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Accueil du site > Actualités > Economie > La démondialisation est-elle possible ?

La démondialisation est-elle possible ?

En ces temps pré-électorales, le débat actuel autour du concept de démondialisation mérite attention. Lancé par la parution du livre de Jacques Sapir et relayé par de nombreux intellectuels, l'idée fait son chemin mais se heurte à d'énormes difficultés.

Essayons de classer les positions de chacun, permettant ainsi à chaque lecteur de choisir son camp :

-les "droits dans leurs bottes" : ils refusent la discussion et n'en démordent pas. La mondialisation est une bonne chose, un point, c'est tout. Si la France est perdante, c'est uniquement parce que nous ne sommes pas assez bons : il suffit d'accroître la productivité, diminuer les charges, libéraliser le système et cela ira mieux. Vieux de vingt ans, ce discours n'a pas pris une ride et ses partisans sont convaincus de détenir la vérité même si la crise actuelle les rend moins crédibles.

-les partisans de la marque France : ils admettent que la France est perdante en ce moment par manque de compétitivité mais ils insistent sur la bonne santé des entreprises du CAC40. Elles investissent et se développent dans le monde entier et on peut être fier de voir des voitures Peugeot à Pékin et des sacs Chanel à Djakarta. Ils oublient qu'un pays ne peut être confondu avec ses entreprises, particulièrement quand ces entreprises dépendent de plus en plus de capitaux étrangers. A part quelques bénéfices fiscaux rapatriés, la richesse de ces entreprises ne vient plus en France. Et celles-ci, en plus, délocalisent. Cette vision est malheureusement celles d'une majorité de notre personnel politique qui, dans leur quotidien, rencontrent davantage d'experts internationaux et de patrons du CAC 40 que de "vrais" français. Ils défendent donc ce qu'ils connaissent et en oublient la Nation qu'ils sont censés promouvoir.

-les optimistes fatalistes : l'avantage comparatif de compétitivité des Chinois va rapidement disparaître. Certains affirment même que, dans dix ans, les salaires chinois auront rattrapé les salaires européens. Nous n'avons donc qu'à partienter jusque là. C'est un discours attentiste, finalement assez proche de celui de la première catégorie.

Tous ces partisans de la mondialisation espèrent la conserver grâce à de "nouvelles politiques de régulation" et une "nouvelle politique industrielle" (E.Cohen et N. Baverez) dont on peine à percevoir l'originalité et la pertinence.

-les partisans du protectionnisme : volontaristes, ils optent pour la renaissance des barrières douanières. Certains d'entre eux sont favorables à une préférence nationale, d'autres privilégient le niveau européen (E.Todd). Ils proposent aussi "l'interdiction de certaines importations" (J Sapir) ou la "protection" de certains secteurs (industrie verte). On voit mal concrètement comment cela pourraient se mettre en place.

Ces propositions se heurtent à la dure réalité du commerce international et de l'absence d'une gouvernance mondiale. Si les barrières douanières sont installées, on peut s'attendre à des mesures de rétorsion aux effets dévastateurs de la part des instances internationales comme des nouveaux géants économiques. L'instauration d'un consensus européen paraît bien irréaliste sur cette question : E.Todd espère ainsi que la menace de sortie de l'Euro de la France pourrait suffire à faire plier l'Allemagne. On aimerait avoir son optimisme !

Ce groupe d'opinion est composé à la fois des partisans du Front National et d'intellectuels de gauche, dans un mélange de la carpe et du lapin qui laisse songeur.

-l'espérance des relocalisations : certains espèrent que l'augmentation du coût du transport, les déceptions de certaines entreprises qui ont délocalisées et qui reviennent en France vont suffire à amorcer une tendance à "reterritorialiser" l'économie. Mais, peut-on attendre l'émergence d'un mouvement spontané au risque de perdre le reste de notre tissu industriel ?

 

Maintenant que le lecteur a cherché à choisir son camp, nous espérons qu'il conviendra qu'aucune de ces opinions (et solutions) n'est satisfaisante en soi. 

Devant la complexité du problème, nous voudrions partager avec lui quelques certitudes :

1-Opposer mondialisation et son contraire comme deux entités négatives ou positives n'a pas de sens. La mondialisation a des avantages et des inconvénients. Toute opinion manichéenne dans ce débat est suspect : le sujet est suffisamment complexe pour mériter la nuance et le regard critique.

