partie de la production de l’actuelle viticulture ressemble déjà à l’avenir promis aux bouteilles de tous les jours. La vigne représente en France 3,3% de la surface agricole totale, et absorbe entre 20% et 30% des produits chimiques de synthèse. Il faut inverser la tendance, il est possible de produire bon à prix raisonnable, c’est la clef de la réussite. Produire sincère doit devenir notre force face aux produits normatifs de l’industrie du vin. S’il est possible de progresser sur l’esthétique des bouteilles ou sur la qualité des campagnes de promotion, pour vendre, il faut retrouver ses fondamentaux : un vin sain et bon.

Les vignerons ont un savoir-faire unique, fabriquent un produit magique qui suit l’homme depuis des millénaires, leur survie passe par la franchise de leur production.

Pour retrouver le marché intérieur, pour relancer l’exportation et redorer l’image de notre vin dans le monde, il faut impérativement que tout ce qui porte la signature de notre pays soit d’une qualité irréprochable, soit lié à un terroir identifiable, et soit signé d’un vigneron. Il faut cesser de confondre appellation et marque, et cesser de confondre vin et produit manufacturé. Il faut peut-être, aussi, sérieusement rénover la représentation agricole, jamais remise en cause, responsable de catastrophes successives, et qui s’apprête à commettre un nouveau crime.


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11 réactions à cet article    


  • (---.---.102.65) 25 janvier 2006 12:30

    Et oui. La viticulture française ne résistera pas à la mondialisation.

    C’est comme pour Moulinex.


    • (---.---.1.1) 25 janvier 2006 13:13

      Exactement mais si les Francais voulaient réellement protéger leurs agriculteurs et producteurs de vins ils n’auraient jamais dû voté pour les chantres de la mondialisation (UMP, UDF) c’est aussi simple que ça. De toute façon la bataille est perdue sur le terrain de la com, qui ira achaeter du vin francais si le californien est moins cher et meilleur. Simplement pcq il est francais mon oeil.


      • (---.---.153.174) 25 janvier 2006 15:07

        Moins chers ? ... à voir


      • Frank Mairine 19 juillet 2008 19:15

        Si des gens roulent en Porsche ou en Lotus ou avec toute autre marque de voiture de luxe, ce n’est certainement pas parce qu’on en fabrique des moins cheres en Inde ou ailleurs.
        La Californie comme tous les pays du nouveau monde est présentée comme le grand méchant loup, parce que nos marketeurs nous font aisément croire que "le consommateur veut telle ou telle chose". Avez vous déjà fait le voeux de vins comme ceci ou comme cela ?
        La standardisation du vin, comme du reste, passe par la "crétinisation" du public. Bien sur qu’il y aura toujours du vin français, mais la situation est de plus en plus dramatique quand on nous dit de courir derrière un style de production (nouveau monde) qui lui meme est en pleine mutation pour se rapprocher de ce que nous produisons depuis des décennies. Que l’on passe massivement à une production style nouveau monde actuelle et nous entrerons sur des marchés déjà saturés, contraints de surcroit à produire à bas prix, tout en laissant le champ libre aux futurs "fleurons" etrangers sur notre territoire.


      • Zoulouc (---.---.112.134) 26 janvier 2006 01:56

        Avant l’AOC, les vignerons devraient indiquer le cepage sur les bouteilles ainsi les non connaisseurs pourraient commencer à s’y reconnaître !! Pourquoi ne veulent-ils pas le faire ? Trop de mélanges peut être ?


        • vincent (---.---.68.124) 26 janvier 2006 09:57

          voici un exemple de banalisation et de manque d’ouverture d’esprit ! Retenir un cépage n’est pas une grande preuve de connaissance ou de reconnaissance. C’est vrai qu’il y a trop d’AOC et que le consommateur est perdu, mais n’allons pas d’un extrême à l’autre !!! « la diversité », voilà la plus grande richesse de notre pays viticole. Chose qu’il faut mettre en avant et tous ensemble ! Non ,comme actuellement, où chaque syndicat viticole preche pour sa paroisse ! Amen.


        • Philippe (---.---.93.175) 26 janvier 2006 21:14

          pour l’instant, il me semble que la mondialisation a plutôt été bénéfique aux vignerons français. Qu’un peu de concurrence apparaisse sur ce marché comme sur les autres me paraît assez naturel.

          Pour ce qui est de la qualité produite, les bons viticulteurs produiront toujours comme ils l’entendent, quoique dise les organismes professionnels, car leur réputation est leur fond de commerce. Sans doute devront-ils faire quelques efforts commerciaux, ce dont ils pouvaient se passer.

          Et personne ne pleurera les fabricants de piquette éliminés.


          • Stephane Klein (---.---.101.8) 10 avril 2006 17:30

            Question : y a-t-il un secteur plus subventionne que la viticulture ? Dois-je moi, etre oblige de subventionner une filiere que je ne veux pas subventioner car je considere que la recherche a plus d’avenir ? (etendre la reflexion a la PAC).

            Enfin, si moi, dans mon entreprise, je m’entete a vouloir la gerer comme si en bonheur etait dans le pre et qu’ainsi je me mette en difficulte, n’anticipant pas les changement du monde, les viticulteurs verseront-ils une taxe pour que puisse continuer mon activite, subventionne ? J’en doute fort.


            • Jean Claude Trastour (---.---.151.143) 12 avril 2006 11:04

              J’en ai un peu assez que les « chefs d’entreprise » réels ou fantasmés s’érigent en producteurs uniques de richesse. La musique, l’écriture, la peinture, le vin et autres beaux arts résistent plus à l’histoire et ajoutent plus à la valeur de notre culture que le rasoir à 5 lames dont l’existence même par le crétinisme de la publicité qu’elle oblige, met en péril le niveau de notre société. Alors basta de vos richesses à la con et réflexion sur des valeurs de qualité et d’intelligence de vie, et, ici, la loi du marché ne marche pas.


            • Frank Mairine 19 juillet 2008 19:24

              Vision réductrice quand tu nous tiens...
              Et moi dois-je payer des cotisations sociales qui, sur le principe de la solidarité, vont alimenter des caisses qui rembourseront tantot la jambe cassée de celui qui va aux sports d’hiver alors que je ne skie pas, tantot le cancer de celui qui fume tandis qu’un autre ne fumera pas.
              L’individualisme ne s’intéresse guère à la mutualisation des choses, surtout si elles ont d’ordre économique.
              Et ma foi oui, nous devrions plutot voir d’un bon oeil qu’un secteur, en difficulté ou non, puisse etre soutenu par une politique nationale quand ce meme secteur constitue une part tres importante du PIB.


            • vigneron gardois (---.---.193.30) 14 octobre 2006 01:54

              vu de l’interieur le monde que vous decrivez n’est pas le mien. Entre Cheval blanc et ’infame piquette’ il ne parait rien y avoir....pourtant je suis là !!! J’ai 35 ans je suis paysan

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