2-Même si la mondialisation a permis le développement de nombreux pays émergents, elle est actuellement source d'appauvrissement pour nos économies. Prenons un exemple : notre déficit commercial avec la Chine atteint 26 milliard par an (c'est la moitié de notre déficit). Comment illustrer ce chiffre ? C'est comme si chaque français faisait en moyenne un chèque de 400 euros à la Chine. Un couple avec deux enfants donne donc l'équivalent de 3200 euros par an et s'appauvrit d'autant ! 

3-Les outils anciens de régulation sont inopérants : taxer les produits étrangers, interdire certains importations. Il suffit de comparer les différentes époques pour comprendre que cela n'est pas possible : à l'ère d'internet et du portable, on ne peut reproduire les méthodes économiques qui furent efficaces au temps de De Gaulle ou d'Hitler.

4-Il y a donc nécessité d'inventer et d'innover d'autres méthodes de régulation qui à la fois favorisent les relocalisations tout en permettant de continuer les échanges économiques et d'éviter la tentation du repli sur soi.

Pour ma part, je défend l'idée suivante :

Aucune barrière douanière, aucune interdiction, inefficaces et dangereuses. Mais par contre, une taxation faible et progressive qui s'intéresse non pas à la préférence nationale mais à d'autres problèmes : l'émission de carbone du transport, l'utilisation de matériaux locaux, renouvelables et décarbonés.

On favorisera ainsi les industries régionales qui vont bénéficier d'avantages comparatifs : les matériaux locaux, n'étant pas conçu à base d'hydrocarbures importés vont revenir beaucoup moins chers que leur équivalent plastique conçu en Chine. 

Le produit de cette taxation servira intégralement à financer les investissements nécessaires à développer ces nouvelles industries "vertes", durables et locales.

Ainsi, les entrepreneurs auront une idée claire des évolutions prévisibles. Le personnel politique retrouvera des leviers d'action qu'il a abandonné et regagnera une crédibilité perdue. Le consommateur sera inciter financièrement à changer ses habitudes. Le pays retrouvera des marges financières qui permettront l'investissement. Un cercle vertueux pourra alors être relancé.

Cette méthode refuse l'affrontement frontal des protectionnistes et utilise les forces montantes de l'industrie verte pour relancer l'économie.

Si certains estiment que ces propositions, à leur tour, sont irréalistes, je serais heureux de connaître leur argument et de débattre avec eux.


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9 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 11 juillet 2011 10:24

    Les donneurs d’ordres sont peu nombreux dans le monde, ce sont eux qui
    distribuent le travail et influent sur les logiques salariales. Les pays du sud
    produisent à bas prix, mais la majorité des usines qui fabriquent dans ces pays sont
    des usines occidentales, et 80% de leur production sont vendus sur les marchés des
    pays riches. La mondialisation est une chimère qui permet à certains de produire
    aux coûts les plus bas puis de vendre dans les pays où les gens ont les moyens
    d’acheter !Lire :

    http://2ccr.unblog.fr/2011/02/02/concurrence-et-mondialisation/


    • Daniel Roux Daniel Roux 11 juillet 2011 10:26

      La réalité est que la mondialisation telle qu’elle est menée depuis la révolution néo conservatrice ne profite qu’à une petite minorité très riche et qu’elle appauvrit les citoyens des pays développés, en détruisant les états. Cette minorité est appelée Oligarchie financière. C’est elle qui finance les hommes politiques qu’elle choisit de mener au pouvoir et les partis qui soutiennent son projet. C’est elle qui planque ses richesses dans les paradis fiscaux, principale raison de la mondialisation.

      A lire :

      http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/un-protectionnisme-europeen-assume-39817

      et suivant


        • Piotrek Piotrek 11 juillet 2011 10:59

          "l’avantage comparatif de compétitivité des Chinois va rapidement disparaître. Certains affirment même que, dans dix ans, les salaires chinois auront rattrapé les salaires européens"

          Je ne pense pas que cela sera aussi linéaire : les salaires la structure des salaires va se modifier, avec l’apparition d’écarts extrêmes dans tous les pays.
          Les salaires français vont vite rattraper ceux des chinois.

          Pour ce qui est de la mondialisation, je la vois plus comme un échange de bien globalise et bien que je pense qu’on soit d’accord sur les effets pervers, mais il y a des effets bénéfiques malgré tout (sinon seuls les plus riches pourraient se payer un PC)

          Regardez autour de vous : votre PC, votre téléphone, votre chaise en plastique... tous ces objets anodins dont les matières premières proviennent d’un bout de la planète, qui on été assembles a l’autre bout de la planète et qui ont ete livres chez vous.
          La mondialisation est un fait accompli que vous le vouliez ou non, être contre n’a pas de sens.

          D’un autre cote il n’y a pas de raisons d’être fataliste, le talon d’Achille de la mondialisation c’est le cout du transport et nous allons arriver très vite vers une nouvelle redistribution des rôles et des chemins quelles que soient les volontés politiques.

          La demondialisation est une idee louable, mais on s’attaque plus aux consequences qu’aux causes.


          • BA 11 juillet 2011 13:58
            François Leclerc écrit :

            « Coups de théâtre en vue !

            Selon Die Welt, la BCE veut que la dotation du FESF soit doublée, passant de 750 à 1.500 milliards d’euros.

            Les rumeurs et la publication dans la presse de fuites vont bon train, invérifiables. Selon Handelsblatt, cité par le bulletin Eurointelligence, la BCE aurait constitué un groupe de travail avec des banquiers et des consultants afin de définir une stratégie permettant de contrôler les conséquences d’un défaut grec. Notamment la poursuite du bank run (retraits massifs précipités) qui les affectent déjà.

            Ce lundi matin, les taux à 10 ans de l’Italie et de l’Espagne continuaient à grimper, atteignant des niveaux insoutenables. Plus particulièrement dans le collimateur, l’Italie pèse plus de deux fois le poids de la Grèce, l’Irlande et le Portugal. La zone euro est en péril.

            Les coups de théâtre ne vont pas manquer. »



            • zelectron zelectron 11 juillet 2011 14:52

              et la défonctionisation publique, elle est possible ?


              • BA 11 juillet 2011 15:15
                Crise de la dette : les marchés financiers dans la tourmente.

                Les Bourses européennes dégringolaient lundi à la mi-journée sur fond de tensions sur le marché obligataire, un mouvement de défiance généré par la peur d’une contagion de la crise grecque et des doutes sur la croissance mondiale.

                « Nous nous trouvons à un des pires moments de la crise monétaire européenne. L’idée de la contagion de la crise grecque à d’autres pays de la zone euro comme l’Italie et l’Espagne prend de l’ampleur », souligne Jean-François Robin, analyste du marché obligataire chez Natixis.



                • robin 11 juillet 2011 15:19
                  La démondialisation est-elle possible ?

                  3 choix possibles pour les :
                  - soit les peuples l’accepte par ignorance, bêtise, lâcheté ou résignation et seront mis en esclavage à perpétuite sous la férule de la plus implacable dictature qu’ait connu le monde, - soit ils se révoltent,
                  - soit un élément extérieur décidera pour nous (apocalypse écologique, invasion extraterrestre, météorite, etc.)

                  • BA 11 juillet 2011 23:33

                    Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne : les investisseurs internationaux n’ont plus aucune confiance dans la capacité de ces cinq Etats à rembourser leurs dettes.

                    Toutes les courbes augmentent de façon exponentielle.

                    Ces cinq Etats ont des courbes qui annoncent un cataclysme.


                    Italie : taux des obligations à 2 ans : 4,203 %.

                    Italie : taux des obligations à 3 ans : 4,700 %.

                    Italie : taux des obligations à 10 ans : 5,683 %.

                    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GBTPGR10:IND

                    Espagne : taux des obligations à 2 ans : 4,237 %.

                    Espagne : taux des obligations à 3 ans : 4,878 %.

                    Espagne : taux des obligations à 10 ans : 6,030 %.

                    Irlande : taux des obligations à 2 ans : 17,767 %. Record historique battu.

                    Irlande : taux des obligations à 3 ans : 17,242 %. Record historique battu.

                    Irlande : taux des obligations à 10 ans : 13,201 %. Record historique battu.

                    Portugal : taux des obligations à 2 ans : 18,250 %. Record historique battu.

                    Portugal : taux des obligations à 3 ans : 19,882 %. Record historique battu.

                    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 13,382 %. Record historique battu.

                    Grèce : taux des obligations à 2 ans : 31,111 %. Record historique battu.

                    Grèce : taux des obligations à 3 ans : 29,725 %. Record historique battu.

                    Grèce : taux des obligations à 10 ans : 17,017 %.

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